CHAPITRE XIII
DU POULS RBBONDISSANT OU DIGEOTB.
Le dicrotisme da pouls est on phénomène pbysidiogiqiie, on IV presque cbex tous les sujets ; seulement il n*est seosible au doigt qm dans les cas où il est extrêmement prononcé. — Le doigt peot cobfondre deux sortes de rebondissements bien différents, dont Tone le prodoit pendant la période d*ampliation du Taisseau, l'aotre pendant sa période de retrait.
Cause du dicrotîsme : c'est un effet de la vitesse acquise de la ookms liquide contenue dans le vaisseau. — Expérience. De Fair poosaédaii on tube y prodoit des pulsations , mais pas de dicrotîsme. — De Teau dans le même tube produit un dicrotîsme. — Du merenre dont lieu à un dicrotisme encore plus prononcé. -— Le dîccolimi^ pia sensible dans l'aorte, se produit à un haut degré dane les grosass artères de la périphérie. — Démonstration directe de rtxislaace de mouvements alternatifs du sang dans les grosses artères.
Des conditions qui font varier l'intensité do dicrotisme. — InAnanoede l'élasticité des artères. — Influence de Tétat de la tension artérleHe. — Influence du volume de l'ondée lancée par le ventricule sur l'ialensité du dicrotisme.
Des conditions qui font varier le nombre des rebondissements dans la pouls dicrote.
§ 77. — Parmi les formes du pouls que le doigt peut sentir. Tune des plus intéressantes par sa valeur clinique est le pouls rebondissant ou dicrote. Les anciens auteun nommaient encore cette forme du pouls bis feriens^ parce que le doigt est en effet frappé par deux battements successifs pour une seule contraction du cœur.
Ce type du pouls auquel les cliniciens attachaient une grande importance, n*est point rare comme on le croyait, c'est au contraire une forme à peu près constant!} de la
DU POULS BBBONDISSAnV OU PICROTE. 365
pulsation artérielle pendant sa période de descente; mais ce qui est rare, c'est que te rebondissement atteigne une intensité suffisante pour être perçu parle loucher; cela n'arrive que dans certaines maladies, particulièrement dans celles qui revêtent la forme dite typhoïde. En dehors de ces cas, le rebondissement est trop faible et échappe k notre toucher, comme cela arrive pour la plupart des autres caractères que nous avons déjà décrits à propos de la forme du pouls.
Une distinction importante que la palpation du pouls ne permet pas de faire consiste à déterminer si le rebondissement a lieu dans la période de diastole du vaisseau (ascension de la pulsation}, ou bien dans sa période de systole (descente). Bouillaud enseigne avec raison que, dans l'insuffisance aortique, le pouLi est dicrote; mais, dans cette affection , c'est à la période d'ascension qu'appartient le rebondissement ; ce phénomène est d'une tout autre nature que le rebondisement qui se produit dans ta période de descente : c'est ce dernier qui constitue le dicrotisme proprement dit.
Rien de plus facile, au moyen du spbygmograpbe, que de déterminer à laquelle des deux périodes appartient le rebondissement. Les types suivants [fig. 65 et 66] mon-
tTrat'-Ift diff&mice -qui existe entre ces deux espèces de rebîmSiswnient du pouls.
26G I^HYSIOLOGIE.
la eavflie dm dlerotii
§ 78. — Comment se produit ce phénomène? C'est là ce qu'il est important de déterminer, non-seulement au point de vue de la physiologie, mais surtout à celui de It clinique, et afin de mieux connaître quel est Tétat circulatoire dans les maladies qui présentent à un haut de$i[rê cette forme du pouls.
Il y a longtemps que l'auscultation a prouvé que le cœur ne se contracte qu'une fois pour produire les deux battements consécutifs du pouls dicrote. — Ce fait démontré, les physiologistes s'ingénièrent à trouver en dehors du cœur la cause d'une impulsion nouvelle ; ils crurent ud instant la trouver dans une contraction des artères. La contractililé des artères est aujourd'hui bien démontrée : il était donc permis de supposer qu'une contraction de ces vaisseaux pouvait produire le phénomène du dicrotiame. Mais, d'abord, les contractions rhythmiques des artères n'ont jamais la fréquence des battements du cœur, elles ne sauraient donc produire, après chacun des battemenb de cet organe, une pulsation nouvelle. De plus, l'expérience suivante montre que le pouls dicrote se produit artificiellement sur un simple tube élastique, par conséquent hors de touteinfluencedelacontractilité du vaisseau.
Qu'on adapte le sphygmographe sur le tube qui, dans notre schéma, correspond à l'artère tadiale (to point S', fig. 19), et (ju'on fasse marcher la circulation avec une tension artérielle peu élevée, on obtient un très beau spécimen de pouls dicrote.
Ki|r. 07,
CAUSE DU DICHOTISHE. 367
C*est qu'en effet le dicrotisme est un phénomène puremmt physique. Il dépend d'une double cause : -1* de la ^il^Bse acquise ç[ue preud la coloaoe liquide lancée dans
oene cbloaiifrliquicfé dans ûW cRt^tidn^-âfUiraàtivéaient centrifuge et centripète. Noua allons essayer d'analyser le phénomèile d'une manière plus complète.
Supposons qu'au lieu d'un liquide pesant, nous ayons dans les tubes du schéma un fluide presque sans pesanteur, de l'air par exemple. Cet air, poussé dans les vaisseaux, ne sera animé d'aucune vitesse acquise dès que l'impulsion aura cessé; il n'y aura jamais de dicrotisme, comme cela se voit figure 68. Mais, si nous remplaçons l'air par de i'eau, le dicrotisme apparaît.
§ 79. — L'expérience suivante rendra plus saisissantes les conditions dans lesquelles se produit le rebondissement de la pulsation. Soit (fig. 69) un loag tube de verre à
Pif. 6».
l'extrémité duquel sont adaptés en S et S' des tronçons de , tubes de caoutchouc fermés àleurs extrémités ; ce système de tubes est clos et ne contient que de l'air. Adaptons on sphygmographe à l'un des tubes de caoutchouc, soit eh S', et presnons brusquement entre les doigts le tube S. AuMÎtftt le sphygmographe, qui traçait une ligne hori-
zontale (6g. 70), indique, par une asceDsionr Terticale du tracé, que la tension vient de s'élever subitement; pab, à
partir de ce moment, il se remet à tracer une ligne bon* zontale. Si I'od cesse de comprimer le tronçon élastiques. le levier retombe à son niveau primiliF, et y àaoot^éi nouveau une ligne horizontale jusqu'à ce que ron.oniprime encore le point S, et ainsi de suite:
Conservons le même appareil, mais emplissons-le d'eiD à la place d'air, et répétons l'expérience de la même manière, le tracé obtenu sera le suivant.
C'est-à-dire qu'il y aura, à chaque fois que l'on comprimera ou qu'on relâchera l'un des tubes de caoutchouc. une série de rebondissements produits par les oscillaticHis de la colonne liquide. Celte colonne, mise en mouvement de S eu S', prendra une vitesse acquise en vertu de laquelle elle distendra l'extrémité du tube S'. Dès que cette vitesse sera éteinte, le retrait élastique du tronçon S' donnera à la colonne liquidé une impulsion nouvelle qui h ramènera en S. Mais cette colonne ne s'arrêtera pas au moment où la pression sera devenue égale en S et en S': la vitesse acquise dans ce trajet lui fera dépasser ce point el rendra la pression en S plus forte qu'en S'. Une uou-
CAUSK OD DICROTISHE. 269
velle oscillation en seas inverse se produira, et ainsi de suite, jusqu'à ce que les résistances que le liquide éprouve à se mouvoir dans le tube éteignent ces oscillations d'une muiiàre graduelle. Au lieu d'eau, remplissons l'appareil avec du mercure, les rebondisseoients prendront une intensité énorme (6g. 72) à cause de la densité considérable du liquide emp!
N'y a-t-il pas identité parfaite entre ce phénomène et une oscillation quelconque, celte d'un pendule, par Âietpple? De part et d'autre, c'est un corps pesant qu'une moB tend à ramener à un état d'équilibre, et qui, en s'àppFOchant de ce point, prend une vitesse acquise qui tend aie lui faire dépasser (1).
Jusqu'à présent, nous avons parlé des oscillations du liquide, abstraction Taite de l'écoulement de celui-ci à travers les vaisseaux. L'appareil dont nous nous sommes servi était clos, de sorte que, lorsqu'on exerçait une compression à l'un des bouts du tube, l'autre extrémité se
(1) Vierordt avait pensé que les tracés fournis par naLre iDSlruinenl pouvaieolélre altérés pardes vibrations propres au levier, el c'esl à celle cause qu'il altribuail le dicrotisme que présentent la plupart de nos tracte (voy. K. Vierordt, Grvndrist ier Physiologie rfes Wmiscltm, ersle Ijeferang, p. 98). Nous croyons qu'une pareille objectiou n'a plus besoin d'être rérutëe en présence des eipériences que uous venons do rapporter, expériences dans lesquelles l'eiisteDCC ou l'absence du dicrolisme tenait h la nature du fluide contenu dans les tubes, el non è la dispoailion de l'appareil qui restait la même dans tous les cas.
l'UYSlULOtilE.
disteudait; celle-ci, saut' les variations tetupurairc!» pruduites par les oscillatioDs, gardait indéËDiment sa leosioii augmeutée. Dans les phéDODièues de la circulatiou du sang, il s'ajoute un élément de plus relativement au mou» veinent du liquide, c'est l'écoulement de celui-ci par In voies capillaires. Pour imiter cette condition, il suffit d'établir à l'extrémité du lube qui porte le sphygmogn{die uji petit orifice d'écoulement. Alors, ^ uièaie temps que les oscillatiODS auront Heu, la ligne de descente de la pulsation se prodnira sous l'inQuence do l'écoulumeol du liquide, et l'on obtiendra U figure suivaute : ^. j^m
§ 80. — Lu disposition de l'appareil circulatoire permet-elle d'expliquer les rebondissements du pouls par des oscillations de la colonne liquide semblables à celles dont nous avons démontré l'existence dans le tube représenté Ogiire 69t Telle est la question que l'on doit se poser avant de pousser plus loin l'étude physiologique de ce phénomène.
Pour prouver que ce sont bien des oscillations de la colonne liquide tout entière qui produisent les rebondissements successifs accusés par le sphygmographe , nous avions employé un tube rigide dont les extrémités seules étaient élastiques ; dans de telles runditîons, il n'y avait pas de doute possible sur la nature du mouvement qui se produisait, car il fallait, de toute uécessilL-, que la colonne liquide se inûl tout d'une pièce dans la partie mm ékuliqm. Qu'urrivura-t-il st le tube est élastique dans son entier?
i/expérieiice est facile ù faire; elle montre que, dans de telles conditions, ou obtient die rebondissements ideu-
CAUSt DU Dl<:BUTI»Ht. 271
tiques avec ceuxque noua connaissons déjà, sauf qu'ils sont UD peu moins brefs, car l'élasticité qui trausfornie le mouvement du liquide, comme nous l'avons déjà vu, teod sans cesse à éteindre les mouvements saccadés. La figure 7& montre les oseillations qui se produisent, si le tube est élastique dans toute sa longueur.
Fig. 74.
Si nous pous rapprochons davantage des conditions qui existent dans la circulation du saug, el si, puur cela, uous emplopns un système de tubes élastiques branchés mv UD autre tube plus volumineux et élastique lui-même, dti manière à imiter la disposition de l'aorte et lââ principaux tracés artériels, comme cela se voit dans le schéma, nous obtenons encore le môme phéiiomèue , c'est-à-dire qu'uueâériede rebondissements se produira après chaque pulsation.
Le schéma permet de constater facilement l'existence du pouls rebondissant; on a pu le voir par la figure 67.
Dans ces conditions, l'ondée lancée par le ventricule se porte vers la périphérie et, par suite de la vitesse acquise, (diandoHiie les régions initiales de l'aorte pour distendre les extrémités du système artériel. Arrêtée en ce dernier point par l'étroitesse des artères qui lui fait obstacle, elle reflue ven l'origine de l'aorte; mais cette voie est fermée par les valvules sigmoïdes. Nouvel obstacle, nouveau re- (lux, et par suite Douvelle ondulation (ou rebondissemeat) .
Cesoscillationsalternatives se produiseatjuaqu'à ce qu'une cotitroctiOD du ventricule vienne y mettre fln eu produisant une pulsation nouvelle.
Pour avoir une idée exacte de la manière dont se pro> duit l'oscillation qui constitue le dicrotisme, il faut comparer la forme du pouls enregistré à la fois dans dilKrentes artères. On a déjà vu que l'aorte fournit une pulsation d'une forme particulière dans laqiieUa lé dicrotisme est ordinairement peu prononcé. La figure AB, qui renferme à la fois le pouls aortique (ligue 3) et le -pouls de l'artère fémoi^e (ligne 3) montre qile, dans la fémorale, le pouls présente un dicrotisme beaucoup plus prononcé que dans l'aorte.
Si l'on compare (fîg. 75) le pouls de l'aorte (ligne su-
Fig. 7J.
périeure) à celui de la faciale (ligne inférieure), on voit aussi que dans ce dernier vaisseau le dicrotisme est beaucoup plus prononcé.
La conclusion ((ui ressort de ces deux faits est celle-ci : le phénomène d'oscillation qui constitue le dicrotisme ae produit dans les artères de la périphérie. — On comprend qu'il en soit, ainsi du moment qu'il est prouvé que le phénomène du dicrotisme est produit par l'oscillation de la colonne liquide logée dans les artères.Cette oscillation, en eSet, exige, pour se produire, une impulsion rapide
CAUSE DU DlCBOTISHli. 273
du liquide et une masse assez grande mise en mouvement. Or, ces conditions sont d'autant mienx réalisées qu'on a aiïaire à une artère plus longue et plus volumineuse; on peut s'en assurer sur le schéma en adaptant à celui-ci des tubes de différentes longueurs : les tubes les plus longs sont ceux dans lesquels le dicrotisme se produit au plus haut d^ré.
§ 81 . — Si Ton veut une preuve de plus de ta réalité de l'oscillation que nous avons décrite comme cause du pouls dicrote, on peut, au moyen de l'hémodromomètre enregistreur de Cbauveau, démontrer l'existence du vael-vient de la colonne sanguine.
Expérience. — Sur un cheval dont le pouls présentait un dicrotisme très prononcé, sensible même dans l'artère CfUt^de, 00 appliqua simultanément à ce vaisseau un sf^^mograpbe et un hémodromomètre enr^istreur, de ■PipîtoB à observer à la fois les changements qui se pas- «ÎJf)Bt 4aiu la vitesse, et ceux qui survenaient dans la pross|m 4h si^Dg de cette artère. On obtint ainsi la figure 76,
dans laquelle le tracé supérieur est fourni par la vitesse du sang et le tracé inférieur par la pulsation.
Dana cette figure, nous avons établi pour chaque puits
sation quatre points de repère en traçant les arcs de cerde que chacun des leviers eût décrits si rinstrument eût été arrêté quatre fois pendant chaque pulsation. Ces repères servent à établir nettement le synchronisme des différents éléments de chacun des tracés. On cônnatl assez la manière d'analyser les courbes graphiques, au point de voe du synchronisme, pour que nous n'ayons pas besoin de donner plus de détails à ce sujet. On voit sur ces ^urès: l* que le début de la pulsation coïncide avec la prodootion d'un courant rapide centrifuge ; V que le sommet de la pulsation arrive à un moment où le courant centrifuge a déjà cessé ; S** qu'à l'instant où se produit la clôture des valvules sigmoïdes, il se fait dans la carotide un courant rétrograde, comme l'indique la position du tracé qui à ce moment est au-dessous du zéro ; &** qu'après la clAtare des valvules sigmoïdes il se fait un nouveau couFant centrifuge qui constitue la pulsation secondaire (dicrote). Cette pulsation se fait sentir dans le tracé du pouls carotidien. — ËnQn, on voit de nouveaux rebondissements moins prononcés et qui vont en s'éteignant, comme daas les expériences citées précédemment (§ 79).
Il est donc bien établi que la colonne sanguine oscille dans les artères, et que c'est à ces mouvements alternatifs qu est due la production du pouls dicrote (1).
{i) Dans nos premières recherches sur la nalure du pouls dicrote, nous avions admis un fait que Beau nous avait fait remarquet* ; c*est que le dicrotisme du pouls ne se sent pas à Tarière fémorale. Nous avons reconnu depuis, que si le dicrotisme échappe souvent an doigt qui explore cette artère, cela lient au défaut de sensibilité du toucher, car le sphygmographe révèle sur la fémorale un dicrotisme manifeste. En admettant comme vraie la remarque do Beau sur l'absence du dicrotîsma à lartèt^ H&morale, nous avions été conduit à assigner au mouvement da ^ng dans les artères une direction qui permit d'explkluer ce pliéno*
VARIATIONS DU DICROTISME. 275
Hé» conditions qui font varier rtntenstlé do dicrotlsme.
§ 82. — Puisque le dicrotisme résulte de la pesanteur du liquide sanguin et de Télasticité des. artères, il n'y a plus lieu de s^étoôner si c'est ud pbénomène normal dans la circulation du sang. Mais une autre question se présente : Quelles sont les influences qui font varier Tintensité du dicrotisme et qui le rendent tantôt assez fort pour que le doigt le puisse sentir, tantôt assez faible pour que rinslrqmeiit lé signale à peine 7 v.
Ce que qbtis aYOjis dit fiût déjà prévoir que \é& rebondissements seront d'autant plus forts que la pulsation primitive sera plus brève. En effet, puisque la colonne sanguine se porte à la p^iphérie par suite d'une vitesse acquise, il faut donc qu'elle soit sortie du cœur avec assez de rapidité, sans quoi elle n'aurait que peu de tendance à s'élancer vers la périphérie du corps. Or, rien de plus facile que de reconnaître, à l'inspection d'un tracé, si l'ondée sanguine a pénétré dans les artères d'une manière rapide ou lente; on sait déjà comment cela se déduit de la forme de Y ascension du tracé. On peut donc prévoir à
mène. Nous avions donc supposé que le courant sanguin, après avoir suivi la direction de Faorte, allait, par les artères iliaques, distendre les vaisseaux des membres inférieurs i qu'ensuite il refluait vers Torigine de i*aorte et envoyait une seconde pulsation dans les vaisseaux de la télé et des membres: enûn, que le retour de la colonne liquide aux vaisseaux des membres inférieurs ne se faisait pas, parce que le mouvement s'éteignait avant d'avoir accompli ce double parcours. »- Maintenant que Texistence du dicrotisme aux artères fémorales est démontrée, il li'y a pas lieu de croire, comme le professeur Ducbek (de Vienne) semble lé supposer (voy. Medizinische JahrbUcher, 4 862, p. 59), que notre théorie du dicrotisme produit par l'oscillation du sang dans les vaisseatix doive être abandonnée, il faut seulement conclore que l'oscillation se propage jusque dans les artères des membres inférieurs.
ravance si une pulsation offre une ascension oblique, c'est-à-dire si l'arrivée du sang dans les artères ne se fait que d'une manière lente, qu'il n'y aura pas de dicrotisme
Fig. 77.
(fig. 77), tandis que si celte ascension est brusque, le dicrotisme sera très prononcé (fig. 78).
Fiy. 7H.
Mais il faut ici faire une distinction capitale. La systole du ventricule et TafQux du sang dans les artères ne sont pas seulement lents ou brusques, ils peuvent réunir ces deux caractères à la fois ; ils peuvent commencer brusquement et finir d'une manière lente, comme cela se Toit dans la figure 6&.
Dans ce cas, la brusquerie du début ne produit pas de rebondissement, car cette première impulsion est immé* diatement suivie d'une autre plus prolongée et qui tend i pousser de nouveau le sang vers la périphérie au moment où il tendrait à en revenir. Ce que nous disons de la forme précédente s'applique également à celle dans laquelle le sommet de la pulsation est formé par un plateau horizontal ou peu incliné, comme dans la figure 62.
Dans ce cas, Tafflux du sang commence brusquement, mais il se prolonge sous forme d'un mouvement grt* duel et égal qui s'oppose au reflux centripète du sang artériel.
Du reste, il est facile de se rendre compte» au moyen du schéma, de i'influenc45 qu'exerce le mouvement d'im-
VARIATIONS DU DiCROTISME. 277
pulsion du liquide sur Texistenee ou Tabsence du dicro* tisroe. On fait paraître ou disparaître à volonté les rebondissements de la pulsation, suivant qu'on presse la boule de caoutchouc d'une manière brusque m lente.
InflooDce de Télasticité des vaisseaux sur Tintensité do dicrotisme.
§ 83. — L'influence qu'exerce l'élasticité plus ou moins grande des artères sur le rebondissement du pouls est encore une de celles que la théorie pouvait faire prévoir. Eh effets quand l'ondée sanguine animée d'une grande vitesse se porte dans les vaisseaux de la périphérie, si elle rencontre des parois dépourvues d'élasticité, sa force se détroit en grande partie contre cet obstacle, et il ne reste plus qu'une faible tendance au reflux, parce que les vaisseaux se sont peu laissé dilater. Mais, si les artères sont très élastiques, elles cèdent à l'effort du sang, se laissent distendre par lui, puis, quand la vitesse acquise est épuisée, elles réagissent et produisent le reflux. — Cela peut se vérifler par les expériences faites sur le schéma. Il su£St d'employer comparativement des tubes très élastiques et d'autres qui le soient très peu, et cela en donnant aux impulsions des intensités parfaitement semblables ; on voit alors que le dicrotisme est fort si les tubes sont très élastiques et faible s'ils le sont peu.
La pathologie confirmera encore ce principe en nous montrant que chez les vieillards dont les vaisseaux ont perdu leur élasticité, le dicrotisme est toujours très peu sensible, tandis qu'il est très prononcé chez les jeunes sujets. Enfin nous verrons, à propos des formes pathologiques du pouls, que les maladies dans lesquelles le dicrotisme atteint son plus haut degré, la fièvre typhoïde par exemple, présentent une augmentation de l'élasticité
artérielle, parce que la contractilité des artères, presque entièrement supprimée dans ces maladies, ne vient plus neutraliser, comme à l'état normal, une partie de Télas* ticité de ces vaissq^x.
Influence de l'état de la tension artérielle sur l*inteQ8ité da dicrotisma.
§ Sk. — On connaît l'influence considérable que la tension artérielle exerce sur la manière dont se produit la systole du ventricule et par conséquent sur la vitesse plus ou moins grande avec laquelle le sang passe du cœur dans les artères. Nous avons dit également que la vitesse avec laquelle le sang est lancé dans les artères est la cause première du dicrotisme. Il faut donc conclure que Tétat de la tension artérielle exerce sur la forme du pouls une grande influence en donnant à la systole ventriculaire une rapidité plus ou moins grande. ^- La faible tension artérielle s'accompagnera d'un dicrotisme prononcé. — La forte tension artérielle sera caractérisée par un faible dicrotisme.
En outre, comme le système artériel, à mesure qu'il est plus distendu, devient de moins en moins extensible, l'abaissement de la tension artérielle, augmentant l'élasticité des vaisseau^s, sera encore, à ce nouveau point de vue, favorable à la production du dicrotisme.
Nous allons énumérer les principales expériences qui démontrent cette influence de la tension artérielle sur la forme du pouls.
a. La saignée fait, comme on le sait, baisser la tensioD artérielle. Les figures 60 et &1 représentent le poub d'un homme qu'on avait jugé pléthorique et auquel oo pratiqua une saignée d'environ &00 grammes. Le tracé AO est pris immédiatement avant l'émission sanguine ;
VARIATIONS DU DIGROTISME. 279
le tracé &1 est obteuu immédiatemeDt après qu'on eut pratiqué la saignée.
Quoique la quantité de sang retirée au malade ait été peu considérable, on voyait déjà les effets de rabaissement de la tension se produire chez cet homme. Le pouls présentait non-seulement un dicrotisme plus prononcé, mais encore une amplitude «t une fréquence un peu plus con« sidérables. (Des saignées pratiquées à des animaux nous ont donné les mêmes résultats dans un grand nombre d'expériences que nous avons faites avec le concours de Chauveau.)
6. La compression des artères fémorales dont nous nous sommes servi pour étudier la tension artérielle dans nos expériences relatives à la fréquence du pouls (voyez § 6â) permet de constater que la forte tension agit aussi pour modifier la forme des pulsations. -« Au moment où les fémorales sont comprimées et où par conséquent la tension est forte, le dicrotisme est peu prononcé ; il le devient davantage aussitôt que la compression de ces vaisseaux a cessé et que la tension s'abaisse. Les influences des atti^ tudeê sont du môme ordre : la station verticale, en faisant baisser la tension artérielle, favorise le dicrotisme.
c. Les intermittences du pouls fournissent encore un bon moyen «l'étudier Tinfluence de la tension artérielle sur le dicrotisme. On sait qu'après une intermittence, la tension artérielle est plus basse qu'en temps ordinaire; cela se voit bien sur la figure suivante.
Fig. 79.
Or, la pulsation qui suit immédiatement Tintermit-
280 PHTSIOLOGIfC.
tence, c'est-à-dire qui se fait dans les conditions de tension artérielle faible, présente toujours un dicrotisme plus prononcé que les pulsations précédentes et que celles qui la suivent.
i. Les agents qui font relâcher ou contracter les petits vaiueauœ et qui, en conséquence, modiflent la tension artériellei modifieront d'une manière correspondante la forme du pouls. Sous Tinfluence de la chaleur, en môme temps que la tension baisse, le dicrotisme augmente. Le froid qui élève la tension fait diminuer le dicrotisme (§ 6ft). Nous ne multiplierons pas davantage les expériraoes qne Ton peut faire sur ce sujet ; disons seulement que l'usage du schéma permet de contrôler la plupart de celles que nous venons de citer et qui avaient été faites sur le TivanL
loOiience que le volume de londée lancée par le venlricalo exerce sur l'intensité du dicrotisme.
§85. — Le volume de Tondée que le ventricule envoie dans les artères exerce aussi une grande influence sur la production du dicrotisme. Buisson qui a repris nos expériences signale, dans sa thèse inaugurale, les résultats qu'il a obtenus ; il conclut que la production du dicrotisme est due le plus souvent au petit volume de Fondée sanguine envoyée à chaque systole du cœur. Mais les conditions de la circulation sont complexes dans les cas où les ondées ventriculaires ont peu de volume, de telle sorte que la production du dicrotisme est favorisée dans ces circonstances par diverses influences qui s*ajoutent les unes aux autres. — D'abord la tension artérielleert moindre si le cœur lance peu de sang, et cette condition ert favorable à la production du dicrotisme, puisque les artères moins tendues ont plus d'élasticité. — Ensuite ces ondées
VARIATIOiNS DU DIGROTISME.
peu volumineuses sont envoyées avec plus de vitesse et oonséquemment dans les conditions favorables au dicrotisme.
Quelle que soit la cause dont rinfluence prédomine pour produire ce phénomène, le fait que nous sigpalons est parfaitement démontrable; il suffit de prendre un tracé du pouls dans lequel se rencontrent des inégalités dans le volume des pulsations, et Ton verra que^ les plus pelitei d'entré dSââsionteelle^ dont le rebondissepient est le
Fiîf. 80.
Cette dgure^st obtenue dans un cas de maladie du cœur avec une grande irrégularité de battements.
Dos Êonditi^.qalfilBt varier lé nombre (toa rebonidisseoienis
dans le poola dîcrote. - x ».
§ 86. — Les rebondissements multiples qu'on a vus dans les 6gures71 et 72 peuvent aussi se rencontrer dans le pouls de Tbomme sain ou malade. Une condition indispensable pour qu'ils se produisent en grand nombre, c'est que le pouls soit peu fréquent; autrement, la série des rebondksements serait interrompue, dès son début, par l'arrivée d'une pulsation nouvelle.
Fig. 81.
La figure 81 montre le pouls d'un bomme qui avait cinq
883 FPTSIOLOGIB.
rebondissements à chaque pulsation. Ce pouls était peu fréquent, puisqu'il n'avait que AS battements par minute. A côté de ce type, nous allons en montrer d'autres dans lesquels la fréquence des battements ^ra do plus en plus grande. Il en résultera une diminution proportionnelle dans le nombre des rebondissements.
Le type 86 offre une particularité singulière : le
Fif . 82.
Fig. 83.
Fig. 84.
rebondissement n'a pas le temps rie s'achever avant l'arrivée d'une pulsation nouvelle; il en résulte une forme qu'on pourrait prendre pour un Iracc^ écrit en sens inverse; mais cela tient simplement à ce que lo phénomène du dicrotisme n'a pas le temps de s'accomplir entré deux pulsations consécutives.
Un autre fait que nous devons signaler ici, c'est que l'amplitude des rebondissements n'est pas toujours la même, et, de plus, que cette amplitude est à peu près constamment en raison inverse du nombre des rebondissements. — Ainsi, en général, lorsque le pouls est rare, on aura dans le tracé des rebondissements nombreux, mais
VARIATIONS DU DIGROTISME. 283
faibles. Lors, au contraire, que le pouls sera fréquent, les rebondissements seront peu nombreux, mais très forts.
Du reboDdissement produit par la clôture des valvules
sigmoldes de Taorte.
§ 87. — On a vu que dans les expériences faites sur le cheval le pouls de Taorte présente constamment un léger rebondissement {c et c\ Cg. 33), c'est l'effet de la clôture des valvules sigmoïdes. Ce rebondissement s'observe également dans le pouls de la carotide du cheval. Chez rhomme, on en retrouve souvent des traces dans le pouls de la carotide; mais, à l'artère radiale, le pouls ne présente plus, en général, ce léger rebondissement qui s'est éteint sous l'influence de l'élasticité artérielle. Quelques formes du pouls semblent toutefois conserver les traces de cette clôture valvulaire. Il nous a paru que ce caractère appartient surtout au pouls de sujets qui ont la systole du ventricule très prolongée, ce qui se rencontre souvent chez les vieillards.