‹ Physiologie v.3, 1895Chapitre 138 sur 151 · L.e milieu thermique · texte numérisé non relu

L.e milieu thermique

Les physiologistes séparent les animaux en doux classes : les uns, dont h\ température doit rester invariable, quels que soient les cliangements du milieu où ils se trouvent : ce sont les animaux k sang chaud ou //ofitf^oifin^mes ^ les autres, au contraire, qui suivent docilement b^s variations lliprmiques extérieures: ce sontlesanimauxà '^m\g Uxiid ou poi/iiiôûtennex.

On comprend que nous ne nous occuperons ici que des animaux à sang chaud, lioméothermes (ce sont les mammifères et les oiseaux I, car eux seuls p'issèElr*nt lui appareil de tléfense contre les variations Ihernrajues du milieu; pour les autres, cette défense n'est pas nécessaire.

Nous laisserons aussi de cùté la défense volontaire de Forganisme contre la chaleur ou le froid. Il ost clair en clfot que la sensibilité de la peau est suffisante pour nous renseigner sur la température du dehors, et par conséquent nous permettre de conformer notre conduite aux indications que nous donne la sensibilité cut<Hiée. Mais c'est là un procédé psychirjue, qui n'existe prubablement cht'Z beaucoup d'animaux que sous une formu rudimcntaire, ou plutôt qui ne fait que

renforcer les procédés de défense plus simples, dus à l'action nerveuse inconsciente.

Tout se passe comme si nos opérations physiologiques suivaient deux étapes, deux stades; une première période, inconsciente, où la réflexion se fait seulement dans les centres nerveux médullaires, sans remonter au delà; et une seconde période, pendant laquelle la sensation pénètre jusqu'au centre de la conscience. En même temps que le réflexe médullaire simple, primitif, il se produit une notion consciente ; la réflexion dans les centres nerveux, cérébraux, qui élaborent Tintelligence.

La part de la conscience dans la lutte contre la température est probablement assez faible; c'est sans le savoir et sans le vouloir que nous nous mettons en équilibre avec le milieu ambiant, de sorte que nous n'aurons guère à analyser ici que la défense involontaire, toujours ou presque toujours inconsciente, par laquelle l'organisme peut réagir aux variations thermiques du milieu ambiant.

Nous avons d'abord à examiner la lutte contre le froid. C'est à vrai dire le plus souvent contre le froid qu'il faut se défendre, car, sauf de rares exceptions, le milieu ambiant est à une température inférieure à notre température propre ; il faut donc presque toujours nous adapter au froid plus qu'au chaud.

La réaction contre le froid s'expliquera bien si Ton admet que nous sommes des appareils chimiques produisant de la chaleur et perdant de la chaleur. De la un double moyen d'adaptation, selon ([ue celle-ci portera sur la production ou sur la déperdition de chaleur. On pourrait comparer cette régulation à celle d'un commentant qui mettrait ses aff*aires en équilibre, tantôt en augmentant la recette, tantôt en diminuant la dépense.

Nous avons un appareil de dépense, qui est la radiation calorique au dehors; nous avons un appareil de recette, qui est la production de calorique au dedans.

CHARLES HÏCHET,

Voyons d'abord les proccklés de régulation consistant en une variation du rayonnement.

A Félat normîil nous rayonnonsd'une certaine quantité de ctialeur; on peu Lt^'en assurer en plaçant un animal dans un calorimètre. Cette quantité de chaleur que nous rayonnons au dehors esl de la chaleur perdue pour nous ;c*est noire dépense de ealorinue ; donc, plus nous rayonnerons, plus nous dépenserons de chaleur.

Or des expériences nombreuses ont démontré que le rayonnement va en augmentant k mesure que la température sïdëve. Si l'on mesure la quantité de la chaleur dont rayonne un lapin, à des trmpératiu'és allant de 0"* à lo", on voit qu'à 0*" il rayonne 1res peu^ tandis qu'à IS** il émet beaucoup de chaleur. Par conséquent il se met en équilibre avec la température du deliors; étant constitué de manière à perdre d'autant plus de chaleur qu'il fait plus chaud, comme s'il comprenait qu'il lui importe de garder toute i^a chaleur quand la température s'abaisse, et qu'il lui est permis de la dépenser avec plus de prodigalité quand la température s'élève.

Cette régulation s opère sans doute en majeure partie par les changenients de la circulation du sang à travers la peau. Plus le sang (dont la température est élevée) circule activement à la périphérie cutanée, plus la radiation thermique doit être forte. Onand il y a congestion et rougeur de la peau, il y a en même temps perle exagérée de calorique. Quand la circulation capillaire dans la peau diminue, la perte de calorique diminue en même temps.

L'observation la plus vulgaire montre qu'il en est ainsi. Quand la température extérieure s*élève, la peau rougit, la face se congestionne, la température extérieure des membres augmente; l'organisme peut perdre beaucoup de calorique, parce qu'il fait très chaud au dehors. Inversement, avec plus de netteté encore, si la température extérieure s'abaisse, la peau |iàlit, se décolore; les extrémités deviennent froides» anémiées; la circulation du sang dans la peau est réduite à

un miaimuni. précisément pour (|ii*il n'y ail pas tie déperdition de la précieuse elialeur qu'il faut maintenir dans les organes internes.

Soit, je suppose, la quantilé de clialeui" ra} ounée à 0'* égale à i 000 : celle fjui sera rayoïuiée à *V' serai cliez le lapin) égale à i GOO, à 10° égale à 2000, et à li-^ égale à 2600,

Il est important d'appeler votre attention sur ce phénomène, car il établit une dilTérence bien tranchée entre un être vivant et un objet inerte', l'n objet inerte l'ayonne d*autaut plus que kl tr^mpérature ambiante est plus basse. NE\vn)-N a bien établi cette loi, que : à surface égale, le rayonnement est exart<pment proporttuniiel à la dilïérence de tempéraliiie entre le corps qui rayonne et le milieu. Donc, pour se soustraire à la b^i de iNewton et se comporter juste eu sens inverse, il faut que Tétre vivant fournisse une régulation active, régulation {pii, dans le cas dont il s'agit, consiste en une circulation eu t^née mod i liée ,

Cette moditication de la circulation cutanée se fait bien évidemment par la voie réilexe. Une expérience célèbre de IÏiîown-Séquahd et Tholoza.n le démontre.

Si, diseut-ils, on plonge la main droite, par exemph-', dans de l'eau froide, on verra a la main gauche les vaisseaux delà peau se rétrécir, ce qui prouve bien que rexcitatiou cutauée détermine une constriction rétlexe dans les vaisseaux de la peau ile la région homologue, non soumise au fuid.

♦Fai eu aussi Foccasion d'observer sur moi-même un phénomène analogue* Si la main droite, par exemple, est exposée au froid, au bout do quelque temps survient l'anémie complète de certaines régions, dans la peau de T index, du médius et de Tannulaire; c'est ranémie poussée à son tiegré le plus intense, jusqu'à une anesUiésie complète (ce qu*on appelle quelquefois le doigt mort). Eh bien, par voie réflexe, une anémie homologue se manifeste presque en mémo temps dans la peau de la main du cûté opposé, quoiqu*elle n'ait pas été soumise à l'action du vent et du froid-

CHAÎU.ES RTCBET,

Aîûsî nous pouvons considérer la sensiliililé Iheraiîque de

la peau, non soulemenl comme un procédé de connaissance qui nous permet d'arriver à savoir l'étal thermique du milieu ambiant, mais encore, et surlout, comme un moyen d«? diriger par voie réflexe notre circulation capillaire cutanée, et par conséquent notre radiation calorique.

L'ensemble de toutes les excitations thermiques de la peau se centralise* dans h^ bulbe, <}ui commande lu conslriction ou la dilatation des vaisseaux cutanés ; et ainsi^ par voie réflexe, se fait radaptatioudc l'organisme avec le milieu ambiant.

De là cette conséquence que, si la moelle est sectionnée, la centralisation par le bulbe ne peut plus avoir lieu : alors survient un trouble profond dans la déperdition de calorique et la lenipérature centrale va se modifier profondément. Quoique d'autres causes aussi interviennent, une des principales raisons qui fait que, chez le chien dont la moelle est coupée, la température s'abaisse, c'est que la ré^^ulatiou delà chaleur ne peut plus se faire. Alors la circulation de la peau ne se conforme plus à la température du dehors; les vaisseaux sont dilatés, et, malgré le froid extérieur, il y aune congestion périphérique intense, et, par conséquent, une radiation exagérée qui explique le rapide abaissement de température de l'organisme.

Mais, à vrai dire, cette variation dans la dépense de calorique n'est pas le principal procédé de régulation; c'est surtout en augmentant la production de chaleur que nous pouvons résister au froid.

Il est diflicile de séparer, dans une expérience de calorimétrie^ la part qui revient, soit au rayonnement, soit à la production de calorique. En somme, quand nous mesurons la quantité de chaleur produite par un lapin, nous enregistrons seulement son rayonnement. Mais, si la mesure est prise pendant un long espace de temps, on comprend que ce rayonnement représente finalement toute la quantité de chaleur qu'il

a produite, au cas bien entendu où sa température reste la même pendant le cours de l'expérience. Mieux vaut, en somme, pour bien apprécier la production de calorique, mesurer les actions chimiques interstitielles, c'est-à-dire la consommation d'oxygène. Nous savons que toute consommation d'oxygène est nécessairement accompagnée de chaleur, et par conséquent nous pouvons admettre comme parallèles ces deux fonctions, production de chaleur et combustion d'oxygène.

Voyons alors Tinlluence du milieu thermique extérieur sur la consommation d'oxygène.

Le résultat est très net. A mesure que la température extérieure s'abaisse, la consommation d'oxygène augmente; c'est là une régulation d'une précision admirable, qui permet à l'animal, malgré l'abaissement du milieu qui l'entoure, de résister pendant longtemps au froid extérieur.

Un exemple extraordinaire de cette résistance au refroidissement nous a été donné récemment par M. Pictet*. Il a placé un chien dans une enceinte à — 92®. Quoique ce chien fût attaché, par conséquent dans de très mauvaises conditions pour la résistance au froid, il a pu garder sa température normale pendant une heure et demie ; par conséquent il a dû produire une quantité énorme de chaleur pour résister à cette source intense de refroidissement.

M. PicTET remarque même qu'au début il y a ou une élévation d'un demi-degré dans la température rectale du chien ; mais il n'y a pas lieu de s'en étonner, car, dans ces phénomènes de régulation, il se peut fort bien que l'appareil régulateur dépasse le but, pour mieux l'atteindre.

Souvent j'ai essayé de refroidir des chiens en les plaçant dans de l'eau glacée. Or, si le chien n'est pas attaché, il est presque impossible de diminuer sa température ; même au bout de deux heures, sa température n'a pas changé.

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