‹ Physiologie médicale de la circulation du sang [electronic resource]Chapitre 23 sur 114 · DE LA. CONTRACTILITÉ ARTÉRIELLE · texte numérisé non relu

DE LA. CONTRACTILITÉ ARTÉRIELLE

Los tissus contractiles de la vie organique se comportent donc en définitive d'une manière analogue à ceux de la vie animale : ils obéissent tous deux, tantôt à une influence nerveuse, tantôt à une action qui agit directement sur eux.

De tous les faits que nous venons de passer eu revue, il résulte que les voies par lesquelles le sang s'écoule des artères dans les veines sont susceptibles de grandes variations dans leurs diamètres, et en conséquence, que la facilité du passage du sang des artères dans les veines est susceptible elle-même d'un grand nombre de variations.

Si l'on veut bien comprendre comment les variations delà contractilité des artères agissent pour augmenter ou diminuer le calibre des vaisseaux, et par conséquent la rapidité du courant sanguin qui les traverse, il faut admettre avec J. Hunter (1) et Henle (2) que dans l'état normal de la circulation, les vaisseaux sont contractés avec une certaine énergie, ce qui leur assigne un calibre déterminé (un diamètre moyen). — Si la contractilité diminue, les vaisseaux, cédant à la pression intérieure du sang, se laissent dilater à des degrés variables, suivant que leur force contractile est plus ou moins diminuée. — Dans les cas où leur force contractile sera tout à fait supprimée, les vaisseaux n'auront d'autre limite à leur distension que celle que leur assigne la force élastique de leurs parois. — Si la contraction des artérioles est au contraire plus grande qu'à l'état normal, leur calibre diminuera et deviendra inférieur au diamètre moyen, car la pression intérieure du sang ne suffira plus pour lutter contre la force de retrait du système vasculaire. Ces vaisseaux deve-

(1) J. Hunter, Trailé du sang et de l'inflammation, trad. de Richelot, p. 198.

(2) Henle, Encycl. anat., Anal, yen., t. II, p. 54.

,û0 PHYSIOLOGIE.

nant plus étroits, se laisseront traverser plus difficilement par le courant qui va des artères aux veines.

De la tension artérielle.

§ AO. — Ce que nous avons dit du rôle de l'élasticité des artères montre que l'action impulsive du cœur se transforme dans ces vaisseaux en une autre force qui a pour caractère d'être plus constante, et qui a pour origine le retrait des artères distendues au moment de l'arrivée de chaque ondée nouvelle. Cette force a reçu le nom de tension artérielle. Il est important de bien se rendre compte de la manière dont elle se produit.

Supposons que le système artériel soit vide de sang et pour ainsi dire affaissé sur lui-même. Qu'à ce moment le cœur se mette à battre, de manière à envover dans les artères des ondées égales en volume, en force impulsive et revenant à intervalles réguliers. Les premières ondées qui pénétreront dans les artères commenceront à les remplir, mais les distendront peu, à cause de la grande capacité que ces vaisseaux offrent dans leur ensemble. Ce sang se logera donc à peu près tout entier dans le système artériel, et il ne s'en écoulera par les capillaires qu'une très petite quantité, parce que la force de retrait des artères sera encore très faible. Mais, à mesure que les artères se rempliront, leur force élastique ou la tendance qu'elles ont à revenir sur elles-mêmes ira en augmentant, Cette force, qui est la tension artérielle, poussera le liquide vers les capillaires avec plus d'énergie que tout à l'heure, et la quantité de sang qui s'écoulera deviendra de plus en plus grande. Par conséquent, la quantité qui restera clans le système artériel, après chaque systole du ventricule, diminuera de plus en plus. La tension artérielle ira donc

toujours en croissant jusqu'au moment où elle deviendra suffisante pour faire écouler entre deux systoles du cœur une quantité de sang égale à celle que lui envoie chacun de ces afflux. A ce moment, la tension aura atteint un degré auquel elle s'arrêtera, ou plutôt autour duquel elle oscillera, s'élevant légèrement à chaque nouvelle ondée qui arrive, pour s'abaisser ensuite par le fait de l'écoulement à travers les capillaires, s'élèvera encore à la prochaine contraction du ventricule, s'abaissera de nouveau, et ainsi de suite. Ce que nous savons de l'influence que Ja contractilité des petits vaisseaux exerce sur le passage plus ou moins facile du sang des artères dans les veines nous fait prévoir que, sous l'influence de cette propriété, la tension des artères variera beaucoup. — Si les petits vaisseaux se relâchent, le sang s écoulant des artères plus facilement et plus vite, s'y accumulera en quantité moins grande; dès lors, la tension artérielle sera moindre. — Si les petits vaisseaux se contractent, le sang les traversera moins facilement et la tension artérielle s'élèvera.

La tension artérielle n'est, en définitive, que la force déployée par le cœur, force mise en réserve dans l'aorte et les grosses artères, puis régularisée par l'élasticité de ces vaisseaux. Mais comme cette force devient à son tour la cause prochaine du mouvement du sang dans tout l'arbre circulatoire, elle mérite d'attirer l'attention d'une façon toute particulière.

§ 61. — Haies, le premier, essaya de donner une mesure exacte de cette tension en mesurant la hauteur à laquelle le sang s'élevait dans un tube adapté à une artère. Le physiologiste anglais vit que, dans cette expérience, la colonne de sang s'élevait à huit ou neuf pieds environ, et que, par conséquent, la force avec laquelle le sang tend

à s'échapper des artères, lait équilibre à la pression d'une colonne de sapg do huit ou neuf pieds.

Cette manière d'évaluer la pression du sang à l'intérieur des vaisseaux est identique avec celle qu'on emploie journellement en physique pour mesurer la pression des liquides dans les conduits qui les distribuent, ou bien la tension des gaz ou des vapeurs renfermés dans des réservoirs. Les appareils dont on se sert s'appellent manomètres ; ils ne sont autres que des tubes recourbés en U et contenant un liquide. La pression, étant appliquée sur l'une des branches de ce tube, produit dans l'autre branche une élévation du niveau du liquide qui exprime exactement l'intensité de la force qu'il s'agissait d'évaluer.

L'emploi du manomètre en physiologie est aujourd'hui très répandu. C'est à Poiseuille qu'on doit les premiers travaux faits au moyen du manomètre à mercure. Ce physiologiste voulait rendre plus facile la mensuration de la tension artérielle en substituant au long tube que Haies avait employé un tube beaucoup plus court, puisqu'il renfermait, au lieu de sang, un liquide d'une très grande densité. L'instrument de Poiseuille était un tube en U dont une des branches était introduite dans le bout central d'une artère coupée transversalement. La pression du sang s'exerçait donc alors sur la surface du mercure et le forçait à s'élever dans l'autre branche jusqu'à une certaine hauteur qui mesurait l'intensité de la pression.

Le manomètre a subi des modifications nombreuses entre les mains des physiologistes; nous ne ferons que citer rapidement chacune d'elles.— Magendie employa un instrument, V hémomètre, composé d'un flacon plein de mercure, du fond duquel se détache un tube ascendant. On met l'ouverture supérieure de ce flacon en communication avec

l'artère dont on veut mesurer la tension. La pression sanguine, agissant à la surface du mercure contenu dans ce flacon, le fait monter dans le tube vertical. La hauteur à laquelle selève le mercure exprime la pression du sang dans le vaisseau exploré. — Cl. Bernard imagina, pour comparer la pression du sang dans deux artères différentes, de mettre chacun de ces vaisseaux en communication avec l'une des branches d'un tube en U contenant du mercure. De cette façon, le mercure était poussé de la pression la plus forte vers la pression la plus faible, et la différence des niveaux exprimait la différence de la pression du sang dans les deux artères. Cet appareil a reçu de son auteur le nom de manomètre différentiel. — Enfin. Ludwig transforma le manomètre en un instrument enre^istreur à indications continues. Pour cela, le physiologiste allemand se servit d'un manomètre de Poiseuille deVort calibre, et plaça sur la colonne de mercure qui est à l'air libre un flotteur muni d'une tige. L'extrémité de cette tige était armée d'un pinceau qui écrivait sur un cylindre tournant (nommé kymographion) les différentes oscillations du mercure. C'est le premier appareil enregistreur qui ait été employé dans les expériences physiologiques (l).

§ Z|2. — Si nous avons passé rapidement sur la description de ces manomètres, c'est que tous présentent un yrand inconvénient qui doit les faire bannir aujourd'hui de l'instrumentation des physiologistes. Tous, en effet introduisent une cause d'erreur dans l'évaluation des pressions variables. Cela tient à ce que, dans chacune de ses oscillations, la colonne d'un manomètre dépasse, par l'ef-

(1) Voyez, pour la description plus complète de ces différents instruments, le Traité de phijsiologie de Longet, t. P» p. 822 et suiv

1Li~ PHYSIOLOGIE.

fet de la vitesse acquise, le point auquel elle devrait s'arrêter pour exprimer, soit le maximum, soit le minimum de cette pression (1).

§ Û3. — On peut toutefois taire du manomètre un instrument exact ; il suffît, pour cela, de ne pas l'appliquer à la mensuration d'une force dont les variations soient trop brusques. Dès que la colonne de mercure ne présente plus que des mouvements lents ou peu étendus, elle perd en même temps cette vitesse acquise qui faussait ses indications. On a vu (§ 30) comment le manomètre nous a servi à mesurer la pression qui existe dans les différentes cavités du cœur au moment de leur contraction ou pendant leur relâchement. Nous avons apporté au manomètre une modification qui permet de l'employer à la mesure exacte de la pression moyenne du sang dans les artères.

(4) L'emploi des manomètres a rendu de grands services à la physiologie en faisant connaître d'une manière approximative quelle est la pression du sang dans les vaisseaux. Il a renversé des erreurs accréditées relativement à la force du cœur, que Borelli et les iatromécaniciens avaient cru, d'après de simples conjectures, pouvoir élever au chiffre étonnant de 1 80 000 livres. On sait aujourd'hui que la pression du sang dans les artères fait équilibre tout au plus à une colonne de mercure de 12 à 15 centimètres.

Mais, si le manomètre a rendu des services, il a aussi présenté des inconvénients. En effet, les manomètres, excellents quand il s'agit de déterminer des forces constantes, une tension uniforme, par exemple, donnent au contraire des résultats très faux lorsqu'on veut les employer à la mesure d'une force variable. On peut dire que toutes les fois que la colonne du manomètre oscille, les mouvements de celte colonne ne correspondent pas exactement aux variations de la force qu'on cherche à mesurer. Cela tient à ce que le mercure, par sa densité extrême, est sujet à prendre des vitesses acquises qui lui font dépasser le point auquel il devrait s'arrêter.

lin veut-on la preuve expérimentale? Qu'on prenne un tube en U ren*

La figure 1G représente le manomètre que nous avons nommé compensateur, avec lequel on peut obtenir la tension moyenne d'une artère quelconque. Par sa disposition générale; l'instrument ressemble à Vhémomèire de Magendie. C'est, en effet, un flacon plein de mercure et dont le goulot est mis en communication avec une artère au moyen d'un tube terminé par un bec métallique. Ce tube, ainsi que la partie supérieure du flacon, est rempli d'une solution alcaline pour empêcher la coagulation du sang qui pénétrera dans l'instrument. Enfin, un écrou de fer creusé à son intérieur et plongeant dans le mercure du flacon reçoit deux tubulures ascendantes articulées à leurs bases par des manchons de caoutchouc, et derrière lesquelles est une échelle graduée. Jusqu'ici tout est semblable à l'héinomètre de Magendie, sauf

fermant du mercure; si les deux branches sont tenues bien verticalement, le mercure aura le même niveau dans l'une et dans l'autre. — Qu'on incline le tube de manière que le mercure tende à sortir par une des branches, puis qu'on applique le doigt sur celte branche de façon à la fermer complètement, et qu'on replace le tube en position verticale. A ce moment, l'une des branches sera pleine do mercure, l'autre n'en contiendra que très peu, c'est-à-dire que l'équilibre des deux colonnes sera empêché par l'application du doigt qui ne permet pas à la pression de l'air d'agir sur l'une des colonnes. — Au moment où l'on enlèvera le doigt, les deux colonnes devraient se remettre en équilibre et reprendre le même niveau. Mais il n'en sera pas ainsi, le mercure oscillera d'une branche à l'autre un grand nombre de fois, et ne s'arrêtera dans la position d'équilibre qu'au bout d'un certain temps. Toutes ces oscillations sont des effets de la vitesse acquise que prennent les colonnes de mercure lorsqu'elles viennent d'exécuter un mouvement. Les mêmes oscillations tendent à se produire dans les manomètres mis en communication avec une artère. A chaque fois que le mercure s'élève, il est projeté au-dessus du point qui indiquerait le degré réel de la pression ; inversement, quand le mercure redescend, il tombe au-dossous du minimum réel. Ces erreurs appartiennent à tous les appareils manomélriqucs qui exéculent des oscillations.

ll\k PHYSIOLOGIE.

qu'il y a doux colonnes au lieu d'une seule. L'une des colonnes (celle qui dans la ligure est à droite) est d'un calibre uni formé dans toute son étendue; le mercure s'y élève et y oscille comme dans l' hémomètre ordinaire.— Mais l'autre colonne (celle de gauche ) présente une disposition particulière qui supprime chez elle les oscillations. Cette colonne est formée par un tube large, de façon qu'il contienne beaucoup de mercure, et présentant à sa partie inférieure, tout près du manchon de caoutchouc , un étranglement dont le calibre est tout à fait capillaire. Il jj résulte de la que le mercure traverse difficilement la partie rétrécie, et que la quantité de ce métal qui entre dans le tube du manomètre à chaque instant ne produit, dans le niveau de cet instrument, que des variations insignifiantes. Lorsqu'on adapte le bec du manomètre compensateur au bout central d'une artère coupée, on voit les deux colonnes se comporter très différemment. La co-

Fig. 16.

lunne de droite s'élève luul de suite très haut et exécute des oscillations plus ou moins grandes : c'est une colonne d'hémomètre ordinaire. La colonne de droite s'élève lentement et par saccades insensibles, jusqu'en un point où elle s'arrête presque immobile; ce point indique la pression moyenne du sang clans l'artère explorée, c'est-àdire la tension moyenne de cette artère.

Dans un autre travail (1), nous avons longuement développé la théorie de notre manomètre. Cét instrument nous a servi à mesurer l'intensité de la tension moyenne pour les différents points d'un tube élastique à travers lequel un liquide circule par suite d'afflux intermittents. Ces expériences avaient pour but de vérifier les assertions émises par Poiseuille, qui disait avoir constaté que, pour toutes les artères, la pression moyenne du sang est la même, quelle que soit la distance qui sépare ces vaisseaux du cœur. — Une pareille assertion nous paraissait en opposition avec les données de la physique. On sait en effet que, lorsqu'un liquide s'écoule à travers un tube sous l'influence d'une certaine pression, cette pression diminue graduellement dans toute la longueur du tube, à mesure qu'on s'éloigne de l'orifice par lequel le liquide pénètre. De plus, les résultats obtenus par Poiseuille étaient contredits par des expériences faites en Allemagne par Spengler (*2).

En appliquant trois manomètres compensateurs sur le trajet d'un tube dans lequel un écoulement se fait par afflux intermittents, on voit :

ï" Que la tension moyenne va en diminuant de l'orifice

(1) Annales des sciences naturelles, 4° série, Zool., t. VIII. p. 349 et suivantes.

(2) Arch. de Millier, 1844, p.

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