W PHYSIOLOGIE
d'entrée à l'orifice de sortie. — Par conséquent, que dans la circulation artérielle, la tension moyenne devra aller en décroissant du cœur aux capillaires.
2° Que si l'on établit à l'orifice d'écoulement une résistance quelconque qui géne l'issue du liquide, la décroissance de la tension moyenne d'un bout à l'autre du tube sera moindre que dans le cas précédent ; mais cette décroissance existera toujours, à moins que l'écoulement du liquide ne soit tout à fait supprimé. — En appliquant ces données à la circulation artérielle, on comprend comment la résistance que les vaisseaux capillaires présentent audevant du sang des artères agit pour diminuer la décroissance de la tension artérielle du cœur aux capillaires. Mais ces résistances ne sauraient niveler la tension dans tout le système artériel, puisqu'elles ne s'opposent pas d'une manière absolue à l'écoulemeut du sang, mais qu'elles ne font que le ralentir (1).
(1) Pour compléter ce qui est relatif à l'emploi des manomètres, nous dirons que la moyenne de tension accusée par les manomètres oscillants est toujours entachée d'erreurs. En effet, ces appareils ne tiennent pas compte de la durée de chacune des pressions [maximum et minimum) qui existent à l'intérieur du vaisseau.
Il suit de là que, même si l'on suppose les indications de ces deux pressions extrêmes parfaitement exactes (ce qui n'est pas), la moyenne numérique qu'on obtiendra en prenant la demi-somme des deux colonnes de mercure, maximum et minimum, ne sera qu'un chiffre insignifiant. — La connaissance de la pression moyenne du sang dans les artères, pour avoir quelque utilité, doit nous apprendre avec quelle force moyenne le sang est poussé du côté des capillaires. Ce problème d'hydrodynamique ne peut être résolu que si l'on tient dompte, non-seulement des divers degrés de la pression sanguine, mais aussi de la durée d'application de chacun de ces degrés.
Supposons, pour fixer les idées, que la pression du sang dans un vaisseau passe alternativement par deux intensités qui correspondraient, l'une à 100 degrés, l'autre à 50 degrés (évaluées ail manomètre). Deux
11 suit de là que la décroissance de la tension moyenne dans les vaisseaux est d'autant plus grande que la vitesse du
choses peuvent arriver: ou bien la force égale à 100 degrés et la force égale à 50 degrés dureront toutes deux le môme temps; alors la force moyenne sera exactement 75 degrés; ou bien, au contraire, la force ■100 degrés sera appliquée pendant un certain temps (soit une seconde), et la force 50 degrés pendant un temps différent (soit deux secondes) : alors la moyenne numérique, qui était exacte tout à l'heure, cessera de l'être, car elle représentera une quantité trop forte.
Ce qu'il importe de connaître, ce n'est donc pas seulement la moyenne numérique ou l'intervalle qui existe entre les maxima et les minima de pression, mais c'est la moyenne dynamique de laquelle seule on pourra déduire l'effet que cette pression variable produira au point de vue du mouvement du sang. On va voir comment le manomètre compensateur donne cette moyenne avec une grande précision.
Expérience (fig. 4 7). — Pour simpliûer les données du problème, réduisons le manomètre à un tube vertical TT qui communique par un tube ca- xpillaire horizontal FF avec un entonnoir rempli d'eau .
L'entonnoir R est mis en rapport avec le manomètre au moyen d'un long conduit flexible qui permet de le placer alternativement à différents niveaux, en A et en B, par exemple.
— Comme c'est un môme liquide qui se trouve dans
Fig. 17.
le réservoir R et dan3 le manomètre TT, si l'on plaçait le réservoir en A, le liquide du manomètre s'élèverait en a sur sa même ligne horizontale* Réciproquement, en plaçant le réservoir en B, on ferait venir le niveau du manomètre en b.
On pourra donc, en faisant passer le réservoir alternativement par les positions A et B, faire agir stirle manomètre des pressions variables et donner à chacune d'elles la durée qu'on voudra, suivant qu'on aissera le réservoir pendant plus ou moins longtemps à chacune de ses stations A et B. Pour simplifier encore la démonstration, nous pren-
sang est plus grande elle-mô.ine. Nous avons constaté que
cirons le point B, minimum de la pression appliquée au manomètre, comme égal à zéro.
Premier cas. — Lorsque la pression agit et cesse alternativement pendant des temps égaux, le manomètre compensateur a pour niveau la moitié du l'intervalle qui sépare les niveaux maxima et minima. ( La moyenne dynamique est donc alors égale à la moyenne numérique.)
Supposons que, par suite des résistances que le liquide éprouve dans le capillaire FF, il faille un temps considérable (soit une minute) pour que les niveaux étant en Bb, c'est-à-dire à zéro, l'élévation du réservoir en À porte le niveau du tube en a. Supposons aussi que le réservoir B reste alternativement une seconde en A et une seconde en B, voici ce qui se passera :
Dans la première seconde, le réservoir quitte le niveau B pour se porter en A, le liquide du tube s'élève de b en b1 sous l'influence de la pression de la colonne AB; car, puisqu'il faut une minute à ce niveau pour aller de b en a, il ne parcourra pendant une seconde qu'une partie de sa course bbx.
Deuxième seconde. Le réservoir redescend en B ; alors la colonne bbl tend à faire revenir le liquide vers le réservoir, mais cela en vertu d'une force bien inférieure à celle que la colonne AB avait tout à l'heure pour effectuer l'ascension dans le tube ; aussi le niveau redescend ra-t-il seulement en b-.
Troisième seconde. Le réservoir est de nouveau en A, et élèverait le niveau du manomètre au-dessus de b2, d'une quantité égale à bb}, si le poids de la colonne bb2 ne diminuait celui de AB, de telle sorte que la pression du réservoir n'est plus que la différence entre les niveaux A et b2; aussi la seconde ascension du manomètre sera-t-elle moindre que la première, et le niveau viendra en b3.
Quatrième seconde. Le réservoir est revenu en B ; la colonne bb3 agit pour produire le reflux, et étant plus grande que bb1, produira un reflux plus grand que bb2; ce reflux sera &364.
Cinquième seconde. Le réservoir repasse en A, et élève le niveau du manomètre avec une force diminuée de bb" >bb2; donc l'ascension du manomètre sera moindre que b2b3, ce sera b}bù.
Pour les secondes successives, on verra donc les ascensions aller en diminuant et les descentes en augmentant, offrant entre elles des différences de plus en plus petites, jusqu'à ce que l'oscillation soit régulière (ses maxima et minima étant fixes).
A ce moment, l'oscillation sera une petite fraction de ce quelle eut
m LA TENSION ARTÉRIELLE. 1/|9
celte moyenne se comporte absolument suivant les mômes
été sans les frottements en F; en outre, sa moyenne sera aussi celle entre les points a et b.
En effet, lorsque les oscillations seront régulières, et que l'ascension et la descente du niveau du tube seront égales, il faudra nécessairement que les forces appliquées du côté du tube et du côté du réservoir soient égales ; elles le seront quand le niveau du tube sera au milieu de ab. Soit M ce milieu. Quand la colonne AB agira pour l'ascension, elle n'aura comme force que la différence de hauteur des niveaux, et comme bM. = 1/2 AB, sa force d'action, pour faire monter le liquide dans le lube, sera égale à celle que bM lui-même aura dans le second instant pour produire la descente, quand le réservoir sera en B.
Deuxième cas. — Avec l'instrument précédemment décrit, les hauteurs manomêtriques seront proportionnelles au temps pendant lequel la pression agira. C'est-à-dire que la hauteur à laquelle le manomètre restera avec de petites oscillations régulières sera à la hauteur qu'il aurait, dans le cas d'équilibre, sous la pression continue, comme les temps d'application de la force sont à la durée totale de l'expérience.
Cela revient à démontrer que, si la pression agit pendant deux secondes et cesse pendant une seconde, la hauteur manométrique sera les deux tiers de la hauteur maximum, et que, dans ce cas, la moyenne dynamique ne correspondra plus à la moyenne numérique.
En effet, quand la colonne sera arrivée au point où les oscillations seront régulières (où les ascensions et les descentes seront égales), il faudra que la force qui produit l'ascension soit deux fois moindre que celle qui produit la descente. A cette condition seulement, l'inégalité de force compensera celle de durée. Mais la force qui produit l'ascension n'est autre chose, avons-nous dit, que l'excès de la hauteur du réservoir sur la hauteur manométrique. Soit donc N (même figure) le niveau du manomètre; d'après le théorème précédent la force ascensionnelle sera égale à aN, et 6N sera la hauteur manométrique, ou force qui produit la descente. Ces deux forces, au point de vue de leurs effets, seront dans le rapport de 1 à 2; mais comme l'effet produit par la pression d'une colonne liquide est proportionnel à la hauteur de cette colonne (*), on aura pour les mesures de aN et do bN la proportion suivante:
aN : &N :: 1 : 2.
•Ce qu'il fallait démontrer.
(") Dans le cas d'écoulement par les tubes capillaires, le produit de l'écoulement est proportionnel à la charge (loi de Poiseuille).
lois qui président à la variation do la pression constante dans des conduits où existe un écoulement continu (1). Ces lois ont été établies par Bernoiulli.
Si l'on applique aux différentes artères d'un animal le manomètre compensateur, on peut facilement constater que la pression moyenne de ces vaisseaux est différente, et qu'elle est à son maximum dans les artères les plus rapprochées du cœur.
En résumé ;
1° La tension moyenne dans les artères va toujours en décroissant à mesure qu'on observe un vaisseau plus éloigné du cœur.
2° La décroissance de la tension moyenne dans les artères est d'autant moins rapide que les vaisseaux capillaires, plus contractés, font plus d'obstacle à l'issue du sang artériel. — On peut donc prévoir déjà que la tension et la vitesse du sang dans les artères seront dans un rapport inverse.
3° Il est impossible d'assigner à la tension moyenne d'une artère une valeur absolue, car cette tension varie d'un instant à l'autre avec la rapidité de la circulation périphérique.
Chauveau eut l'idée d'adapter à notre manomètre compensateur un cylindre semblable à celui du kymogra- ■phion de Ludwig. Cette disposition lui a permis d'enregistrer les moyennes de tension que présentent différentes artères inégalement éloignées du cœur. Notre savant ami a pu vérifier ainsi l'exactitude de nos propres expériences.
Enfin, Setzchenow (2) imagina de placer sur la co-
(1) Ann. des sciences nat. [loc. cil.).
(2) Voy. Canstntl's Jahesberichl, 4 8G4, p. 126.
lonne d'un manomètre un robinet, au moyen duquel il rend plus ou moins facile le passage du mercure. Avec cet instrument, l'auteur a pu, comme nous, obtenir la tension moyenne d'une artère quelconque. Ce manomètre est en effet fondé sur le même principe que le nôtre.