TUBERCULOSE HUMAINE CHEZ LE SINGE
Par MM. J. Hèricourt et Gh. Richet.
Le premier fait que nous voulons mettre en lumière, c'est d'abord r innocuité de la tuberculose aviaire chez le singe.' Voici les expériences qui le prouvent :
A un singe (Jocko) pesant 2,1^ gr., on inocule sous la ipeau 1 ce. d*UDe culture tuberculeuse aviaire, le 9 avril 1891. Le 10 octobre suivant, il pèse 2,750 gr. et est en parfaite santé (184 jours).
Môme expérience le môme jour à une femelle (Léa) pesant 2,230 gr. Le 10 octobre, soit au bout de 184 jours, elle est en parfaite santé et pèse 3,000 gr.
Un singe (Antoine) de 4,000 gr. environ, reçoit sous la peau, le 10 mars 1892, 1 ce. d'une culture tuberculeuse aviaire. La réaction locale est presque nulle (comme dans les observations précédentes). Une petite tumeur se forme, à peine molle, sans tendance à l'ulcération, et finit par se résorber sans déterminer d'abcès. Le 12 avril, de nouveau
1. Les expériences ont toutes été faites sur des singes de môme espèce (Maccacus innus) qu*on nous a envoyés d'Algérie ; sauf un cas où il s'agissait d'un singe d'autre espèce {Cercopithecus mono).
Antoine reçoit i ce. de culture luberculeuse. Le IG août, on lui ÎDJecte dans la veine 0*^,5 de tuberculose aviaire. (Son poids est de 4*250 gr.) Les premiers jours il est un peu malade^ puis il se rétablit ; et enfin le 10 novembre il est tout à fait bieu portant. Son poids est alors de 4,450 gv. On lui injecle de nouveau dans la veine du bras 1 ce. de tuberculose avia ire. Jusqu'aux premiers jours de décembre, il semble un peu malade; eniiu il se remet, et, le 18 mars 1893» il est tout à fait bien portant. Ainsi il a résisté, pendant un an et huit Jours, à la tuberculose aviaire, deux fois en inoculations sous-cutanées, deux fois en inociilatioDs dans la veine.
Un singe femelle» Antoinette (de 4 kilogr. environ), est traité de la même manière qu'Antoine et résiste dem^me xm an et huit jours.
L*eux singes femelles, Jacqueline et Jacquette, reçoivent, le 2Ù mars 1893, 0",D de tuberculose aviaire, filtrée» sous la peau du ventre.
Elles n'ont pas d'abrès. A aucun moment elles ne semblent malades, et elles sont aujourd'hui loul à fait bien portantes (l*'" août ; 134 jours)*.
Ainsi, il résulte de ces faits (six expériences)^ qui parlent tous dans le môme sens, que Finoculation sous-cutauée de tuberculose aviaire est impuissante à déterminer la tuberculose du singe.
Le fait est d'autant plus remarquable que, sur d'autres animaux, cobaye, chien, poule et lapin, rinoculation sousculanée du bacille aviaire amène la mort.
Notre première conclusion sera donc :
A- — L'inoculation sotts-ciUanée de iîtbercuiose aviaire ne d^Hermine pm chez le singe une infection tuberculeuse mortelle.
Il ne faudrait pas en conclure que la tuberculose aviaire est tout à fait inolîensive chez le singe.
En effet, le même jour que Tinoculation intraveineuse était faite à Antoine (lOnov. 1892), nous injectons à un sin^e femelle illarianne), dans la veine t ce. de la môme culture, Marianne avait reçu un mois auparavant I ec. de culture sous la peau du bras ; mais cette injection avait déterminé un abcès.