Travaux du Laùoraioirej t. 1, p
cause intime. Certes, les muscles, comme nous le verrons tout à rheurc, prennent la plus grande part à la production de chaleur. Mais d autres tissus, le foie et les glandes, ont sans doute aussi un rôle ; car, m^me lorsque Tanimal est à peu près immobile, on voit croître encore, quand on le refroidit, Tactivité de ses combustions chimiques. Mais je ne puis entrer ici dans Tétude et la discussion de cette fonction thermogène, pour juger quelle est la part du foie et quelle est la part des muscles. Aussi bien, ce qui nous intéresse ici, c'est de savoir le rôle du système nerveux dans la production de ces phéno« mènes de défense.
II est clair que ce sont des phénomènes réflexes, involontaires, et plus ou moins inconscients. Pour prouver qu'il en est ainsi, il suflit de paralyser par un procédé quelconque le système nerveux central. Alors Tadaptation au milieu ambiant ne se fait plus.
Or, pour paralyser le système nerveux, nul procédé n'est préférable à Tanesthésie par le chloral, qui anéantit les réflexe^.
Chez les animaux chloralisés, privés par conséquent de l'appareil nerveux régulateur, les variations du milieu ne déterminent plus aucune variation dans la consommation de Toxygène. Aussi les chiens chloralisés meurent-ils de froid si Ton ne prend pas la précaution de les maintenir dans une chambre bien chaufl*ée. L'éther, le chloroforme, Talcool, agissent de même. Les ivrognes meurent de froid très facilement, quand Tivresse est comateuse, car la paralysie du système nerveux Tempèche de réagir, et de défendre, par des réactions thermogènes, l'organisme exposé au froid.
Jusqu'ici je n'ai envisagé que la variation du milieu extérieur, à laquelle s'adapte l'organisme, mais il y a un autre élément dont il faut tenir compte, c'est la surface. Je vais vous prouver que par le système nerveux la production de chaleur s'adapte à la surface rayonnante, aussi bien quant
CÎIAKLES RICIIET.
à retendue de cette surface que quanl à ses propriétés ra-
diantes.
H di
Considérons, en effet, deux sphères homogènes oL clo nature idenUquo, mais ayant un volume ditrérent. Leur poids, autrement dil leur volume, sera fonction du cube de leur rayon^ tandis que leur surface sera fonction seulement du carré de leur rayon. Si, je suppose, leurs volumes sont respectivement !2 et 20, leurs surfaces seront respectivement 1 ,o9 et 7,37; par conséquent, pour l'unité de poids, il y aura une surface de 0,8 pour la petite sphère, et de 0,27 pour la grande sphère. Le rayonnement sera donc tout à fait différent; et, alors que la petite sphère devra, pour se maintenir en éqni* libre avec le milieu, jiroduiro par l'unité de poids 0,8 de chaleur, la grande sphère devra produire seulement 0,27.
Cette dillérence dans Fintensitédu rayonnement (rapporté à Funité de volume) enlrc les grandes et les petites sphères se retrouve aussi entre les grands et les petits animaux qu*on peut, jusqu*à un certain point, malgré l'inégal i(é de leurs formes, comparer sous ce point de vue à des sphères. ,
Il s'ensuit que, pour maintenir sa température propre, un gros animal a, par rapport à un kilogramme de sou tissu, moins de chaleur à dépeusnr qu'un petit animal, et cela dans une proportion considérable. Si Ton compare le rayonnement d'un cheval au rayonnement d'une souris qui ne pèse que quidques grammes, on voit qu'un kilogramme de cheval doit produire quarante fois moins de chaleur qu'un kilogramme de souris.
Ur, dans la nature, Téquilibre se l'ait admirablement entre retendue de la surface et la production de chaleur, si bien que, quand on mesure chez les aoimaux les plus divers la production de chaleur par l'unité de surface, on arrive avec une approximation assez satisfaisante à trouver un chillrc nuiforme pour tous les animaux à sang chaud; à peu près à 4^^78 diacide carbonique pour 1 000 centimètres carrés de surface.
Il est clair que cette régulation ne peut s'opérer que par
rintermédiaire du système nerveux; car en somme les divers tissus, muscles, glandes, muqueuses, sont à peu près les mêmes chez les gros et les petits êtres. Mais le système nerveux réagit d'une manière différente chez les uns et chez les autres.
Chez les petits, comme il faut beaucoup de chaleur, il leur donne des combustions actives. Chez les gros, comme la déperdition est moindre, il diminue l'activité des combustions.
Ce qui le prouve, c'est la série des expériences suivantes.
Si l'on prend deux chiens d'inégale taille, et qu'on mesure leurs combustions, on trouvera que ces combustions sont précisément en raison inverse de la taille. Les chiens se prêtent admirablement bien à cette expérience; car dans cette môme espèce animale il y a des différences de poids énormes. Certains chiens pèsent 50 kilos, et d'autres petits chiens adultes ne pèsent guère plus de 1 kilo. Mais on n'a pas besoin d'aller à ces chiffres extrêmes; et, si l'on compare seulement des chiens de 25 kilos à des chiens de 5 kilos, on trouvera que pour l'unité de poids (un kilogramme) et en une heure, les chiens de 25 kilos produisent 0'^'",92 d'acide carbonique, et les chiens de 5 kilos, 1*%55. Bien entendu tous les intermédiaires s'observent entre ces deux chiffres, et il y a des divergences individuelles appréciables; mais, en réunissant de nombreuses expériences dont on fait la moyenne, on aura une courbe tout à fait régulière.
Or cette différence entre la combustion des grands et des petits chiens est due au système nerveux. En effet, que l'on chloralise ces animaux, et alors on verra s'effacer les variations* dues à la taille; les gros comme les petits chiens dégageront pour Tunité de poids la même quantité de chaleur. Voilà la preuve évidente que c'est le système nerveux qui règle l'intensité des combustions, puisque, quand il est paralysé, les combustions sont proportionnelles à la masse même des tissus, et non plus à la surface rayonnante de l'organisme.
CHARLES KÎCHET.
Une autre manière de faire cette expérience, sans aucun appareil calorimétrique, c'est de chloraliser en même temps deux chiens» un grosel un petit. Tous deux, exposés au même froid, se refroidissent ; mais le petit eliien se refroidit beaucoup plus vile que le gros. En effet, étant chloralisés, ils dégagent Tun et l'autre la même (]iiantité de chaleur; mais, la radiation n'étant p.'is la même, le petit chien se refroîilit plus vite que le gros. Donc, à Tétat de vie, le système nerveux rendait plus actives les combuslions du petit chion.
Tous ces faits nous coudiiiscnt à la même conclusion générale, à savoir t[U(* la vie de rélre ne peut s'exercer à une température constante (]ue si le système nerveux propôrtionuo les combuslions cbimiques, sources de la chaleur animale, à la radiîilion exlérieure, qui est eUe-mème fonf'lion de deux variables, d'une part ki température ambiante, d'autre part retendue de la surface de radiation.
Tous les tissus de rorgaiiisme participent aux combustions, mats le principal rAle est certainement dévolu aux muscles. Pour deux raisons : d'abord parce que les muscles représentent, par leur poids seul, environ 50 p. 100 du poids total du corps; ensuite parce que la combustion des muscles est plus active que celle des autres tissus; de sorte que Ton peut évaluer la part du sysléme musculaire dans les combustions k environ 7S p. 1 00 de hi combustion totale. Sur 1 00 calories produites par un animal, les muscles en produisent au moins 7^j, Par conséquent, dans la lutte contre le froid, ce sont surtout les muscics qui agissent; car leur contraction est la principale source delà chaleur. Un individu endormi, el par conséquent immobile, mourrait de froid s'il n'était pas plus cbandemenl velu que quand il marche ou travaille; le meilleur moyen de se récbaulTer, quand on n'a pas d'autres sources de chaleur à sa disposition, c'est de faii"e un vigoureux exercice musculaire. Nous sommes à ce point de vue guidés par notre inslinct, et il n'est besoin d'être un jdiysiologiste pour savoir qu'un jicut avec la marche et avec Texercice
mainteûir constante sa température par des froids même rigoureux.
Mais, outre rinstinct, il y a aussi Taction réflexe, qui prrnd alors une forme spéciale : je veux parler du frisson, mécanisme réflexe dont la fonelion esl évidemment le récliaufï'emont du corps par la contraction des divers muscles*.
En efl'ct, si un individu est exposé au froid, il esl pris d'un tremblement général et involontaire de tous les muscles; ce sont des contraclions rytlimées, générales, se succédant à des intervalles réguliers; le point de départ est évidemment la sensation de froid produite par Texcitation de la peau. C'est une action réflexe, car elle nécessite Fintervention du sysl*;me nerveux; et, sur un animal cliloralisé, rexcitation de la peau par le froid ne produit plus le frisson.
Il est curieux de noter que, chez les petits chiens à poils ras, dont les combustions doivenl par conséquent ôlre lies actives, aussi bien à cause de leur petite taille <|u'ii cuuso de la nudité du tégument pro lecteur, le frisson est presque perpétuel : ils sont constamment à trembler; cl ils tremblent pour se réchaulîer ; car ce tremblement n'est autre qu^unecontractinn généralisée, cloniquc, de tout Tappareil musculaire.
Mais il peut se faire que cet appareil réflexe soit iusuf lisant, el la iN silure a voulu y suppléer par un autre appan'ii* Nous verrons dans le cours de ces leçons que pareille double défense, réflexe et centrale, existe pour tous les systèmes de protection. 11 est ilonc important de Tétudier dans le frisson*
Aussi bien le cas peut ^e [trésenter où, pour un motif quelconque, Texcilation cutanée et par conséquent Tappareil j^éflexe feront défaut. Alors l'organisme se trouverait désarmé si une nouvelle défense ne venait se substituera la première. Cette nouvelle défense, ce n'est plus la défense ri'/lexe,ce^i la défense centrale.
K Cea faits ont été développais par moi «lîins un mémoiie f^ui iï jhjut titre: Frisftûn vomme appareil iie iéf/ittntion thermique. {Arvhivef de phynùlogie, avril 1893, p. 312. Voy. plus haut. Trai\ du Lab., t. NI, p. i.)
CHARLES Hh.HfclT.
Au lieu (rètrc mis eu jeu ]mr uue excilalion venue du dehors, rébranlcment du système nerveux qui provoque le
frisson est déterminé par le changemeut même de son état. Supposons que le sang qui irrigue les centres nerveux soit refroidi, ce refroidissenient du sang, et par conséquent des centres nerveux, va l'tre une cause délerminante du frisson*
Ainsi deux cas se présentent. Tantôt c'est la peau, qui, excitée par le froid, va déterminer par rexcîtation rêllexe des centres nerveux lo frisson thermogene; tanttH c'est le froid iui-mtjme qui, changeant les qualités thermiques du sang irrif;aleui\ va stimuler directement par son cimtaei les centres nerveux. Il y a donc ttn frisson réflt\rt^ et nu fri^non venlnil.
Bien enteuJo, pour le frisson réUexe , il suffit d'une excitation périphérique; contact passager de la peau avec Feau froide; ou un courant d'air froid, toutes causes insufiisantes pour ahaisser la lempérature, alors que, pour provoquer le frisson central, il faut en outre que le sang soit fortement refroidi, C/esi à la longue seulement que le frisson central apparaît, et, pour qu^on Tobserve chez le cliien, la tempi^rature de l'animal doit être descendue h *M\" en\iron. Il a cela Je caractéristique que, pour Faholir, les doses de chloral doivent être beaucoup plus fortes que pour abolir le frisson rélIexe. Un chien iégèremont chloralisé ne peut plus donner de frisson rélIexe^ tandis qu'il donne encore, s'il est refroidi à »i5", un frisson central tout ti lait net.
Vous comprenez maintenant par (|ucl ensemble de moyens nous luttons activement contre le froid. Cette lutte, remarquez-le, est absolument efficace» A Télat de sauté, notre tempéralure est toujours normale, malgré les énormes variations du milieu ambiant. En hiver, les petits oiseaux peuvent avoir une température supérieure de plus de 53'' à celle do Tair extérieur: ils doivent alors, par conséquent, produire une quantité de chaleur colossale : peut-éti'e, pour l'unité d<* poids, deux cents fois plus forte que celle des grands animaux en
été. C'est le système nerveux qui fait ces différences, et il ne peut les faire que s*il est actionné par les nerfs sensitîfs délicats qui l'avertissent des changements thermiques survenus dans le milieu ambiant.
Il est clair, en effet, que cette régulation parfaite, irréprochable, nécessite un appareil nerveux intact. Dans la fièvre, dans les intoxications, la régulation est profondément troublée. Comme le mécanisme mOme de la fièvre ne nous intéresse pas ici, nous admettrons, ce qui est à peu près vrai, qu'elle est essentiellement constituée par une perversion de nos appareils de régulation thermique.
La résistance ii la chaleur n*cst pas moins assurée que la résistance au froid, mais le mécanisme en est tout différent.
D'abord, ainsi qu*il a été dit plus haut, si la température augmente, la circulation capillaire cutanée est accélérée, et par conséquent la radiation se trouve amplifiée; mais augmenter sa radiation calorique, ce n'est pas produire du froid, et ce procédé ne peut suffire que dans le cas où la température ambiante est notablement inférieure à la température propre du corps. — Si le corps produit une certaine quantité de chaleur, il faut évidemment un certain rayonnement pour que cette chaleur ne s'accumule pas de manière à produire des effets dangereux. Par exemple, que la température ambiante soit seulement à 30'* ou 32", c'est assez pour que notre température organique, si aucune cause de refroidissement ne survenait, s'élève au-dessus de la normale, par le seul fait de Taccumulation de nos combustions internes, sans refroidissement suffisant h la périphérie.
Pour produire du froid, les organismes ne disposent que d'un seul procédé dont la génqralité est absolue : c'est l'évaporation de l'eau.
On sait que le passage de l'état liquide à l'état gazeux absorbe une grande quantité de chaleur : 575 calories pour
CIIAllLKS RICHET.
1 kil. d*eaiu Par coûséquent, en évaporant par on jifocédé quelconque 1 kil. d'eau, un animal se refroidira Je 373 calories. C'est là un cliiflVe considérable, car l'honirae adulte
produit 100 calories par heure, de sorte que IV^vaporation seule de 1 kil. d'eau sufJIra à compenser exactement toule la quantité de chaleur qu'il produit, pendant six heures, même en supposant nulles loirtes autres pertes de chaleur (par le travtiil mécanique vl la nidiation '.
Chez l'homme et chez beaucoup d'animaux, la production de froid est due à Tévaporation do la sueur. Il est mt^nie difficile de supposer que la sueur ail une autre fonction; car c'est un liquide très aqueux, ne contenant presque pas de matières solides, et par conséquent ayunt des fondions d'excrétion presque nulles. Aulrement dit, la sueur a un rôle jj/t*/\ifjitt' (évaporalion et refroidissement); et son rôle chimiqftv est probablement négligeable.
Mais son rùle physique est très important. II s'agit de prémunir le corps routre un excès de température, (chaque fois qu'un gramme de sm^ur, perlant à ta surface de la peau, s'évapore sous forme de vapeur d'eau, et se dissémine dans Talmosphére, il se produit dans la peau, et par consé<|uent dans le sang, un refroidissemi-iit équivalent à 575 micro-calories, ce qui suffit a assurer une régulation irréprochable.
L'évaporalion euianée est soumis»* à l'inlUience réflexe, Kn effet, on a démontré que les glandi-s sudori pares sont soumises à rinduence des nerfs : de même qu'eu «'xcilant la corde du tympan, on fait coult r la salive, de même on fait couler la sueur en excitant les nerfs sudoraux*
Ainsi la sécrétion de la sueur est un phénomi'ue réflexe. Lorsque la peau est échauiïée» tes nerfs cutanés vont trans* mettre aux centres une excitation qui provoque la sueur, C*est là un phéuomëne dimportancc fondamentale, dont on peut facilement donner la tlémoustration. Il suffit d'eutrer dans une étuve dont la température est de 1)5* environ. Alors
presque aussitôt on voit perler sur la peau des gouttelettes de sueur qui s'évaporent et produisent du froid*.
C'est grâce à ce refroidissement cutané qu'on peut se maintenir pendant longtemps à des températures ambiantes bien sup(?rieures à la température normale. Au Sénégal, à Aden, à Massaouah, la température à Tombre atteint parfois 45"* ou 50**. Dans la chambre de chaulTe des grands navires, surtout dans certaines régions, par exemple dans la mer Rouge, la température moi: te à 6')". Il est vrai que les Européens peuvent difficilement y séjourner, mais il y a des nègres et des Arabes qui peuvent y passer près d'une heure. Pendant quelques minutes, comme Tout montré des physiologistes anglais k la fin du siècle dernier, on peut rester dans une étuve à 100", à la condition que Tétuve soit sèche. Il se fait, dès qu'on y pénètre, une sudation abondante, et Tévaporation de cette sueur amène un froid suffisant pour que la température du corps ne s'élève pas.
Les climats chauds sont donc dangereux en raison non pas tant de la température que de Tétat hygrométrique de l'air. Quand l'air est sec, on peut supporter des températures très élevées, précisément h cause de l'évaporation d'eau qui survient alors. Les climats chauds et humides sont bien plus redoutables que les climats chauds et secs. Il est fort douteux, quoi qu'en ait dit M. Bonnal, qu'on puisse séjourner un quart d'heure dans un bain à 46% car dans un bain, le refroidissement par l'évaporation cutanée est nulle.
En étudiant de plus près le phénomène de la transpiration cutanée, nous retrouverons le même double procédé de défense que pour le frisson; et nous aurons à considérer une sudation réflexe et une sudation centrale.
La sudation d'origine réllexe nous est fournie par l'exem-
1. Aussi, dans les pays chauds, la température noruiale de riionime ne diffère pas <le ce qu'elle ost dans les pays iVoids. D'.iprès M. Eiorman {Archives de ViRcnow,tome XXXI, p. 150), la température des Européens et des Malais à Batavia est d'environ 37", quoique la température moyenne de i'air soit de 25».
CHARLES RICHET
pie de ce qui sn passe quand nous entrons dans une étuve. Avant que la t(mipéraliire du corps se soi! modiBée, rexcîlation des nerfs de la peau a produit la sueur rcUexe. Le système nerveux, averli par la sensibilité cutanée» a donné aux glandes sudorales l'ordre de sécréter de l'eau et par consi'quent du froitl, car celte ean s't^vapore aussitôt.
Mais cette produclion de sueur survient aussi par le seul fuit de réchaulTement du corps, même f|uand il n*y a pas de modification du milieu thermique ambiant. Un individu qui accomplit un travail musculaire exagéré transpirera abondamment pour se refroidir. Il est clair que celte sudation n'est pas d'origine réllexe, puisque la température exlérieare ne s*est pas modifiée; donc il transpire parce que les centres . nerveux échaulîés ont été, par cet échaulTement même, stîmu- ^| lés de telle sorte qu'ils vont provoquer la sécrétion de la " sueur.
Ainsi le frisson et la sueur sont deux phénomènes qui fournissent l'exemple d'un double mécanisme, réflexe et central, qui représente les deux procédés de défense dont peut disposer Torganisme,
Nous retrouverons encore ce double système très bien caractérisé en étudiant l'autre moyen de refroidissement propre aux animaux dépourvus de sécrétion cutanée.
EnefTet, chez beaucoup de mammifères et chez les oiseaux, la peau ne peut pas produire de sueur en quantité appréciable. L'homme et le cheval sont pent-èlre les animaux qui transpirent le pins. Alors la Nature a pourvu k cette absence d'évaporation té^umentaire, en disposant un aotiT appareil d'évaporation. Le refroidissement i'sL toujours produit par le même pliénomène physique, c*est-à-dire la vaporisation d'une certaine quantité d'eau; mais des appareils très différents sont chargés de cette fonction.
J*ai pu, par quelques expériences très simples, établir les conditions de cette régulation, qui n avaient pas été indiquées
avant le mémoire que j'ai publié à ce sujet '. Cependant le fait lui-même, le phénomène essentiel était bien connu, car il relève de lobservation la plus vulgaire. Les chiens, quand ils ont chaud, soit pour être restés exposés au soleil, soit pour avoir couru, sont essoufflés, haletants, tirant la langue, respirant avec une très grande fréquence. Mais on ne s'était pas demandé quel était le mécanisme et le but de cette respiration accélérée. Je vais, en quelques mots, indiquer la nature de cette fonction importante.
Pour simplifier, nous appellerons polypnée cette respiration accélérée.
Elle peut être centrale ou réflexe. Elle est réflexe quand la température extérieure s'élève, et par conséquent modifie rexcitation périphérique de la peau par un changement dans les qualités de Tair ambiant. Un chien placé au soleil, en été, au bout de quelques minutes accélère son rythme respiratoire, et cette accélération dure pendant tout le temps qu'il est exposé au soleil. C'est bien une excitation réflexe, car, d'une part, sa température propre ne se modifie pas; et, d'autre part, si l'on paralyse son système nerveux central, la polypnée ne se produit pas. On fait Texpérience d'une manière bien démonstrative, en plaçant au soleil deux chiens, dont l'un est chloralisé. Le chien chloralisé respirera avec le même rythme que précédemment; et sa température s'élèvera énormément. Au contraire, le chien normal se mettra à respirer avec une grande fréquence; et alors, comme il se refroidira par l'évaporation pulmonaire, il pourra garder sa mémo température normale.
Comparez cette expérience à celle que je vous citais tout à l'heure, de deux chiens exposés au froid; l'un, chloralisé, qui bientôt meurt de froid, l'autre normal, qui résiste.
Et môme, pour pousser la comparaison plus loin, rappelez-vous le chien que M. Pictet a placé à une température
l. Voir Trav. du Laboratoire, l. I, i8U3, p. 431.
CHARLF.S lUCHKT.
de — 92% et qui, au bout d'une demi -heure, avait une légère ascension thormouiélriqut^; de mi'^me le chien normal exposé au soleil règle un peu plus qu'il ne faut et se refroidît qut*lque peu.
En somme Fanesthésie par le chloral nous fournit une bonne dc^monstration du nMe du système nerveux, régulateur delà chaleur, prolecteur de Forf^sinisme contre les causes de réchaulTement et de refroidissement. Quand le système nerveux est paralyse, aucune régulation n'est possible.
Mais il y a aussi une polypnée de cause centrale, comme nous avons vu exister un frisson de cause centrale et une sudation de cause ce ni raie. Si, en efTet, an lieu de changer le milieu extérieur, nous échautîons le san^^ par un procédé quelconque, par exemple en provoquant des contractions musculaires par rélectrisation de tout le corps, nous verrons, quand la tempéniture esl arrivée à un certain degré (très exactement pour le chien 4r,7), la polypnée se déclarer. Nous ne pouvons ici faire intervenir les nerfs périphériques^ puisque le milieu ambiant esl resté le même, C*esl évidemment parle saog échauffé une excilatiou des centres nerveux qui commandent la polypnée,
La encore il semble que la nature ait mis une seconde barrière pour suppléer à la première, au cas où celle-ci serait insuflisante. Le plus souvent, dans les conditions générales de la vie, la polypnée réflexe suffit: mais si, malgré cette cause de refroidissement, Turganisme s^échaulle, de manière k atteindre un niveau dangereux, alors les centres nerveux entrent en action, et ordonnent cette polypnée avec plus de force encore. Pour agir sur les centres polypnérques, il y a deux procédés; d*unc part, rexcitation des nerfs sensibles, et, d'autre part, les modifications de la température même du sang.
La polypnée produit le refroidissement parce que chaque expiration contient une certaine quantité d eau h Tétat de vapeur. Cette eau, en se vaporisant, a produit du froid, et
le sang est revenu par les veines pulmonaires dans le cœur gauche notablement refroidi. Chaque expiration entraîne donc un refroidissement proportionnel à la quantité d'eau qui y est contenue. Or cette quantité d'eau, grâce à la disposition du poumon qui offre une si large surface à Tévaporation, est sensiblement égale à celle qui sature Tair à 35**. Par conséquent, ici encore, la quantité d'eau est proportionnelle à la quantité d'air expiré ; et, si Ton admet que chacune de ces expirations est égale, nous arrivons à cette conclusion absolument rigoureuse, c'est que le refroidissement du corps est proportionnel au rythme de la respiration. Je pourrais citer beaucoup d'expériences; je n'en citerai que deux.
Si Ton place sur une balance très sensible un chien réchauffé et en état de polypnée, on voit qu'il diminue de poids très vile, et ce poids perdu ne peut être que la quantité d'eau exhalée par le poumon. On peut donc apprécier /?«?• la balance la quantité de chaleur qu'il perd en exhalant de l'eau.
L'autre expérience consiste à museler un chien fortement et à l'exposer au soleil. Or les chiens muselés ne peuvent pas avoir de polypnée, car pour ce phénomène les voies aériennes doivent être absolument libres. Eh bien, ce chien muselé va en une demi-heure (si la température extérieure est élevée) mourir d'hyperthermie ; car il ne pourra pas se refroidir par l'évaporation de l'eau.
Quoique je n'aie bien étudié le phénomène de la polypnée que sur le chien, j'ai pu constater qu'il était très général. Je l'ai vu chez les lapins et les cobayes, chez les pigeons et les canards. En somme, c'est le seul appareil de protection contre le chaud que puissent avoir des animaux privés d'appareil sudoral.
Le poumon nous apparaît donc comme ayant une double fonction; une fonction chimique, la plus importante assurément, qui est de prendre l'oxygène de l'air et d'éliminer l'acide carbonique du sang, et une fonction physique qui consiste à éliminer de l'eau pour refroidir le sang. Or ces deux
4M CHARLES RICHET
fonctions physiques el chimiques sont subordonnées à leur importance relative.
Si la fonrtion chimique n'est pas salisfaîle, anlrement dit si rorj^aoisme a besoin d/oxygène, la fonclion physique ne peut pas s'exercer* Dans l'air confint^, il n'y a pas de polypnée possible; et la poIy[HKk» ne peut s'établir que si le sang est saturé (Foxyg^ne. Autrement dit. Tan i mal ne respire pour se refroidir, que s1l n'a pas besoin de resjiirer pour ses besoins chimiiiues, mais, sauf le cas anormal de la respiration dans un air vicié, Tbarmonie est parfaite entre les deux fonctions; car, dès que la respiration devient frétiuente, le saii^ trî^s vite se charge (l^lxyg^ne, et, les besoins chimiques de Forgaoîsme étant saiisfaits, la polypnée peut s'établir pleinement, sans entraves.
Nous pouvons mainlenant nous faire une idée d'ensemble de cette défense de rorganisme contre le froid et la chaleur, défense qui n*existe que pour les animaux à sang chaud, et qui consiste à maintenir invariable la température intérieure.
C'est d'abord j>ar les défenses passives, c'est-à-dire par une peau qui conduit mal la chaleur, surtout quand elle est recouverte de poils épais, ou soutenue par une couche épaisse de graisse*
C'est ensuite, et surtout, par des réactions réflexes ou centrales; rr/lexrs, quand les nerfs de la périphérie sont excités parles variations thermiques de l'atmosphère» milieu extérieur; rfHfmif^s, quand ce sont les centres nerveux euxmêmes qui sont stimulés par les variations thermiques du san^\ milieu intérieur.
Et il était nécessaire qu'il en fut ainsi, et i|u'un appareil central 'fût surajouté à l'appareil réilexe, car les causes d'échaulToment ou de refroidissement ne dépendent pas seulement des variations extérieures; elles dépendent aussi des phénomènes chimiques qui se passent dans nos tissus.
Pour réagir contre le froid, il y a d'abord la circulation
capillaire de la peau, d*autant plus intense que la chaleur est plus élevée; par conséquent le rayonnement est proportionnel à ruclivîté de la circulation capillaire. Un animal peut donc à volonté diminuer ou augmenter son rayonnement.
Comme le rayonnement est aussi fonction de la surface, les animaux h surface grande (relativement à leur poids) ont besoin de faire beaucoup de chaleur, et ils en font beaucoup, en elfet, grâce à l'activité du système nerveux qui commande les échanges.
Contre le froid, Tanimal réagit par le frisson; c'est-à-dire par un travail musculaire involontaire, et ce frisson peut être réilexe ou central- Contre le »^liauil, il réagit par Tévaporation d'eau, qui, selon la constitution anatomique, se fait a la surface de la peau ou à h surface du poumon; sueur centrale ou réilexe, polypnée centrale ou réflexe. Ainsi ^^e trouve admirablement protégé l'être vivant homéothernir% et la régulation en est si parfaite que nos meilleurs appareils de physique n'arrivent que difficilement à l'égaler.
Les traitmatismes.
Tout être vivant est exposé au traumatisme. Il importait donc qu'il fût énergiquement préservé contre cette cause de destruction ot de mort. Et, en effet, il est pourvu d'admirables
moyens de défense contre le traumatisme.
Nous les diviserons en défenses préventives, défenses immédiates et défenses consécutives.
Les défenses préventives ne peuvent évidemment être que de nature psychique; car, pour prévoir, il faut l'intelligence.
TÛME lit. 32
:iil CHARLES HICHET.
On conçoit un phénomène réflexe de défense se produisant aussitôL que l'excitalion a eu lieu; mais, pour devancer et prévenir cette excitalion, rinlelligence esl nécessaire.
Bien entendu, nous ne traiterons pas ici de la défense due à un phénomène îtitelleetuet volontaire, mais seulement de la défense instinctive, spontanée, héréditaire, commune à tous les individus d'une mémo espèce^ et que ni la mémoire ni Uéducalion n'onlproduite, Quoique involontaire et général, ce n'en est pas moins un phénomène psychique qui ïsuppose rintelligence.
Or, en examinant les sentiments inslinclifs que provoquent en nous les choses et les êtres, nous pouvons en faire deux grandes classes : les sentiments d'attraclion et les senliments de répulsion.
Les sentiments de répulsion, les seuls qne nous ayons à envisager ici, puisqu'il s'agit de la défense contre les ennemis, peuvent en somme se ramener à un seul type, c'est-à-dire au sentiment de la frayeur, — La pf'ur, ou la frayeur, nous avertît du danger avant que le danger soit survenu.
La peur s'exerce vis-à-vis des objets inconnus, et par conséquent dangereux puisqu'ils ne sont pas habituels. — Un cheval» nu chien, même un homme, s'etTrayent lorsqu'ils voientapparaitre une formequ'iIsn*avaicnl pas vue jusqu'alors. C'est une excellente et simple manière de se prémunir contre un danger quelconque que d'être elfrayé dés (|uè quelque phénomène imprévu vient faire irruption dans la vie ordinaire. Ce qui est connu n'est pas dangereux, lainlis que ce qui est inconnu esl peut-être hérissé de périls.
En outre, quoique parfaitement connus de nous, il est certains objets bien déterminés qui provoquent la frayeur. Comme il s'agit, dans l'élude qne nous faisons ici, d'instincts généraux naturels, non des phénomènes psychologiques prodigieusement compliqués, qui sont dus a notre mémoire et à notre éducation, nous n'avons à nous occuper que des objets capables de nous inspirer de la frayeur, qui sont dans la
Nature. Eh bien! ce sont presque uniquement des animaux dangereux. Ainsi s'explique la frayeur instinctive que Icis serpents (et les animaux ressemblant aux serpents) provoquent chez presque tous les mammifères et les oiseaux. Si Ton met un serpent dans la cage d'un jeune singe, quoiqu'il n'ait jamais vu de serpent encore, il donnera tous les signes d'une frayeur intense. Tous les herbivores ont la peur des fauves, dont l'odeur et la vue provoquent aussitôt des mouvements instinctifs de frayeur et de fuite.
C'est, si Ton veut, un réflexe, mais c'est un réflexe psychique, car il nécessite une élaboration intellectuelle compliquée.
Une des variétés du sentiment de la peur, c'est le sentiment du dégoût, qui, tout en s'exerçant aussi contre les animaux offensifs, s'exerce plutôt contre lesplanteset les poisons. Mais, à vrai dire, la peur et le dégoût souvent se confondent, et l'horreur qu'inspire à certaines personnes la vue d'un crapaud ou d'une araignée se rapproche autant de la peur que du dégoût. Je ne puis entreprendre ici cette étude intéressante de psychologie générale* .
Je rapprocherai seulement de la peur un autre sentiment instinctif qui nous protège aussi contre les dangers possibles, c'est le vertige; seulement la peur s'adresse généralement aux objets animés, tandis que le vertige s'adresse aux objets inanimés.
Il est facile de voir à quel point cet instinct est protecteur. Le vertige paralyse absolument la marche : on ne peut plus avancer, et par conséquent, comme il s'agit d'une situation périlleuse ou qui parait telle, cette impossibilité de continuer nous protège contre nous-méme. Pour ma part, je ne doute pas que, si la sensation du vertige n'existait pas, on constaterait bien plus souvent des chutes et de graves accidents.
1. Voyez, Mosso : la Pew\ un vol. in- 12, Alcan, 1892, et Tétudeque j'ai donnée sur la Pour, dans la Revue des Deux Mondes, 1890.