‹ Physiologie médicale de la circulation du sang [electronic resource]Chapitre 6 sur 114 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

APPAREILS ET EXPÉRIENCES DESTINÉS A ENREGISTRER LES MOUVEMENTS DU COEUR (1).

Principes sur lesquels repose la construction de nos instruments. — De l'amplification des mouvements au moyen d'un levier; emploi de cette méthode en physique et en physiologie. — Détermination graphique de la forme d'un mouvement. — Appareils enregistreurs. — Moyen de transmettre à distance le mouvement qu'on veut étudier à l'appareil qui l'enregistre ; procédé de Upham ; procédé de Buisson.

Description du cardiographe ; ses parties fondamentales. — Appareil enregistreur. — Appareil sphygmographique.

Première expérience cardiographique : détermination de la succession des divers mouvements du cœur; disposition particulière de l'appareil pour cette expérience. — Sonde qui s'introduit dans le cœur droit pour recevoir les mouvements de ses cavités. — Ampoule qui reçoit le choc du cœur. — Manuel opératoire.

§ 5. — Ce qui fait qu'un mouvement nous échappe, c'est qu'il est trop faible ou trop rapide; clans la physiologie du cœur ces deux difficultés se trouvent souvent réunies. Il y a donc deux conditions très importantes que doivent remplir les appareils destinés à déterminer les mouvements du cœur. Premièrement, ces appareils devront amplifier les mouvements de telle sorte qu'ils soient toujours perceptibles malgré leur faiblesse. En second lieu, ils devront rendre leur durée appréciable, quelque courte qu'elle puisse être. Or, pour amplifier un mouvement, la physique possède un moyen excellent ; c'est l'emploi d'un levier.

(1) Ces expériences ont été faites avec la collaboration de M. A. Chauveau.

h$ PHYSIOLOGIE.

Supposons que le levier ob, figure 3. tourne librement autour du point o. Si une force appliquée dans le voisi-

Fig. 3.

nage de ce point tend à soulever le levier d'une quantité très petite (soit 1 millimètre) , l'extrémité libre du levier exécutera un mouvement beaucoup plus étendu. On pourra ainsi amplifier le mouvement autant qu'on voudra, en faisant agir la force motrice plus ou moins près du centre de mouvement. Si la longueur qui sépare le centre.de mouvement du point d'application de la force est à la longueur du reste du levier, comme 1 est à 100, le mouvement sera amplifié cent fois. Ce procédé est employé en physiologie depuis déjà longtemps : Bourgougnoux l'employa pour constater les mouvements du cerveau dans la cavité crânienne; King se servit également d'un levier pour rendre apparents les battements si faibles du pouls veineux des extrémités, etc.

Quant au second problème consistant à enregistrer le mouvement de façon à donner une mesure exacte de la durée, il a été également résolu en physique. Les appareils enregistreurs à indications continues remplissent ce but d'une manière parfaite. Veut-on connaître les mouvements qu'exécute l'extrémité du levier b, on arme d'une plume cette extrémité, et l'on dispose prèsd'elle une plaque recouverte de papier P; cette plaque est mise en mouvement d'une manière uniforme dans la direction de la Hèche. 11 s'ensuit qu'en môme temps que le levier écrit sur la plaque la trace de ses mouvements, cette plaque, de son côté, indique la durée des mouvements du levier

d'après le chemin qu'elle a parcouru entre. chacun d'eux. Un cylindre recouvert de papier et tournant d'une manière uniforme remplira les mômes fonctions que la plaque décrite figure 3 (1). Non-seulement les physiciens emploient journellement des appareils enregistreurs basés. sur. le même principe, mais les physiologistes les ont aussi adoptés. C'est de l'Allemagne que nous est venue l'idée féconde d'appliquer ce genre d'appareils aux études physiologiques.

Karl Vierordt (de Tubingen) imagina d'associer l'em-

( I) Nous rappellerons en quelques mots l'appareil enregistreur que MM. Poncelet et Morin ont construit pour déterminer le mouvement d'un corps qui tombe dans l'espace; la description de celte machines! simple fera comprendre aisément le mécanisme de tous les instruments enregistreurs employés par les physiologistes.

Un cylindre recouvert de papier, et dont l'axe est vertical, tourne sur lui-même d'un mouvement uniforme. A côté du cylindre et parallèlement a son axe, sont placées deux coulisses verticales entre lesquelles tombe un corps posant. Ce corps est muni d'un crayon qui frotte sur le papier dont le cylindre est recouvert. Voilà tout ce qui constitue la machine dont il reste à interpréter les indications.

Si le cylindre était immobile, le corps qui tombe tracerait sur le papier une hgne verticale; mais, pendant la chute de ce corps, le cylindre sèment ; ,t s ensuit nécessairement que la partie inférieure de la ligne tracée ne tombera pas verticalement au-dessous de la partie supérieure, mais sera deviee en sens inverse de la rotation du cylindre

Lorsqu'on a enlevé le papier qui recouvrait le cylindre et qu'on 1 étale sur un plan, on voit, d'après la ligne tracée, la nature du mouvement qu on voulut étudier. Dans le cas d'un corps qui tombe, cette gTe

* n accéléré. Si le corps tombait d un mouvement uniforme, 1; I e acee sera,t une droite oblique d'autant p,us inclinée que la vitesse o

court que cette chute ^^ZZ'^ aurait ute sensiblement nulle. ^yunuio

ploi du levier à celui do la méthode graphique à indication continue; il construisit ainsi un instrument nommé sphygmorjraphe , destiné à enregistrer les pulsations des artères. On verra, à propos de l'étude du pouls artériel, que l'instrument de Yierordt présente dans sa construction de grandes défectuosités, de telle sorte qu'il ne remplit pas le but que l'auteur se proposait. Le physiologiste allemand n'en a pas moins la gloire d'avoir donné l'idée première d'un appareil enregistreur qui pourra s'appliquer non-seulement en physiologie, mais dans la pratique médicale à laquelle il devra rendre les plus grands services.

§ G. — Pour transmettre un mouvement quelconque au levier de l'instrument, nous employons un appareil très simple qui pourrait se réduire à deux ampoules élastiques B,A (fig. li), situées aux deux extrémités d'un tube long et flexible ; le tout étant clos et plein d'air. Voici comment fonctionne cet appareil de transmission.

Fi-, /i.

Si l'on presse entre les doigts l'ampoule B, on expulse à travers le tube une partie de l'air qu'elle renfermait, et cet air va distendre l'ampoule A qui augmente sensiblement de volume. Que cette ampoule A soit placée sous le levier d'un sphygmographe et près du centre de rotation de ce levier, chaque changement de volume de l'ampoule produira un mouvement du levier. On voit donc que si l'on presse l'ampoule B entre les doigts, ce mouvc-

ment se transmettra jusqu'à l'appareil enregistreur et se traduira par une ascension du levier. Si l'on cesse la pression, le levier retombera; si l'on maintient cette pression pendant un temps plus ou moins long, le levier gardera plus ou moins longtemps la position élevée qu'il aura prise. Enfin, plus la pression donnée sur l'ampoule B sera forte et brusque, plus le levier montera haut et plus cette ascension sera rapide (1).

( I ) L'idée de transmettre un mouvement à distance au moyen de tubes pleins d'air appartient à M. Ch. Buisson. En 4 858, nous avions essayé d'obtenir cette transmission à l'aide d'un tube de plomb muni à ses extrémités d'ampoules semblables à celles qui sont décrites figure k ; mais cet appareil était rempli d'eau au lieu d'air. Lorsqu'une de ces ampoules était introduite dans le cœur par la veine jugulaire, il fallait qu'une force considérable la comprimât pour que la colonne liquide contenue dans le tube entrât en mouvement et que le levier enregistreur fût soulevé. Le ventricule seul pouvait produire cet effet, tandis que l'action de l'oreillette ne donnait lieu à aucun mouvement du levier qui lui correspondait. En 1860, M. Buisson imagina un moyen de transmettre au sphygmographe que nous venions de présenter à l'Académie des sciences les battements de différentes artères sur lesquelles notre instrument ne serait pas applicable. A cet effet, ce physiologiste se servait de deux entonnoirs conjugués dont un tube de caoutchouc réunissait les becs, comme on réunit les ampoules dans l'appareil décrit, figure 4. Le pavillon de chacun de ces entonnoirs était recouvert d'une membrane élastique, comme cela se voit dans un appareil connu sous le nom de splujfjmomcirc, d'Hérisson. Il résultait de cette disposition que si l'on exerçait une pression sur la membrane de l'un des entonnoirs, la membrane de l'autre se soulevait par la compression de l'air contenu dans l'appareil. M. Buisson adaptait à celte seconde membrane un disquo léger surmonté d'une arête qui soulevait le levier d'un sphygmographe. Dès lors, si l'on appliquait sur une artère la membrane du premier entonnoir, les battements du vaisseau se transmettaient au levier qui les enregistrait.

Antérieurement à toutes ces expériences, le docteur Upham (de Boston) avait essayé par un semblable moyen de transmettre à des sonneries électriques les mouvements extérieurs du cœur : le physiologiste

On voit que pour enregistrer un mouvement, l'appareil doit présenter une série d'organes, à savoir : deux ampoules conjuguées, un levier muni d'une plume et un papier mis en mouvement.

Si donc on veut enregistrer simultanément plusieurs des mouvements qui se passent dans le cœur, il faut pour chacun d'eux des ampoules conjuguées et un levier; seulement le même papier reçoit le tracé de tous les leviers à la fois. Ces leviers sont disposés horizontalement les uns au-dessus des autres, de façon que les plumes qui les terminent soient toutes sur la même verticale. ïl en résulte que les tracés de tous ces leviers forment sur le papier des ligues horizontalement superposées comme celles de l'écriture ordinaire.

Reste à indiquer comment le mouvement qu'on veut étudier est imprimé à l'une des ampoules conjuguées, pour être transmis, amplifié et enregistré définilivement.

américain expérimenta sur un jeune médecin nommé Groux, atteint d'une division congénitale du sternum, et chez lequel on sent les battements du cœur très superficiellement, puisque les téguments seuls le recouvrent en certains points'. On voit la figure de l'appareil du docteur Upham dans une brochure publiée par M. Groux [Fissura sterni congenita. New observ. and experim. 2e édition, Hamburg, 1859.)

Ces expériences, destinées à faire constater l'intervalle qui sépare le début de la contraction de l'oreillette et de celle du ventricule, ne nous semblent pas à l'abri de tout reproche, malgré l'extrême ingéniosité de l'appareil. Je n'en parle ici que pour signaler l'un des auteurs do la découverte de la transmission des mouvements au moyen de tubes pleins

d'air. •

Du reste, l'appareil de M. Buisson présente un avantage sur celui du docteur Upham : c'est qu'il ne renferme que de l'air., tandis que, dans l'appareil du physiologiste américain, l'un des entonnoirs est rempli d'eau, ainsi qu'une partie du tube, ce qui fausserait les indications, s. l'on voulait enregistrer la forme des mouvements qu'il décèle.

Si nous appelons ampoule initiale celle qui reçoit la première l'impression du mouvement, et ampoule terminale celle qui le transmet directement au levier, c'est le rôle de l'ampoule initiale que nous devons décrire. Cette ampoule est placée, suivant le cas, dans des positions différentes. Introduite dans une oreillette, elle subit des alternatives de pression et de relâchement, suivant que celle-ci est en systole ou en diastole. Une ampoule enfoncée dans un ventricule signalera de même tous les changements de pression qui se passent à son intérieur. Une autre ampoule placée eu dehors du cœur, entre celui-ci et les parois de la poitrine, recevra sous forme de compression la pulsation cardiaque ou choc du cœur. Placée dans l'aorte ou dans une grosse artère, elle recevra, sous forme de compressions variées, tous les changements qui surviendront dans la pression du sang à l'intérieur du vaisseau, et fournira des indications identiques avec celles que donne le pouls de ces artères enregistré au moyen du sphygmographe. Pour se prêter à tous ces usages, l'ampoule initiale doit prendre une infinité de formes différentes. C'est la pièce essentiellement variable de l'appareil.

Ces premières notions étaient indispensables pour bien comprendre l'utilité de chacun des organes de notre appareil cardiographique ; nous pouvons maintenant en décrire exactement la construction, en montrant d'abord quelle est la partie fixe qui fonctionne dans toutes les expériences et en indiquant, à propos de chaque expérience; les dispositions particulières qu'on doit donner à Y ampoule initiale.

Description du cardiographe.

§ 7. — La figure 5 représente dans son ensemble le cardiographe réduit au sixième de sa grandeur réelle.

Fig. 5.

L'instrument se compose de deux éléments principaux : AE, Y appareil enregistreur, et AS, Y appareil sphygmographique, c'est-à-dire celui qui reçoit, transmet et amplifie les mouvements qu'il faut étudier.

Appareil enregistreur.

L'enregistreur AE est constitué par deux cylindres verticaux (1) dont les axes traversent deux plaques de cuivre reliées l'une à l'autre par trois fortes colonnes métalliques. La plaque inférieure repose sur une base large et bien horizontale.

(I J Dans cotto figure, les cylindres se voient peu, car ils sont recouverts d'une bande de papier. On aperçoit seuloment au bord de cetle bande les extrémités dos cylindres.

DESCRIPTION DU CARDIOGRAPHE

Le cylindre, qui dans la figure est à droite, tourne à volonté dans tous les sens, seulement un ressort qui le presse exige une certaine force pour que sa rotation se

Pl°LeUcîlindre qui est placé à gauche (cylindre moteur) porte en haut de son axe une roue dentée qui s'engrène avec un mouvement d'horlogerie H, de telle sorte que, lorsque l'appareil est en marche, il tourne avec régulante.

Le sens de la rotation de ce second cylindre est tel que si Von enroule autour du premier une longue bande de papier, et si l'extrémité de cette bande est collée sur le cylindre moteur, ce papier se déroule graduellement du premier cylindre, et s'enroule sur le second tant que marche le mouvement d'horlogerie. Grâce à la légère résistance que présente le cylindre qui se déroule, le papier est toujours tendu ; il est en outre soutenu par un petit cylindre intermédiaire qui fait l'office de poulie et forme ainsi une surface plane sur laquelle s'écrivent les divers mouvements qu'on devra analyser.

On se sert pour cet usage d'un papier glacé qui ne présente, pour ainsi dire, aucune résistance de frottement lorsque la plume écrit sur lui. Ce papier porte en outre des divisions formées par des lignes parallèles horizontales et verticales formant des carrés de 3 millimètres de côté. Ces divisions sont très utiles pour mesurer la force, la durée et les rapports de succession des différents mouvements qui seront enregistrés.

Appareil sphygmographique.

\> appareil sphygmoijraphique AS (même figure) offre à décrire les trois leviers et les trois systèmes d'ampoules conjuguées qui leur transmettront le mouvement. Ils sont

représentés dans la figure au nombre de trois, avec la disposition qu'on leur donne dans l'expérience fondamentale que nous rapporterons en premier lieu De ces trois leviers, l'un, la, écrira les mouvementsde l'oreillette ■ 1 autre, lv, ceux du ventricule, et le troisième, U\ le choc précordial. Tous trois sont bien horizontaux, et leurs pointes écrivantes sont en contact avec le papier qui recouvre le cylindre. Ces trois pointes doivent être exactement superposées, de sorte qu'un trait vertical tracé sur le papier les rencontre toutes trois. Lorsque les leviers se mouvront pendant que le papier exécutera sa translation de droite à gauche, il en résultera des lignes sinueuses qui fourniront l'interprétation des divers mouvements du cœur.

Tous les leviers, avec les ampoules terminales qui leur donnent le mouvement, sont exactement semblables entre eux; la description d'un seul de ces appareils sera donc suffisante. Une tige verticale dont la base est fixée dans un plateau bien horizontal leur 3 sert de support commun.

Levier et ampoule terminale (fig. 6).

§ 8. — Une pièce tubulaire Ee reçoit la tige verticale du support, le long de laquelle elle peut glisser à volonté pour élever ou descendre chacun des leviers. Lorsqu'on veut maintenir cette pièce en position, on tourne une vis de pression latérale qui vient comprimer la lige; dès lors il n'y a plus de glissement possible, et l'appareil est immobile. Sur cette virole Ee est fixée latéralement une

DESCRIPTION DU CARDIOGRAPHE. 57

pièce horizontale qui porte une chape dans laquelle est l'axe du levier. Cet axe, parfaitement horizontal, traverse la base du levier, qui peut librement s'élever ou s'abaisser en tournant autour de lui. Le levier Up est d'une légèreté extrême; sa base est d'aluminium, ainsi que sa pointe, et tout le reste est de bois réduit à une minceur telle que son diamètre transversal est à peine celui d'une paille ordinaire qu'on aurait fendue et aplatie. La pointe p est faite d'une lame d'aluminium réduite à une grande minceur par le laminage, et courbée de façon à. former un angle qu'on humecte d'encre et dont le sommet forme une plume à trait fort délié.

Si l'on a besoin de faire avancer ou reculer le levier suivant sa -longueur, 'de façon que sa pointe vienne'se placer sur le papier verticalement au-dessus des autres, on obtient ce résultat de la manière suivante : La chape peut se mouvoir par le moyen d'une vis dont la tôte v est à gauche de la virole Ee; suivant qu'on tourne cette vis à droite ou k gauche, la chape avance ou recule, et avec elle le levier qu'elle supporte.

On sait déjà que chacun des leviers doit être mis en mouvement par le gonflement et le resserrement alternatifs d'une ampoule élastique sur laquelle il repose. Cette ampoule mérite une description particulière. Elle est formée par une caisse ou tambour métallique T d'environ 5 centimètres de diamètre sur 5 millimètres de hauteur. Ce tambour, ouvert à sa face supérieure, est recouvert en ce point par une feuille de caoutchouc très élastique, assez épaisse et peu tendue. Un tube horizontal s'ouvre dans le tambour T, de sorte que, suivant qu'on foule de l'air à traversée tube ou qu'on exerce une aspiration, la membrane du tambour s'élève ou s'abaisse, entraînant avec elle

uo PHYSIOLOGIE.

le levier qui reçoit son mouvement. Pour réaliser cette transmission, un petit disque de carton muni d'une arête transversale de 6 h 7 millimètres de hauteur est collé sur la membrane du tambour. L'arête vient rencontrer le levier près de son centre de mouvement. Il suit de là que la membrane ne saurait se soulever ni s'abaisser sans que le levier qui repose indirectement sur elle participe à son élévation ou à son abaissement. Mais, comme on le voit sur la figure, c'est très près de l'axe du levier que l'arête vient agir, ses mouvements seront donc très amplifiés à l'extrémité p du levier, au point où la plume écrit sur le papier mobile.

Comme il faut à volonté faire varier le point d'application de l'arête sur le levier, on obtient ce résultat en faisant glisser en avant ou en arrière le tube métallique qui se rend au tambour. Ce tube glisse à cet effet dans une gouttière horizontale accolée à la virole Ee. Si l'ou pousse l'extrémité de ce tube du côté de la virole, le tambour s'avance et avec lui son arête. Celle-ci se trouve alors en contact avec le levier à une plus grande distance de l'axe. Si au contraire on tire en arrière l'extrémité du tube, le tambour recule ; alors l'arête vient se placer très près de l'axe. Dans le premier cas, les mouvements exécutés par la plume du levier ont le moins d'amplitude possible ; dans le second, ils sont à leur maximum. Enfin il faut pouvoir élever ou abaisser le tambour, afin de placer le levier qui repose sur lui dans une position horizontale. Pour cela, on tourne à droite ou à gauche l'écrou E qui termine en bas la virole Ee. Alors le tube et le tambour T s'élèvent ou s'abaissent en restant horizontaux, l'arête s'élève ou s'abaisse également et avec elle le levier que l'on peut mettre dans la position voulue.

La figure 5 montre les trois systèmes de tambours et de leviers superposés sur un montant commun. Chacun des tubes qui s'ouvrent dans les tambours se prolonge en arrière par un tuyau de caoutchouc avec un tube métallique muni d'un robinet. Ces trois tubes sont aussi fixés à une tige verticale plantée sur le plateau de l'appareil AS. L'usage de ces robinets est de pouvoir à volonté mettre les tambours en communication avec les ampoules initiales, ou bien intercepter cette communication.

Nous avons maintenant à décrire l'élément variable do l'appareil, celui qui doit être mis en rapport direct avec la partie du cœur ou du système artériel dont on veut étudier les mouvements. C'est ce que, dans un premier aperçu de la construction du cardiographe, nous avons appelé X ampoule initiale. A chacun des systèmes de tambour et de levier décrits figure 6 doit correspondre une ampoule initiale de forme variable suivant le besoin. Ces différentes formes seront décrites à propos des expériences pour lesquelles elles sont nécessaires.

PREMIÈRE EXPÉRIENCE CARDIOGRAPHIQUE.

Détermination de la succession des divers mouvements du cœur.

L'expérience que nous allons rapporter est celle qui a été publiée déjà dans les Comptes rendus de V Institut. C'est par elle que nous avons commencé nos recherches, afin d'avoir dès le début la solution d'une des questions les plus importantes pour la pratique médicale. Cette question est la suivante : Le choc du cœur arrive-t-il au moment de la systole de l'oreilk'Ue, ou bien correspond-il à la systole du ventricule?

11 fallait enregistrer à la fois les mouvements de Porcil-

letle, ceux du ventricule et la pulsation cardiaque, afin de déterminer, d'après la position respective de» leurs tracés, l'ordre clans lequel ils se produisent. Trois leviers devaient donc fonctionner à la fois, exprimant chacun les mouvements communiqués à l'ampoule initiale correspondante. Pour cela, les trois ampoules furent placées l'une dans une oreillette, l'aulre dans un veutricule, la troisième dans les parois mômes de la poitrine, au niveau du point où la pulsation du cœur est le plus apparente. Le cœur droit fut choisi pour l'introduction des ampoules dans ses cavilés; en effet, la veine jugulaire fournit une voie facile et sûre pour pénétrer dans l'oreillette droite et de là clans le ventricule. C'est au moyen d'une double sonde que les ampoules furent portées dans les cavités droites du cœur.

Description de la double sonde du cœur droit.

§ 9. Afin d'introduire à la fois clans l'oreillette et dans le ventricule droits les ampoules initiales qui devaient recevoir les mouvements de ces deux cavités, nous construisîmes une sonde, figure 7 ci-contre. Cette figure donne la représentation extérieure de la sonde, ainsi que la coupe de la plupart de ses parties constituantes.

Les deux ampoules V et 0 sont destinées, la première au ventricule, la seconde à l'oreillette.

De l'ampoule Y part un tube de gomme flexible TV qui traverse l'ampoule de l'oreillette sans communiquer avec elle, et se continue à travers une grosse sonde également de gomme, en gardant toujours son indépendance. Sorti de la sonde, il se prolonge par un tube de caoutchouc de 2 mètres environ de longueur, et va aboutir enfin à l'ampoule terminale qui fera marcher le levier

SUCCESSION DES MOUVEMENTS DU COEUR. 6t

ventriculaire. On connaît déjà cette partie de l'appareil.

L'ampoule 0 s'ouvre dans la grosse sonde, et la cavité de cette dernière s'ouvre à son tour dans le tube TO, long tuyau de caoutchouc semblable à TV et aboutissant comme lui à une ampoule terminale qui fait mouvoir un second levier. Le trajet qui réunit l'ampoule initiale 0 à son ampoule terminale est donc indépendantduconduitTV.

Il est formé, dans l'intérieur de la sonde, par l'espace circulaire TO qui existe entre la grosse sonde enveloppante et la sonde enveloppée TV, ainsi qu'on peut le voir sur la coupe.

Les ampoules initiales V et 0 sont toutes deux formées par une membrane de caoutchouc tendue sur une sorte cle cage métallique dont voici la descrip-; tion.

Chaque ampoule est formée par deux boutons • hémisphériques de métal del centimètre de diamètre, séparés l'un del'autrepar un cspsico de 3 centimètres environ. Ces boutons ont leurs

l'MYSIOLOGlE.

surfaces planes tournées l'une vers l'autre; ils sont reliés entre eux par quatre tiges d'acier implantées sur leurs bords. Les quatre tiges formeraient les arêtes d'un prisme quadrilatère terminé par deux sommets arrondis que représentent les hémisphères de métal. Sur ces arêtes métalliques est tendu un tronçon de tuhe élastique qui les enveloppe dans son intérieur, en rejoignant par ses deux bouts les boutons de métal sur lesquels il est lié par des fils circulaires très serrés. L'ampoule initiale ainsi formée est mise en communication avec le tube qui doit la relier à son ampoule terminale. Pour cela l'ampoule V présente un trou unique dans sou bouton métallique par lequel pénètre le tube TV. L'ampoule 0 présente deux trous, puisqu'elle doit être traversée d'outre en outre par le tube TV. De plus, le bouton métallique qui la relie à la grosse sonde offre une disposition particulière. Il a une forme tubulaire pour embrasser la sonde à double courant, et son orifice qui s'ouvre dans cette sonde est assez large, non-seulement pour laisser passer le tube TV, mais pour permettre le libre passage de l'air de l'ampoule 0 dans la cavité de la sonde enveloppante, et de là dans le tube TO qui se rend à l'ampoule terminale et au levier de l'oreillette.

Chacune des deux ampoules présente donc quatre fenêtres rectangulaires membraneuses limitées par quatre arêtes rigides. Ces fenêtres pouvant céder clans tous les sens aux pressions qu'elles supportent, se gonfleront ou se déprimeront suivant que ces ampoules seront placées dans un milieu raréfié ou comprimé.

Suivant que l'air sera appelé dans ces ampoules ou qu'il en sera expulsé, les tambours qui communiquent

avec elles imprimeront aux leviers des mouvements de descente ou d'élévation.

Manuel opératoire.

Voici comment on introduit la sonde cardiaque dans les cavités droites du cœur.

Ou choisit comme sujet d'expérience un grand animal, afin d'avoir le double avantage de trouver des battements plus forts et moins fréquents, et d'autre part, d'avoir une plus large voie pour introduire la sonde par les veines jugulaires : c'est le cheval qui nous a servi. On met à nu-la veine jugulaire, vers la partie inférieure du cou, et l'on applique sur ce vaisseau une forte ligature. Puis, on fait aux parois de la veine une incision longitudinale de 2 à o centimètres, située immédiatement au-dessous de la ligature. On trempe la sonde et ses ampoules dans l'eau pour les rendre glissantes, et l'on introduit l'ampoule V dans l'ouverture de la veine; on pousse alors la sonde de manière à engager successivement le tube TV, l'ampoule 0 et la grosse sonde, jusqu'à ce que l'ampoule 0 ait pénétré dans l'oreillelle.

A ce moment, l'ampoule V est arrivée dans le ventricule en tombant par son propre poids à travers l'orifice tricuspide. La longueur delà sonde TV, dans l'intervalle des deux ampoules, est calculée de telle sorte que l'ampoule V soit dans le ventricule lorsque 0 se trouve dans l'oreillette. — La partie mince et flexible qui s'étend entre ces deux ampoules est située entre les lèvres de la valvule tricuspide, dont elle ne gêne en rien les mouve ments (1).

^ [\) On peut s'assurer de l'innocuité de ce premier temps de l'expérience en examinant l'animal, qui n'est nullement troublé, qui marche el

La sonde qui vient d'être décrite, et le premier temps de l'opération, qui consiste à l'introduire dans les cavités du cœur, ne suffisent pas encore pour transmettre à l'appareil enregistreur tous les mouvements que nous voulons étudier. Nous n'avons, en effet, que l'indication des mouvements de l'oreillette et du ventricule; un troisième élément nous manque, c'est le choc du cœur dont il faut déterminer le rapport de succession avec les deux autres.

Une ampoule initiale analogue aux deux précédentes devra être appliquée de manière à recevoir le choc du cœur sous forme d'une pression qui chasse l'air de sa cavité et soulève un troisième levier.

Ampoule destinée à recevoir le choc du cœur.

§ 10.— L'ampoule qui reçoit le choc cardiaque (fîg. 5) est trèsanalogue à celle qui est introduitedansle ventricule, seulement elle est dépourvue d'arêtes métalliques. Le tube de caoutchouc qui la revêt est tendu fortement entre les deux boulons métalliques, et ceux-ci sont tenus éloignés l'un de l'autre par une lige centrale rigide. L'ampoule ainsi formée est donc compressible par tous les points de sa surface. Elle est mise en communication par un tube métallique courbé en quart de cercle et qui s'adapte au tuyau de caoutchouc le par lequel se fera la transmission du mouvement jusqu'au tambour et au levier correspondant. On va voir comment cette ampoule est placée pour recevoir le choc cardiaque qu'elle doit transmettre à l'enregistreur.

mange comme de coutume. En complant le chiffre du pouls, on trouve quelquefois une légère accélération, surtout dans les premiers instants, mais les mouvements du cœur sont toujours réguliers, et donnent, à l'auscultation, des bruits d'un caractère norniiil.

Manuel opératoire.

On fait sur le cheval une petite incision verticale, au niveau du cœur de l'animal, à une distance d'environ un travers de doigt derrière le bord de l'omoplate. On fait pénétrer cette incision assez profondément pour qu'elle divise le muscle intercostal externe; puis, en introduisant le doigt dans la plaie, on dédouble les deux muscles intercostaux de manière à former une cavité de 3 ou h centimètres de profondeur occupant le quatrième espace intercostal, cavité dans laquelle on enfonce l'ampoule inù lialc (1). L'ampoule ainsi appliquée se trouve en face du ventricule, et reçoit de lui une pression, de dedans en dehors, à chacune des pulsations cardiaques. Cette ampoule est encore soumise à d'autres causes de compression, suivant que le cœur augmente plus ou moins de volume pendant qu'il se remplit.

Lorsque l'expérience est ainsi instituée, que la sonde ardiaque droite est introduite dans le cœur, et que l'ampoule qui recevra le choc est placée dans le quatrième espace intercostal, les trois leviers sont animés de mouvements différents, car chacun d'eux reçoit son impulsion d'une source particulière.

Le levier lo (fig. 5) communique par le tube to avec l'ampoule 0 de la sonde cardiaque. Il écrira donc les mouvements de Voreillelle droite.

(4 ) C'est là le temps lo plus difficile de l'expérience ; c'est le seul qui soit assez douloureux pour que l'animal s'agite. Un danger qui est à redouter, c'est l'ouverture de la cavité thoracique; aussi, en général, est-ce par cette incision qu'il faut commencer l'expérience; car, dès qu'on a réussi à introduire l'ampoule intercostale, tout le reste ne présente plus

difficultés sérieuses.

Page 1