Pressions passives extérieures
§ 27. — Tous les organes situés dans le thorax, en dehors du poumon, sont soumis à une pression inférieure à celle de l'atmosphère. Ce vide virtuel tient h la rétractilité du poumon ; il est bien démontré par la rentrée de l'air dans la plèvre au moment où l'on fait une ouverture, soit aux parois Ihoraciqnes, soit au diaphragme. Depuis les expériences de Carson , et surtout depuis les beaux travaux de Donders, on connaît bien la mesure- de cette force aspiratrice du thorax, force qui n'est autre que Teffet de la rétractiiité du poumon, augmente et diminue avec elle.
Le cœur, étant situé dans ce milieu raréfié, se trouve donc soumis à une aspiration qui tendrait à le dilater si son contenu était susceptible de changer de volume. Aussi, lorsqu'une ampoule pleine d'air est introduite dans une des cavités de cet organe, l'aspiration s'exerce-t-elle sur celte ampoule à travers les parois cardiaques.
Plus le vide thoracique sera grand, plus cette aspiration sera forte. Elle augmentera donc à chaque fois que l'inspiration, déployant le poumon, augmentera la force
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élastique de cet organe (1). — Voici donc une pression passive qui exerce sur le sang contenu dans te cœur une action tout opposée à celle qui provient de la réplélion cardiaque. Sollicitée par ces deux actions inverses, Tampoule cardiaque n'en recevra en définitive que la diffé-' rence ou la résultante. Si, à quelque moment, la pression positive qui tient à l'abord du sang et la pression négative qui tient à l'aspiration pulmonaire sont d'égale inten« site, Tampoule ne sera soumise qu'à la pression atmos* phérique pure et simple. Alors, le niveau auquel s'élèvera le levier de l'appareil enregistreur correspondra à zéro {i).
Détermination de l'étal positif oa négatif de la pression passife.
§ 28. — Pour déterminer dans un tracé cardiogrt-
(4) On conçoit également qoe si la glotte était fermée et s'il se fkisaH on effort énergique d'expiration, le poomon, ne pouvant se vider, se trMverait au contraire comprimé par les parois tboraciques. Dès lors, aa lieu du vide virtuel qui existe dans la poitrine, il y aurait une pre$>sion positive. Ce cas ne se présente presque jamais dans les expériences sur les animaux; nous aurons à l'étudier ultérieurentent , à propos des influences de la respiration sur la circulation artérielle.
(9) Tous les instants de la réplétion cardiaque ne sont plus égale* ment favorables à l'aclion des deux forces passives intérieure et extérieure. — Tant que les cavités du cœur ne sont pas arrivées à leur distension, Tabord du sang agit surtout pour déployer les parois qui cèdent facilement devant lui. Ce n'est qu'après cette réplétion que la colonne sanguine s'élève dans les veines et constitue une charge rapidement croissante. — A l'inverse, l'.ispiration ambiante agit à son maximum quand le cœur est le moins rempli. Alors, en effet, les parois cardiaques plus souples obéissent à l'appel extérieur et s'écartent pour produire le gonflement de l'ampoule. Mais dès que le ccBur est remplii ses parois prennent une force élastique de plus en plus grande, de telle sorte que respiration extérieure s'exerce de moins en moins : elle ne doit plus sgir du tout quand le coeur est arrivé à une réplétion con* plèl«.
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pbique les instants où la pression s*élève dans le cœur audessus de zéro et ceux où elle tombe au-dessous, nous avons construit une ampoule qui ne fournit que Tindication des pressions négatives, et qui ne transmet aucun mouvement au levier lorsque la pression qu'elle subit est supérieure à zéro. Voici comment cette ampoule est con^ struite (fig. 11).
Une pièce métallique creuse et de forme olivaire est mise en communication avec un tube TV qui la relie au cardiographe. Cette ampoule, criblée de petits trous, est revêtue d'une membrane mince et très souple qui s'applique exactement sur toute sa surface et qu'on lie autour du tube, au point où il pénètre dans Tampoule. Grâce à cette disposition, toute pression positive supportée par Tampoule ne fera qu'appliquer phis intiinement la membrane sur la surface métallique, mais ne pourra produire f»»- * * • aucune compression de l'air qui y est contenu. Au contraire, toute aspiration produira un décollement de la membrane, et dès lors, s'exerçant librement sur Tair de l'ampoule, se transmettra au levier cardiograpbique, qui s'abaissera d'autant plus que la pression descendra plus bas.
Voici Un exemple de la manière dont se fait la détermination des prenions négatives. Soit, figure 12, le tracé
Vif. 12.
des mouvements de Toreillette droite d'un cheval, tracé
obtenu à Taide de la sonde ordinaire, avec une faible vitesse de translation du papier. On reconnaît tout de suite, dans les points o, o\ ç!\ l'expression des systoles auriculaires; les autres éléments se voient également bien, de sorte qu'on peut reconnaître non moins facilement le relâchement de Toreillette, le soulèvement de la vaWuto tricuspide, la réplétion de Toreilletle, etc.
Substituons à la sonde ordinaire celle qui vient d'être décrite figure 1 1 , le tracé obtenu sera le suivant (fîg. iS):
Fig. 13 (1).
Ici les oscillations de la courbe sont tronquées dans leur partie supérieure; les indications de Tinstrument s'arrêtent au niveau d'une ligne horizontale 0 qui marque le moment où la pression devient positive ; à cet instant, en effet, la membrane est appliquée sur l'olive métallique
(4 ) En comparant les ligures 4 2 et 4 3, on voit que, dans la première, Il durée des révolutions cardiaques est un peu moindre que dansladeuiièoM» cela peut lenir à une moins rapide translation du papier dans la première expérience. Mais ce qui frappe davantage, c'est l'amplitude extrême des oscillations dans la figure 4 3. Cela tient è ce que, pour la construction dai sondes semblables à celle qui est décrite figure 4 4 , on emploie des roeoibranes extrêmement minces qui cèdent très facilement à laspiration cardiaque, et. par suite, impriment au levier des mouvements très étendus. *- On voit aussi (fig. 4 3) que, dans le moment de la systole de Toreillette, il se fait un très léger mouvement d'élévation au-de.<:su8 de la ligne horizontale. Cet eflet est produit par une légère invagination do b membrane de ram()oulo à travers les t)rou$ de la carcaaso métallique.
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creuse, et devient incompressible. De là résulte l'immobilité du levier. Cette portion horizontale dans laquelle la ligne du zéro vient couper le tracé, laisse donc audessous d'elle toutes les portions de la courbe qui correspondent à des pressions négatives.
Quant à la partie qui est supprimée dans la courbe et qui devrait se trouver au-dessus de la ligne 0, elle correspondrait à la fin de la réplétion de Toreillette et à la systole de cette cavité, seuls instants où la pression soit positive dans l'oreillette. (Nous avons figuré par des lignes ponctuées la direction approximative de cette courbe.)
En recherchant dans les dilTérentes cavités du cœur l'état positif ou négatif de la pression, on voit :
i** Pour Voreilletie droite^ que la pression est presque toujours négative pendant toute la durée du tracé; le levier sera donc alors continuellement animé de mouveràents. — Quelquefois on observe, comme dans la figure 1 3, des temps d'arrêt pendant lesquels le levier ne se meut plus; c'est qu'alors la pression s'est élevée audessus de zéro. Ces instants correspondent à la fin de la réplétion et à la contraction de l'oreillette oo\ — Enfin, dans certains cas rares, le levier ne se meut plus du tout, ce qui veut dire que la pression reste toujours égale ou supérieure à zéro. Cela tient à la charge plus considérable du sang qui vient pallier les effets de Taspiration thoracique.
2" Pour le ventricule droite l'ampoule, placée dans la partie inférieure de celte cavité, n'accuse pas de pression native, c'est-à-dire que le levier reste parfaitement immobile ; mais si Ton porte l'ampoule plus haut, ou voit c{ue1quefois le levier éprouver à chaque révolution du
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cœur uDe secousse brève. Cela indique que la pression intra-ventriculaire tombe, à ces instants, au-dessous de zéro. — Cest au début du relâchement du ventricule que correspondent ces états négatifs de la pression.
â° Dans le ventricule gauche^ au moment du relâchement, la pression tombe presque toujours d'une manière sensible au-dessous de zéro. Il semble que, dans cette cavité, l'aspiration soit plus forte que dans le ventricule droit. — Notons cependant que l'ampoule occupe en général un point assez élevé; elle est placée très peu au* dessous des valvules sigmoïdes, ce qui peut expliquer l'abaissement de la pression par une moindre charge sanguine (1).
Évaluation des minima de la pression passive dans les cavités du coeur.
§ 29. — Dans Texpérience précédente, Tampoule se gonfle au moment où la pression intra-cardiaque tombe au-dessous de celle de l'atmosphère, parce que l'air contenu dans les tubes du cardiographe possède précisément la pression atmosphérique. Mais, s'il existait dans ces tubes une pression plus basse (aspiration), l'ampoule ne s'enflerait que pour un abaissement plus grand de la pression intra-cardiaque. Si, au contraire, Tair était comprimé dans ces tubes, le gonflement de l'ampoule se produirait dans des cas où la pression du sang serait supérieure à celle de l'atmosphère. C'est sur ce principe qu'est fondée notre méthode de détermination des minima.
Supposons l'appareil établi comme pour l'expérience précéilente. — On branche sur un point quelconque du
(1 ) L*oreinette gauche n*e8t pas accessible aux sondes, Jusqu'à préieni dn jnoios.
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tube cardiographique un tuyau bifurqué dont Tune des divisions est adaptée à un manomètre à mercure, tandis que l'autre est ouverte et sert à pratiquer, avec la bouche, uue aspiration ou une insufflation. Le tube cardiographique, Tampoule et le tambour qui sont en communicatioD avec lui peuvent donc renfermer de Tair à des pressions variables. Le manomètre sert à indiquer la pression qui existe dans l'intérieur du cardiographe.
. — La pressioa intra-cardiaque est toujours inférieure à zéro, comme cela arrive en général pour Toreillette droite.
Pendant qu'on enregistre les mouvements de l'oreillette, on pratique une aspiration graduelle de Tair du cardiographe. Alors on voit le levier s'abaisser peu à peu et à un moment donné devenir immobile. Cela prouve que la membrane ne se décolle plus de Tampoule, et par conséquent, que le vide dans l'appareil est toujours plus grand que dans le cœur. On restitue peu à peu de l'air au cardiographe, jusqu'à ce que les mouvements commencent à reparaître. A l'instant précis où ces mouvements sont perceptibles, on doit conclure que les minima de la pression de l'oreillette sont un peu plus bas que la pression de i'air dans l'appareil. — Le manomètre indique la valeur de l'aspiration qui supprime les mouvements du levier. Cest la pression minima qu'il fallait déterminer.
. — La pression intra-cardiaque est toujours supérieure à zéro, comme cela se voit pour le ventricule droit, lorsqu'on enfonce Tampoule dans le fond de cette cavité.
En se plaçant toujours dans les circonstances précédentes, on a une immobilité constante du levier^ ce qui veut
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dire que les iniuinia de la pression intra-cardiaque sont encore supérieurs à la pression atmosphérique qui existe dans le cardiographe. — Alors oi) insuffle graduellement de l'air dans Tappareil. La colonne manométrique s'élève, ainsi que le levier, qui tout à coup se met à se mouvoir d'une manière brève et intermittente. A cet instant, la pression qui existe dans l'instrument et qui est accusée par le manomètre, est légèrement supérieure à celle qui existe dans le ventricule au moment des minima, c'està-dire au début du relâchement. En appliquant cette mé-^ thode, nous avons pu déterminer les minima dans les différentes cavités du cœur.
Ij Oreillette droite présente des iTiinima très variables, puisque nous avons pu trouver des écarts entre — 2"" et — 33""". Le chiffre ordinaire est entre — 7"" et — 15"" de mercure. — L'abaissement de la pression dans Toreillette est toujours proportionnel à l'intensité de l'aspiration thoracique mesurée par le procédé de Donders.
L(i ventricule droit nous a paru offrir dans ses minima un rapport constant avec ceux de Toreiliette; la pression y serait toujours supérieure d'environ 10""", quantité qui correspond à la colonne sanguine plus haute ({ui pèse sur le ventricule. Cette pression a varié entre — 16"" (cas rare) et + 20"".
Le ventricule gauche présente les mômes variations que le droit : lesmininia sont un peu inférieurs, comme nous l'avons dit, et à peu près constamment au-dessous de zéro. Cela doit tenir à ce que Tarn poule pénètre en général peu profondément dans cette cavité du cœur.
Les expériences précédentes nous font connaître la résultante des pressions passives intérieure et extérieure