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CHAPITRE X

Évaluation de la fréquence du pouls au moyen de la montre à secondes; insuffisance de ce moyen dans certains cas. — Évaluation de la fréquence du pouls au moyen du sphygmographe.

Des conditions qui font varier la fréquence du pouls. — Ces influences, qui avaient été jusqu'ici étudiées isolément, peuvent être rattachées les unes aux autres, car elles ont un mode d'action commun.

Loi simple qui préside, dans la plupart des cas, aux variations de la fréquence des battements du cœur : Le cœur bat d'autant pftis fréquemment qu'il éprouve moins de peine à se contracter. Cette loi est vraie pour tout muscle qui exécute un mouvement rhythmé. — Rapport inverse de la tension artérielle et de la fréquence du pouls.

Expériences. — A. Variations de la fréquence du pouls sous l'influence de la saignée. — B. Variations sous l'influence de l'attitude du sujet. — C. Variations de la fréquence du pouls suivant que l'on comprime ou que l'on relâche des troncs artériels volumineux. — D. Variations qui tiennent à l'état de contraction ou de relâchement des petits vaisseaux. — E. Variations qui se produisent sous l'influence du repos ou de l'action musculaire..

§ 59.— On a vu comment notre sphygmographe permet de constater avec précision la fréquence du pouls, d'après le nombre de pulsations contenues dans un tracé sur une longueur qui passe en un temps connu. Cette précision était déjà atteinte dans la pratique médicale pour l'évaluation du chiffre moyen du pouls pendant une minute : l'emploi de la montre à secondes suffisait pour savoir d'une façon générale si le pouls d'un malade est plus ou moins fréquent;

Mais il n'y avait là qu'une évaluation du chiffre moyen résultant de l'observation faite pendant un quart de minute

FRÉQUENCE DU POULS . vi03

ou une minute. Or, dans cet espace de temps, le pouls présente, chez certains sujets, des accélérations et des ralentissements qui correspondent aux mouvements respiratoires. Cette influence de la respiration sur les mouvements du cœur peut être plus ou moins marquée, mais elle échappe entièrement si l'observation est faite avec le doigt tout seul. Les différences de durée des pulsations qui se produisent pendant l'inspiration et de celles qui ont lieu pendant l'expiration sont trop faibles pour être constatées autrement que par des appareils très sensibles; c'est uu premier avantage des instruments enregistreurs.

Mais l'utilité de ces appareils est bien plus grande encore quand le pouls est un peu irrégulier. En effet, l'irrégularité ne nous apparaît, au toucher, que si elle est assez prononcée : si, par exemple, une pulsation est d'un tiers ou d'un quart plus longue que les autres. Les plus légères irrégularités sont au contraire signalées sur un tracé du pouls, et c'est là un signe souvent très précieux, particulièrement au début de certaines maladies du cœur. — Enfin, pour le physiologiste, certaines expériences sont tout à fait impossibles, s'il n'a pas un moyen d'évaluer, à chaque seconde, à chaque instant, le plus léger changement de fréquence qui. survient dans le pouls ; car, en étudiant les effets de certaines conditions sur la fréquence des battements du cœur, il se produit souvent des accélérations ou des ralentissements de très courte durée, variations qui passeraient inaperçues si l'observation du chiffre du pouls portait sur un temps un peu long.

Sans énumérer plus longuement les avantages de l'emploi du sphygmographe pour étudier la fréquence du pouls, disons tout de suite que cet instrument nous a permis de déterminer expérimentalement la loi physiolo-

gique qui, dans presque tous les cas, préside à l'accélération ou au ralentissement des battements du cœur.

Des travaux nombreux ont été faits par des physiologistes ou des médecins, afin de savoir quelle est la fréquence du pouls suivant l'âge, le sexe, les saisons, les climats; suivant la taille des individus; enfin, suivant les attitudes du corps ou les différentes influences qu'on fait agir sur le sujet mis en expérience. — Tout d'abord, ou remarque dans ces études une grande disparité sous le rapport des conditions dans lesquelles les auteurs se sont placés. Les uns, comparant la fréquence du pouls chez deux sujets différents, ont eu, dans les données du problème, les conditions les plus complexes; tandis que les autres, observant sur un sujet unique les effets de certaines influences ou de certains agents, se sont placés dans des conditions beaucoup plus simples. Nous allons en donner un exemple. Supposons qu'on veuille déterminer l'influence du sexe sur la fréquence du pouls, il faudra avoir affaire à des sujets de même âge, car l'âge tout seul exerce une influence notable sur la fréquence du pouls; il faudra prendre comparativement des hommes et des femmes de même taille, car la taille du sujet influe sur la fréquence du pouls. Or, tant de conditions réunies rendent l'expérience difficile à réaliser, et si toutes ne sont pas observées avec soin, on ne peut accorder aucune confiance aux résultats obtenus.

Un type d'expérience réduite à sa plus grande simplicité est celle que Graves institua pour déterminer l'influence que l'attitude exerce sur la fréquence des battements du cœur. Il compara, en effet, les chiffres du pouls recueillis sur un même individu, dans différentes attitudes; il eut soin d'éliminer, dans chaque expérience, l'interven-

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tion de l'action musculaire, et, fixant le sujet qu'il observait sur une planche à bascule, il le plaça comparativement dans des positions plus ou moins inclinées, afin de voir quel effet produisait cette inclinaison toute seule.

Nous avons essayé d'imiter la rigueur de déduction du médecin anglais, et, sans nous préoccuper d'abord de ce qui fait varier la fréquence du pouls chez deux sujets différents, nous avons voulu connaître ce qui modifie cette fréquence chez un même sujet. Ce n'est pas tout, au lieu d'accumuler les résultats de uos expériences sans les relier entre eux, nous avons cherché s'il n'y aurait pas quelque influence commune, au milieu de ces conditions en apparence si diverses. Or, nous en avons trouvé une qui intervient dans tous ces cas, comme on va le voir.

Toute action qui n'est pas directement portée sur le cœur, et qui cependant fait varier la fréquence des battements de cet organe, agit primitivement sur le cours du sang dans les artères, soit pour le favoriser, soit pour le contrarier. Dans ces deux cas, elle produit des effets diamétralement opposés. Si elle favorise le cours du saug, elle accélère les battements du cœur. Si elle gêne ce cours, elle ralentit les contractions du ventricule. On verra tout à l'heure sur combien de preuves expérimentales de nature très différente nous appuyons cette assertion.

Dans la démonstration de ce fait général, nous n'aurons souvent qu'à puiser dans les expériences que nous ont fournies les physiologistes qui ont étudié isolément les différents points de la question.

PHYStOIiOGiÇ.

Loi qui préaide aux variations do la fréquence des battements du cœur.

Le cœur bat d'autant plus fréquemment qu'il éprouve moins de peine

à se vider.

§ 60. — Avant de donner les preuves de ce fait, arrôtons-nous un instant sur les conditions du travail que le cœur exécute, et comparons cet organe à tous les appareils musculaires de l'économie. Ne voit-on pas que tout muscle qui doit fournir un certain nombre de contractions, exécute celles-ci d'autant plus rapidement qu'il a moins de résistances cà vaincre. — Ainsi, qu'un homme ait à franchir une certaine distance, ne le fera-t-il pas d'autant plus vite qu'il sera moins chargé, autrement dit, que ses muscles auront moins de résistance à vaincre. — Cherchons à exécuter des mouvements alternatifs avec la main plongée dans l'eau, nous n'y arriverons que péniblement et lentement; exécutons les mêmes mouvements dans l'air, nous pourrons les produire avec une rapidité extrême.

On passerait en revue tous les appareils moteurs de l'économie, qu'on arriverait à cette conclusion que tous, sans exception, sont soumis à la même loi dynamique: c'est-à-dire que le nombre des mouvements produits en un temps donné est d'autant plus grand que chacun d'eux a été plus facile. Il ne faut donc pas s'étonner si le cœur est soumis à cette loi générale.

C'est assurément une vue à priori qui inspira à Blackley (1) l'idée toute contraire que le Cœur multiplie ses battements quand il éprouve plus de résistance. C'est la

(1) Dublin Journ. of med. Science, vol. II, p. 332.

FRÉQUENCE HU POULS. *m

supposition d mie sorte de vigilance du cœur qui tendrait, toujours et malgré tout, à donuer au mouvement du sangune impulsion rapide. Bien plus, cette impulsion serait d'autant plus rapide que les influences extérieures lui créeraient plus d'obstacles. N'est-il pas bien plus naturel de supposer que le cœur, ne pouvant réparer par le repos un déploiement temporaire d'énergie, doit dépenser une quantité de force constante, fournir un travail uniforme? Et dès lors, rien de plus simple que de comprendre comment cette force unique peut se répartir de deux manières différentes, suivant les résistances qu'elle doit vaincre, soit sous forme de battements nombreux et faciles, soit sous forme de contractions pénibles et peu fréquentes.

Mais c'est assez nous arrêter sur ces discussions quasi théoriques; c'est sur des faits qu'il faut raisonner.

Nous avons à peine mentionné les influences qui agissent directement sur le cœur pour modifier la fréquence de ses battements. C'est qu'en effet ces influences sont encore peu connues. La physiologie moderne commence cependant à pénétrer l'obscurité qui couvrait ce point de la question, et l'on connaît mieux aujourd'hui les actions nerveuses qui accélèrent ou ralentissent les contractions du cœur (1).

(4) Le fait le plus curieux relatif à l'action des nerfs sur le cœur est le rôle spécial du pneumogastrique. Ce nerf semblerait destiné à tempérer l'action du cœur. Quand on l'excite, le cœur ralentit ou arrête ses battements; quand on le coupe, les contractions se précipitent. Celte singulière propriété de ce nerf, désignée par Weber sous le nom d'action paralysante active, n'est plus aujourd'hui sans analogue. Nous avons cité, à propos de la contraction artérielle (§39), l'aclion de ces filets spinaux que Cl. Bernard a découverts dans les glandes salivaires, et qui, lorsqu'on les excite, font relâcher ces vaisseaux, tandis que, si on les

Parmi les diverses influences qui font varier la fréquence des contractions cardiaques, il en est peu, comme on va le voir, qui paraissent agir par l'intermédiaire du système nerveux de cet organe. En tout cas, ce genre d'influence est bien difficile à constater. Qu'une émotion violente, en accélérant les battements du cœur agisse sur cet organe, par ses nerfs, d'une manière directe, nous le voulons bien, quoique cela soit très contestable, comme on le verra. Mais quand la compression d'une artère, quand l'élévation d'un membre, quand l'ouverture d'un vaisseau font varier la fréquence des battements du cœur, il nous semble évident que, dans ces cas, le premier effet s'est fait sentir sur la circulation artérielle; que les changements dans la facilité du passage du sang ont retenti de proche en proche jusqu'au cœur, et que, par conséquent, oh a eu affaire à ce second ordre d'influence que nous avons signalé :1e changement de résistances éprouvées par le cœur. Or, c'est à cet ordre de causes que peuvent se rapporter presque toutes les variations physiologiques ou

coupe, ces vaisseaux se contractent. Voici donc deux exemples de nerfs qui portent au tissu contractile l'ordre de se relâcher.

Quant aux autres nerfs qui se rendent au cœur, ceux que le plexus cardiaque emprunte, soit aux racines spinales, soit au grand sympathique, ils semblent en tout se comporter comme les nerfs moteurs ordinaires, c'est-à-dire que leur excitation fait contracter le cœur avec plus d'énergie.

Du reste, ces idées relatives à une action spéciale des nerfs pneumogastriques ont été combattues par Jos Lister en Angleterre, et en Allemagne par Moleschott. Ces auteurs ont vu que le pneumogastrique, lorsqu'il est irrité modérément, fait contracter le cœur avec plus de rapidité, et que son action paralysante n'arrive que par l'épuisement du nerf au moyen d'un courant trop fort. Ces physiologistes auraient vu de plus que le grand sympathique, fortement excité, produirait l'arrêt du cœur tout aussi bien que le pneumogastrique.

FRÉQUENCE DU POULS. ^vlJ

pathologiques du pouls. La fréquence qu'on observe dans la fièvre, celle qui arrive sous l'influence d'un exercice violent ou d'une température élevée, sont dues à des changements survenus primitivement dans la circulation périphérique devenue plus facile.

Pour aborder la démonstration expérimentale de la loi que nous venons de donner, il nous faut tout d'abord un moyen d'évaluer le plus ou moins de facilité avec laquelle le sang circule clans les artères, autrement dit, les résistances que le sang éprouve dans cesvaisseaux.Ce critérium, nous le possédons dans l'emploi du manomètre (1) : au moyen de cet instrument, nous pouvons, d'après l'état de la tension artérielle, savoir si le sang passe plus ou moins facilement des artères dans les veines.

Une tension forte indique, comme on l'a vu, un passage difficile du sang; une tension faible annonce un passage facile. Or, la tension artérielle est évidemment la cause des résistances que le ventricule éprouve à se vider : c'est elle qui presse sur les valvules sigmoïdes avec une force plus ou moins grande, contre laquelle le cœur doit lutter. Aussi, l'on conçoit que le ventricule ait de la peine à pousser son ondée dans des artères distendues qui refusent de la loger, tandis qu'il l'envoie facilement dans des vaisseaux à tension faible qui résistent peu à ce nouvel afflux.

Ce sera donc la tension artérielle qui, dans la plupart des cas, nous indiquer* la résistance que le cœur doit éprouver, de sorte qu'on peut formuler ainsi, d'une manière presque absolue, la loi qui préside à la fréquence du pouls : la fréquence du pouls est en raison inverse de la tension artérielle.

(4) Dan3 la plupart de3 expériences, c'est Je manomètre compensateur (yoy. § 16) que nous avons employé*

11 y a un grand nombre de moyens de faire varier la tension artérielle, soit en pratiquant une saignée à l'animal sur lequel on expérimente, soit en le plaçant dans certaines attitudes, de manière que la pesanteur facilite ou entrave le cours du sang dans les artères. On peut aussi, en comprimant des artères volumineuses, créer au cours du sang des obstacles variés, et par conséquent, élever la tension des vaisseaux en raison de ces obstacles. Enfin, en agissant sur les vaisseaux capillaires, de façon à les faire contracter ou à les relâcher dans une grande étendue du corps, on fait encore varier la tension dans les artères, comme nous l'avons dit précédemment. Tous ces moyens nous permettent d'instituer un grand nombre d'expériences; elles seront d'autant plus concluantes que dans chacune d'elles le cœur n'est pas influencé primitivement, et qu'on ne peut pas attribuer à une action directement portée sur lui les variations qui surviennent dans le nombre de ses battements. Nous allons exposer ces expériences en les groupant par séries, suivant le moyen qui a été employé pour faire varier la tension artérielle.

A. Variations de la fréquence des battements du cœur sous l'influence de la saignée.

g 01 . — Lorsque Haies appliqua le manomètre aux artères d'un cheval, il constata que la pression du sang dans ces vaisseaux décroît graduellement, à mesure qu'on fait perdre du sang à l'animal en produisant une hémorrhagie. Il vit aussi que, sous la même influence, le pouls s'accélère; c'est ainsi qu'il put, au moyen d'une hémorrhagie abondante faite sur un cheval, abaisser la pression du sang au quart environ de son degré normal. Dans ces conditions, le pouls de l'animal qui battait quarante fois

par minute avant l'hémorfmigîe, s'était élevé à 100 pulsations immédiatement après. Voici donc un premier fait qui rentre dans la loi que nous énoncions tout à l'heure, et qui montre que le cœur précipite ses battements à mesure que la tension artérielle lui fait moins d'obstacles.

Depuis Haies, tous les physiologistes ont constaté le môme fait, les cliniciens l'ont observé sur l'homme comme résultat d'hémorrhagies considérables ou de saignées trop copieuses. C'est un des faits les plus incontestablement acquis à la science que l'augmentation de la fréquence du pouls par l'hémorrhagie (1).

Nous avons voulu répéter aussi l'expérience de Haies, et nous sommes arrivé à des résultats absolument semblables. Sur un cheval auquel nous avons fait des hémorrhagïes successives, le pouls prit de la fréquence à mesure que le manomètre accusait un abaissement de la tension artérielle moyenne. Lorsque cette pression fut réduite à 5| centimètres de mercure (2) , le pouls avait atteint 150 pulsations par minute.

Sur l'homme, on trouve également l'accélération du pouls après une émission sanguine. Dans un cas où la quantité de sang retirée n'excédait pas ZiOO grammes, il y avait déjà une légère accélération du pouls, comme on

( I ) Nous devons toutefois faire observer qu'à la suite de l'hémorrhagie on voit, dans certains cas, un effet tout contraire se produire et le pouls perdre de sa fréquence. Cela arrive dans les cas où il survient un état nauséeux et une tendance à la syncope. 11 se produit alors, comme l'a si bien démontré J. Hunter, une contraction des petits vaisseaux qui retient le sang dans le système artériel et y relève la pression. Ces faits s'expliqueront mieux quand nous aurons parlé de l'influence de la contraction ou du relâchement des capillaires sur la fréquence du pouls.

(2) Quoique la pression moyenne normale n'ait rien d'absolu on peut dire qu'elle se rapproche en général de 1 S centimètres.

en peut juger par l'inspection des tracés recueillis avant et après la saignée.

Tracé du pouls pris avant la saignée.

Fig. 40.

Tracé du pouls après la saignée.

Fig. ai.

B. Variations de la fréquence du pouls produites par l'altitude du sujet.

§ 62. — L'attitude du sujet dont on explore le pouls influe sur la fréquence des battements. C'est un fait reconnu depuis longtemps par les physiologistes expérimentateurs, mais qui n'avait été rattaché par eux à aucune théorie. Avant de montrer comment cette influence rentre dans la loi précédente, nous allons citer des expériences qui ont été faites par différents auteurs.

Guy (1) trouva les variations suivantes :

Le sujet étant debout, 79 pulsations par minute. — assis, 70 — — — ' couché, 67 — —

Des expériences analogues furent faites par Graves (de Dublin). Or la fréquence du pouls alla toujours en augmentant à mesure que le patient, en quittant la position horizontale, se rapprochait davantage de l'attitude verticale.

Graves ajouta un fait nouveau à ceux qui avaient déjà été signalés : c'est que l'influence de l'attitude sur le pouls

(1) Guys Hospilal reports, vol. III, p. 92 à 308.

est d'autatlt plus grande que le sujet qu'on observe a le pouls plus fréquent au moment de l'expérience. 11 a signalé aussi chez les convalescents une plus grande inlem site des effets produits par les changements d'attitude.

Les influences de l'attitude sur la fréquence du pouls se rattachent à' la loi dynamique que nous étudions. En effet, la pesanteur intervient dans le mouvement du sang et le modifie, tantôt en secondant l'action clu cœur, tantôt en la contre -balançant. Quand une partie clu corps est déclive, la pesanteur y accélère le courant artériel ; quand une partie est élevée, la pesanteur gêne ce courant (1). Si les influences de la pesanteur modifient la circulation périphérique, elles agissent nécessairement sur la tension artérielle, et par conséquent sur les résistances que le cœur doit éprouver à chaque systole.

Le cœur étant situé environ à la réunion du tiers supérieur du corps avec les deux tiers inférieurs, il s'ensuit que la plus grande partie des vaisseaux artériels ont, par rapport à lui , une direction descendante lorsque nous sommes dans la station verticale. Ajoutons à cela que la direction descendante des membres thoraciques favorise le cours du sang à leur intérieur, en les plaçant presque tout entiers au-dessous du niveau du cœur. Dans toutes les autres attitudes, la pesanteur agit moins favorablement pour la progression du sang dans les artères, de sorte que la tension artérielle générale devra être plus élevée.

(1) Il ne faudrait pas croire que les effets de la pesanteur sur la circulation veineuse neutralisent exactement ceux qu'elle produit du côté des artères. Les veines, en effet, grâce à leurs valvules et à la contraction des muscles qui les environnent, trouvent une source particulière d'impulsion pour le retour centripète de leur sang; ainsi, elles ne subissent pas entièrement les influences défavorables de la pesanteur.

On comprend donc facilement les résultais obtenus par Guy, Graves, etc., qui ont trouvé la plus grande fréquence du pouls dans les cas où la pesanteur agissait le plus favorablement sur le cours du sang artériel, et par conséquent, secondait l'action du cœur, en diminuant les résistances qu'il éprouve.

Les expériences que nous venons de rapporter étant interprétées comme nous venons de le faire, nous devions chercher un nouveau contrôle a notre théorie, ne fût-ce que pour nous soumettre à la méthode de contre-épreuve que nous nous sommes imposée jusqu'ici. Or, voici ce que la théorie nous faisait prévoir. Toutes les fois que la pesanteur agira sur une partie du corps quelconque, pour y favoriser ou y entraver le cours du sang artériel, il devra s'ensuivre une modification secondaire dans la pression générale du sang dans les artères, et, par suite, un changement dans la fréquence des battements du cœur. — Les attitudes des bras qui peuvent être élevés ou abaissés sans que le corps se déplace doivent donc, eu petit, produire un effet analogue à celui que produisent les changements d'attitude de tout le corps. Le plan de l'expérience à faire se trouvait tout tracé; il s'agissait de se tenir clans l'attitude assise, par exemple, et de compter le pouls, d'abord les deux bras étant pendants, puis les deux bras étant levés. Dans le premier cas, la pesanteur, facilitant le cours du sang dans les bras, le pouls devait avoir plus de fréquence; il devait être plus rare lorsque les bras seraient levés.

L'expérience justifia nos prévisions. Sur plus de quarante expériences, nous avons trouvé une différence de 2 à 1/i pulsations par minute, la plus grande fréquence

s observant dans le cas où les bras étaient baissés (1). La moyenne de ces expériences nous donna les chiffres suivants :

Les bras étant baissés, 94 pulsations par minute.

levés, 87 — —

Cette nouvelle confirmation ne laissait plus de place au doute, s'il pouvait y en avoir après les expériences de Guy, Graves, etc. En effet, dans l'expérience qui consiste à changer simplement la position du bras, nulle action ne s'exerce sur le cœur lui-même.

C. Variations de la fréquence du pouls suivant que l'on comprime ou qu'on relâche des troncs artériels volumineux.

§ 63. — Lorsqu'on oblitère une artère volumineuse au moyen d'une compression absolue du vaisseau, il est bien évident qu'on soustrait à l'écoulement du sang une large voie par laquelle il se produisait, et qu'en vertu des lois les plus simples de l'hydraulique, on augmente consécutivement la tension dans le reste du système artériel. Ici agit, à un haut degré, l'influence que nous avons constatée dans le cas de la simple élévation d'un bras ; seulement, l'obstacle à l'écoulement sanguin étant plus considérable, ses effets sont, en conséquence, beaucoup plus prononcés. Lorsque l'on comprime les deux fémorales à la fois, il est très facile de voir que la tension artérielle augmente. Cela se traduit non-seulement par une plus grande hauteur de la ligne d'ensemble du tracé, mais encore par un changement dans la forme de la pulsation.

(1) Chez un petit nombre de sujets, les résultats ont été différents. Ainsi, des individus, fatigués ou faibles, avaient, soit une légère augmentation, soit une simple conservation du chiffre du pouls lorsqu'ils tenaient les bras levés. Ces cas sont tout à fait exceptionnels.

Nous verrons plus tard que cette forme peut, à elle seule, indiquer que la tension artérielle a augmenté.

1" expérience. — Le sphygmographe étant appliqué sur la radiale, nous faisons comprimer par un aide nos deux fémorales à la fois, et quand l'élévation de la tension est arrivée, nous faisons marcher le mouvement d'horlogerie.

Le tracé se produit alors, et quand il est arrivé au milieu de la longueur de la plaque, l'aide cesse la compression. Aussitôt les artères des membres inférieurs redeviennent perméables, la tension baisse, et la seconde moitié du tracé se fait dans ces conditions de tension moins forte.

La fig. /j2 représente un tracé recueilli dans ces conditions.

Fig. 42.

Dansla première moitié du tracé, la tension était élevée par suite de la compression des deux' artères fémorales ; cette compression a cessé dans la seconde moitié.

Que l'on mesure, à l'aide d'un compas, la durée comparative d'un même nombre de pulsations dans les deux moitiés du tracé, et Ton pourra aussitôt se convaincre que la fréquence du pouls a augmenté dans la seconde, c'està-dire à partir du moment où l'on a enlevé l'obstacle qui gênait le passage du sang et qui, élevant la tension artérielle, se faisait sentir jusqu'au cœur lui-même.

Chauveau a bien voulu nous transmettre les résultats d'une expérience qu'il a instituée afin de contrôler la

fréquence du pouls, théorie que nous avons émise relativement aux influences que la compression des troncs artériels volumineux exerce sur la fréquence des battements du cœur. Le résultat de cette expérience fournit, comme on va le voir, une confirmation nouvelle de notre théorie.

T expérience. — Chez les grands animaux, comme le cheval, il est assez facile d'introduire le bras dans le rectum et de l'y enfoncer profondément. On peut alors sentir l'aorte avant sa bifurcation et, à travers les parois de l'intestin, saisir ce vaisseau pour le comprimer. — Après avoir appliqué un sphygmoscope (voy. §55) à la carotide d'un cheval et avoir mis l'instrument en marche, Chauveau comprima l'aorte par le moyen qui a été indiqué. Aussitôt l'instrument accusa à la fois une augmentation très considérable de la tension artérielle, et en même temps un ralentissement considérable des battements du cœur (fig. û3).

Le pouls battait cà raison de 50 pulsations par minute avant la compression de l'aorte ; au moment de la compression, il ne battait qu'environ trente-cinq fois.

Cette expérience n'a pas besoin d'être commentée, elle montre clairement l'existence de l'influence que nous avons signalée pour le cas de la compression des fémorales.

D. Variations de la fréquence du pouls sous l'influence de la contraction ou du relâchement des petits vaisseaux.

§ 6'j . — Depuis que Claude Bernard a découvert l'action que certains lilets nerveux exercent sur la contractilité des petits vaisseaux, et montré que le grand sympathique préside à leur contraction, tandis que d'autres nerfs semblent avoir pour action de les faire reltàcher, la physiologie possède la solution d'une question qui, depuis longtemps, préoccupait les médecins : on comprend, en effet, la cause des variations locales de la circulation. — Quand, sous une influence nerveuse, les vaisseaux d'une région se relâchent, le sang les traverse plus facilement et plus vite. Quand les vaisseaux se resserrent, la circulation de ce point est ralentie.

Tant que ces variations dans la facilité du passage du sang se bornent à des points de peu d'étendue, il en résulte peu de changements dans l'état général de la circulation. Mais si le relâchement ou le resserrement des vaisseaux se produit dans un grand nombre de points à la fois, il s'ensuivra, de toute nécessité, un changement notable dans la tension artérielle. Cette tension faiblira si les petits vaisseaux relâchés laissent le sang s'écouler plus facilement des artères clans les veines, elle augmentera si les artérioles resserrées font obstacle à cet écoulement. On peut donc prévoir que, si les vaisseaux se relâchent, la fréquence du pouls augmentera; s'ils se resserrent, cette fréquence diminuera. C'est ce qui sera vérifié par les expériences suivantes.

On connaît des agents qui ont pour action de resserrer les vaisseaux et d'autres qui les relâchent. Le froid appartient au premier groupe, la chaleur au second. Sous l'in-

fluence do ces deux agents, on doit donc voir la fréquence du pouls varier : diminuer sous l'influence du froid, augmenter par l'action de la chaleur.

Expérience. — Qu'un sujet sain entre dans une étuve, la fréquence du pouls augmentera immédiatement. Fleury a étudié cette influence sur lui-môme, et a vu qu'un séjour de trente-cinq minutes dans une étuve chauffée à 48°, avait porté son pouls à l/i5 pulsations par minute.

On trouve dans les annales de la science de nombreuses observations dans lesquelles la température supportée a été bien plus considérable; ainsi des individus sont entrés dans des fours pendant que le pain y cuisait et ont pu y rester jusqu'à douze minutes. D'autres expérimentateurs ont pu supporter, pendant assez longtemps, le séjour dans une étuve sèche chauffée à 115 degrés et même plus. Dans ces cas, l'élévation du chiffre du pouls a été énorme, presque toujours il dépassait 200 pulsations par minute.

Les effets du froid sont tout inverses des précédents. Bence- Jones et Dickinson (1) ont étudié l'influence de la douche froide sur la fréquence du pouls; ils ont vu que, par l'effet du refroidissement, le pouls peut tomber à 50 pulsations à la minute, pour se relever dès que le sujet reprend sa température normale (2).

Les variations de la température n'ont pas besoin d'être

(<l) Journal de physiologie de l'homme et des animaux, 1848, p. 72 et suivantes.

(2) Le docteur Drake (de New-York) a signalé un abaissement énorme du chiffre du pouls lorsqu'il faisait faire à un malade des inhalations d'air très froid. Celle influence du froid sur la circulation pulmonaire aurait-elle une action analogue à celle qui se produit du côté de la circu-

-iU PHYSIOLOGIE.

aussi intenses pour produire sur la fréquence du pouls des effets appréciables. Tout le monde a observé sur soi que la fréquence du pouls augmente en été, et qu'elle est plus grande, même clans la saison froide, si nous nous tenons dans un appartement chauffé. Les voyageurs qui nous ont donné les chiffres de la fréquence du pouls chez l'homme, sous différentes latitudes, nous apprennent tous que dans les pays chauds le pouls a une grande fréquence, qu'il est au contraire plus rare clans les pays froids.

La seule influence de vêtements plus ou moins chauds, quand on est placé dans un milieu d'une température quelconque, produit clans la fréquence du pouls des variations considérables. Les figures hh, Û5, A 6 représentent le pouls pris sur nous avec des vêtements de plus en plus chauds, ajoutés successivement à des intervalles de vingt minutes.

Fïg. A4.

Fig. 45.

Fis. 46..

lation générale? Nous ne saurions l'afOcmgr, car les conditions de 1 expérience sont plus complexes que dans les cas précédents. Nous citons ce fait à titre de simple rapprochement avec les expériences relatives aux effets des changements de température sur la circulation générale.

E. Variations de la fréquence du pouls sous l'influence du repos ou do l'aclivité musculaire.

g G5. •— Quand on prend le tracé du pouls d'un sujet qui est calme, et qu'on le compare à celui qu'on obtient sur le même individu après qu'il a couru, monté un escalier, ou fait quelque exercice violent, on trouve dans la fréquence du pouls une différence notable ainsi que dans sa force. On en peut juger par les deux types (fig. Û'7).

Fig. 47.

Ce tracé est obtenu de la manière suivante : on applique le sphygmographe au poignet et on prend le tracé du pouls de a en b. — On arrête le mouvement d'horlogerie; alors le levier oscille suivant la verticale b. Pendant ce temps on fait un exercice violent : course ou ascension d'un escalier, puis on fait de nouveau marcher l'instrument qui donne le tracé b, c.

On voit qu'après l'exercice musculaire la fréquence du pouls est très accrue, et comme la circulation capillaire est très activée, que la chaleur de la peau est grande, on est porté à croire au premier abord que les forces qui président à la circulation sont augmentées, c'est-à-dire que le cœur déploie plus d'énergie que de coutume.

Pour nous, le phénomène tient à une cause toute différente. L'augmentation de fréquence des battements du pouls est un effet de l'écoulement plus facile du sang

à travers les petits vaisseaux sous l'influence de la course (1).

On sait que lorsqu'un muscle agit, le sang le traverse avec plus de vitesse, soit qu'il y ait relâchement des vaisseaux, soit que l'action des muscles, favorisant le courant veineux, diminue les résistances au-devant des capillaires. Quelle que soit la cause immédiate de cette accélération du mouvement du sang à travers les vaisseaux, elle n'est pas contestable après les expériences qui ont été faites sur ce point.

Ainsi donc, de deux choses l'une : ou bien la puissance du cœur s'est accrue primitivement sous l'influence de la course, et grâce à cet accroissement, le sang poussé avec force se fraye son chemin avec plus de vitesse ; ou bien, comme nous le croyons, les vaisseaux plus perméables, ouvrant au sang un écoulement facile, laissent le cœur exécuter plus librement et plus précipitamment ses systoles. Les vivisections nous fournissent un moyen certain pour trancher cette question ; ce moyen consiste à mesurer la tension artérielle à l'aide du manomètre clans ces deux états opposés de la circulation caractérisés l'un par la rareté, l'autre par la précipitation des battements du cœur.

En effet, dans la première hypothèse, c'est un excès d'impulsion qui fait circuler le sang plus vite, la tension doit donc être accrue. Dans la seconde, on devra trouver la tension diminuée par la plus grande facilité de l'écou-

(1) L'énorme augmentation d'énergie des battements des artères, dans ces circonstances, tendrait à faire croire que le cœur dépense en réalité plus de force après un exercice musculaire violent. Il n'en est rien, et l'on verra dans le prochain chapitre comment l'abaissement de la tension artérielle produit celte augmentation de la force du pouls en même temps que sa plus grande fréquence.

lement, et c'est cette diminution môme qui fait battre le cœur avec plus de vitesse.

Voici une expérience qui nous paraît de nature à juger la question.

Expérience. — On adapte à la carotide d'un cheval un manomètre à mercure. (Nous nous sommes servi de notre manomètre compensateur.) La colonne des moyennes donne 108mm.

On fait courir le cheval au galop pendant une dizaine de minutes ; le manomètre est réappliqué au moment où le cheval est ramené avec un pouls d'une force et d'une fréquence extrêmes. La moyenne de tension avait baissé, elle n'était plus qu al02mm.— Comme contre-épreuve on laisse reposer l'animal ; à mesure que le pouls se ralentit et devient plus faible, la tension artérielle augmente; elle dépasse même le chiffre primitif, car elle arrive à 115mm.

En présence de tous les faits que nous venons d'énumérer, on est conduit, contrairement aux idées généralement reçues en physiologie et en médecine, àcomprendre les phénomènes d'activilé circulatoire comme résultant primitivement, non pas d'un surcroît dans la force impulsive du cœur, mais d'une diminution des résistances que la contractilité des vaisseaux oppose au sang ; il s'ensuit que ce que l'on considère comme un accroissement des forces dans une maladie sera pour nous l'effet d'une faiblesse. Nous avons déjà dit quelques mots sur ce sujet, plus de détail serait déplacé ici et nous entraînerait trop loin du sujet. Nous renvoyons le lecteur à d'autres travaux sur ce point, et au chapitre qui traitera de la nature de la fièvre (1).

(1 ) La solidarité des deux cœurs, grâce à laquelle un ventricule ne

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