DE LA CONGESTION. OVO
sibles aujourd'hui. Les découvertes des physiologistes relativement aux nerfs vaso-moteurs ne permettent plus de conserver en médecine les idées d'activité locale, de vitalité augmentée dans une partie qui se congestionne. Il faut bannir du langage médical les expressions de raptus sanguin, d'appel du sang vers les organes, etc., parce que le sang n'a pas en lui de tendance à prendre une direction spéciale, parce que les organes ne sauraient exercer cette aspiration, cette espèce de succion qui serait nécessaire pour qu'ils attirent à eux le sang des autres parties. — Deux forces dont l'existence est bien démontrée, la pression du sang et la contractilité vasculaire, suffisent pour expliquer tous les états possibles de la circulation dans chaque point de l'économie. La congestion s'explique naturellement par relâchement des vaisseaux de la partie malade (1).
Les phénomènes qui caractérisent la congestion dans un organe sont : la rougeur, la chaleur, le gonflement, c'est-à-dire les effets directs du relâchement vasculaire, ainsi que nous l'avons prouvé à propos de la fièvre. Les artères afférentes d'une partie congestionnée battent ordinairement avec plus de force que de coutume. Cela résulte du relâchement de leurs tuniques et de l'augmentation consécutive de leur diamètre (voy. § 66). Il n'est donc rien, dans les symptômes de la congestion, qui ne s'explique d'une manière très simple et très satisfaisante par la diminution de la force contractile des vaisseaux. Qu'on accepte donc franchement les conséquences qui découlent des expériences physiologiques, et que l'on ne
(1 ) Nous croyons devoir séparer de la congestion la turgescence qui se produit mécaniquement, rpar suite de la stase sanguine, dans les points où existe un obstacle à la circulation veineuse.
croie pas manquer de respect aux anciens en faisant sortir un progrès des découvertes modernes.
Les premières expériences de Cl. Bernard sur le grand sympathique datent déjà de douze ans, et cependant c'est à peine si les publications médicales les plus récentes en ont été influencées. Il semble qu'en France la médecine accepte moins facilement que partout ailleurs les découvertes de la physiologie, et, tandis que chez nos voisins l'expérimentation est prise pour guide dans les études médicales, il se fait chez nous un retour à des doctrines métaphysiques qui ont pourtant bien prouvé leur stérilité. Peut-être aussi les physiologistes ont-ils, par un excès de réserve, arrêté les applications de leurs découvertes. On a vu J. Hunier (1) reculer devant les conséquences de ses propres expériences sur la contractilité des artères, et se ranger aux opinions médicales anciennes, relativement à la nature de l'inflammation. De nos jours, Cl. Bernard (*2), par un respect semblable de la tradition , a combattu les théories qui se basaient en partie sur ses propres expériences, et qui, suivant les idées de Henle, expliquaient la congestion par la paralysie des vaisseaux. C'est à peine si notre savant physiologiste se laisse entraîner aujourd'hui par le courant d'idées qu'il a provoqué.
Quelques difficultés appareilles, ou plutôt quelques complicationssontsurvenues depuis ladécouverte des filets vaso-moteurs des glandes, filets dont l'excitation amène l'augmentation du calibre des vaisseaux. Schifî, dont les beaux travaux ont tant contribué à enrichir la physiologie sur ce point, a cherché à ramener aux idées anciennes de
(4) Loc. cit., p. 314 et suiv.
(2) Leçons sur la p/iys. et lapalliol. du système nerveux, 1858, t. II, p. SOT et suiv.
Dli LA CONGESTION. 397
la dilatation active des vaisseaux et de l'aspiration du sang par les organes. — En voyant que l'excitation d'un nerf augmente le calibre des vaisseaux, le savant physiologiste de Berne a cru devoir admettre qu'un tel effet ne pouvait se produire que par la contraction de quelques fibres dilatatrices. Aucune des fibres qui font partie des parois vasculaires ne pouvant exercer une pareille action, l'auteur suppose que ces fibres existeraient en dehors des vaisseaux; il admet que, s'insérant d'un côté aux parois vasculaires pour aller se fixer aux tissus environnants, ces fibres, par leur contraction, augmenteraient le diamètre des vaisseaux.
Cette accumulation d'hypothèses n'était cependant pas nécessaire; elle n'avait pour but que de rejeter l'existence de nerfs dont l'action consisterait à faire relâcher des muscles. Or, les nerfs de cet ordre semblent exister bien réellement. Le pneumogastrique, d'après les expériences de Weber, serait pour le cœur un nerf de relâchement; il produirait une action paralysante active, de telle sorte que, lorsqu'on excite ce nerf, le cœur reste en relâchement, et se gonfle parce qu'il reçoit clu sang par les veines et n'en expulse plus par les artères. Si l'on admet pour le cœur un nerf qui fasse relâcher les parois musculaires de cet organe, pourquoi rejetterait-on l'existence de nerfs analogues qui fassent relâcher les vaisseaux ? — Outre qu'elle est inutile, l'hypothèse qui suppose des fibres dilatatrices en dehors des vaisseaux a contre elle l'anatomie elle-même. Non-seulement on n'a jamais vu de fibres de cette nature dans aucun tissu, mais le raisonnement indique que de telles fibres ne sauraient avoir d'action dans la plupart des régions. Dans une membrane, par exemple, si de telles fibres existaient, elles ne pourraient
exercer leur traction que suivant un plan, et dès lois tendraient à transformer les vaisseaux en tubes aplatis, dont la section se réduirait à une sorte de fente étroite qui laisserait passer moins de sang qu'à l'état normal. Dans les tissus d'une consistance molle, des fibres de ce genre ne trouveraient pas, en dehors des vaisseaux, un point d'appui solide pour produire la dilatation qu'on leur attribue.
§ l/i2. — Il faut donc nécessairement admettre que certaines influences nerveuses amènent le relâchement des vaisseaux et produisent la congestion. Ce phénomène est une manifestation très ordinaire des affections nerveuses; on voit fréquemment des congestions de la face, des battements des artères des tempes ou de celles du tronc cœliaque chez les hystériques et chez les hypochondriaques (1).
(1) Du côté de l'intestin se passent des phénomènes qui présentent une grande analogie avec ceux qui ont pour siège l'appareil vasculaire. Le gonflement de l'estomac et le ballonnement du ventre semblent être bien souvent la conséquence d'un relâchement des tuniques de l'intestin et de l'estomac, bien plutôt que d'une sécrétion gazeuse exagérée. Il doit nécessairement exister une lutte continuelle entre la tension des gaz qui remplissent l'intestin et la contractilité des tuniques intestinales. Lorsque l'intestin se contracte, les gaz qu'il renferme sont comprimés; s'il se. relâche, l'expansion des gaz le distend et lui fait prendre un volume considérable.
Lorsqu'on lie une anse d'intestin à ses deux extrémités, on peut constater des variations notables de son volume , si l'on galvanise ou si l'on coupe les filets du grand sympathique qui se rendent à cette anse. Or, dans les cas où l'on voit cette anse se gonfler, dira-t-on qu'il existe dans ses tuniques des fibres dilatatrices? N'est-il pas évident, au contraire, que toutes les variations de volume de l'intestin tiennent à la lutte de la force expansive des gaz intérieurs contre une force contractile qui est susceptible de s'accroître ou de diminuer. Le môme antagonisme existe dans les vaisseaux entre la pression intérieure du sang et la contractilité des parois ; les variations de volume de ces vaisseaux tiennent aux variations de la contraction vasculaire.
de l'inflammation. 399
Si Ton admet ces conclusions, et si l'on considère les phénomènes congestifs comme l'expression d'un trouble nerveux , on reconnaîtra qu'il n'est pas indifférent d'accepter la théorie physiologique ou de conserver les idées ancienues. Dans l'hypothèse d'une force inhérente au sang, force en vertu de laquelle ce liquide se précipitait dans une région pour y causer parfois de graves désordres, c'est au sang lui-même que s'attaquait la thérapeutique. On admettait, le plus souvent, l'existence d'une sorte de pléthore; par suite, on pratiquait des émissions sanguines. Dans bien des cas, au contraire, les congestions semblent être un effet de l'anémie, ou du moins coïncident avec elle.