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LES FERMENTS DU PANCRÉAS ET LEUR ISOLEMIÙNT

L’acLion digeslive du suc pancréatique s’exerce sur trois catégories d’alimenis : sur les féculents qu’il saccharilie (Valentin), sur les albuminoïdes qu’il transforme en peptones (Gorvisart), sur les graisses qu’il émulsionne (Eberle) et saponifie (Cl. Bernard). Pour expliquercelte triple action, on a admis l’existence, dans le suc pancréatique, de trois ferments solubles ou enzymes : un ferment diastasique ouamylolytique(synon. : amylase, amylopsine), un ferment protéolytique ou trypsine, un ferment saponifiant ou stéapsine (syn. ; saponase, lipase, pyaline). Le coagulum fourni par l’alcool possède les propriétés du suc entier, et doit donc contenir les ferments avec les matières protéiques précipitées. Mais, en outre, les propriétés digestives du suc se trouvent déjà dans la glande elle-même, si bien qu’avec le

LES FERVIENTS DU PANCREAS

tissu de la glande, on peut, par différents procédés, préparer un suc pancréatique artificiel, et même obtenir des extraits n’ayant d’action que sur une seule catégorie d’aliments, c’est-à-dire, en un mot, isoler les ferments les uns des des autres (').

1. Suc pancréatique artificiel ou extraits de la glande. — On sait que Eberle eut, le premier, l’ingénieuse idée de préparer un suc gastrique artificiel en faisant macérer la muqueuse stomacale dans de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique. De même, le pancréas haché et broyé donne par son infusion dans de l’eau, et mieux, dans de la glycérine hydratée (vonWittich), un extrait doué de propriétés digestives énergiques, pourvu toutefois que la glande soit prise sur un animal en digestion (4 à 7 heures après le repas). Cette dernière condition n’est pas absolument indispensable (voir plus loin p. 5i et 86), mais il en est une autre plus nécessaire, du moins pour l’obtention du ferment protéolytique : c’est la transformation préalable du zymogène en trypsine, ainsi que nous l’ex-

(i) Outre les ferments qui viennent d’étre énumérés, les extraits de pancréas renferment encore un peu de maltase et de lactase, et un ferment coagulant, la caséine du lait ; il en sera parlé ultérieurement.

suc PANCRÉATIQUE ARTIFICIEL

pliquerons ultérieurement avec plus de détails (p. 4i). On y arrive en traitant, par exemple, la bouillie glandulaire par une solution d’acide acétique à i 7o raison de i centimètre cube par gramme de glande), avant de l’épuiser par la glycérine (lleidenhain).

On peut encore obtenir les enzymes pancréatiques en solution par differentes - autres méthodes, parmi lesquelles celles-ci indiquées par W. Roberts : par extraction du tissu avec eau saturée de chloroforme ou avec eau contenant 3 à 4 Vo mélange de 3 parties d’acide borique et une partie de borax ; ou encore par macération de la glande fraîche finement divisée dans une solution saturée de chlorure desodium, ou enfin par extraction du pancréas frais, privé de graisse et finement divisé, avec environ 4 fois son poids d'alcool à 25 pendant 4-5 jours, puis filtration (qui peut être aidée par une trace d’acide acétique).

Le tissu pancréatique desséché garde ses propriétés fermentaires ; on peut alors le réduire en poudre et le conserver à l’abri de l’humidité; celte poudre peut même être stérilisée à ioo° G., car si elle est bien sèche, elle ne perd rien de ses qualités à cette température (propriété générale des enzymes de résister, à l’état sec, à de hautes

Hedon — Physiologie normale ot paLlioIogiquo du Pancréas 3

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leinpéralures). Capparel 11 a conseillé le procédé suivant : la glande fraîche est broyée avec de la magnésie calcinée, puis la bouillie desséchée pendant 24 heures sur acide sulfurique est finement pulvérisée ; cette poudre sèche, conservée en flacons fermés, possède encore, après six mois, toute son activité, et peut être stérilisée à i3o" G. ; pour l’employer, on la fait macérer pendant une demi-heure dans l’eau distillée : le filtratum clair montre toutes les propriétés physiologiques de la glande fraîche.

2. Isolement des ferments. — Différentes tentatives ont été faites pour obtenir un extrait n’agissant que sur une catégorie de substances alimentaires, en d’autres termes, pour séparer les trois ferments les uns des autres.

V. Wittich, avec sa méthode d’extraction des ferments par la glycérine, a pu séparer le ferment protéolytique du ferment diastasique (amylolytique). Si, en effet, le pancréas frais est simplement traité par la glycérine, les deux ferments passent en solution ; mais, par contre, si le tissu glandulaire a été préalablement déshydraté j)ar l’alcool, la glycérine ne lui enlève plus que le ferment diastasique. Cette assertion a été combattue parllüfner ; cependant elle est bien d’accord avec le fait indiqué par

ISOLEMKNÏ DES FERMENTS

Kühne, que la trypsine pure est insoluble dans la glycérine anhydre.

D'autres auteurs, pour séparer les enzymes du pancréas, se sont basés sur la propriété générale des ferments d’être entraînés mécaniquement par des précipités auxquels ils adhèrent. Conheim a pu isoler ainsi le ferment diastasique par le même procédé qui lui servit pour la salive, c’est-à-dire en l’entraînant dans un précipité de phosphate de chaux. Danilewsky, pour dissocier le ferment amylolytique du ferment protéolytique, a mis à profit l’adhérence de ce dernier à un précipité gélatineux de collodion. Dans ce but, le tissu glandulaire, après macération dans l’eau froide, est broyé avec du sable, et mis à digérer dans l’eau à 2o-3o°, puis saturé avec de la magnésie pour enlever les acides gras libres. Le liquide filtré montre encore les deux actions sur l’arnidon et la fibrine. On y ajoute alors un quart de son volume de collodion épais, et l’on mélange intimement. La masse pâteuse, qui se forme et se dépose, devient granuleuse après l’évaporation de l’éther : elle contient le ferment protéolytique. En la traitant par l’éther alcoolisé, le collodion se dissout, et le ferment se sépare en un dépôt jaune par un repos de plusieurs jours. Celui-ci est soluble dans l’eau qui

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acquiert alors la propriété protéolytique (en milieu neutre ou alcalin), mais non amylolytique. Le liquide, séparé par filtration du précipité de collodion, contient le ferment saccharifiant ; on le concentre fortement dans le vide et le ferment est précipité par l’alcool.

Le procédé de Paschutin, pour l’isolement des ferments, est basé sur un autre principe: l’addition de différents sels à l’extrait de pancréas, permet d’obtenir des solutions salines agissant d’une façon exclusive ou prépondérante dans tel ou tel sens. Les solutions de chlorure de sodium, chlorure de potassium, chlorate de potasse, sulfate de magnésie dissolvent à la fois les trois ferments. Mais d’autres sels agissent sur les ferments séparés. Ainsi l’iodure de potassium, l’arséniate de potasse, le sulfate de potasse, le sel de Seignette dissolvent plus particulièrement le ferment de l’albumine; l’amylopsine est dissoute par l’arséniate de potasse additionné d’ammoniaque. La méthode de Paschutin présente des inconvénients résultant de ce que la digestion avec ces liquides est fonction de deux facteurs : le ferment et le sel en solution ; ce dernier pouvant exercer, soit une action favorisante, soit une action entravante, suivant sa nature et sa quantité, les différentes épreuves de

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