AVANT-PROPOS
Coup d’œil historique. — Division du sujet.
« Félix qui potuit rerum cognoscere causas. •
Les études de physiologie pathologique, plus que jamais à l’ordre du jour scientifique, expriment, au plus haut degré, par le but qu’elles se proposent, l’irrésistible tendance de l’esprit humain à pénétrer et à connaître la raison d’être, les causes intimes des phénomènes. Cette insatiable curiosité est telle, que là où elle ne peut arriver à découvrir , elle imagine et elle invente, alors même qu’elle semble se soumettre au g*uide le plus rigmureux et le plus inflexible des méthodes positives qui sont en son pouvoir; rien ne saurait mieux montrer l’influence dominatrice de ce besoin d’explication que le sujet que nous avons à traiter.
De tout temps on a disserté sur la coloration jaune morbide de la peau, d’autant plus qu’il s’agit là d’un phénomène extérieur facilement appréciable aux sens
et qu’il a dû frapper particulièrement les observateurs. Qui ne sait le rôle que joue la bile dans les doctrines humorales anciennes? Que de théories n’at-elle pas défrayées depuis Hippocrate jusqu’à Sylvius de Leboë, depuis Sylvius jusqu’à nos jours! Chosecurieuse, mais qui n’est pas nouvelle dans l’histoire de la science, nous verrons que, parmi les opinions doctrinales les plus contradictoires émises dès l’orig*ine, il en est que le temps et les progrès récents ne font que confirmer. Mais cette confirmation repose sur les bases plus solides que les acquisitions positives de la science moderne ont édifiées.
Certes, il eût été d’un grand intérêt de suivre à travers les temps les transformations et les péripéties nombreuses subies par les théories, reflet des doctrines régnantes aux diverses époques; de les comparer entre elles et de voir se développer ainsi et se dég*ag*er de ce long* et pénible enfantement, ce qui est plus ou moins l’expression de la vérité et constitue le pogrès; un instant nous avons été tenté par cette enquête attrayante, mais, en présence de matériaux immenses et plus ou moins confus, nous avons dû renoncer à une tâche peu conciliable avec les étroites limites de cette hâtive dissertation.
Toutefois, il nous était impossible d’échapper à la nécessité de jeter un rapide coup d’œil sur le passé, en nous restreignant au point de vue spécial qui doit nous occuper; et cette nécessité était d’autant plus impérieuse que, comme nous l’avons déjà remarqué, les principales doctrines pathog*éniques récentes sur Tictère ne sont, au fond, qu’un reflet, mais un reflet plus consistant des doctrines anciennes.