DE QUELQUES FORMES DU TOULS DANS LES MALADIES
Nous terminons en présentant quelques tracés du pouls recueillis dans diverses maladies, afin de montrer que l'observation seule, sans le secours d'aucune étude approfondie des modifications du mouvement du sang, peut conduire à la découverte de certains types caractéristiques. Ainsi, dans la colique de plomb, nous avons rencontré un très grand nombre de fois une forme singulière du pouls, forme dont la figure 231 donne les caractères les plus constants.
Fig. 231.
Dans le rhumatisme articulaire, on obtient ordinairement un tracé très analogue à celui qui est représenté figure 232. L'amplitude de la pulsation est énorme, le dicrotisme en général assez prononcé ; il n'y a pas de sommet anguleux comme clans les pulsations d'une amplitude semblable dont nous avons déjà présenté des exemples, et qui étaient dues soit à l'insuffisance aortique, soit à fanôvrysme de l'aorle.
Fig. 232.
§ 232. — Le ralentissement du pouls dans certains états, tels que l'algidité et la période d'apyrexie des
fièvres, nous est déjà connu: voici des types du pouls à peu près semblables, obtenus dans des circonstances différentes.—La figure 233 représente le pouls dans l'ictère simple.
Fig. 233.
Les figures 234 et 235 sont des exemples de ralentissement du pouls après l'accouchement. D'après la forme du tracé, ce ralentissement, signalé récemment par Blot, nous semble, aussi bien que celui de l'ictère, produit par une élévation de la tension artérielle. Une pareille rareté des battements du cœur s'accompagnerait de rebondissements multiples et très prononcés de la pulsation, si la tension artérielle n'était pas très élevée. Il ne
Fig. 235.
faut donc pas attribuer cette rareté du pouls à une influence primitivement portée sur le cœur, mais à une modification de la circulation périphérique. Nous avons émis l'hypothèse que l'élévation de la tension artérielle après l'accouchement peut tenir à l'oblitération des vaisseaux utérins qui, pendant la grossesse, fournissaient une large voie pour le passage du sang des artères dans les
POULS DANS DIVERSES MALADIES. Ol\ 1
veines. Mais ce n'est là qu'une supposition sur laquelle nous ne nous appesantirons pas.
Notre tâche est finie. Nous avons essayé d'exposer le tableau de la fonction circulatoire et de faire entrevoir l'admirable harmonie de son ensemble. Nous croyons avoir prouvé que les lois physiologiques sont une source féconde d'applications à la pathologie. Quant aux développements spéciaux que nous avons donnés à l'étude du pouls, tant à l'état physiologique que dans les maladies, nous les avons jugés indispensables; non pas que nous ayons voulu écrire un traité du pouls, comme on l'a essayé tant de fois, mais justement pour prouver qu'une pareille étude ne saurait être abordée sans le secours de moyens rigoureux d'observations. N'eussions-nous fait que débarrasser la science des erreurs dont on l'avait encombrée, nous croirions déjà avoir été utile. Mais il y a mieux à faire que de renverser l'édifice du passé ; les matériaux ne manqueront pas pour reconstruire.