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CHAPITRE XIV

Opinions contradictoires émises par les physiologistes sur co sujet; elles tiennent à la différence des effets qui se produisent suivant la manière dont s'exécute là respiration.

A. Influence des mouvements respiratoires sur la ligne d'ensemble du tracé, c'est-à-dire sur la pression moyenne du sang artériel. — Des différences qui se produisent selon que les mouvements respiratoires agissent avec plus d'intensité du côté du thorax ou du côté de l'abdomen.

B. Influence des mouvements respiratoires sur la fréquence du pouls.

C. Influence que l'effort d'expiration (la glotte étant fermée) exerce sur le pouls.— Influence que l'effort d'inspiration (la glotte fermée) exerce sur le pouls.

D. Arrêt des battements de cœur sous l'influence de la respiration.

§ 88. — Les effets mécaniques de la respiration se traduisent du côté de l'appareil circulatoire par des phénomènes qui portent sur le système veineux et sur le système artériel.

Les premiers ont été jusqu'ici les mieux étudiés et sont les plus connus. On sait comment les mouvements thoraciques, par leur action aspirante et foulante comparable au jeu d'un soufflet, font tantôt pénétrer le sang veineux dans le thorax et tantôt le refoulent dans les veines qu'on voit alors se gonfler sous la peau . C'est à ce mécanisme que se rattache la tendance à l'introduction de l'air dans les veines, pendant les opérations chirurgicales qui portent sur la région du cou ou sur la racine des membres supérieurs. Bérard (1) a donné de ces phénomènes une excellente description.

(1) Bérard, Cours Je physiologie, t. IV, p. 02.

Une influence moins connue est celle que La respiration exerce sur la circulation artérielle. Bien que ce sujet ait été, principalement en Allemagne, étudié avec un grand soin, il est encore l'objet de nombreuses dissidences.

Lorsque, sur un animal vivant, on introduit un manomètre dans une artère voisine du thorax, on voit que la colonne de mercure est animée de deux sortes de mouvements : les uns, constitués par des oscillations petites et fréquentes, correspondent aux battements du cœur; les autres, formés par des oscillations plus grandes et plus rares, dépendent de la respiration.

Ludwig, qui imagina d'enregistrer les oscillations du manomètre (§ 51), obtint un tracé dans lequel ces deux ordres d'oscillations sont représentés. La figure suivante fait bien comprendre comment se combinent les deux influences du cœur et du poumon sur le mouvement du sang.

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Fig. 83.

L'explication que Ludwig donna de ce phénomène était la suivante : — Les mouvements respiratoires exercent sur le système artériel une influence analogue à celle qui a été signalée pour les veines; de telle sorte que la tension artérielle baisse par l'appel du sang qui se fait vers le thorax à chaque inspiration. Elle s'élève, au contraire, quand l'expiration tend à pousser le sang artériel vers les vaisseaux de la périphérie.

En expérimentant, à l'aide de son sphygmographe, Yierordt arriva à la conclusion inverse et admit que c'est

zo° niYSIOLOGIE.

dans l'inspiration que le sang est poussé avec le plus de force vers la périphérie.

Heinbrodt (1), dans des expériences faites sur les animaux, trouva que, si les mouvements respiratoires sont amples et prolongés, l'inspiration s'accompagne d'abord d'un abaissement de la pression artérielle, puis d'une élévation de cette pression, tandis que, dans l'expiration, la pression du sang monte d'abord et s'abaisse à la fin. — On voit donc que les opinions émises, relativement à l'action que la respiration exerce sur la circulation artérielle, se contredisent entre elles d'une manière à peu près complète.

Nous avons essayé à notre tour d'étudier l'influence qu'exerce la respiration sur le pouls d'après les indications du sphygmographe. Ce sujet méritait d'autant plus l'attention que, dans un grand nombre de maladies où il existe de la dyspnée, le tracé du pouls présente des caractères tout particuliers qui prennent une grande valeur lorsqu'on en comprend bien le mode de production. — Nous suivrons dans cette étude la marche suivante.

Nous examinerons : 1° l'influence que les mouvements respiratoires exercent sur la ligne d'ensemble du tracé, c'est-à-dire les variations qu'elle produit dans la tension artérielle qui s'élève ou s'abaisse ;

2° Les changements que les mouvements respiratoires exercent sur la fréquence du pouls;

3° Enfin, les modifications que subit, sous ces influences, la forme des pulsations.

(i) Canslalt's Jahresbericht, 1 860, p. 125.

A. Influence des mouvements respiratoires sur la ligne d'ensemble du tracé, c'est-à-dire sur la pression moyenne du sang artériel.

§ 89.— Commel'action aspirante et foulante que le thorax exerce sur le sang va toujours en s'éteignant à mesure qu'on observe des vaisseaux plus éloignés de la poitrine, il en résulte que la pression du sang dans l'artère radiale est presque entièrement soustraite aux influences respiratoires, quand celles-ci n'ont qu'une énergie modérée. On peut s'en convaincre en examinant les tracés du pouls que nous avons déjà représentés. Dans la plupart d'entre eux, la ligne d'ensemble est sensiblement horizontale, ce qui prouve que la tension moyenne de l'artère radiale n'a pas varié d'une manière appréciable. — Mais si,, au lieu de respirer normalement, on fait des mouvements d'inspiration et d'expiration d'une grande amplitude, ou bien si l'on fait obstacle au libre passage de l'air dans les voies respiratoires, immédiatement la ligne d'ensemble du tracé devient onduleuse, c'est-à-dire que la pression moyenne du sang dans la radiale s'élève et s'abaisse indépendamment des variations qui tiennent aux contractions du cœur et qui constituent les pulsations. Les ondulations qui se produisent alprs sont de même nature que celles que la figure 85 représente et que Ludwig a signalées le premier.

Si l'on veut déterminer à quel moment la tension s'élève, et savoir si c'est pendant l'expiration ou pendant l'inspiration, la question devient plus complexe* car les choses se passent différemment suivant la manière dont on respire.

Lorsquton tient la bouche fermée et qu'tin ferme également l'une des narines, de façon que l'air pénètre diffi-

cilcment dans les voies respiratoires el qu'il en sorte avec une égale difficulté, on voit la ligne d'ensemble s'abaisser dans V inspiration et s'élever dans l'expiration (fig. 86).

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Si l'on respire largement, la bouche ouverte, de façon que l'air passe et repasse librement à travers les voies respiratoires, on a l'effet inverse : la ligne d'ensemble s'élève dans l'inspiration et s'abaisse dans l'expiration, comme cela se voit sur la figure 87.

Pig 87.

Comment ces deux manières de respirer produisentelles des effets totalement opposés? C'est ce que nous allons chercher à interpréter d'après les notions physiologiques que l'on possède relativement au mécanisme de la respiration.

§ 90. — Il est évident que les changements qui se passent dans la tension des artères pendant les mouvements respiratoires tiennent à des variations dans la pression qu'éprouvent, à leur surface extérieure, l'aorte et les gros vaisseaux contenus dans le thorax et dans l'abdomen. Quand l'aorte est comprimée, le sang qu'elle contient est refoulé dans les artères de la périphérie où il élève la pression. Si l'on doutait de la réalité de ce fait, on pourrait facilement s'en convaincre par l'expérience suivante :

Expérience. — Un sujet étant couché sur le clos, on applique le sphygmograplie à sa radiale et l'on prend le tracé du pouls. Pendant que l'instrument est en marche, si l'on comprime l'abdomen du sujet, aussitôt la ligne d'ensemble du tracé s'élève : ce qui indique que le sang de l'aorte a été refoulé daus les vaisseaux de la périphérie. Si l'on cesse la compression, le sang reflue dans l'aorte, et la ligne d'ensemble du tracé s'abaisse.

La même chose doit donc se passer lorsque les mouvements respiratoires augmentent ou diminuent la pression autour de l'aorte, soit dans la poitrine, soit dans l'abdomen. Mais les effets que la respiration produit du côté du thorax sont exactement inverses de ceux qui se passent dans l'abdomen. Quand la poitrine est le siège d'une aspiration, il existe dans l'abdomen une compression, et l'on va voir que, suivant que ce sont les influences thoraciques, ou bien que ce sont les influences abdominales qui prédominent, les effets de la respiration sur le pouls sont tout à fait inverses.

§ 91 . — Dans le thorax, l'agrandissement de la cavité au moment de l'inspiration donne naissance à un vide que l'air extérieur vient aussitôt combler en se précipitant dans les voies respiratoires. Si la pénétration de l'air est facile, l'aspiration est peu énergique, parce que le vide est comblé pour ainsi dire à mesure qu'il se forme. Mais si la rentrée de l'air ne se fait que difficilement, l'aspiration thoracique devient beaucoup plus intense. C'est dans ces circonstances que l'on voit les espaces intercostaux s'affaisser, les creux sus-claviculaires se déprimer, attestant l'énergie de l'aspiration intérieure. Dans ces conditions, le sang des artères de la périphérie reflue en partie dans l'aorte thoracique qui est dilatée comme le sont les vais-

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