DE LA CHALEUR ANIMALE DANS SES RAPPORTS AVEC
ÎA CIRCULATION DU SANG
Trois phénomènes ont frappe les physiologiques : 4® Toul animal prodnil de la chaleur. 2*" La température des organes extérieurs 8*élèva ou s'abaisse sous certaines influences. 3*^ La chaleur centrale est sensiblement fixe.
A. De la production de la chaleur animale (théorie de Lavoisier). Qoelquei modifications y ont été apportées par les physiologistes moclariMi.
B. Des causes de déperdition de la chaleur animale. — Rôle de la circulation pour compenser les causes de refroidissement dans les organes situés à la périphérie. — Interprétation dés expériences dans lesquelles on fait varier la température d*un organe sous rinfluence d'un trouble de la circulation.
G. De la fixité presque parfaite de la température du sang dans le^ régions profondes. — Cause de cette fixité ; elle réside dans ractîoQ spéciale du calorique sur la contractilité des vaisseaux. — Mode d'action de la contractilité vascuiaire pour produire l'unifonnité de la température des centres dans les deux cas où cette température tend à varier : 4 ** quand la production de chaleur varie ; 2* quand la déperdition de la chaleur varie par suite de changements dans la température ambiante.
Lï'tude de la chaleur animale peut être envisagée sous différentes faces ; Tune d elles, justiu'ici, a principalement attiré Tattention des physiologistes, c'est la partie relative à la production de cette chaleur. — Mais depuis les expériences de Cl. Bernard, un autre genre de phénomènes est mis à Tordre du jour : ce sont les variations curieuses que présente la température de certains organes qui
s*échauffent ou se refroidissent suivant que Ton coupe ou qu'on excite les nerfs qui animent leurs vaisseaux. — Enfin, depuis longtemps, les physiologistes ont été frappés d'un phénomène curieux : la fixité presque parfaite de la température dans les régions profondes du corps, fixité qui contraste avec la variabilité de la température périphérique et dont on n'a pas encore donné d'explication satisfaisante.
Jusqu'ici les éléments manquaient pour comprendre dans leur ensemble les rapports qui existent entre la production et la distribution de la chaleur dans l'économie. On n'avait pas bien saisi le rôle de la circulation du sang relativement à la répartition de cette chaleur. Aujourd'hui que la science est riche de faits, il nous semble qu'on peut rattacher à une théorie fort simple tous les phénomènes relatifs à la chaleur animale.
La température du corps étant presque toujours supérieure à celle du milieu dans lequel nous vivons, il s'ensuit que nous perdons sanscesse par les influences extérieures une certaine quantité de chaleur ; il est donc nécessaire qu'une production constante de calorique vienne réparer ces pertes, sans quoi la température humaine ne tarderait pas à se mettre en équilibre avec celle de l'atmosphère.
Cette production et cette déperdition constantes donnent naissance à une résultante, c'est la quantité de chaleur qu'un individu renferme à un moment donné. — Comment se fait la production de chaleur et comment la déperdition ? C'est à cela que se réduit toute la question de la chaleur animale.
M8 APPUCàTIONS A LA PATH0L06IB.
A. Bamreem de la ehalewr antaMde.
§ 113. — Lavoisier découvrit la source de la clialear animale ; il montra que Toxygène emprunté par la re^ ration à Pair ambiant est transformé par une sorte de combustion en acide carbonique et en eau. Ces actioiis chimiques donnent naissance à un dégagement de chalear. Les expériences de caloriméirie les plus modernes, d*aocord avec celles de Lavoisier, sont venues apporter une nouvelle confirmation à cette théorie. Elles montrent que les quantités d'acide carbonique et d'eau produites en un temps donné par un animal rendent compte, avec une exactitude satisfaisante, de la quantité de chaleur qui s'est dégagée pendant ce môme temps (1).
Lavoisier était resté dans l'incertitude sur le si^e précis de la production de la chaleur, il tendait à placer dans le poumon la combustion qui dégage le calorique. On sait aujourd'hui que c'est dans tous les organes que ce travail se produit. La preuve directe en est fournie par ce fait, que le sang veineux qui revient de tout le corps, cdoi du cœur droit par exemple, est plus chaud que le sang artériel pris dans le cœur gauche. Le sang qui traverse le poumon, au lieu de s'échaufier, s'y refroidit au contraire, ce qui s'explique facilement par l'évaporation.
m. CAoMs de la déperdition de la
§ HA. — Supposons que la température du corps soit portée à un degré défini, égal pour tous les points de Téconomie; puis, qu'à ce moment les causes de refroidis-
(4 ) Voyez, poar l*exposé complet de ces expériences, Gayarret, De h ehaUur produite par l$$ étre$ vivante. Parie, 4 856.
sèment agissent seules, comme cela arriverait pour un cadavre qu'on aurait échauffé dans un bain. — Sous l'iHfluence du refroidissement, il tendra à se faire une nouvelle répartition de la température, de telle sorte que les extrémités, mains, pieds, nez, oreilles, etc., deviendront plus froides que le reste du corps. En un mot, les por-*tions qui présentent beaucoup de surface et peu de masse se refroidiront vile, tandis que les organes profonds^ beaucoup plus abrités contre les pertes de la chaleur, conserveront longtemps leur température élevée (t).
La production constante d'une certaine quantité de chaleur dans tous les points de l'économie ne saurait emjpôcher qu'il n'y ait tmc très grande inégalité entre la température des parties pfofondes et celle des parties périphériques. Il arriverait nécessairement deux choses : !• les régions profondes se refroidissant très peu, accu** muteraient en elles une très grande quantité de dhaleuf ; 2* les parties superficielles, bien que produisant du calorique, en perdraient plus qu'elles n'en forment, et se refroidiraient en raison de l'abaissement de la température extérieure (2).
(4) C'est ainsi qu'à la surface du globe, non-seulement la chaleur va croissant à mesure qu'on descend vers la profondeur de la terre ; mais cette croissance n'est pas la môme, suivant qu on la recherche dans la plaine ou sur les pics élevés. Les saillies du sol, rayonnant davantage, se refroidissent plus profondément ; ainsi, pour arriver à des couches isothermes en plaine et en montagne, il faut creuser plus profondément dans ces derniers lieux.
(2) Les causes de refroidissement sont nombreuses ; elles ne se bornent pas au rayonnement que nous citions tout à rheure. Tous les corps qoï nous entourent empruntent à nos tissus une quantité de chaleur d*aotant plus grande, que ces corps ont une température plus basse et qu'ils sont meillears conducteurs de calorique. Si l'atmosphère qui nous entoure est agitée, elle enlèvera d'autant plus de calorique à notre corps,
3/iO APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.
Rôle de la circulation, relativement au nivellement de la lempôratnre
dans les différentes parties du corps.
§ 415. — Il est une fonction qui tend sans cesse à empêcher cette inégalité de température entre les parties superGcielles et les paities profondes : cette fonctioD, c'est la circulation du sang. La circulation, en effet, vient sans cesse apporter aux parties superficielles du sang chaud qui vient des régions centrales, en même temps qu'elle rapporte aux centres du sang qui s'est refroidi à la périphérie du corps. Cl. Bernard et Walferdin ont vu que le sang veineux qui revient des membres est plus froid que le sang des artères qui s'y rendent, taudis que pour les viscères splauchniques c'est l'inverse qui se produit (1).
La circulation tend donc sans cesse à rétablir Téqui-* libre de température que le refroidissement tend sans cesse à détruire. Ni l'une ni l'autre de ces influences antagonistes ne s'exercent d'une manière complète, de telle sorte
que le courant d'air sera plus rapide ; de même, dans le cas où le coqis sera plongé dans un liquide à basse température, la vitesse du coartot augmentera le refroidissement. En6n, l'évaporation qui se fait, soit par le poumon, soit à la surface des téguments, enlève à nos tissus une quantité de chaleur souvent très considérable.
(4) En somme, pour que le sang du ventricule droit soit plus cbaod que celui du ventricule gauche, il faut bien admettre que les veines qui rapportent un sang échajaffé sont plus nombreuses ou plus larges que celles qui ramènent un sang refroidi.
Cl. Bernard conclut très sagement que les différences de température que présente le sang veineux dans tel ou tel point de réconoroie ne saoraient rien faire préjuger sur le siège précis de la caloriGcatioo, et que tout porte à croire qu'aucun tissu n'est étranger à la production de la chaleur, ('.omme le sang veineux le plus frtùd est celui qui revient des extrémités, il est bien probable qu'il y ait en du calorique formé dans ces tissus, seulement la déperdition de chaleur, très grande en ces points, a excédé la production, et, en somme^ le sang s'est refroidi.
DE LA CHALEUR ANIMALE. d&l
que, d'uu côté, Tinégalité de température augmente avec rabaissement de la température ambiante; de l'autre^ le nivellement de la température des différents organes est d*autant plus parfait, que la circulation est plus rapide et vient plus complètement réparer les pertes qui se produisent en certains points. — Lors donc qu'on se tient dans un milieu d'une température de 20 degrés, par exemple, et qu'on cherche au thermomètre quelle est la température comparative de trois points du corps inégalement exposés au refroidissement, tels que la main, l'aisselle et Turèthre, on voit que pour chacun de ces trois points la température est différente : la main est la plu.s froide, puis Taisselle, puis Turèthre, qui présente environ 37 degrés centigrades. Si alors on fait varier la température ambiante, on voit que tout abaissement de cette température refroidit beaucoup la main, refroidit moins l'aisselle et ne refroidit pas sensiblement l'urèthre. — Dans les mômes conditions, si Ton accélère la circulation au moyen de la gymnastique, par exemple, on voit se produire sous cette influence une tendance au nivellement de la température : la main s'échauffant beaucoup, l'aisselle moins que la main, et l'urèthre restant sensiblement au môme degré.
J. Hunter signala des faits d'une très grande valeur relativement à la cause des changements qui peuvent survenir dans la température animale. — Il vit qu'une partie quelconque, lorsqu'elle devient chaude, par l'effet d'un phlegmon par exemple, ne peut s'échauffer au-dessus d'une certaine température. Ce maximum qu'elle ne saurait dépasser, est précisément la chaleur du sang dans les cavités centrales. — Hunter remarqua en outre qu'une partie profonde, possédant à Tétat oormoil la température
maximum dont nous venons do parler, ne saurait, par l'effet d'une inflammation, acquérir une température plus élevée. Voici l'expérience qu'institua le célèbre physiologiste anglais. Après avoir pris au thermomètre la tempe* rature du vagin d'une ânesse, il injecta dans cette cavité un liquide irritant, afin d'y provoquer une inflammation violente; puis, quand cette inflammation fut établie, il prit de nouveau la température du vagin : le thermomètre n'accusa pas de changement notable dans la chaleur de cette cavité. Hunter entreprit plusieurs fois de développer des inflammations dans les régions profondes, soil dans Tépaisseur des grandes masses musculaires, soit dans les cavités naturelles, comme le rectum, soit dans l'intérieur du thorax ou de l'abdomen. Dans tous ces cas, la température resta sensiblement la même, après comme avant la production de Vinflammalion (1).
Hunter ne tira pas de ces faits la conclusion qui nous semble la plus natiu^elle : c'est-à-dire (ju'une partie périphérique qui s'échauffe doit presque entièrement son élévation de température à l'abord continuel d'une plus grande quantité de sang qui vient réparer les pertes que le refroidissement tend à produire. Sans cela, il serait étrange de voir Télévation de la teinpératurcî s'arrôter précistunent au degré de chaleiu' du sang que le cœur envoie aux organes (2). Les expériences faites sur rintlanimation déve-
(1) J. Hunier, Œuvres complètes (traducl.de Richelol, t. IIÎ, p. 879 et 8uiv.].
(2) Nous disculerons plus tard la question de savoir si une partie çongeslionnée no peut pas produire olle-oiômo une plus grande quantité de chaleur; nous montrerons aussi tiuo dans la fièvre la teuipéralure s'élève dans les régions centrales; la chaleur du san^ est alors plus grande que de coutume. Si donc une inflaaimation s accompagne de lèvre, oa
loppée daDs les câvités profondes viennent confirmer cette vue, en prouvant que tout organe qui possède normalement la température du sang, parce qu'il n'est pas exposé au refroidissement, n'est pas susceptible de s'échauffer sous l'influence d'une circulation plus rapide.
InterprétatioD des expériences dans lesquelles on modifie la température
d*un organe en modifiant sa circulation.
§ 116. — Les détails qui précèdent vont rendre fort claire l'explication de certains changements de la température qui surviennent lorsque la circulation est modifiée* Ces effets, signalés par les physiologistes, tiennent, les uns, à Faction des nerfs vaso-moteurs^ les autres, à des influences mécaniques qui font varier la vitesse du courant sanguin. Nous allons les passer en revue successivement.
1* La section du nerf grand sympathique au cou, sur un lapin, échauffe l'oreille correspondante; la galvanisa* tion de ce même nerf refroidit l'oreille.
On connaît Taction du grand sympathique sur le dia« mètre des vaisseaux, et, par suite, sur la rapidité du cours du sang. C'est en modifiant la rapidité (1) de la circulation que les nerfs vaso-moteurs font varier la température de certaines parties (2). L'oreille du lapin, en raison de sa
pourra trouver dans le point enQammé la température actuelle que possède le sang dans les régions centrales, ce qui correspondra à une température supérieure à celle du sang chez un sujet sain.
(4) Le mot de rapidité a besoin d'être défini ; déjà, à propos de la physiologie des artères, nous avons établi la signification véritable que ce mot doit avoir (voy. § 39). La circulation d*un organe devient plus rapide lorsque, en un temps donné, il passe une plus grande quantité de sang à travers cet organe.
(2] Brown-Séquard, le premier, a donné cette explication des phénomènes découverts par Cl. Bernard, à une époque où ce dernier auteur admettait une influence immédiate des nerfs sur la calorification.
3A/t APPUCATIONS A lA PATHOLOGIE.
minceur et de sa grande surface, tend à perdre beaucoup de calorique. Dans le cas où le grand sympathique est coupé, cette chaleur qui se perd est compensée par cdie que le sang apporte abondamment; dans le cas de galira* nisation de ce nerf, la circulation , devenue moins abondante, ne compense plus les effets du refroidissement.
T Plus la température ambiante est basse, plus est grande l'inégalité de chaleur des oreilles après la section du grand sympathique d'un côté.
Cet effet tient à ce que la chaleur du sang apporté dans Tune des oreilles par une circulation plus rapide, y entretient un degré de température élevé dont l'autre oreille s'éloigne d'autant plus qu'elle est plus soumise ao refroidissement.
Si le refroidissement n'existait pas, les deux oreilles auraient toutes deux la température du sang, de sorte que les effets de la section du grand sympathique ne se feraient pas sentir. — Cl. Bernard a vu en effet qu'après la section du grand sympathique, si l'on place le lapin dans une étuve, l'oreille du côté sain s'échauffe seule, de façon que les deux oreilles présentent bientôt la même température, celle du sang dans les régions profondes.
On doit rapprocher du fait précédent cet autre, signalé par Cl. Bernard et que des expériences de J. Hunter pouvaient faire prévoir ; à savoir, que la section des Glets splanchniques du grand sympathique ne produit pasd'échauffement des viscères. Ceux-ci, en effet, abrités contre le refroidissement, grâce à leur situation profonde, possèdent sensiblement la chaleur propre du sang, quelle que soit la rapidité de leur circulation.
3* Cl. Bernard a remarqué que si l'on coupe le grand sympathique au cou, il se produit souvent des effets
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croisés relativement à la température des oreilles, dont Tune s'échauffe tandis que l'autre se refroidit. — Ce fait, posé comme un desideratum des théories relatives à Tinfluence des nerfs sur la chaleur animale, nous semble se rattacher très simplement aux effets déjà connus de la rapidité du cours du sang sur la chaleur des organes. En effet, un tronc commun d'origine existe pour les deux carotides, chez le lapin; la rapidité du courant sanguin qui résulte de la section du grand sympathique exercera une dérivation du sang d'un côté de la tête aux dépens de l'autre, ce dernier, devenant le siège d'une circulation moins abondante, devra donc se refroidir (1).
&*" Lorsqu'on lie l'aorte abdominale chez les animaux, OD voit que le sang devient plus chaud au-dessus de la ligature. — Ce fait, qui a été signalé par Cl. Bernard, et qui n'avait pas reçu d'explication plausible, se rattache tout naturellement à ce que nous avons dit, § 115 : que certains organes dépensent plus de calorique par le rayonnement qu'ils n'en produisent par eux-mêmes. Pour ces parties, le sang qui revient par les veines est plus froid que celui qui s'y rend par les artères; on peut donc dire qu'en définitive le sang va s'y refroidir : supprimer la
(4 ) La démonstration de cette théorie peut être donnée expérimentalement. Cela revient à prouver que des variations croisées de la températare des oreilles du lapin surviennent lorsqu'on fait varier mécaniquement la vitesse du courant sanguin dans l'une des deux carotides.
Expérience» — Lorsqu'on place une ligature sur une des carotides, on peut constater que Toreille correspondante se refroidit et que l'autre s'échauffe. Lors au contraire qu'on enlève celte ligature, en môme temps qoe l'oreille correspondante s'échauffe, celle du côté opposé se refroidit.
Pour que ces variations de la température soient bien appréciables, il faut opérer par un temps froid, et se 9ervir d*un thermomètre très sensible.
circulation en ces points, c'est donc enlever à la masse sanguine une cause de refroidissement. Or, les membres inférieurs sont un des points d'où le sang revient le plus refroidi : empêcher la circulation dans les membres inférieurs, c'est donc échauffer la masse du sang.
 ce fait se rattache cet autre, que la température do sang s'élève par Tarrèt de la respiration, tandis qu'dle s'abaisse sous l'influence d'une respiration fréquente. — Il est démontré aujourd'hui que le sang des cavités droites du cœur est plus chaud que celui qui a traversé le poumon. Cet organe est donc le siège d'un refroidissement par saite de Tévaporation qui s'y produit. L'arrêt de la respiration, en supprimant cette source de refroidissement, échauffe la masse sanguine; inversement, une respiration accélérée est une cause de refroidissement, puisqu'elle donne naissance à une évaporation plus abondante.
§ H7. — Toutes les expériences dont il vient dTôtre question montrent que les lois physiques président à la répartition du calorique dans l'économie. Elles prouvent que la rapidité de la circulation produit ce double effet: de réchauffer les parties périphériques et de refroidir les parties profondes. Avant d'aller plus loin, il reste à savoir si la production du calorique n'augmente pas elle-même lorsque le mouvement du sang devient plus rapide, et lorsque, par conséquent, le conflit de ce liquide avec le parenchyme des organes devient plus fréquent.
Une expérience de Cl. Bernard va nous montrer que, dans une partie congestionnée, réchauffement est produit à peu près tout entier par le calorique que le sang apporte en plus grande abondance, et que, s'il se produit sur place plus de chaleur que dans les organes sains, cette
D£ LA CUALEUE ANIMALB. M7
augmentation dans la production de chaleur doit être eitrèmement faible.
Expérience. — La température étant la môme aux deux oreilles d'un chien, on coupe le grand sympathique à gauche; Toreille de ce côté présente bientôt un excès de h degrés sur la température de la droite. On enveloppe la tète de l'animal d'un bonnet de ouate, de manière à diminuer la déperdition de la chaleur. Une heure et demie après, on trouve la température de la veine jugu* laire du côté de la section plus élevée de 1 degré que celle du côté opposé ; cet excès de température diminue gra* duellement par réchauffement de Toreille saine; il s'ar* réte enfin à 0^25. — Voici les chiffres exacts :
Veine jugulaire droite 38^
Veine jugulaire gauche 38<>,S6
Sang artériel 38^
Dans cette expérience, il y a eu évidemment augmentation dans la production de chaleur, puisque, du côté où le grand sympathique a été coupé, le sang veineux est plus chaud que le sang artériel. Mais cet excès n'est que de 0%25, ce qui représente une quantité bien minime relativement aux écarts de température qui peuvent se produire lorsqu'on ne s'oppose pas au refroidissement. Dans ces cas, l'élévation de la température est donc à peu près tout entière produite par du calorique apporté par le sang.
C. 9e la flxité presque parfaite d« la lempératnre dans ïem réglons profondes I caasee de celle flzité.
§ 118. — Lorsqu'on voit les parties superficielles du corps passer d'un instant à l'autre par des alternatives d'échaufiement et de refroidissement, on s'étonne de
3&8 APPLlCiLTlONS A LA PATHOLOGIE.
trouver, au contraire, la température des parties profondes sensiblement fixe ; cette température oscille d'ordinaire entre liO et !\i degrés (1).
Cependant, tout indique que la production de la chaleur animale subit des variations très-grandes ; et d'autre part il est évident que les causes extérieures de la déperdition du calorique varient elles-mêmes à chaque instant avec la température du milieu ambiant , avec Tépaisseur des vêtements, etc.
Dans les conditions de la physique une source quelconque de chaleur, soumise à de pareilles variations dam la production du calorique et dans l'intensité des déper*
(4) La fixilé de la température des régions profondes n*est cependant pas absolue. Cette température peut varier dans certaines limites, si Too compare la chaleur du sang des deux animaux d^espèces différentes. Q. Bernard et Walferdin f ] ont trouvé que, chez le chien, la chaleur da sang est un peu moindre quo chez lemouton. En outre, pour chacune ds ces espèces animales, ces physiologistes ont observé des différences individuelles qui pouvaient aller à 4 degré centigrade. — Martinsp)! vu que, sous Tinfluence de Tabstinence ou de Talimentation, la température intérieure des oiseaux palmipèdes pouvait s'élever ou s'abaisser sensiblement. — A côté de ces variations qui résultent d*un changement dans la production de la chaleur, il en est d*autres qui tiennat à l'influence de la température ambiante. Davy et, plus récemment. Brown-Séquard {***) ont vu que, si Ton passe d'un climat froid dans un autre plus chaud, la température intérieure s'élève. Un écart de 21 degrés dans la température ambiante a produit une différence de plus de 4 degré centigrade dans la température prise sous la langue.
Il est donc bien établi que la température centrale est susceptible de variations. On verra plus loin comment ces variations mêmes produisent dans l'état circulatoire dos changements qui s* opposent à ce que rêiévation ou l'abaissement de la température du sang dépasse certaines limites.
(*) Leçons sur les propr, phyiiol, et les altér, pathoU des liquides de forfanisme^ t. 1, p. 112.
(**) Journal de la physiologie, 1858, 1. 1, p. 27. C*^ Journal de la physiologie^ 1859, t. II, p. 549.
DE LA CHALEUR ANIMALE. 3!t9
ditions, ne saurait donner naissance à une température uniforme en un point, à moins qu'un régulateur n'intervienne pour contre-balancer toutes ces causes perturbantes. Cet appareil régulateur devra parer à deux nécessités. D'une part, quand la production de calorique augmentera, il devra faciliter la déperdition afin de maintenir fixe le degré de chaleur intérieur. Réciproquement, si la production de chaleur faiblit, il devra diminuer la déperdition pour obtenir cette même fixité. — Que ce soient, au contraire, les influences extérieures qui tendent à détruire l'équilibre de température, il faudra, dans un milieu froid, que l'appareil régulateur crée un obstacle à la déperdition; dans un milieu chaud, il devra la faciliter.
Cet appareil régulateur existe dans l'économie ; il obéit directement aux moindres changements dans la température, de manière à lutter sans cesse contre les influences de tout genre qui tendent à élever ou à abaisser la chaleur intérieure. C'est encore la conlractilité vasculaire qui joue ce rôle important.^ On a vu déjà comment cette propriété peut être considérée comme le régulateur de la vitesse de la circulation ; c'est à ce môme titre qu'elle règle la température intérieure.
La chaleur et le froid sont deux agents qui influencent la circulation d'une façon tout opposée. Le froid appliqué sur un tissu en resserre les vaisseaux et y ralentit le cours du sang ; la chaleur relâche ces vaisseaux et accélère la circulation. On a vu également, § 109, que ce n'est pas seulement lorsqu'on les applique à l'extérieur que la chaleur et le froid produisent ces variations de l'état circulatoire, mais que si le sang qui traverse des vaisseaux est échauffé ou refroidi, son contact produira
également, suivant le cas, une dilatation ou un resserre^ ment de leurs tuniques. Or, c'est cet effet immédiat dm plus légers changements de la température sur l'état des vaisseaux qui va nous rendre compte de la fixité à peu près complète de la chaleur centrale. Nous examinerons tour à tour les cas dans lesquels il y a tendance â l'accroissement ou à la diminution dans la production delà chaleur intérieure, et ceux dans lesquels c*est le milieu ambiant qui tend à faire varier la température (1).
4" cas, — La production de chaleur varie.
§119. — Après ringeslion des aliments, lorsque le travail de la digestion a déjà introduit dans le sang de nouveaux matériaux pour la nutrition et la calorification , on voit survenir un état particulier de la circulation qui s'accélère dans son ensemble. La face et les extrémités s'échaufléot sensiblement par suite du courant plus rapide du sang. — Qu'en résuUe-t-il? c'est que ces parties périphériques très exposées au refroidissement, recevant une quantité
{{) La disposilion nnalomique des vaisseaux des tégumei\ls, dans certaines parties, montre qu'il peut se faire en ces points une circulatioD très rapide dont Teffet nécessaire sera une grande perte de calonque. Sucquet (*) n diuoiivert dans les membres et dans la lôie un appareil vasculaire d'une disposilion spéciale : de riches anastomoses font communiquer les artères des extrémités avec le.-î veines superficielles. Gel habile analomiste considère ces voies larges, à travers lesquelles le saog peut passer facilement des artères dans les veines, comme formant un circuit de dérivation par lequel s'écoule le trop-plein des vaisseaux. On doit conclure, en présence dune pareille disposition anatoinique, que, dans les cas où le relâchement do ces voies dérivatives y produira un courant plus rapide, ce renouvellement incessant d'une grande quantité de sang dans des vaisseaux très superficiels amènera une grande déperdition de chaleur.
(*) De la circulation du sang dans les membres et dans la tête, ckei l'homme. Paris, 1860.
DB LA GHALBUH ANIMALB. o51
plus grande de sang, vont perdre par le rayonnement une plus grande quantité de chaleur (1). Cet effet du refroidissement tend donc à pallier les effets de la production plus abondante de calorique qui se fait à ce moment sous rinfluence des aliments absorbés, -r- Inversement, après une diète même peu prolongée, la face et les extrémités pâlissent et se refroidissent, preuve que leurs vaisseaux contractés laissent le sang circuler moins vite. L'effet de ce ralentissement de la circulation périphérique est qu'une moindre quantité de sang va se refroidir aux extrémités. Ici la déperdition diminue parce que la production diminue elle-même.
Quant à la cause immédiate de la variation de l'état circulatoire, elle nous semble résider dans l'action qu'exerce sur les vaisseaux une variation même très-légère de la température du sang qui les traverse (2). Dès que ce sang s^échauffe , il fait relâcher les vaisseaux et produit ainsi une source de déperdition du calorique. Dès que le sang se refroidit, il amène une contraction vasculaire qui diminue l'intensité du refroidissement.
Une preuve plus directe peut se tirer de l'influence des boissons chaudes ou froides : les premières accélèrent la circulation, les secondes la ralentissent.
Enfin, la nature des aliments influe sur Tétat des vais-
(4) Il faut bien se pénétrer de ce fait que plus une partie périphérique s*échauffe, plus elle perd de calorique. En conséquence, Télévation de température des extrémités, sous rinfluence d'une circulation plus abondante, est une cause d'abaissement de la température centrale. — Snellen a remarqué que les lapins auxquels on a coupé le grand sympathique ne résistent pas à un abaissement un peu considérable de la tempéfatare ambiante, tandis que d'autres lapins non opérés supportent très bien ce môme milieu.
(8) On a TOy dans le § 4 4 8, que cette variation existe réellement.
seaux. Les aliments qu'on a appelés combustibles ou res« piratoires, ceux qui, par leur composition chimique, soot susceptibles de produire une grande quantité de chaleur, sont aussi des stimulants de la circulation.
Dans les cas d'inanition qui ont été étudiés par les physiologistes, l'abaissement de la température des extrémités se produit d'abord, ce qui indique que la contraction des vaisseaux lutte pendant un certain temps contre la tendance au refroidissement qui résulte de Parrèt de la production de chaleur.
Ces quelques exemples montrent comment la contraetilité vasculaire agit pour la conservation d'un état fixe de la température intérieure, dans les cas où c'est la production de chaleur qui varie. Voyons ce qui arrive quand le milieu ambiant s'échauffe ou se refroidit.
2' cas, — La leropéralure ambiante s*élève oa s'abaisse.
§ 120. — Étant donné un certain état dans la production de la chaleur, la déperdition se règle sous rinfluence même du calorique produit, ainsi qu'on l'a vu dans le paragraphe précédent, et maintient la température intérieure à uo degré fixe. C'est là ce qui se passe dans un milieu à température constante : il se produit une sorte d'équilibre entre la production et la dépense du calorique. — Supposons que soudain Tair ambiant subisse un refroidissement, aussitôt la déperdition de la chaleur du sang qui circule à la périphérie va tendre à s'accroître , mais aussitôt aussi une contraction énergique des vaisseaux de la périphérie va se produire et, diminuant la masse du sang qui traverse ces points, ramènera la déperdition au degré priînilir(l).
(1) r.elto luUc (le la conirarlililé vndculairc contre les causes des ra-
Supposons donc un individu chez lequel la production de chaleur soit compensée par la déperdition. Qu'il se produise une élévation de la température ambiante, aussitût Tétat circulatoire se modifie. Les extrémités sont le siège d'un courant sanguin plus rapide; et la rapidité même de cette circulation devient une cause de perte de calorique» car si le rayonnement est plus faible, il agit sur une plus grande masse de sang, ce qui rétablit le rapport primitif entre la production de chaleur et la déperdition (1).
Les vêtements agissent de la même manière que la température du milieu dans lequel on se trouve placé : selon qu'ils sont plus ou moins épais, ils s opposent plus ou moins au rayonnement, d'où résulte une circulation plus ou moins rapide» suivant le cas.
Il est curieux d'observer les effets qui se produisent dans la circulation sous Tinfluence des vêtements, lorsque ceux-ci ne couvrent qu'un point limité de la surface du corps. — Si la température du sang, selon qu'elle s'élève ou qu'elle s'abaisse, produit secondairement le relâchement ou la contraction des vaisseaux de la périphérie, il s'ensuit que si, par une application locale de vêtements, on diminue en un point l'intensité du refroidissement, il
nations de la lempérature animale, ne saurait se prolonger pendant un temps bien long. Dans un bain froid, par exemple, il arrive bienlôl un moment où la sensation du froid devient insupportable. H est vraisemblable qu'à ce moment la température du sang commence à s'abaisser, malgré la continuation du spasme vasculaire.
(ly C'est dans une conversation avec le professeur Donders que ootis avons puisé cetle idée que la contractilité artérielle a pour effet de Umiter la déperdition de la chaleur animale, lorsque le corps est plongé dans un milieu froid. Cette conception nous a paru susceptible d'être étendue aux diverses influences qui tendent à faire varier la cbalaor animale, ainsi que nous croyons le prouver dans ce cbapitre.
35& APPUCÂnOHS À LA PATHOLOGIE.
devra s'établir en d'autr&s points une rapidité plus grande de la circulation, ce qui ramènera la dépense du calorique au degré nécessaire. Autrement dit, le sang perdant une des voies par lesquelles il se refroidissait, tendra à s'échauffer, et^ par sa chaleur plus grande, relâchera les vaisseaui, même dans les points qui ne sont pas abrités par les vêtements.
On peut apporter de nombreux exemples :\ l'appui de cette idée. Si, par un temps froid, on est peu vêtu, les extrémités sont froides et pâles; leur circulation esttrèsralentie par la contraction des vaisseaux; les mains nues pennettent facilement de constater cet état de la circulation.— Que Ton continue à rester dans le même mih'eu, les mains toujours nues, mais que Ton couvre le restedu corps de vêtements chauds, aussitôt la circulation devient rapide, et les mains elles-mêmes qui restent cependant soumises à la môme température ambiante deviennent rouges, chaudes, turgescentes. — Cela ne prouve-t-il pas qu'une influence de cause interne a agi sur les vaisseaux des mains? OiHe irjfluence, c'est la température plus élevée du sang qui les travei*se.
On «onnalt ce fait curieux sij^nalé par W. Edwards et Gentil, à savoir, ([ue rininiersion ifune main dans l'eau froide produit le relVoidissement de Tautre maiu. Pour W. Edwards, c'est le refroidissement de la masse du sang qui a produit rabaiësenient de la température dans la main qui n'a pas été innuergce. lîrowa-Séquard et Tholozan ont conslalé le niéine fait, mais ils ont cru qu'il fallait Tattribuer à uin» contraction des vaisseaux de la main non imniorgér. Pour ces auleurs, reltc conlrarlMU se produit sous forme de luouvenienl rétlexe.
L'objection faite par Brown*Séquard et Tholozan à la
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théorie d'Edwards, est la suivante : on ne trouve dans la température de la bouche qu'un abaissement d'un demidegré, tandis que la main non immergée peut se refroidir de 5 ou 6 degrés.
C'est une preuve, en effet, que l'abaissement de la tem« pérature de cette main n'est pas due tout entier à la soustraction d'une certaine quantité de chaleur à la masse sanguine, car, dans ce cas, la bouche se fût refroidie comme la main. Il faut donc admettre une contraction vasculaire pour produire ce refroidissement qui, dès lors, est identique avec celui qui résulterait de la galvanisation du grand sympathique. Mais il nous semble qu'on n'est pas suffisamment autorisé à considérer comme un phénomène réflexe ce spasme vasculaire, et qu'il est plus légitime d'en voir la cause dans un léger refroidissement de la masse du sang.
Cette action du froid sur la contractilité des vaisseaux n'est point une hypothèse; sa réalité a été suffisamment démontrée, § 109. Une fois produite, la contraction des vaisseaux do la main non immergée amène dans cette main un refroidissement considérable; mais aussi, diminuant la quantité du sang qui la traverse, elle diminue simultanément la perte de chaleur que le sang y eût éprouvée par suite du rayonnement^ si la circulation eût conservé sa rapidité normale. — On sait que des effets inverses de ceux dont nous venons de parler se produisent si l'on plonge une main dans de Teau trèsr<^baude.
3* cat. — La température ambiante dépasse celle da atcg.
Dans de telles conditions, les sources de déperdition de cbafetir di^nt «oun avops parié sont mjaffrimém% le eoffM
55& APPIJGATIONS A LA PATHOLOGIE.
tendrait au contraire, en se mettant en équilibre de température avec le milieu ambiant, à s'échauffer d'autant plus vite que la circulation périphérique serait plus rapide. Mais une cause énergique de refroidissement intervient : c'est la transpiration et Tévaporation qu'elle amène à la surfoce du corps.
Delaroche et Berger ont vu que si Ton place dans une étuve sèche des grenouilles, des éponges mouillées et des alcarazas, ces trois objets se comportent à peu près de la même manière : leur température reste au-dessous de celle du milieu ambiant. A égale température, plus Tair est sec et plus il se renouvelle, plus aussi l'évaporation fait baisser la température des alcarazas et des grenouilles au-dessous de la température ambiante. — Dans une étuve humide, l'évaporation est très-diminuée, aussi la môme élévation de température ambiante est supportée beaucoup moins longtemps par un animal. — EnGn, dans l'eau chauflFée à /i5 degrés, réchauffement du corps est tellement rapide, qu'on ne peut prolonger la durée de ce bain au delà de quelques minutes.
Ainsi, dans ces conditions de milieu ambiant excessivement chaud, la circulation n'agit plus d'une manière aussi directe pour maintenir la fixité de la température centrale; c'est la transpiration et son évaporation qui produisent cet effet. Mais on sait que toutes les sécrétions sont sous la dépendance de Tétat de la circulation des glandes qui les produisent. Ainsi, ([uoiqu'on ne connaisse pas encore les modifications de Tétat circulatoire dans les glandes sndoripares au moment où la sueur se sécrète abondamment, tout porte à croire qu'il existe, pour cette sécrétion comme pour toutes les autres, une influence directe de la circulation qui réglerait par censé-
quent l'évaporation cutanée el le refroidissement qui en résulte.
En résuméy c'est par l'intermédiaire de la contractililé des vaisseaux que la chaleur du sang règle elle-même sa dépense d'après sa production. Cela explique pourquoi la température centrale ne peut varier que dans certaines limites, puisque chacun de ses écarts produit dans la circulation un changement qui ramène la température du sang à son degré normal.
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