CHAPITRE XII
C'est le caractère du pouls le plus important on clinique. — Défectuosités des classifications anciennes.
Analyse de la forme du pouls dans les tracés graphiques. — Des différenls éléments d'un tracé du pouls.
De la ligne d'ensemble du tracé; des influences qui font varier sa direction.
De la pulsation en elle-même; ses différents éléments; forme de chacun d'eux. ■ — a. Période d'ascension. — h. Sommet de la pulsation. — c. Période de descente.
§ 71. — Nous voici arrivé au point le plus important de l'étude du pouls, à celui qui préoccupait plus que tout autre les cliniciens d'autrefois, et dans lequel résidait, d'après eux, un des plus précieux éléments du diagnostic. Les médecins d'aujourd'hui ont reconnu combien il est difficile d'apprécier par le doigt seul les variétés de la pulsation ; de plus , la découverte de l'auscultation a permis de remplacer, dans quelques cas, par l'étude des bruits du cœur et des vaisseaux, l'observation trop difficile des différentes formes du pouls. Mais, grâce à l'instrument enregistreur, la perception des nuances les plus délicates de la pulsation devient chose facile ; au lieu d'appartenir exclusivement à quelques praticiens consommés, elle est possible pour tout le monde. Reste à déterminer la signification physiologique ou clinique de chacune des formes qui présentent un type à part. C'est ce que nous essayerons de faire en employant, suivant la méthode que nous avons adoptée, l'observation clinique
combinée avec les expériences physiologiques et physiques.
Il ne faut pas s'attendre à trouver souvent dans la forme du pouls un signe pathognomonique d'une maladie ; s'il en est ainsi clans quelques cas, le plus souvent, au contraire, des maladies très différentes présentent la même forme du pouls. D'autre part, dans le cours d'une même maladie, le pouls passe par une série de formes très variées dont chacune correspond à une phase particulière de l'évolution morbide.
Des nuances moins tranchées sont produites encore par les influences horaires : tout le monde a pu observer, dans la plupart des affections fébriles ou phlegmasiques, ces exacerbations vespérales qui donnent parfois à la maladie une apparence d'intermittence. Le pouls se ressent de toutes ces conditions, dont nous devons tenir compte. Enfin, il n'est pas jusqu'à l'attitude du sujet qui n'agisse sur la forme du pouls : ainsi, pour ne pas trop compliquer une question déjà assez difficile par elle-même, il faut avoir soin de placer autant que possible tous les malades dans des conditions identiques. — Ceux qui ont fourni les tracés qu'on verra plus loin ont été observés presque tous le matin , de huit heures à dix; tous étaient placés clans le décubitus dorsal, le bras étendu sur le lit. — Il faut en outre s'assurer que le malade ne fait aucun effort et qu'il n'éprouve aucune émotion qui puisse amener quelque perturbation dans son état circulatoire.
Dans de telles conditions, il ne reste plus pour influencer le pouls que l'état anatomique ou physiologique des organes de la circulation ; ce sont ces états que le pouls doit nous apprendre à reconnaître.
Le point du système artériel où l'on explore le pouls
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n'est pas indifférent ; chaque artère a son pouls particulier, de sorte que , si l'on comparait celui de la radiale d'un sujet à celui de la pédieuse, de la métatarsienne ou de la carotide d'un autre, on n'arriverait qu'à la confusion. Il faut donc choisir une artère toujours la même. Or, la meilleure nous semble être celle que de tout temps on a explorée de préférence : l'artère radiale au poignet. Les raisons qui nous la font préférer sont la plus grande facilité de fixer un instrument à cette région, et la plus grande constance du pouls en ce point. La carotide, en effet, qui serait peut-être la meilleure artère, si elle pouvait être explorée facilement, est tantôt très sensible au doigt, tantôt profondément cachée derrière les parties molles, de sorte que parfois on peut à peine en sentir les battements.
Toutes les influences dont nous aurons à parler au sujet de la forme du pouls et de ses changements sont purement physiques; on peut les reproduire artificiellement. Notre schéma se prête très bien à ce genre d'étude; aussi y aurons-nous recours afin de contrôler les explications données pour chaque forme du pouls : ce sera en reproduisant artificiellement chacune d'elles que nous justifierons les opinions que nous aurons avancées relativement à leur nature et à leur mode de production.
Classifications anciennes des formes du pouls i leurs défectuosités.
§ 72. — Au début de nos recherches cliniques, lorsque nous étions en possession d'un nombre considérable de tracés de pouls que nous pouvions comparer les uns aux autres, nous avons eu un instant l'espérance que, pour le
FORME DU POULS. 2l[|9
groupement de ces types si variés, on pouvait s'aider de la classification adoptée par l'ancienne médecine. Nous croyions, en un mot, que nous allions trouver les types correspondants à chacune des désignations anciennes : pouls grand et petit, large et étroit, dur et mou, plein et vide, vite et lent, serré, élevé, filiforme, formicant, caprizant, etc. Mais nous vîmes bientôt que toute tentative dans ce sens était superflue : d'abord, parce que la nomenclature ancienne est incomplète, et que dans une pulsation, elle ne tient pas compte des différents éléments que l'instrument nous révèle : ascension, sommet, descente; ensuite, parce que la valeur des mots employés pour désigner chaque forme du pouls est trop mal définie.
Soit que chacune de ces expressions ait été peu à peu déviée de son sens primitif, soit qu'il y ait dans ces désignations plutôt une synonymie encombrante qu'une véritable variété, le fait est que les médecins ne s'entendent plus sur la valeur de tous ces noms. — Ainsi, les mots pouls vite et lent, qui nous paraissent correspondre dans nos tracés au plus ou moins de rapidité de l'ascension du levier, ont été confondus par quelques auteurs avec ceux de fréquent et rare. — Les pouls dur et mou ont été confondus avec plein et vide. Sous cette désignation, certains médecins croient qu'on doit entendre un état particulier de la pulsation elle-même ; d'autres pensent que ces mots se rapportent à l'apparence que le vaisseau présente sous le doigt qui l'explore : ce vaisseau, formant un cordon tantôt dur, tantôt mou, paraissant tantôt plein de sang, tantôt vide.
Quoi qu'il en soit de la valeur réelle que les auteurs de cette nomenclature ont voulu donner à chacun de ces noms, on est, de nos jours, en désaccord complet; et
Zîyv HIYSÏOLOGIE.
deux médecins qu'on chargerait de caractériser par des noms la forme du pouls d'un malade, déimttnt leurs sensations chacun à sa manière.
Bordeu entreprit une classification sur une tout autre base : il désignait les types du pouls d'après le siéçe de la maladie dans laquelle ils se rencontrent. C'est ainsi qu'il admit le pouls capital, le guttural, le nasal, Vintestinal, puis les pouls supérieur et inférieur, suivant que la maladie siégeait au-dessus ou au-dessous du diaphragme. Le temps a fait justice de toutes ces subtilités, mais quelques formes semblent attirer encore l'attention des médecins : ainsi le pouls abdominal. Cette forme semble entraîner l'idée d'une grande faiblesse de la pulsation, son type serait celui qu'on observe clans l'état ultime d'une péritonite. Mais, comme le fait remarquer Beau dans ses leçons cliniques, ce n'est là qu'une phase de l'affection abdominale, et le pouls de la péritonite, pris dans la première période, offre des caractères tout opposés. Du reste, l'existence de ces types fût-elle vraie, ces désignations supposent nécessairement qu'on a observé déjà bien des fois chacune des affections auxquelles elles correspondent; elles n'apprennent rien à celui qui ne sait rien ; pour le praticien exercé, elles sont inutiles.
Une autre désignation que nous devons à Bordeu et qui a peut-être quelque chose de plus réel, c'est, le pouls des crises. 11 est certain, en effet, que dans les différentes phases d'une maladie, il y a des changements brusques ou lents dans la forme du pouls, et que ceux-ci correspondent à des changements simultanés dans l'état général du sujet. Mais ici, comme pour le cas précédent, parler du pouls de Virrilation ou de celui de la sueur, ce n'est pas en décrire les caractères.
FORME DU POULS. ^Ol
Ce n'est pas encore In toutes les raisons qui nous ont fait rejeter la méthode et les classifications anciennes dans l'étude du pouls. En comparant entre eux des tracés recueillis sur des malades et sur des sujets sains, nous vîmes bientôt que la même forme de pouls pouvait se présenter à l'état physiologique et dans certaines maladies. La conclusion nous paraît facile à tirer. C'est que dans l'un et clans l'autre cas, il y avait un état semblable de la circulation. L'ivresse et la fièvre typhoïde donnent au pouls le môme caractère : c'est qu'il y a dans ces deux cas un trouble semblable de la fonction circulatoire ; c'est ce trouble qu'il faut déterminer. Nous fûmes ainsi ramené à étudier les causes qui modifient la forme du pouls, non plus dans l'essence même de la maladie, mais dans une influence toute locale agissant sur l'appareil circulatoire. Ce serait tantôt un changement dans la manière dont le cœur se contracte; tantôt une modification clans le diamètre et l'élasticité des artères ; ailleurs un changement dans l'état des capillaires qui, relâchés ou contractés, feraient varier la tension artérielle, et avec celle-ci la forme du pouls. En un mot, toutes les fois qu'un caractère du pouls existe dans deux maladies différentes par leur essence, il existerait clans ces maladies une condition commune pour la circulation.
C'est donc la cause physique de chacune des formes du pouls que nous devrons rechercher. La tâche serait longue, si nous n'avions dans l'emploi de l'expérimentation physique un moyen de déterminer ces causes souvent difficiles à saisir sur l'homme et sur les animaux ; mais, grâce à ce moyen d'analyse et de contrôle, nous pourrons marcher rapidement dans cette étude.
Du moment que la forme du pouls se traduit par un
tracé, la seule manière d'analyser cette forme est de la soumettre à une sorte d'étude géométrique. Que les médecins qui ont horreur de l'introduction des sciences exactes dans notre art se rassurent; l'étude géométrique dont nous voulons parler n'exige pas des notions bien compliquées : elle se bornera presque toujours à savoir si une ligne est droite ou courbe, verticale ou oblique, horizontale ou non ; si un angle est plus ou moins ouvert, si son sommet est plus ou moins aigu ou arrondi. Tels sont les principaux éléments sur lesquels reposera l'analyse de la forme d'un tracé.
Des différents éléments d'un tracé du pouls.
Tout tracé se compose d'une série de courbes dont chacune correspond à un battement du pouls; ces courbes, nous les désignerons sous le nom de pulsations. Chaque pulsation, à son tour, se compose de trois parties fondamentales : Y ascension , le sommet et la descente. On a déjà vu comment chaque partie se trouve constituée : l'ascension par le début de l'afflux du sang, le sommet par la durée de cet afflux, la descente par l'écoulement seul du sang qui sort du système artériel à travers les vaisseaux capillaires.
Une série de pulsations forme une figure située sur une ligne sensiblement horizontale. En effet, comme on peut le voir en parcourant les spécimens du pouls dont nous présentons un grand nombre, si l'on faisait passer une ligne par les sommets ou les bases de chacune des pulsations, cette ligne serait horizontale dans la plupart des cas. Nous la désignerons sous le nom de ligne d'ensemble des pulsations. Dans tous les cas, on peut sur un tracé prendre deux lignes d'ensemble, celle qui passerait par
FORME DU I'OULS. -00
le sommet de chaque pulsation et celle qui passerait par sa base.
Ce qui frappe le plus lorsqu'on jette les yeux sur un tracé, c'est la ligne d'ensemble, les autres détails ne s'observent que plus tard, cette ligue doit donc être étudiée avant tout.
De la ligne d'onseinhie du tracé des pulsations.
g 73. — Lorsque la ligue d'ensemble joint entre eux les sommets de toutes les pulsations d'un tracé, on conçoit que si toutes ces pulsations sont égales, cette ligne sera parfaitement horizontale, tandis qu'elle deviendra sinueuse , dès que les pulsations cesseront d'offrir une parfaite régularité.
Daus ces conditions, la ligne d'ensemble correspond aux maxima de la tension artérielle, mais sa position ne saurait toutefois nous donner une idée de l'état de la pression du sang. En effet, il faudrait avoir un point de repère auquel on rapporterait le niveau de cette ligne ; il faudrait avoir une ligne de zéro, afin d'apprécier l'intervalle qui existe entre ce zéro et la pression existante. Mais si le sphygmographe ne peut pas donner une mesure absolue de la tension artérielle, il permet d'apprécier très exactement les variations que cette tension éprouve ; il eu donne par conséquent une mesure relative. Ainsi, quand l'instrument est fixé sur le poignet , s'il s'exerce une influence locale quelconque pour élever ou abaisser la pression du sang dans la radiale, la ligne d'ensemble s'élève ou s'abaisse d'une manière correspondante.
Pour en citer un exemple, nous mentionnerons les effets de la pesanteur sur le cours du sang. — On sait
que si un membre est mis dans une position déclive la pression du sang s'élève dans les artères de ce membre et que si on le tient élevé, la pression baisse dans ces vaisseaux. - Après avoir placé le sphygmographo sur la radiale et commencé à enregistrer le pouls, taudis que le bras est placé horizontalement, si l'on élève subitement le membre, on voit, dans la seconde partie du tracé, que la ligne d'ensemble s'est abaissée, indiquant par là une diminution de la pression sanguine.
Quand on abaisse le bras au-dessous de la position horizontale, l'effet inverse se produit : dans ce cas, l'accroissement de la pression artérielle se traduit par une élévation, du niveau de la ligne d'ensemble.
Le tracé suivant démontre ce fait d'une manière évidente.
La figure 59 correspond à une expérience dans la-
Fig. 59.
quelle le bras, tenu horizontalement d'abord de a en b, a été élevé pendant la seconde partie du tracé de c en d.
Si l'on expérimente en se servant du schéma, on peut reproduire le même phénomène. Sur la planche qui supporte l'appareil on articule un bras artificiel susceptible de prendre toutes les attitudes ; ce bras loge dans une gouttière les tubes qui correspondent à son système artériel; le sphygmographe est appliqué au point correspondant à l'artère radiale. — Si, pendant qu'on prend le tracé du pouls dans ces conditions, on lait varier l'altitude du bras,
on voit se produire les effets que nous avons signalés tout à l'heure dans l'expérience faite sur le vivant. Il y a dans les deux cas similitude d'effet, comme il y avait similitude de cause.
On peut de la même manière s'assurer des influences que les différentes attitudes du corps exercent sur la tension artérielle, en laissant le bras immobile et en donnant aux autres parties du corps toutes les positions possibles. Ainsi, on voit que si l'on prend le pouls de la radiale gauche, la pression augmente quand on élève le bras droit (Gg. 60). — Une infinité d'autres expériences peuvent se
Fig. (il).
faire pour prouver que tout obstacle au passage du sang dans un point quelconque du système artériel élève la pression du sang clans toutes les autres artères. Ainsi la compression des artères fémorales élève le niveau de la ligne d'ensemble du tracé de la radiale (voy. fig. 42). Dans toutes les expériences de ce genre, il faut immobiliser avec grand soin le bras sur lequel on expérimente, car un déplacement du poignet produirait une cause d'erreur.
§ 74. — Lorsque la ligne d'ensemble est obtenue en joignant entre elles les parties inférieures de toutes les pulsations, elle correspond aux minima de la tension artérielle. Ici encore on ne saurait avoir une idée de la valeur absolue de ces minima, parce que1 le zéro de la graduation du tracé n'est pas connu, mais toute variation qui survient à un moment donné dans les minima de la
JOt) PHYSlOhUGIli.
pression se traduit par un abaissement «Je la ligne d'ensemble qui cesse d'être horizontale.
Un abaissement du minimum d'une pulsation indique que l'écoulement du sang à travers les capillaires s'est fait d'une manière plus complète; or, comme la perméabilité des artères ne change jamais d'une manière brusque, cet abaissement des minima n'arrive guère que dans le cas où la contraction du cœur se fait attendre plus longtemps que de coutume , et laisse à l'écoulement du sang à travers les capillaires plus de temps pour s'accomplir. La figure 5/i représentait un cas de ce genre. Dans la plupart des cas les deux lignes subissent des déviations parallèles.
De toutes les influences qui agissent sur la pression du sang dans les artères et font varier la ligne d'ensemble du tracé , la plus intéressante à étudier est l'influence de la respiration. Cette fonction, en effet, est intimement liée à la circulation, et à chaque instant on la voit intervenir : la dyspnée, l'effort, la toux, le hoquet, etc., de même que les altérations pulmonaires, produisent des ondulations de diverses formes dans la ligne d'ensemble du tracé du pouls ; ces influences auront besoin d'être traitées dans un chapitre spécial pour recevoir tous les développements qu'elles méritent.
De la pulsation en elle-mùnic.
a. Période d'ascension.
La période d'ascension du tracé correspond, comme on le sait, à l'afflux du sang dans le système artériel, sous l'influence de la contraction du ventricule. Elle nous exprime, par sa forme, la manière dont le sang pénètre dans
les artères, ce qui peut se faire d'une manière plus ou moins rapide.
L'arrivée du sang dans les artères élève la pression dans ces vaisseaux; plus ce sang y sera projeté avec rapidité, plus la période d'ascension de la pulsation sera rapide elle-même. Dans ces conditions, le tracé exprimera par une ascension verticale cette impulsion rapide des ondées sanguines. En effet, pendant le temps très court que la tension artérielle mettra à atteindre son maximum, le mouvement de la plaque sur laquelle s'écrit la pulsation sera sensiblement nul (1).
Si l'ondée sanguine ne pénètre que lentement dans les artères, la pression du sang dans ces vaisseaux n'augmentera que d'une manière lente; Y ascension sera donc oblique, car, pendant qu'elle s'effectuera, la plaque qui reçoit le tracé cheminera d'une certaine quantité. De la combinaison de ces deux mouvements perpendiculaires l'un à l'autre, résultera une ligne oblique (2).
La verticalité et l'obliquité ne sont pas les deux seules formes qui appartiennent à la période d'ascension de la
(1 ) C'est surtout dans le tracé du pouls pris sur les artères voisines du cœur que la forme de l'ascension du tracé fournit une indication fidèle de la manière dont le ventricule se contracte. A la radiale, la forme du pouls arrive modifiée déjà par l'élasticité des parties du système artériel situées en avant du point observé. Toutefois le pouls radial n'en est pas moins le meilleur qu'on puisse choisir dans la majorité des cas, car il nous renseigne mieux que tout autre sur l'état anatomique ou physiologique des vaisseaux artériels.
(2) La projection de cette ascension sur la ligne des abscisses, autrement dit la longueur qui se mesure sur cette ligne, à partir du début de l'ascension jusqu'au pied de la perpendiculaire abaissée du sommet de la pulsation, exprimera en temps la durée de l'ascension. On pourra donc comparer cette durée à celle de la pulsation tout entière ou de chacun de ses cléments.
*258 l'HYSLOLOGllî.
pulsation ; on peut même dire que l'obliquité rectiligne n'existe presque jamais ; on rencontre, le plus souvent, une courbe oblique. — Une courbe est l'expression d'un mouvement varié; elle indique que le rapport de la vitesse clu mouvement du levier et de celui de la plaque change à chaque instant (1). Toute espèce de mouvement peut donc s'analyser avec une grande facilité, et il est facile de comparer, dans différents cas, la nature de l'afflux du sang dans les artères, autrement dit, le début de la systole des ventricules.
L'ascension peut encore se faire d'une autre manière : elle peut être saccadée, c'est-à-dire brusque d'abord, puis lente. On prévoit déjà par quelle ligne se traduira un pareil mouvement; ce sera une ligne d'abord verticale, puis
(1) Prenons pour exemple un cas très simple. Soit (Bg. 61) a, b, c, la forme de l'ascension dans une pulsation : on va voir que cette forme exprime ce que l'on appelle en physique un mouvement accéléré, puis diminué.
En étudiant ce qui se passe de a en b, on voit que la F'S' 61 ' ligne est d'abord presque horizontale, c'est-à-dire que l'ascension est très faible par rapport à la translation de la plaque ; puis celte ligne devient oblique, ce qui exprime que l'ascension devient plus sensible et que sa rapidité est égale à celle de la translation de la plaque, quand la ligne est inclinée à 45 degrés. Bientôt l'ascension devient plus rapide et se rapproche de la verticalité qu'elle atteint presqueau point b. A ce moment, l'ascension était tellement rapide, que la translation était relativement nulle pendant la 6n de celte prem.ere
La^êuxième période, b, c, nous montre le mouvement diminué. En effet, la liane, d'abord presque verticale, c'est-à-dire exprimant une ascension extrêmement rapide, devient de plus en plus oblique, ce qui veut d.re nue le mouvement ascensionnel faiblit et que la translation de la plaque devient relalivement plus rapide; bientôt cette translation se man.leste seule; l'ascension, à force de diminuer, est devenue sensiblement nulle, et la ligne est horizontale en c.
FOKMli DU l'OULS.. ~*>J
oblique (t), ou plutôt courbe, comme (laus la figure 64. Cette forme du pouls ne s'observe guère à la radiale que dans les cas pathologiques : ainsi clans l'insuffisance aortique et dans certains anévrysmes de l'aorte. On a déjà vu que c'est la forme ordinaire du pouls de l'aorte chez le cheval, ce qui tient à la nature du mouvement systolique chez cet animal. Nous croyons inutile de donner plus d'explications sur les différentes formes que peut présenter la ligne d'ascension; la signification de chacune d'elles s'expliquera d'elle-même quand nous aurons indiqué les conditions dans lesquelles elles se produisent.
b. Du sommet de la pulsation.
§ 75. — On pourrait croire que le sommet de la pulsation est un point mathématique intermédiaire entre l'ascension et la descente, et correspondant à ce moment très court où l'afflux cesse de contre-balancer l'écoulement du sang. Il n'en est pas ainsi , et nous allons voir qu'il faut , dans certains cas, assigner une étendue au sommet de la pulsation.
Dans la figure 62, on voit que l'ascension est suivie d'un
Fig. 02.
temps d'arrêt dans lequel le levier reste fixe dès qu'il est arrivé au sommet de sa source. Il y a, pour ainsi dire, équi-
(1) Jamais on ne rencontre une ligne oblique d'abord, puis verticale Cela se conçoit facilement, car les ascensions saccadées tiennent à ce que le cœur, qui se contracte d'abord avec vitesse, trouve, à un moment donné, une résistance subite dans les vaisseaux distendus. Nous nous expliquerons sur ce point.
libre entre l'afflux el l'écoulement du sang. En effet, si l'afflux prédominait, le levier s'élèverait encore; s'il s'arrêtait, comme l'écoulement à travers les capillaires a toujours lieu, le levier commencerait à descendre à partir du sommet de l'ascension. Il faut donc, de toute nécessité que, pendant la partie horizontale, l'afflux du sang et son écoulement se compensent d'une manière parfaite, et qu'à chaque instant il entre dans les artères une quantité de sang absolument égale à celle qui sort par les capillaires. Il est également évident que, dans ce type du pouls, la durée de la période systolique se prolonge jusqu'à la fin de la ligne horizontale qui constitue le sommet. — On verra que cette forme s'explique parfaitement par la nature de l'affection qui la produit le plus souvent : l'induration ou l'ossification sénile des artères.
Nous appelons plateau cette forme du sommet de la pulsation. Ce plateau n'est pas, en général, séparé des périodes d'ascension et de descente par des angles aussi vifs que ceux qui sont représentés précédemment ; le plus souvent, il est limité par des angles arrondis.
Le plateau peut n'être pas horizontal, cela arrive toutes les fois que l'afflux et l'écoulement du sang artériel ne sont pas d'une égalité parfaite. Un plateau ascendant indique la prédominance de l'afflux sur l'écoulement; un plateau descendant indique que c'est l'écoulement qui prédomine.
Le sommet peut être précédé d'une pointe très aiguë
Fig. 63.
(fig. 63) ; cette pointe est formée par un mouvement
brusque du levier qui monte et descend en repassant presque dans le même trait; ce mouvement est donc excessivement rapide. Il n'appartient pas toujours en propre à la pulsation , mais il peut être formé par la vitesse acquise du levier de l'appareil. Un pareil effet ne se produit que dans le cas où le levier est soulevé avec une rapidité extrême; aussi avons-nous tenu à conserver dans notre instrument un certain poids au levier, afin que cette projection puisse avoir lieu. En effet, c'est un excellent signe, très précieux pour le diagnostic de certaines maladies du cœur. Si l'on donnait trop de légèreté au levier, ce signe disparaîtrait, et l'on n'aurait plus dans l'ascension qu'une ligne verticale, ce qui s'observe dans un grand nombre de cas.
La pointe que nous venons de décrire peut être le point culminant de la pulsation , mais aussi elle peut arriver avant le sommet, comme cela se voit dans le cas d'as-
*'ig. 6'4's,
cension saccadée ; elle occupe alors la fin de la partie verticale, et y forme un petit crochet, comme dans la figure 6/i.
c. Période de descente de la pulsation.
§ 76. — Dès que l'ondée chassée par le ventricule a pénétré dans les artères, les valvules sigmoïdes de l'aorte se ferment derrière elle; à partir de ce moment, jusqu'à la pulsation suivante, la pression baisse dans le système artériel. C'est cette période qui se traduit dans le tracé par la descente de la pulsation.
Plus la pression baissera vite, plus la ligne de descente sera oblique ; on conçoit donc que la direction de cette ligne doit fournir des renseignements sur la facilité de l'écoulement du sang. Du reste, cette obliquité est intimement liée à l'amplitude ainsi qu'à la fréquence du pouls, puisque en définitive la ligne de descente joint le sommet d'une pulsation à la base de la pulsation suivante.
Quant à la forme de cette ligne, elle nous fournira les renseignements les plus précieux. Gette forme est susceptible d'un nombre considérable de variations : tantôt c'est une ligne oblique pure, tantôt c'est une courbe analogue à celle que nous avons signalée pour l'ascension. D'autres fois, elle est formée d'ondulations multiples, comme si une série de petites pulsations artérielles se produisaient pendant le repos du cœur. C'est en effet ce qui a lieu et ce qui constitue le phénomène du dicrotisme, sur lequel nous aurons à nous expliquer. Le phénomène du dicrotisme, qui n'est sensible au doigt que dans des cas très rares, et seulement quand il présente une extrême intensité , existe presque toujours à l'état rudimentaire. De plus, le nombre de ces pulsations secondaires, au lieu d'être borné à une ou deux, peut s'élever à quatre ou cinq dans certains cas, de telle sorte que le mot de dicrotisme, pris dans le sens littéral, serait impropre, et qu'il y aurait avantage à y substituer le mot rebondissement.
La période de descente présente à son début un rebondissement d'une nature particulière qui tient immédiatement à la clôture de valvules sigmoïdes de l'aorte : ce phénomène, très apparent dans le pouls de l'aorte el de la carotide, s'éteint peu à peu dans les artères qui sont
plus éloignées du cœur. Cependant, dans certains cas, on l'observe jusque dans l'artère radiale. L'explication de ce phénomène trouvera sa place dans le chapitre suivant, où nous parlerons de la cause du rebondissement ou dicrotisme du pouls.
Les expériences que nous avons faites au moyen du schéma nous ont fourni la confirmation des idées que nous venons d'émettre relativement à la production des formes si variées qui peuvent exister dans chaque élément d'une pulsation. Sans y insister plus longuement, il nous suffira de dire que l'ascension verticale se trouve dans les tracés toutes les fois qu'on donne de la force aux impulsions ou que la pression du liquide dans les tubes est peu élevée. La forme courbe de l'ascension apparaît au contraire, toutes les fois que l'impulsion est lente, et particulièrement lorsqu'on crée au niveau de l'orifice aortique un rétrécissement qui ne laisse arriver chaque ondée que d'une manière graduelle. Les différentes formes du sommet, les rebondissementsde la descente, etc. , s'observent également sur le schéma. Enfin le rebondissement produit par la clôture des valvules sigmoïdes se reproduit également dans ces expériences, et l'on peut même, en faisant varier la disposition de ces valvules, donner à cette ondulation des formes particulières, augmenter ou diminuer à volonté son intensité (voyez § 55).