ISOLEMENT DES FERMENTS
digestions arliflcielles ainsi pratiquées ne sont pas comparables.
L’enzyme dédoublant la graisse est beaucoup moins stable que les deux autres, et partant plus difficile à isoler. Elle est tout particulièrement susceptible à l’action des acides qui la détruisent tous, sauf les acides gras supérieurs. Aussi, pour la préparer, faut-il éviter soigneusement l’acidité de la solution et se servir d’une glande fraîche. Paschutin recommande pour son extraction une solution diluée de bicarbonate de soude contenant un peu de carbonate de soude, et Grützner, une solution contenant 90 cc. de glycérine pour 10 d’une solution de carbonate de soude à 1 “/„, en prenant de ce liquide 10 fois le poids delà glande.
Nous devons à Kübne plusieurs procédés pour l’obtention du ferment protéolytique pur (sa trypsine). D’après lui, le précipité alcoolique de l’extrait aqueux ou glycériné de la glande est un mélange du ferment et d’une matière albuminoïde, et il se digère lui-même avec formation des produils de la digestion pancréatique. Pour le jmrifier et en séparer la trypsine, Kübne indique, entreautrcs, le procédé suivant: Le précipité alcoolique de l’extrait de pancréas, dissous dans l’eau et de nouveau précipité par
LES FERMENTS DU PANCRÉAS
l’alcool absolu, est additionné d’une solution aqueuse d’acide acétique (i ®/o)- be précipité qui se forme, bien lavé, ne possède aucun pouvoir digestif et est constitué par la substance albuminoïde unie à une masse résineuse. Le liquide filtré est additionné d’alcool, le précipité formé redissous et de nouveau traité par l’acide acétique, chauffé à 4o°, alcalinisé par de la soude et débarrassé par filtration des sels terreux précipités par ce moyen ; le liquide obtenu maintenant est soumis à la dialyse pour enlever lus produits de digestion, et enfin le ferment en est précipité par l’alcool. Le produit ainsi obtenu est soluble dans l’eau, mais non dans la glycérine ; sa solution, évaporée à 4o'’, donne une masse jaune paille, transparente et friable; il est doué d’un pouvoir protéolytique intense. Bouillie dans l’eau, cette trypsine se détruit en donnant environ 20 “/„ d’albumine coagulée et 80 “/o d’antipeptone.
Enfin, pour terminer, mentionnons que l’on peut obtenir aussi des extraits pancréatiques doués du pouvoir amylolytique ou du pouvoir protéolyticjue, h l’exclusion l’un de l’autre, en tenant compte de ce fait signalé parDastreque les liquides de première macération de la glande sont riches en amylase et dépourvus d’action sur
NATURE DES ENZYMES PANCREATIQUES 39
la fibrine, et que, inversement, les liquides de macération tardive contiennent le ferment protéolytique en abondance. Si, par exemple, le pancréas d’un animal en digestion est coupé en gros morceaux et mis à digérer pendant i5 à 20 minutes à C. dans une solution saline normale (NaCl, à 0,7 ”/o), le filtrat possède une forte action diastasique, mais presque point d’action protéolytique ; mais si, après cette première extraction, les morceaux sont finement divisés et de nouveau digérés dans la solution saline (après addition de 1 “/g de fluorure de sodium pour prévenir la putréfaction), on obtient un extrait riche en trypsine, mais très pauvre en amylase. Dastre a montré aussi qu’en traitant la glande fraîche par l’alcool en concentration croissante, on obtient, après dessication du tissu, une poudre dont l’extrait est à peu près inerte sur l’amidon, mais activement protéolytique ; et que l’extrait du pancréas d’un animal à jeun depuis quelques jours, possède presque exclusivement l’action protéolytique.
3. Nature des enzymes pancréatiques. — La constitution chimique des ferments du pancréas n’est pas mieux connue que celle des autres enzymes, et les produits obtenus par les
LES FERMENTS DU PANCREAS
différentes méthodes d’isolement qui viennent d'étre indiquées, ne sont vraisemblablement que des mélanges de ferment avec des quantités plus ou moins grandes de matières albuminoïdes. Aussi ce n’est qu’à titre de simple document que nous donnons ici les résultats des quelques analyses élémentairesqui ont été faites, llüfner, après avoir soumis les ferments du pancréas (obtenus par extraction avec glycérine) à des dissolutions et précipitations répétées pour les purifier, recueillit un corps amorphe, contenant du soufre et de l’azote et donnant un résidu de cendres de 7 à 8“/o- L’analyse élémentaire fournit : G 43, 1 à 43,5; II 6,5 à 6,8; Az i3,8 à i4; S 0,88 7o> chiffres se rapprochant de ceux donnés pour l’émulsine par A. Schmidt. Mais, d’après Kühne, ta substance analysée par Hüfner est un mélange de ferment et de matière albuminoïde. La trypsine de Kühne représente-t-elle donc un produit pur? Or, d’après O. Lüw, le fait qu’elle est détruite à l’ébullition en albumine coagulée et peptone est l’indice d’une impureté, et cet auteur ayant préparé un produit ne coagulant plus par la chaleur, tout en présentant les réactions des peptones, lui trouva par l’analyse élémentaire la composition suivante : G 62,75 ; H 7,61;
ZYMOGÈNE
Az 16,55 ; 0 + S 23,19 7o, chi lires très voisins de ceux de Ilüfner.
4. Zymogène. — Le ferment protéolytique n’exisle pas tout formé dans les cellules glandulaires du pancréas ; Heidenhain a montré, en . 1875, que la glande fraîche conlient seulement une substance d’où peut dériver le ferment en question, mais qui ne possède pas, dans son état actuel, l’activité protéolytique. Cetle substance, il l’appela zymogène ferment). 11 vaudrait
mieux l’appeler trypsinogène pour spécifier, car on ignore si les autres enzymes pancréatiques ont des antécédents analogues.
Voici l’expérience sur laquelle s’appuie cette conception de Heidenhain : le pancréas d’un chien fraîchement tué est divisé en deux moitiés; l’une, traitée immédiatement par la glycérine, fournit un extrait qui n’est que peu ou point actif sur la fibrine ; l’autre, traitée de la même façon, après 24 heures d’exposition à l’air, donne un extrait très actif. Ce dernier résultat peut être obtenu immédiatement en broyant la glande en présence d’acide acétique; au contraire, l’apparition du ferment est empêchée par le carbonate de soude. Il est par là facile de savoir si un extrait aqueux frais de pancréas contient le ferment protéolytique ou
LES FERMENTS DU PANCREAS
son zymogène; en effet, après addition de 1,2 7o carbonate de soude, il devient plus actif s’il renferme de la trypsine (l’alcalinité du milieu favorisant la digestion tryplique) ; dans le cas contraire, il n’a pas d’activité.
Le zymogène possède les propriétés suivantes. Il se dissout dans la glycérine concentrée sans se dédoubler. Sa transformation en trypsine apparaît ; 1° en solution aqueuse (eau distillée, mais non iouillie), plus rapidement à cbaud, plus lentement à la température ordinaire; 2“ par l’action des acides ; .3° en présence des sels dilués (en solution concentrée, ils l’empêchent). Les cellules glandulaires se chargent de zymogène dans l’interv^alle des repas ; elles en sont le plus abondamment pourvues environ i4 à 24 heures après le repas (viande); après un temps plus long, la teneur en zymogène diminue et elle atteint son minimum dans les premières heures de la digestion.
Partant de ces données, Podolinski trouva que le zymogène pouvait être transformé en ferment par l’oxygène. Tandis que d’autres gaz, comme CO'^ et H étaient sans action, le passage d’un courant d’oxygène, pendant dix minutes, rendait active une solution de zymogène dans le carbonate de soude. L’eau oxygénée et l’agitation
ZYMOGÈNE
de la solution avec la mousse de platine avaient le même eiïel. La transformation du zymogène en solution aqueuse devait être rapportée à la présence de l’oxygène dans l’eau : en fait, les solutions de zymogène dans l’eau bouillie restaient inactives (’). Podolinski rechercha de plus s’il était possible de retransformer le ferment en zymogène par les agents réducteurs ; or, après un contact de quelques heures avec de la levure bien lavée, la solution de ferment était affaiblie dans son action, et son énergie reparaissait par un traitement à l’oxygène ('^).
Quelques auteurs se sont élevés contre ce fait que le pancréas frais ne contient que du zymogène et point de trypsine. D’après Kübne, si l’on broie un pancréas vivant encore chaud avec de l’alcool absolu et que l’on prépare un extrait aqueux à o° de la glande ainsi traitée, celui-ci est actif immédiatement. G. Weiss trouva aussi, dans la grande majorité des cas, de la trypsine dans le pancréas du chien absolument frais.
(1) Dans le même ordre de laits, Liverdsige a reconnu que le ])ancrêas, après avoir été épuisé j)arla glycérine, reprend son activité primitive lorsqu’il est exposé h l’air pendant un certain temps.
(2) I)’après Ilerzen, la trypsine reforme aussi le zymogène sous l'action de l’oxyde do carbone.
LES FERMENTS DU PANCREAS
Mais il faut reniarquer que le traitement de la glande par l’alcool a pour effet de transformer une partie du zymogène en trypsine ; et, d’ailleurs, Heidenhain n’a pas nié que de petites quantités de ferment actif pussent jamais se rencontrer dans le pancréas frais, car il faut compter avec la sécrétion déjà contenue dans les canaux excréteurs. Lewaschew’, qui a repris l’étude de cette question, a insisté sur ce fait que, pour obtenir le zymogène non transformé, il est nécessaire d’employer une glycérine très concentrée et 10 parties de glycérine pour i de substance glandulaire bien divisée; en opérant sur 29 chiens dans dilîérents états de digestion, il ne trouva, chez 27 d'entre eux, aucune quantité remarquable de trypsine, mais seulement du zymogène.
5. Ferments pancréatiques dans le cours du développement. — Le ferment amylolytique apparaît très tardivement dans le tissu pancréatique, du moins chez l’homme. Le pancréas des enfants nouveau-nés en est dépourvu ; il ne l’acquiert qu’entre le 2® et le .3® mois (Zweifel, Korowin, Gillet). De là résulte que les féculents doivent être j)roscrits de l’alimentation du nouveau-né. l’our la trypsine, elle apparaît déjà dans le cours de la vie fœtale.
FERMENTS A l’ÉTAT PATHOLOGIQUE
D’aprùs les recherches de P. Albertoni, le pancréas présente le pouvoir protéolytique au commencement du dernier tiers de la vie intrautérine. La glande est encore inactive au 4' mois chez le veau, tandis que, chez le porc, elle est capable de digérer de notables quantités de fibrine dès la 12® semaine. La trypsine apparaît dans l’organisme plus tard que la pepsine. O. Langendorff, d’autre part, nota que, chez l’embryon de porc, la trypsine existe constamment pour une longueur du corps de i35 à i5o millimètres, et l’amylopsine pour une longueur de 90 à 100 millimètres ; il trouva aussi que, chez l’embryon humain, la trypsine apparaît au commencement du 5° mois fœtal, alors que la pepsine se montre au 4°, et confirma le fait de l’absence du ferment amylolytique chez le nouveau-né (*).
6. Ferments pancréatiques à l’état pathologique.— A part les cas de fistules pancréatiques accidentelles chez l’homme où le suc sécrété présentait les propriétés digestives du suc normal, et les cas de kystes où le liquide analysé offrait ces mêmes propriétés et principalement
(I) Quant au ferment saponifiant, il est possible qu’il existe déjà chez le fœtus, car on trouve dans le méconium des acides gras libres.
LES FERMENTS DU PANCREAS
l’action diastasique, il n’a été fait que peu de recherches sur le sort des ferments du pancréas dans les maladies. Cependant V. Harris et Grâce- Calverl ont expérimenté l’extrait pancréatique de 23 sujets décédés de maladies variées aiguës et chroniques. Ils ont trouvé, dans tous les cas, l’activité des ferments notablement diminuée, et dans quelques-uns (broncho-pneumonie) complètement abolie. Les trois ferments n’étaient pas toujours modifiés de la môme manière. La stéapsine faisait défaut dans la moitié des cas. L’amylopsine était amoindrie, surtout chez les sujets ayant succombé à des affections cérébrales. Le ferment protéolytique était le moins affecté, encore qu’il n’eût qu’une faible activité dans les cas de pneumonie, de diabète et de néphrite. Quant au ferment qui agit sur le lait, il manquait dans la moitié des cas.