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L'ÉPIPLOON ET LES SUBSTANCES TOXIQUES

Difficulté de constater son pouvoir anti-toxique.Il paraît exister néanmoins.— Expériences de Roger, de Doyon et Petitjean, de Renzi et Boeri. —La rapidité d'évolution des injections à la suite de résections épiploïques est dûe en partie à une intoxication. —Le balayage et l'élimination de parcelles d'organes entraîne la nécessité de neutralisation deproduits toxiques.— Son action vis-à-vis des poisons introduits dans la circulation générale, plaide en faveur de son action sur les poisons lo. caux.—La phagocytose.La circulation etle foie. L'Endothélium.

Le rôle de l'épiploon ne se borne pas vraisemblablement à ce service de balayage et de groupement. Nous avons vu que la destruction des substances introduites s’y effectuait de facon active lorsqu'elle était possible, et à ce titre la présence de ce repli séreux est une des conditions de défense de la grande cavité abdominale. [] détruit, ou tout au moins atténue dans une certaine mesure l'intensité des infections, et étendant plus loin son pouvoir défensif, il joue très probablement un rôle anti-toxique. Les expériences de Roger établissant son action contre les infections, nombre de faits encore mal élucidés, (expériences de Doyon et Petitjean, de Renzi, de

Simon) tendent à mettre en lumière son rôle antitoxique.

Cette action de l’épiploon vis-à-vis des poisons, bien que plus difficile à constater apparaît cependant très nette dans nombre d'expériences et de constatations cliniques. Nous verrons au chapitre suivant ce qu'il faut penser de son rôle anti-toxique au cours de maladies générales et d’intoxications à point de départ éloigné de la cavité péritonéale, nous n’aurons pour l'instant en vue que son rôle vis-à-vis des substances toxiques introduites ou élaborées dans l'abdomen.

Tout d’abord l'expérience déjà citée de Roger (1) (ablation de l’épiploon et injection de cultures dans la cavité

péritonéale) fait prévoir qu’une part dans les résultats expérimentaux revient à la non destruction (2) de matières nocives solubles. L'expérience de Doyon et Petitjean, montrant que la membrane était capable d’accaparer et de détruire des fragments d'organes, établit qu'il lui est possible non seulement de digérer des tissus, mais très vraisemblablement de modifier les poisons produits par leur décomposition.

Ces auteurs injectent dans le péritoine d’un chien de 7 kg. 235 de la pulpe de foie de lapin ; l’animal est sacrifié quelque temps après ; on constate que l'épiploon seul est teinté en jaune et a accaparé le tissu hépatique à l'exclusion de tout autre organe ; il paraît de plus avoir

F2 (1) RoGer, Rôle protecteur du grand Epiploon. Soc. Biologie, 19 février

(2) Doxon Er Perirsean. Observation concernant le rôle du grand épi-

ploon. Société Biologie, 9 décembre 1905.

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éliminé et transformé la plus grande partie du foie accapäré. |

Les expériences de Renzi (1) sont à cet égard beaucoup plus concluantes. Dans une série de recherches effectuées avec Boéri, il montre très nettement la propriété qu'a cette membrane de neutraliser des produits toxiques provenant du sphacèle d'un organe. On lie le pédicule de la rate chez un animal, et l'on constate que quelque temps après le viscère privé de circulation a été littéralement encapsulé par l’épiploon, digéré et absorbé de façon complète, les chiens survivent. Ceux au contraire à qui on à simultanément lié le pédicule splénique et extirpé lépiploon, meurent rapidement : Les auteurs attribuent la mort à l’action pyrétogène et hémolytique des produits d’autolyse de l'organe que la ligature a condamné au sphacèle, Voilà donc des substances toxiques, « poisons « dérivés de l’autolyse ou des fermentations putrides, mé- « caniquement retenus par la ligature du pédicule, que « la séreuse sans aucun doute absorbe et vraisemblable- « ment atténue, et dont elle préserve la cavité abdomi- « nale ou des parenchymes telles que celui du foie « (Charrin).

Siau lieu d'opérer sur la rate, on se sert d'une anse intestinale (Cioffi)(2) que l’on a expérimentalement rétrécie,on voit là encore l'épiploon venir rapidement coiffer

cette anse et on n'observe pas de troubles graves On les

(1) De Renz et Borri. Rôle protecteur de l’épiploon, 13° Congrès de la Société Italienne de médecine interne, 1903.

(2) Giorri. Recherches sur la fonction protectrice de l'épiploon. Clinica Moderna, 1904.

voit apparaître par contre chez un animal témoin auquel on aura de plus réséqué l’épiploon.

Ce même auteur, reprenant les expériences de Pérone et de Renzi, constate que la ligature du pédicule vasculaire de la rate après ligature ou résection de l’épiploon entraîne la mort en 24 heures, alors que la survie est illimitée si l'épiploon est resté intact.

Nous verrons au chapitre suivant que le rôle antitoxique qu'il exerce vis-à-vis de substances introduites dans la circulation générale. Les expériences de Pérone (1) avec le taurocholate de soude, permettent de penser qu'il peut exercer une action semblable sur les poisons introduits directement dans la cavité abdominale.

Dans l'interprétation de cette action, un rôle important paraît dévolu à l'intensité à son niveau des phénomènes de phagocytose. On sait en effet que le leucocyte n’exerce pas son action Sur les seuls éléments figurés, mais sur les produits solubles eux-mêmes.

D'autre part il convient de remarquer que la circulation dans l'épiploon draine les substances absorbées à son niveau vers le foie ou l’action antitoxique va se continuer. L’absorption en l'absence de l'épiploon se fera,soit par le péritoine viscéral, soit par le péritoine pariétal : si dans le premier cas, l'influence du foie est capable de s’exercer encore sur eux, il faut présumer par contre qu'elle n'aura pas lieu pour les liquides absorbés par le péritoine

pariétal, ceux-ci passant d'emblée pour la plus grande partie dans la circulation générale,

Une expérience de Cioffi est assez probante à cet égard. Injectant dans les veines d’un lapin le sérum provenant d’un autre animal (veau par exemple) il constate que la mort survienten peu de temps, Or la même quantité du même sérum injectée dans le péritoine d’un lapin d'un poids inférieur au premier permet Ja vie de l'animal pour longtemps, L'auteur conclut « que l’épiploon a une action anti-toxique protectrice, surtout si on considère que le péritoine et les veines ont un pouvoir absorbant quasi identique ». Cette expérience très concluante par elle-même n’élimine aucunement la participation du foie.

Enfin il conviendrait peut-être de tenir compte d'une activité spéciale de l’endothélium péritonéal mais dans ce cas le processus ne serait pas localisé à l'épiploon seulement. Les constatations de Pérone sur le liquide des pleurésies, le fait que le poumon peut atténuer l'action de certains poisons, Ja fixation sur les cellules nerveuses de la toxine tétanique, montrent bien que le rôle de défense contre les poisons n’est pas réservé seulement à la cellule hépatique.

En somme, et à supposer même, que l’épiploon n'aurait personnellement aucun rôle anti-toxique, il n’en reste pas moins vrai que du fait de la localisation sur lui des corps étrangers péritonéaux, du fait aussi de la grandeur de la surface qu’il présente à l'absorption, il contribue à la défense contre les poisons, par le drainage quil effectue vers le foie.

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