A1U PHYSIOLOGIE
pas même do réfuter, tant elles sont en opposition avec les principes de l'acoustique. Mais il en est d'autres qui, basées sur des idées physiques plus saines, ne peuvent être combattues que si l'on montre leur désaccord avec les faits (1).
(1) Ce que nous disons s'applique tout particulièrement à la théorie de M. Beau. Pour cet auteur, le premier bruit du cœur serait produit par le déploiement brusque et sonore des parois venlriculaires au moment où' se fait la contraction de l'oreillette. Le second bruit serait produit d'une manière analogue par le déploiement de l'oreillette dans laquelle afflue le sang veineux au moment où elle se relâche. Assurément la brusque distension d'une cavité membraneuse, lorsqu'un liquide s'y précipite, peut donner naissance à un bruit, mais celte brusque distension n'existe pas.
Si l'on se reporte aux faits précédemment démontrés dans l'analyse des tracés graphiques, on voit tout d'abord que celte interprétation du premier bruit ne saurait être vraie. En effet tout le moude, et M. Beau lui-même, admet que le premier bruit coïncide avec la pulsation cardiaque. Or, nous croyons avoir suffisamment établi (§ 13) que cette pulsation n'a pas lieu au moment de la réplétion du ventricule, mais pendant sa contraction. On a vu, de plus, que l'arrivée du sang dans le ventricule, par l'effet de la contraction de l'oreillette, est précédée d'une réplétion lente et graduelle de la cavité ventriculaire; il ne saurait donc y avoir un déplacement brusque et sonore des parois de cette cavité. — Pour le second bruit, il n'est pas produit non plus par la brusque réplétion des oreillettes. Si, à l'exemple de MM. Chauveau et Faivre, on paralyse les oreillettes de manière à supprimer tout à fait leurs contractions, ces cavités seront constamment remplies, de sorte qu'elles ne se videront plus dans les ventricules que par regorgement. On ne saurait admettre alors la réplétion brusque des oreilleltes, et cependant le deuxième bruit conlinue à s'entendre comme par le passé.
Nous croyons qu'on peut se contenter de cette réfutation des diverses théories émises sur la cause des bruits du cœur. Fidèle à notre méthode, nous chercherons à fournir des preuves en faveur de l'opinion à laquelle nous nous sommes rattaché, plutôt qu'à combattre les autres. Quant à la critique des théories diverses émises sur ce sujet, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer le lecteur aux traités do physiologie de MM. Milne Edwards et Longet, qui ont rassemblé et savamment discuté les opinions des différents auteurs.
Pour qu'une interprétation des bruits du cœur soit acceptable, il faut qu'elle se concilie avec les faits déjà prouvés. Nos démonstrations antérieures nous autorisent donc à éliminer les théories qui sont en contradiction avec les résultats fournis par les expériences, et nous conduisent à examiner exclusivement la théorie donnée par Rouanet.
Cet auteur apublié sur la cause des deux bruits du cœur un travail dans lequel il démontre que chacun des bruits est produit par un claquement valvulaire. Cette idée avait déjà été émise par Carswell, mais c'est à Rouanet qu'on doit de l'avoir démontrée et vulgarisée (1).
Le premier bruit, arrivant au moment où le ventricule se contracte, serait dû au claquement des valvules auriculo-ventriculaires, lorsque celles-ci se ferment sous l'effort du liquide sanguin qui tend à s'échapper du ventricule. — Le deuxième bruit, arrivant après la systole du ventricule, serait produit par le claquement des valvules artérielles. Celles-ci s'abaissent sous la pression du sang qui a été poussé dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire, et qui tend à refluer dans les ventricules aussitôt que ceuxci cessent de se contracter.
Il n'y a presque rien à changer à la théorie de Rouanet, sauf une addition qui rende compte de la différence du timbre des deux bruits du cœur.
Le premier bruit est sourd, grave; on comprend, lorsqu'on l'entend, qu'il est produit par un effort puissant du cœur. C'est en effet au moment de la contraction du ventricule qu'il a lieu, c'est-à-dire au moment où le cœur développe son action la plus énergique, A cet instant trois
(4) Analyse des bruits du cœur. Paris, 1832.
actes se produisent, dont chacun doit donner naissance à un bruit; ces trois actes sont : 1° la clôture des valvules auriculo-ventriculaires; 2° le changement brusque de la forme des ventricules, qui deviennent globuleux; 3° la contraction des parois musculeuses de ces cavités.
Toutes les fois qu'une membrane arrive brusquement à l'état de tension, il se produit un claquement sonore. Ainsi, lorsqu'une voile se tend brusquement par l'effet d'un coup de vent, ou bien encore lorsqu'une courroie dont on écarte subitement les deux bouts arrive à l'état de tension ; enfin lorsqu'on souffle de l'air ou qu'on injecte un liquide dans une poche membraneuse, un bruit se produit au moment où cette poche est remplie et où ses parois arrivent à l'état de tension parfaite. Or, au moment où les ventricules se contractent, le sang soulève les valvules auriculo-ventriculaires; et celles-ci, semblables à des voiles qui se gonflent, viennent brusquement saillir dans l'oreillette. Mais tout à coup leur soulèvement s'arrête; les valvules sont tendues et retenues par les cordages tendineux qui fixent leurs bords libres. Ce mode de tension des valvules est parfaitement démontré. MM. Chauveau et Faivre, étudiant sur le cheval les phénomènes de la circulation cardiaque, ont pu sentir avec le doigt les saillies que forment les valvules au moment où le ventricule se contracte. Pour cela, on fait à l'oreillette une petite ouverture par laquelle on introduit le doigt dans cetie cavité jusqu'au niveau de l'orifice auriculo-ventriculaire. Dans ces conditions, le doigt éprouve une percussion à chaque fois que les valvules se tendent et font leur relief du côté de l'oreillette (1); en auscultant le cœur au même instant, on
(I) Ce mode d'occlusion des valvules est très facile à sentir. L'expé-
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peut s'assurer du synchronisme parlait de ce claquement avec le premier bruit. Du reste, le doigt tout seul peut ici suppléer l'oreille, car, de môme que pour constater la crépitation des fractures ou de l'emphysème, on peut par le toucher percevoir l'existence du bruit.
Si la tension brusque d'une poche membraneuse s'accompagne d'un bruit, on doit conclure qu'un bruit se produira également au moment où les ventricules, en se contractant, auront atteint l'état de dureté et la forme globuleuse dont nous avons parlé §13; car, à ce moment, il y a une brusque tension des parois des ventricules et un temps d'arrêt clans leur contraction. — Au début de la systole, la cavité des ventricules est trop grande pour le sang qu'elle contient ; aussi le premier effet de la contraction des parois sera-t-il de changer la forme du cœur, et de ramener les ventricules h la plus petite surface possible. Mais dès que la forme globuleuse sera atteinte et que le sang qui tend à s'échapper du côté de l'oreillette aura produit la clôture des valvules auriculo-ventriculaires, un obstacle soudain s'opposera à la contraction des ventricules : c'est l'incompressibilité du sang contenu dans leur intérieur. Toute contraction sera donc alors arrêtée jusqu'à ce qu'elle acquière assez d'énergie pour chasser le sang dans l'aorte en lui faisant soulever les valvules sigmoïdes malgré l'effort de la pression du sang dans les artères. — Une membrane flasque qui devient subitement tendue, une contraction facile qui subit un
rience qui vient d'être décrite montre que Parchappe s'était trompé lorsqu'il admettait une sorte d'engrènement des cordages tendineux des valvules et une disposition infundibuliforme de l'orifice auriculo-ventnculaire fermé. (Parchappe, Du cœur, de sa structure et de ses mouvements, etc. Paris, 1848.)
lŒiï PFTYSIOEÛGïE.
brusque temps d'arrêt en présence d'un obstacle, telles sont les conditions qui se produisent alors et qui sont bien faites pour donner naissance à un ébranlement soin ire. Cet ébranlement, la main peut facilement le percevoir : c'est le début de la pulsation cardiaque ou choc du cœur. Quant au bruit, il s'ajoute au bruit des valvules et le renforce. Avec une telle cause, le premier bruit devra s'entendre sur toute la surface des ventricules, car il n'est pas un point de leur surface qui ne subisse en môme temps que les autres cette tension brusque dont il vient d'être question. C'est en effet ce qui arrive : on peut s'en assurer en promenant un stéthoscope sur les différents points de la surface d'un cœur mis à nu ; quel que soit le point qu'on ausculte, on entend le premier bruit.
Pourquoi donc existe-t-il, lorsqu'on ausculte le cœur de l'homme, un espace limité, correspondant à la pointe de l'organe, espace au niveau duquel le premier bruit présente son maximum d'intensité ? Cela tient au contact plus intime du ventricule avec la paroi thoracique en cet endroit, tandis que partout ailleurs le tissu du poumon s'interpose en lame plus ou moins épaisse qui conduit mal le son. C'est la môme cause qui fait qu'en ce point la pulsation cardiaque se sent mieux que partout ailleurs.
Enfin tout muscle qui se contracte donne naissance à un bruit continu qu'on appelle le bruit rotatoire, bruit qui dure autant que la contraction, se renforce ou faiblit avec elle. Tout porte à croire que la contraction des ventricules doit s'accompagner d'un bruit semblable qui vient encore s'ajouter à ceux dont nous avons parlé, les modifier dans leur timbre et prolonger leur durée.
Le second bruit esï un claquement valvulaire pur, il est plus simple par conséquent dans sa production que ne
l'est le premier, mais très analogue par sa nature. Il se produit au moment où les valvules sigmoïdes de l'aorte s'abaissent sous la pression du sang qui tend à refluer des artères dans les ventricules, dès que ceux-ci sont relâchés. Il n'y a donc ici rien à changer à la théorie de Rouanet. Ce second bruit a son siège dans deux points bien limités : les valvules sigmoïdes de l'aorte et celles de l'artère pulmonaire; aussi sera-ce en ces points qu'il s'entendra avec son maximum d'intensité. 11 s'accompagne d'un ébranlement que le doigt peut sentir lorsque, sur un animal dont le cœur est à nu, on saisit la base des deux vaisseaux, en face du point où s'insèrent les valvules. Ces preuves pourraient suffire pour établir la cause du deuxième bruit du cœur, mais les physiologistes ont ajouté des démonstrations qui ne permettent aucun doute sur le rôle des valvules sigmoïdes dans la production de ce bruit.
Rouanet adapta un tronçon d'aorte muni de ses valvules sigmoïdes à l'extrémité inférieure d'un tube vertical; d'autre part, une vessie pleine d'eau était ajustée à la base de ce tronçon aortique au-dessous des valvules. Si l'on comprime la vessie de manière à pousser une colonne de liquide dans le tube, on obtient un claquement sonore, semblable au deuxième bruit du cœur, au moment où la vessie cesse d'être comprimée et où la colonue liquide qui tend à refluer ferme devant elle les valvules.
L'expérience de Rouanet était une démonstration synthétique d'une grande valeur. Il vint bientôt s'y ajouter un nouvel ordre de preuves tirées des vivisections. Le comité des médecins de Londres (I) montra que si l'on
(I) Report of Ihe Dublin sub-commillca (Brilish Associât.. -1835, p. 247).