‹ Physiologie médicale de la circulation du sang [electronic resource]Chapitre 41 sur 114 · DU POULS REBONDISSANT OU D1GROTE · texte numérisé non relu

DU POULS REBONDISSANT OU D1GROTE

Le dicrotisme du pouls est un phénomène physiologique, on l'observe presque chez tous les sujets ; seulement il n'est sensible au doigt que dans les cas où il est extrêmement prononcé. — Le doigt peut confondre deux sortes de rebondissements bien différents, dont l'une se produit pendant la période d'ampliation du vaisseau, l'autre pendant sa période de retrait.

Cause du dicrotisme : c'est un effet de la vitesse acquise de la colonne liquide contenue dans le vaisseau. — Expérience. De l'air poussé dans un tube y produit des pulsations , mais pas de dicrotisme. — De l'eau dans le même tube produit un dicrotisme. — Du mercure donne lieu à un dicrotisme encore plus prononcé. — Le dicrotisme, peu sensible dans l'aorte, se produit à un haut degré dans les grosses artères de la périphérie. — Démonstration directe de l'existence de mouvements alternatifs du sang dans les grosses artères.

Des conditions qui font varier l'intensité du dicrotisme. — Influence de l'élasticité des artères. — Influence de l'état de la tension artérielle. — Influence du volume de l'ondée lancée par le ventricule sur l'intensité du dicrotisme.

Des conditions qui font varier le nombre des rebondissements dans le pouls dicrote.

§ 77, Parmi les formes du pouls que le doigt peut sentir, l'une des plus intéressantes par sa valeur clinique est le pouls rebondissant ou dicrote. Les anciens auteurs nommaient encore cette forme du pouls bis [eriens, parce que le doigt est en effet frappé par deux battements successifs pour une seule contraction du cœur.

Ce type du pouls auquel les cliniciens attachaient une grande importance, n'est point rare comme on le croyait, c'est au contraire une forme à peu près constante de la

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pulsation artérielle pendant sa période de descente; mais ce qui est, rare, c'est que le rebondissement atteigne une intensité suffisante pour être perçu parle toucher; cela n'arrive que dans certaines maladies, particulièrement dans celles qui revêtent la forme dite typhoïde. En dehors de ces cas, le rebondissement est trop faible et échappe à notre toucher, comme cela arrive pour la plupart des autres caractères que nous avons déjà décrits à propos de la forme du pouls.

Une distinction importante que la palpation du pouls ne permet pas de faire consiste à déterminer si le rebondissement a lieu dans la période de diastole du vaisseau (ascension de la pulsation), ou bien dans sa période de systole (descente). Bouillaud enseigne avec raison que, dans l'insuffisance aortique, le pouls est dicrote ; mais, dans cette affection, c'est à la période d'ascension qu'appartient le rebondissement ; ce phénomène est d'une tout autre nature que le rebondissement qui se produit dans la période de descente : c'est ce dernier qui constitue le dicrotisme proprement dit.

Rien de plus facile, au moyen du sphygmographe, que de déterminer à laquelle des deux périodes appartient le rebondissement. Les types suivants (fig. 65 et 66) mon-

Fig. 65.

trent la différence qui existe entre ces deux espèces de rebondissement du pouls.

De la cause du dicrotlune»

§ 78. — Comment se produit ce phénomène? C'est là ce qu'il est important de déterminer, non-seulement au point de vue de la physiologie, mais surtout à celui de la clinique, et afin de mieux connaître quel est l'état circulatoire dans les maladies qui présentent à un haut degré cette forme du pouls.

11 y a longtemps que l'auscultation a prouvé que le cœur ne se contracte qu'une fois pour produire les deux battements consécutifs du pouls dicrote. — Ce fait démontré, les physiologistes s'ingénièrent à trouver en dehors du cœur la cause d'une impulsion nouvelle ; ils crurent un instant la trouver dans une contraction des artères. La eontractililé des artères est aujourd'hui bien démontrée : il était donc permis de supposer qu'une contraction de ces vaisseaux pouvait produire le phénomène du dicrotisme. Mais, d'abord, les contractions rhythmiques des artères n'ont jamais la fréquence des battements du cœur, elles ne sauraient donc produire, après chacun des battements de cet organe, une pulsation nouvelle. De plus, l'expérience suivante montre que le pouls dicrote se produit artificiellement sur un simple tube élastique, par conséquenthors de touteinfluencedelacontractilité du vaisseau.

Qu'on adapte le sphygmographe sur le tube qui, dans notre schéma, correspond à l'artère radiale (au point S', fig. 19), et qu'on fasse marcher la circulation avec une tension artérielle peu élevée, on obtient un très beau spécimen de pouls dicrote.

cause nu niCROTisME. 267

C'est qu'en effet le dicrotisme est un phénomène purement physique. Il dépend d'une double cause : 1° de la vitesse acquise que prend la colonne liquide lancée dans les vaisseaux ; 2° de l'élasticité des vaisseaux qui fait osciller cette colonne liquide dans une direction alternativement centrifuge et centripète. Nous allons essayer d'analyser le phénomène d'une manière plus complète.

Supposons qu'au lieu d'un liquide pesant, nous ayons dans les tubes du schéma un fluide presque sans pesanteur, de l'air par exemple. Cet air, poussé dans les vaisseaux, ne sera animé d'aucune vitesse acquise dès que l'impulsion aura cessé; il n'y aura jamais de dicrotisme, comme cela se voit figure 68. Mais, si nous remplaçons l'air par de l'eau, le dicrotisme apparaît.

Fig. 68.

§ 79. — L'expérience suivante rendra plus saisissantes les conditions dans lesquelles se produit le rebondissement de la pulsation. Soit (fig. 69) un long tube de verre à

S Qmm«««»jp. - jjp5S5m55ff S'

Fig. 69.

l'extrémité duquel sont adaptés en S et S' des tronçons de tubes de caoutchouc fermés à leurs extrémités; ce système de tubes est clos et ne contient que de Pair. Adaptons un sphygmographe à l'un des tubes de caoutchouc, soit en S', et pressons brusquement entre les doigts le tube S. Aussitôt le sphygmographe, qui traçait une ligne hori-

zontale (fig. 70), indique, par une ascension verticale du tracé, que la tension vient de s'élever subitement; puis, à

Kig. 70.

partir de ce moment, il se remet à tracer, une ligne horizontale. Si l'on cesse de comprimer le tronçon élastique S, le levier retombe à son niveau primitif, et y donne de nouveau une ligne horizontale jusqu'à ce que l'on comprime encore le point S, et ainsi de suite.

Conservons le même appareil, mais emplissons-le d'eau

à la place d'air, et répétons l'expérience de la même manière, le tracé obtenu sera le suivant

C'est-à-dire qu'il y aura, à chaque fois que l'on comprimera ou qu'on relâchera l'un des tubes de caoutchouc, une série de rebondissements produits par les oscillations de la colonne liquide. Cette colonne, mise en mouvement de S en S', prendra une vitesse acquise en vertu de laquelle elle distendra l'extrémité du tube S'. Dès que cette vitesse sera éteinte, le retrait élastique du tronçon S' donnera à la colonne liquide une impulsion nouvelle qui la ramènera en S. Mais cette colonne ne s'arrêtera pas au moment où la pression sera devenue égale en Set en S': la vitesse acquise dans ce trajet lui fera dépasser ce point et rendra la pression en S plus forte qu'en S'. Une non-

CAUSE DU DICR0T1SME. -iOy

velle oscillation en sens inverse se produira, et ainsi de suite, jusqu'à ce que les résistances que le liquide éprouve à se mouvoir dans le tube éteignent ces oscillations d'une manière graduelle. Au lieu d'eau, remplissons l'appareil avec du mercure, les rebondissements prendront une intensité énorme (fig. 72) à cause de la densité considérable du liquide employé.

Figu. 72.

N'y a-t-il pas identité parfaite entre ce phénomène et une oscillation quelconque, celle d'un pendule, par exemple? De part et d'autre, c'est un corps pesant qu'une force tend à ramener à un état d'équilibre, et qui, en Rapprochant de ce point, prend une vitesse acquise qui tend à le lui faire dépasser (1).

Jusqu'à présent, nous avons parlé des oscillations du liquide, abstraction faite de l'écoulement de celui-ci à travers les vaisseaux. L'appareil dont nous nous sommes servi était clos, de sorte que, lorsqu'on exerçait une compression à l'un des "bouts du tube, l'autre extrémité se

(1) Vierordt avait pensé que les tracés fournis par notre instrument pouvaient être altérés par des vibrations propres au levier, et c'est-à cette cause qu'il attribuait le dicrotisme que présentent la plupart de nos tracés (voy. K. Vierordt, Grundriss der Physiologie des Menschen, ersle Lieferung, p. 98). Nous croyons qu'une pareille objection n'a plus besoin d'être réfutée en présence des expériences que nous venons de rapporter, expériences dans lesquelles l'existence ou l'absence du dicrotisme tenait à la nature du fluide contenu dans les tubes, et non à la disposition de l'appareil qui restait la môme dans tous les cas.

-/u l'llYSlOLOGIL.

distendait.; colle-ci, sauf les variations temporaires produites par les oscillations, gardait indéfiniment sa tension augmentée. Dans les phénomènes de la circulation du sang, il s'ajoute un élément de plus relativement au mouvement du liquide, c'est l'écoulement de celui-ci par les voies capillaires. Pour imiter cette condition, il suffit d'établir à l'extrémité du tube qui porte le sphygmographe un petit orifice d'écoulement. Alors, en même temps que les oscillations auront lieu, la ligne de descente de la pulsation se produira sous l'influence de l'écoulement du liquide, et l'on obtiendra la figure suivante :

Fig. 73. I

§ 80. — La disposition de l'appareil circulatoire permet-elle d'expliquer les rebondissements du pouls par des oscillations de la colonne liquide semblables à celles dont nous, avons démontré l'existence dans le tube représenté figure 69? Telle est la question que l'on doit se poser avant de pousser plus loin l'étude physiologique de ce phénomène.

Pour prouver que ce sont bien des oscillations de la colonne liquide tout entière qui produisent les rebondissements, successifs accusés par le sphygmographe, nous avions employé un tube rigide dont les extrémités seules étaient élastiques ; dans de telles conditions, il n'y avait pas de doute possible sur la nature du mouvement qui se produisait, car il fallait, de toute nécessité, que la colonne liquide se mût tout d'une pièce dans la partie non élastique. Qu'arrivera-t-il si le tube est élastique dans son entier?

L'expérience est facile à faire; elle montre que, dans de telles conditions, on obtient des rebondissements iden-

CAUSE DU PlCROXiSME. zn

tiques avec ceux que nous connaissons déjà, sauf qu'ils sont un peu moins brefs, car l'élasticité qui transforme le mouvement du liquide, comme nous l'avons déjà vu, tend sans cesse à éteindre les mouvements saccadés. La figure lk montre les oscillations qui se produisent, si le tube est élastique dans toute sa longueur.

Fig. lk.

Si nous nous rapprochons davantage des conditions qui existent dans la circulation du saug, et si, pour cela, nous employons un système de tubes élastiques branchés sur un autre tube plus volumineux et élastique lui-même, de manière à imiter la disposition de l'aorte et les principaux tracés artériels, comme cela se voit dans le schéma, nous obtenons encore le même phénomène , c'est-à-dire qu'une série de rebondissements se produira après chaque pulsation.

Le schéma permet de constater facilement l'existence du pouls rebondissant; on a pu le voir par la figure 67.

Dans ces conditions, l'ondée lancée par le ventricule se porte vers la périphérie et, par suite de la vitesse acquise, abandonne les régions initiales de l'aorte pour distendre les extrémités du système artériel. Arrêtée en ce dernier point par l'étroitesse des artères qui lui fait obstacle, elle rellue vers l'origine de l'aorte; mais cette voie est fermée par les valvules sigmoïdes. Nouvel obstacle, nouveau reflux, et par suite nouvelle ondulation (ou rebondissement).

Ces oscillations alternatives se produisent jusqu'à ce qu'une contraction du ventricule vienne y mettre fin en produisant une pulsation nouvelle.

Pour avoir une idée exacte de la manière dont se produit l'oscillation qui constitue le dicrotisme, il faut comparer la forme du pouls enregistré à la fois dans différentes artères. On a déjà vu que l'aorte fournit une pulsation d'une forme particulière dans laquelle le dicrotisme est ordinairement peu prononcé. La figure 38, qui renferme à la fois le pouls aortique (ligne 2) et le pouls de l'artère fémorale (ligne 3) montre que, dans la fémorale, le pouls présente un dicrotisme beaucoup plus prononcé que dans l'aorte.

Si l'on compare (fig. 75) le pouls de l'aorte (ligne su-

Fig. 75.

périeure) à celui de la faciale (ligne inférieure), on voit aussi que dans ce dernier vaisseau le dicrotisme est beaucoup plus prononcé.

La conclusion qui ressort de ces deux faits est celle-ci : le phénomène d'oscillation qui constitue le dicrotisme se produit dans les artères de la périphérie. — On comprend qu'il en soit, ainsi du moment qu'il est prouvé que le phénomène du dicrotisme est produit par l'oscillation de la colonne liquide logée dans les artères. Cette oscillation, en effet, exige, pour se produire, une impulsion rapide

CAUSE DU DICROTISME.

du liquide et une masse assez grande mise en mouvement. Or, ces conditions sont d'autant mieux réalisées qu'on a affaire à une artère plus longue et plus volumineuse; on peut s'en assurer sur le schéma en adaptant à celui-ci des tubes de différentes longueurs : les tubes les plus longs sont ceux dans lesquels le dicrotisme se produit au plus haut degré.

§ 81 . — Si l'on veut une preuve de plus de la réalité de l'oscillation que nous avons décrite comme cause du pouls dicrole, on peut, au moyen de l'hémodromomètre enregistreur de Chauveau, démontrer l'existence du vaet-vient de la colonne sanguine.

Expérience. — Sur un cheval dont le pouls présentait un dicrotisme très prononcé, sensible même dans l'artère carotide, on appliqua simultanément tà ce vaisseau un sphygmographe et un hémodromomètre enregistreur, de manière à observer à la fois les changements qui se passaient dans la vitesse, et ceux qui survenaient dans la pression du sang de celte artère. On obtint ainsi la figure 76,

Fig. 76.

dans laquelle le tracé supérieur est fourni par la vitesse du sang et le tracé inférieur par la pulsation. Dans cette figure, nous avons établi pour chaque pulls

sation quatre points de repère en traçant les arcs de cercle que chacun des leviers eût décrits si l'instrument eût été arrêté quatre fois pendant chaque pulsation. Ces repères servent à établir nettement le synchronisme des différents éléments de chacun des tracés. On connaît assez la manière d'analyser les courbes graphiques, au point de vue du synchronisme, pour que nous n'ayons pas besoin de donner plus de détails à ce sujet. On voit sur ces figures : 1° que le début de la pulsation coïncide avec la production d'un courant rapide centrifuge ; 2° que le sommet de la pulsation arrive à un moment où le courant centrituge a déjà cessé; 3° qu'à l'instant où se produit la clôture des valvules sigmoïdes, il se fait dans la carotide un courant rétrograde, comme l'indique la position du tracé qui à ce moment est au-dessous du zéro ; k° qu'après la clôture des valvules sigmoïdes il se fait un nouveau courant centrifuge qui constitue la pulsation secondaire (dicrote). Cette pulsation se fait sentir dans le tracé du pouls carotidfen» — Enfin, on voit de nouveaux rebondissements moins prononcés et qui vont en s'éteignant, comme dans les expériences citées précédemment (§ 79).

Il est donc bien établi que la colonne sanguine oscille dans les artères, et que c'est à ces mouvements alternatifs qu'est due la production du pouls dicrote (1).

(1) Dans nos premières recherches sur la nature du pouls dicrote, nous avions admis un fait que Beau nous avait fait remarquer : c'est que le dicrotisme du pouls ne se sent pas à l'artère fémorale. Nous avons reconnu depuis, que si le dicrotisme échappe souvent au doigt qui explore cette artère, cela tient au défaut de sensibilité du toucher, car le sphygmographe révèle sur la fémorale un dicrotisme manifeste. En admettant comme vraie la remarque de Beau sur l'absence du dicrotisme à l'artère fémorale, nous avions été conduit à assigner au mouvement du san" dans les artères une dirêclion qui permît d'expliquer ce phéno-

VARIATIONS DU DICROTISME.

De» conditions qui font varier l'intensité du dicrotisme.

§ 82. — Puisque le dicrotisme résulte de la pesanteur du liquide sanguin et de l'élasticité des artères, il n'y a plus lieu de s'étonner si c'est un phénomène normal dans la circulation du sang. Mais une autre question se présente : Quelles sont les influences qui font varier l'intensité du dicrotisme et qui le rendent tantôt assez fort pour que le doigt le puisse sentir, tantôt assez faible pour que l'instrument le signale à peine ?

Ce que nous avons dit fait déjà prévoir que les rebondissements seront d'autant plus torts que la pulsation primitive sera plus brève. En effet, puisque la colonne sanguine se porte à la périphérie par suite d'une vitesse acquise, il faut donc qu'elle soit sortie du cœur avec assez de rapidité, sans quoi elle n'aurait que peu de tendance à s'élancer vers la périphérie du corps. Or, rien de plus facile que de reconnaître, à l'inspection d'un tracé, si l'ondée sanguine a pénétré dans les artères d'une manière rapide ou lente ; on sait déjà comment cela se déduit de la forme de l'ascension du tracé. On peut donc prévoir à

mène. Nous avions donc supposé que le courant sanguin, 'après avoir suivi la direction de l'aorte, allait, par les artères iliaques, distendre les vaisseaux des membres inférieurs ; qu'ensuite il refluait vers l'origine de l'aorte et envoyait une seconde pulsation dans les vaisseaux de la tête et des membres; enfin, que le retour de la colonne liquide aux vaisseaux des membres inférieurs ne se faisait pas, parce que le mouvement s'éteignait avant d'avoir accompli ce double parcours. — Maintenant que l'existence du dicrotisme aux artères fémorales est démontrée, il n'y a pas lieu de croire, comme le professeur Duchek (de Vienne) semble le supposer (voy. Medizinische JahrbU&her, 1 862* p. 59), que notre théorie du dicrotisme produit par l'oscillation du sang dans les vaisseaux doive être abandonnée, il faut seulement conclure que l'oscillation se1 propage jusque dans les artères des membres inférieurs.

l'avance si une pulsation offre une ascension oblique, c'est-à-dire si l'arrivée du sang dans les artères ne se fait que d'une manière lente, qu'il n'y aura pas de dicrotisme

Fig. 77.

(fig. 77), tandis que si cette ascension est brusque, le dicrotisme sera très prononcé (fig. 78).

Mais il faut ici faire une distinction capitale. La systole du ventricule et l'afflux du sang dans les artères ne sont pas seulement lents ou brusques, ils peuvent réunir ces deux caractères à la fois ; ils peuvent commencer brusquement et finir d'une manière lente, comme cela se voit dans la figure 6û.

Dans ce cas, la brusquerie du début ne produit pas de rebondissement, car cette première impulsion est immédiatement suivie d'une autre plus prolongée et qui tend à pousser de nouveau le sang vers la périphérie au moment où il tendrait à en revenir. Ce que nous disons de la forme précédente s'applique également à celle dans laquelle le sommet de la pulsation est formé par un plateau horizontal ou peu incliné, comme dans la figure 62. .

Dans ce cas, l'afflux du sang commence brusquement, mais il se prolonge sous forme d'un mouvement graduel et égal qui s'oppose au reflux centripète du sang artériel.

Du reste, il est facile de se rendre compte, au moyen du schéma, de l'influence qu'exerce le mouvement d'im-

VARIATIONS DU DICROTISME.

pulsion du liquide sur l'existence ou l'absence du dicrotisme. On fait paraître ou disparaître à volonté les rebondissements de la pulsation, suivant qu'on presse la boule de caoutchouc d'une manière brusque ou lente.

Influence de l'élasticité des vaisseaux sur l'intensité du dicrotisme.

§ 83.— L'influence qu'exerce l'élasticité plusou moins grande des artères sur le rebondissement du pouls est encore une de celles que la théorie pouvait faire prévoir. En effet, quand l'ondée sanguine animée d'une grande vitesse se porte dans les vaisseaux de la périphérie, si elle rencontre des parois dépourvues d'élasticité, sa force se détruit en grande partie contre cet obstacle, et il ne reste plus qu'une faible tendance au reflux, parce que les vaisseaux se sont peu laissé dilater. Mais, si les artères sont très élastiques, elles cèdent à l'effort du sang, se laissent distendre par lui, puis, quand la vitesse acquise est épuisée, elles réagissent et produisent le reflux. — Cela peut se vérifier par les expériences faites sur le schéma. Il suffît d'employer comparativement des tubes très élastiques et d'autres qui le soient très peu, et cela en donnant aux impulsions des intensités parfaitement semblables ; on voit alors que le dicrotisme est fort si les tubes sont très élastiques et faible s'ils le sont peu.

La pathologie confirmera encore ce principe en nous montrant que chez les vieillards dont les vaisseaux ont perdu leur élasticité, le dicrotisme est toujours très peu sensible, tandis qu'il est très prononcé chez les jeunes sujets. Enfin nous verrons, à propos des formes pathologiques du pouls, que les maladies dans lesquelles le dicrotisme atteint son plus haut degré, la fièvre typhoïde par exemple, présentent une augmentation de l'élasticité

*i0 PHYSIOLOGIE.

artérielle, parce que la conlractilité des artères, presque entièrement supprimée dans ces maladies, ne vient plus neutraliser, comme à l'état normal, une partie de l'élasticité de ces vaisseaux.

Influence de l'état de la tension artérielle sur l'intensité du dicrotisme.

§ 84. — On connaît l'influence considérable que la tension artérielle exerce sur la manière dont se produit la systole du ventricule et par conséquent sur la vitesse plus ou moins grande avec laquelle le sang passe du cœur dans les artères. Nous avons dit également que la vitesse avec laquelle le sang est lancé dans les artères est la cause première du dicrotisme. Il faut donc conclure que l'état de la tension artérielle exerce sur la forme du pouls une grande influence en donnant à la systole ventriculaire une rapidité plus ou moins grande. — La faible tension artérielle s'accompagnera d'un dicrotisme prononcé. — La forte tension artérielle sera caractérisée par un faible dicrotisme.

En outre, comme le système artériel, à mesure qu'il est plus distendu, devient de moins en moins extensible, l'abaissement de la tension artérielle, augmentant l'élasticité des vaisseaux, sera encore, à ce nouveau point de vue, favorable à la production du dicrotisme.

Nous allons énumérer les principales expériences qui démontrent cette influence de la tension artérielle sur la forme du pouls.

a. La saignée fait, comme on le sait, baisser la tension artérielle. Les figures hO et (il représentent le pouls d'un homme qu'on avait jugé pléthorique et auquel on pratiqua une saignée d'environ 400 grammes. Le tracé /jO est pris immédiatement avant l'émission sanguine;

VARIATIONS DU DICROTISME. 279

le tracé 41. est obtenu immédiatement après qu'on eut pratiqué la saignée.

Quoique la quantité de sang retirée au malade ait été peu considérable, on voyait déjà les effets de l'abaissement de la tension se produire chez cet homme. Le pouls présentait non-seulement un dicrotisme plus prononcé, mais encore une amplitude et une fréquence un peu plus considérables. (Des saignées pratiquées à des animaux nous ont donné les mêmes résultats dans un grand nombre d'expériences que nous avons faites avec le concours de Chauveau.)

b. La compression des artères fémorales dont nous nous sommes servi pour étudier la tension artérielle dans nos expériences relatives à la fréquence du pouls (voyez § 60) permet de constater que la forte tension agit aussi pour modifier la forme des pulsations. — ■■ Au moment où les fémorales sont comprimées et où par conséquent la tension est forte, le dicrotisme est peu prononcé ; il le devient davantage aussitôt que la compression de ces vaisseaux a cessé et que la tension s'abaisse. Les influences des attitudes sont du même ordre : la station verticale, en faisant baisser la tension artérielle, favorise le dicrotisme.

c. Les intermittences du pouls fournissent encore un bon moyen d'étudier l'influence de la tension artérielle sur le dicrotisme. On sait qu'après une intermittence, la tension artérielle est plus basse qu'en temps ordinaire; cela se voit bien sur la figure suivante.

Fi£f. 79.

Or, la pulsation qui suit immédiatement l'intermit-

~oyj PHYSIOLOGIE.

tence, c'est-à-dire qui se fait dans les conditions de tension artérielle faible, présente toujours un dicrotisme plus prononcé que les pulsations précédentes et que celles qui la suivent.

d. Les agents qui font relâcher ou contracter les petits vaisseaux et qui, en conséquence, modifient la tension artérielle, modifieront d'une manière correspondante la forme du pouls. Sous l'influence de la chaleur, en môme temps que la tension baisse, le dicrotisme augmente. Le froid qui élève la tension fait diminuer le dicrotisme (§ 64). Nous ne multiplierons pas davantage les expériences que l'on peut faire sur ce sujet ; disons seulement que l'usage du schéma permet de contrôler la plupart de celles que nous venons de citer et qui avaient été faites sur le vivant.

Influence que le volume de l'ondée lancée par le ventricule exerce sur l'intensité du dicrotisme.

§ 85. — Le volume de l'ondée que le ventricule envoie dans les artères exerce aussi une grande influence sur la production du dicrotisme. Buisson qui a repris nos expériences signale, dans sa thèse inaugurale, les résultats qu'il a obtenus; il conclut que la production du dicrotisme est due le plus souvent au petit volume de l'ondée sanguine envoyée à chaque systole du cœur. Mais les conditions de la circulation sont complexes dans les cas où les ondées ventriculaires ont peu de volume, de telle sorte que la production du dicrotisme est favorisée dans ces circonstances par diverses influences qui s'ajoutent les unes aux autres. — D'abord la tension artérielle est moindre si le cœur lance peu de sang, et cette condition est favorable à la production du dicrotisme, puisque les artères moins tendues ont plus d'élasticité. — Ensuite ces ondées

Y.WUATIONS DU DICR0T1SME. 281

peu volumineuses sont envoyées avec plus de vitesse et conséquemment dans les conditions favorables au dicro-

tisme.

Quelle que soit la cause dont l'influence prédomine pour produire ce phénomène, le fait que nous signalons est parfaitement démontrable; il suffît de prendre un tracé du pouls dans lequel se rencontrent des inégalités dans le volume des pulsations, et l'on verra que les plus petites d'entre elles sont celles dont le rebondissement est le plus prononcé.

Cette figure est obtenue dans un cas de maladie du cœur avec une grande irrégularité de battements.

Des conditions qui font varier le nombre des rebondissements dans le pouls dicrote.

§ 86. — Les rebondissements multiples qu'on a vus dans les figures 71 et 72 peuvent aussi se rencontrer dans le pouls de l'homme sain ou malade. Une condition indispensable pour qu'ils se produisent en grand nombre, c'est que le pouls soit peu fréquent; autrement, la série des rebondissements serait interrompue, dès son début, par l'arrivée d'une pulsation nouvelle.

Fia. 81.

La figure 81 montre le pouls d'un homme qui avait cinq

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