BRUITS DE SOUFFLE DANS LES ANÉVRYSMES. H
tension forte du vaisseau (au moment des maxima), et la tension plus faible qui existe dans la poche anévrysmale. Nous avons eu la démonstration manométrique de cette inégalité de tension. Dans l'expérience § 162, on a vu que le manomètre appliqué sur l'artère donne des oscillations, tandis que sur la poche, il signale une pression moyenne sensiblement fixe. — Cette moyenne étant nécessairement inférieure aux maxima de la pression artérielle, il en résulte, à chacun de ces maxima, un courant rapide de l'artère dans la poche anévrysmale, et consécutivement un bruit de souffle.
Certains anévrysmes présentent, à chaque révolution du cœur, un double bruit, ce qui doit faire supposer que, deux fois de suite, le courant pénètre avec rapidité dans la poche, ou bien que le passage du liquide de la poche dans le vaisseau donne à son tour naissance à un bruit. — La première de ces hypothèses nous semble la plus admissible, attendu que le double bruit de souffle s'obtient sur le schéma d'une manière d'autant plus nette, que le dicrotisme du pouls est plus prononcé. — Toutefois certains anévrysmes de l'aorte pourraient bien donner naissance au deuxième bruit de souffle par le reflux du sang de la poche dans l'artère ; car, sur l'aorte, le dicrotisme nous a toujours paru trop peu prononcé (voy. les fig. 33 et /|3) pour expliquer une double pénétration du sang dans l'anévrysme.
§ 189. — Si l'élasticité de la poche favorise la pénétration du liquide à son intérieur, et, par conséquent, la production du bruit de souffle, il en résulte que suivant qu'on augmentera ou que l'on diminuera l'élasticité d'un anévrysme, on fera varier l'intensité du bruit. — Or, c'est ce qui arrive en effet.
Expérience. — Prenons, dans le schéma, une ampoule de caoutchouc qui donne naissance à un bruit de souffle, et embrassons dans la main cette ampoule, de manière à diminuer son élasticité ; aussitôt l'intensité du souffle diminue en même temps que l'expansion de l'ampoule. — C'est pour cette raison que l'on obtient, en général, une diminution notable du bruit de souffle des anévrysmes par l'application d'un bandage compressif autour de la tumeur.
Une autre expérience du même genre peut rendre service dans le diagnostic des anévrysmes douteux. Si l'on comprime une tumeur anévrysmale, on supprime le bruit quelquefois d'une manière complète, parce que le sang ne pénètre plus dans la poche, où il rencontre une pression supérieure à celle qui existe dans le vaisseau afférent. Qu'on cesse la compression , aussitôt un bruit extrêmement fort se fait entendre, parce que la poche, en partie vidée, est devenue trop large et présente des parois flasques et par conséquent très dilatables. Ce bruit faiblit et revient à sa force primitive dès que la tumeur a repris son volume normal.
On remarque, d'après ce qui précède, que la production d'un bruit de souffle intense exige les mêmes conditions que la modification du pouls par l'anévrysme, c'est-à-dire une grande élasticité de la poche; de sorte que ce qui a été dit des influences qui font varier la transformation du pouls s'applique également aux variations d'intensité du bruit de souffle. — Réciproquement, on peut prévoir que si un anévrysme modifie le pouls à un faible degré, on pourra, en le comprimant puis en le relâchant, lui donner, pour un instant, une action transformatrice plus prononcée qui durera jusqu'à ce que le