ALTÉRATION SÉNILE DES ARTÈRES
graves. L'hémorrhagie cérébrale, Tune des causes de mort les plus fréquentes chez les vieillards, semble intimement liée il cette dégénérescence vasculaire. La rupture des gros vaisseaux, certaines affections organiques du cœur, sont encore des conséquences do l'altération sénile du système arlériol. Nous essayerons, en premier lieu , de montrer quel lien rattache les unes aux autres ces différentes lésions dont l'altération vasculaire semble être le point de départ. — Enfin, comme il est très iml)ortant de reconnaître l'existence de ces dégénérescences vasculaires qui se manifestent parfois chez des sujets d'un âge peu avancé, et comme le diagnostic est, le plus souvent, impossible par les moyens ordinaires, nous indiquerons les caractères du pouls qui permettent, en l'absence d'autres signes, de reconnaître que le système artériel a subi l'altération dite sénile.
L'altération sénile des artères amène Thyperlrophie du ventricule
gauche du cœur.
§ 150.— Nous avons montré (§ 38) comment l'élasticité des artères favorise l'action du cœur et nécessite, de la part de cet organe, moins de force pour envoyer son ondée sanguine à chacune de ses contractions. —Or, l'altération sénile des artères consiste surtout en une perte de l'élasticité de ces vaisseaux. Ceux-ci deviennent beaucoup moins extensibles que ceux des jeunes sujets, et cela, avant môme qu'il se soit produit dans les parois artérielles .ces dépôts calcaires qu'on a appelés ossifications. — La diminution plus ou moins grande de l'élasticité artérielle crée donc nécessairement au devant du cœur un obstacle qui rend ses contractions plus pénibles.
ki2 AFPLICiLTlOlfS A LA PATHOLOGIE.
ËD verlu d'une loi patbogénique bien GODnue(l), le le cœur devra s'hypertrophier lorsque les artères sont ossifiées, au même titre que lorsqu'il existe un rétrécissement à rorifice aortique. C'est, en effet, ce qui arri^; aussi, presque tous les vieillards ont-ils le ventricule gauche hypertrophié.
Plusieurs auteurs avaient depuis longtemps signalé cette coïncidence de Thypertrophie du cœur avec Toen* fication artérielle, mais Tenchainement de ces lésioDs n avait pas été défini. Ândral (2), en signalant cette ooîo* cidence, laisse, sans la résoudre, la question de savoirii c'est l'hypertrophie du cœur qui a fait dégénérer les arlères, ou si c'est la lésion artérielle qui a entraîné Phypertrophie du cœur. Herpin (3) admet que l'ossification artérielle est primitive; il cherche à l'expliquer en disant que « l'élasticité artérielle, caïue d'impulsion du sang, » étant supprimée, le cœur doit y suppléer, et cela en » vertu d'une solidariié entre les ditférents points du sys- » tème circulatoire. »
Il nous semble qu'eu expliquant l'hypertrophie du cœur, dans ces cas, par rexistence d'un plus grand obstacle a l'effort systolique du ventricule, on rentre mieux dans les idées généralement reçues relativement aux causes de rhypertrophie^que si l'on admet, sans la définir, une lofidarité des différentes parties de l'appareil circulatoire.
(1) Pour nous conformer à Tusage, nous appelons loi palhogénique celle qui préside au développement de Thyperlrophie du cœur, quand cet organe rencontre devant lui des résistances particulières. Nous devons toutefois faire remarquer que celte loi n'est autre que la loi pbyiio-^ logique en vertu de laquelle tout muscle acquiert plus de force et plus de volume sous Tinfluenco d'un travail plus considérablo.
(2) Clinique médicale, t. I, p. 62.
(3) Bullei, de la Soc. anai., t. XII, p. 49.
ÀLTÉBÀTiON SÉNILB DES ARTERES. &13
Lorsque nous publiâmes pour la première fois (1 ) cette théorie relativement à Taction de Tossiflcation artérielle comme cause d'hypertrophie du cœur, nous y avions été conduit par nos expériences physiques sur le rôle de l'élasticité des Vciisseaux, et nous ne connaissions pas alors les travaux dans lesquels cette coïncidence avait été signalée. Nous fûmes heureux de rencontrer cette première confirmation de nos prévisions. En recherchant ensuite dans les Bulletins de la Sociélé analomique les cas d'hypertrophie du cœur et ceux d'ossitication aortique, nous trouvâmes un assez grand nombre de cas dans lesquels cette coïncidence était signalée (2). Enfin, depuis que notre attention eàt dirigée de ce côté, nous avons recherché, toutes les fois que Toccasion s'en est présentée, si l'ossification des artères s'accompagnait d'hypertrophie du ventricule gauche; cette coïncidence n'a jamais fait défaut, nonseulement chez les vieillards, mais encore chez les sujets atteints prématurément de la dégénérescence artérielle.
L'altération sénile des artères s'accompagne de dilatation de ces
vaisseaux.
§ 151. — Tout le monde sait que les artères sont en général très volumineuses chez les vieillards; elles forment de gros cordons qu'on sent rouler sous le doigt à travers les parties molles. Cette dilatation des artères périphériques est encore surpassée par la dilatation de l'aorte^ surtout au niveau de la crosse, au point d'où émergent le tronc brachio'Céphalique et la carotide gauche.
(I) Gazette médicale de Paris, <S58.
(S) NoQS avons rassemblé ces indinattons dans notre thèse inaugarale, p. 49. Paris, 4659«
Ûii APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE.
Il est naturel de chercher la cause de celte dilalalion dans Taugmentalion de la force impulsive du cœur. Dans ce cas, la dilatation artérielle serait un effet secondaire de rhyperlrophie du ventricule gauche que la rigidité des artères a produite; c'est ainsi que ces lésions organiques se rattacheraient naturellement les unes aux autres. — Ceqiii prouve manifestement que la pression intérieure du sang est la cause immédiate de la dilatation des artères, c*esl que les points les plus dilatés sont précisément ceux contre lesquels le sang fait le plus grand effort. Ainsi, la crossede l'aorte se gonfle en ampoule du côté de sa convexité, c'est-à-dire dans la direction du courant sanguin produit par la contraction ventriculaire. Cette ampoule acquiert souvent un volume considérable et peut se rompre comme un anévrysme; c'est toujours du côté de la convexité que celte rupture se produit. — La direction du courant sanguin explique aussi pourquoi les carotides et les sous-clavières sont en général très dilatées, tandis que les artères iliaques le sont très peu , lorsqu'il existe une ossification artérielle.
Troubles fonclionneU produits par 1 altéralion sénile des arlère?.
§ 152. — Kn même temps que ces allcralions analomiques, et sous leur intiucnce, Tossification artérielle produit dans la fonction ciiculatoire des troubles qu'il est important de signaler. — On a vu (§ [\0) que l'un des effets de l'élasticité artérielle est de transformer l'action saccadée du cœur en une force plus uniforme : la tension artérielle. En d'autres termes, Télasticilé des artères fait (ju'au moment où le veiitiicule agit, la pression du sang dans les artères s'élève moins haut qu'elle ne forait dans des vaisseaux rigides, tandis qu'au moment où le cœur n'agit pas.
ALTÉRATION Sh'NlUi: DES ARTÈRES. 415
elle empêche cette pression de tomber à zéro. Les écarts entre les maxima et les minima de la pression du sang augmenteront donc à mesure que Télasticité des artères diminuera. Qu'on ajoute à cette circonstance que le cœur est hypertrophié, et par conséquent plus puissant, et Ton comprendra pourquoi les artères des vieillards présentent des pulsations si fortes, et pourquoi ces vaisseaux, rendus plus friables par ^altération sénile, sont si exposés à se rompre et à produire des hémorrhagies.
Diagnostic de Taltéralion sénile des artères d'après la forme du pouls.
§ 153. — Les accidents redoutables auxquels expose faltération sénile des artères rendent très important le diagnostic de celte lésion. Il est assurément très facile de reconnaître rossiQcatioiï, quand on sent les artères rouler sous la peau, formant des cordons durs, moniliformes, incompressibles par suite des dépôts calcaires qui les incrustent. Mais ces caractères manquent très souvent; les artères de la périphérie peuvent conserver à peu près leur souplesse normale, tandis que Taorle et les gros tioncs artériels sont presque entièrement ossifiés. 11 ast donc très important de posséder d'autres caractères qui puissent ftiire reconnaître Texistence de cet état des vaisseaux. — La forme du pouls nous fournira cet élément do diagnostic, car elle est influencée à un haut degré par les changements qui surviennent dans Télasticité artérielle.
Plus les arlères sont élastiques, plus elles transforment le mouvement imprimé au sang par la systole ventriculaire, et plus la forme du pouls s'éloigne de celle qui représenterait le tracé de cette systole. Lors, au contraire, que Télaslicité artérielle disparait, le pouls doit conserver da-
&t6 APn.lCAT10NS A LX PATHOLOGIE.
vantée sa forme primitive, celle de la systole du veolrieule. La figure 1 16 va rendre plus sensible cette aaakgie qui peut exister entre le tracé de la contraction lentriculaire cl celui de la pulsation ailérielle.
Au premiei' coup d'oeil, ou rucoiiualt, dans les deux pulsations que représente cette 6gure, les éléments priodpaui qui constituent toute pulsation artérielle (voy. g 79), à savoir : l'ofoencùm, qui est saccadée; le sommet, qui présente un plateau borizontal, et la descente, qui est for* mée par une ligne oblique. — A. la place de cette l^ne de descente formée par un trait plein, si l'on substitue les lignes ponctuées qui se voient dans la figure 116, on obtient exactement le tracé de deux systoles du ventricule gauclie semblables à celles que nous avons recueillies sur le cœur du cbeval (voy. fig. 33, ligue 1). — Or, <h) a vu (§ 53), à propos du pouls aortique, que lors même qm le tracé de la pulsation patente de grandes renemUtnces avec celui de la systole vcnlriculaire. ces ressemblance» ne peuvent exister que pendant la systole du ventricule: car, dès que celui-ci est en relâchement, sa preBston tuuibe ti zéro, tandis (jue, dans l'artère, la clôture des valvules signioïdes maintient la pression à un degré élevé qui décroît peu à ptui par le l'ait de l'écoulement du aanf à travers les capillaires.
On va voir que le pouls sénile présente les caractère que nous avons indiqués dans la figure 116, en les ou-
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gérant, et que, jusque dans Tarière radiale des vieillards, on rencontre entre la forme du pouls et celle de la systole ventriculaire cette ressemblance qu'on ne trouve guère, à Télat normal, que pour le pouls de Taorte; ressemblance qui se perd graduellement, sous Tinfluence de Télasticité artérielle, à mesure qu'on explore le pouls d'une artère plus éloignée du coBur.
Nous rassemblons ici quelques tracés recueillis sur des sujets de Tun et de l'autre sexe, tous d'un ftge fort avancé. Chez ces vieillards, il existait des signes manifestes d'os* siflcation artérielle; chez eux, les battements de cœur ne présentaient rien d'anormal à l'auscultation» de sorte qu'on doit rapporter exclusivement à Taltération des artères la forme spéciale que présente le pouls.
HpMMis (asile de Bicétre).
Fif . 117. — 76 ans.
Fig. 118. — 82 am.
lig. J i'j. — ft.i jiib.
Fig. 120. — 85 ans.
ûîS
APPLICATIONS A LA PATHOLOGIK.
lig. l-I. — ^1 aiis.
Femiies (asile de la Salpètrièrc ct^hospicc de la Rochefoacaiild).
i-ig. 122. — 8ô uns.
Fjg. 12o.
'JiJ ail;,
l'ig. 12^1. — î).1 ans.
Fijç. 425, — î)li ans.
On voit, par rcxamcii (1(3 ces Iracés, (|iic les principauv c'arach'ivs du pouls sénilc simiI les suivants.
1" llrandc amplitude dn tracé^ ce qui s'explique par les raisons suivantes : hypertrophie ventriculaire, pv> volume (le Tarière, Iransfornialion moindre de rimpulsion cardiaiiue par ^uile d'une uioindre élasticité.
2" Ascension brusque , quelquefois saccadée , c'est-iidin; ressi.unhlance entre le début de la pulsation et le début dr la svstole vcMUricuhiire. (lotte ressemblance tient â ic li'.'t' '•'• '-^î'« ii :r l'"'!'!''!''?!!!! I'/musFoi'ii!»' le intniveinop!
ALTÉRATION SÉNILE DES ARTÉttES. &19
du sang du centre à la périphérie n'existe plus à uu degré sufiBsaDt pour produire cet effet.
*■ f^e sommet de la pulsation est fbrmé par vn plateau horixontal au ascendant. — C'est un nouveau trait de ressemblance de la pulsation artérielle avec la Systole ventriculaire. La dorée de cette systole est quelquefois trèsgrande, cbez les vieillards, ce qui se traduit par une grande longueur de ce plateau.
à' Im courbe retombe bnisquemeat après le p^ateatt systolique. — Ce cai-actère n'est pas constimt, maîs^uand il existe, il est important, car'il pi^v0quete refitntjéger qui accompagne la clôture desTâtvùles sîgnioîdes suffit pour faire baisser la tension que l'élasticité artérielle ne maintient plus suffisamment.
5* La ligne de descente est en général dépourvue de rebottdissetnenis. — Cette absence presque absolue du dicrotJsRie chez les vieillards indique encore la perte de l'élasticité de leurs vaisseaux; ou a vu, en effet (§ 83) que cette élasticité est indispensable pour la production du dicrotisoie. Cest là un des meilleurs signes de l'altération sénile des artères.
§ 154. — il est facile de reconnaître les caractères de l'ossiûcatjon artéritile dans je tracé fig. 136, Cette figure représente le pouls d'un homme qui n'avait eependant que (»4iii3ADto-.d^^ ^u^.\,Çft. i^^ 4 ""^
hémorrliagie cérébrale; à l'autopsie, on trouva l'aorte ossifiée il lin très haut degré ; les carotides et les artères cérébrales étaient incrustées de dépôts calcaires.
Chez les sujets d'un âge avancé, on rencontre quel* quefois des irrégularités dans le rhythme des battements du cœur, et cela sans que Tauscultation puisse faire supposer l'existence d'une lésion valvulaire. Dans certains cas, l'irrégularité n'est pas absolue, car on voit revenir de temps en temps des groupes de pulsations inégales entre elles, mais qui reproduisent le même rhythme d'une façon périodique.
Fig. 127.
La figure 127 est recueillie sur un vieillard chez lequel on observait le rhythme suivant. Une suspension des battements du cœur était suivie de trois pulsations ordinaires, puis d'une petite pulsation après laquelle revenait un battement normal. Une nouvelle suspension arrivait, et ainsi de suite indéfiniment. Ces irrégularités périodiques changent souvent plusieurs fois dans une journée; on les voit quelquefois paraître et disparaître à des intervalles très courts.
Un type très fréquent est celui dans lequel on trouve deux pulsations consécutives, l'une grande, l'autre petite, puis une suspension après laquelle se reproduisent de nouveau deux pulsations (fig. 128). La grande pulsation
Fig. 12H.
précède toujours la petite; on cont^oit qu'il doive en èta*