‹ Physiologie v.3, 1895Chapitre 26 sur 151 · DOSE · texte numérisé non relu

DOSE

grammes.

0,050 Effets hypnotiques et anesthésiqiies. Survie.

0,150 - — Mort.

Il s'ensuit que, sur le chien, la dose active minimum est voisine de O^^OâO, et la dose mortelle voisine de 0^%18 (par injection intraveineuse), tandis que, par ingestion stomacale, la dose toxique est de 0'^%60 environ.

Pour les physiologistes, il est intéressant de connaître exactement la dose anesthésique, celle à laquelle peuvent se faire, sans mouvements de défense de Tanimal, et, par conséquent, sans qu'il y ait de la douleur, des opérations et des vivisections. Cette dose nous a paru être de 05',12 environ, par injection intraveineuse ; et le modus agendi le meilleur nous a paru le suivant :

On prend 10 grammes de chloralose qu'on dissout à chaud dans de Teau distillée, et on introduit la solution filtrée dans un ballon. Cette solution, en se refroidissant, laisse déposer des cristaux; mais ces cristaux ne se forment qu'à la longue; et, pendant quelques heures, on peut Tinjecter telle qu'elle est dans les veines du chien en expérience. La même solution peut servir le lendemain, si Ton a pris soin de boucher le ballon pour que le titre ne change pas. Des cristaux se sont formés, mais ils se redissolvent sans peine, si Ton porte le ballon au bain-marie, et le titre est évidemment alors resté le même.

Dans ces conditions, pour un chien de 10 kilogrammes, une injection de 120 centimètres cubes de la solution amènera l'anesthésie, et on peut faire cette injection sans précaution; car, quelque vite qu'on la fasse, il ne semble pas qu'on ait à

craindre do syncope cardiaque ou respiratoire. Du moins, nous n'avons jamais rien vu de semblable.

On peut alors faire sur ce chien ainsi anesthésié des opérations diverses. U anesthésié est complète et les réflexes sont cependant conservés.

Enfin, en cherchant la dose active minimum chez le chat (par ingestion stomacale, ou par injection péritonéale), nous constatons une sensibilité extraordinaire du chat aux très faibles doses.

grammes.

0,0125 Effets très marqués.

0,0058 Quelques eflets assez marqués.

0,0045 — difficilement appréciables.

On peut donc dire que le chat est sensible à la dose de 0,005 par kilogramme, dose à laquelle ni les pigeons, ni les chiens ne semblent ressentir le moindre effet.

Y a-t-il accumulation des effets du médicament, ou accoutumance ? Nous ne saurions le dire encore. Nous devons cependant mentionner quelques expi'^riences qui prouvent en tout cas rinnocuilé (chez les animaux) des doses répétées de chloralose.

A. — Une chienne bull, de i 1*^*^2, prend, le iO janvier, B grammes de chloralose. Mùme dose le H janvier. Même dose le 12 janvier. Soit, en trois jours, 15 grammes de chloralose, ce qui fail, par kilogramme, la dose énorme de l^'jSi. Le 13 janvier, elle est tout & fait remise, et nous la donnons à un de nos amis qui la prend comme animal de garde.

B. — Une chienne bull (Kiki), jeune, de 8 kilogrammes, prend, le 23 janvier, 2 grammes de chloralose, et, tous les jours, sans exception, elle reprend la m^me dose jusqu'au

CHLORALOSE.

4 février; soit, ea douze jours, 24 grammes de cliloralose, ce qui fait, par kilt^gramme, 3 grammes de chloralose. Elle ne semble pas malade.

C. — Un coq, de i 980 grammes, prend, le 23 janvier, O'^^IO^ et il re<,^oit la même dose tous les jours (sauf les 29, 30 et 31 janvier) jusqu'au 4 février. Il ne semble pas être malade.

Ainsi, de ces trois expériences, on peut conclure que les elTetsdu cliloraluse ne s'accumulent pas.

L'effet hypnotique est certain; mais il est fort possible qu'à côtt^ de cette action hypnotique le chloralose en possède d'autres; car une substance aussi active, qui modifie à tel point rexcitabilité du bulbe et do cerveau, est peuWtrc uu médicament In-s précieux. Nous nous permettons donc d'en- [gager nos confrères à l'étudier dans la névrasthénic, dans les névralgies, el autres affections douloureuses, dans les maladies cérébrales, et dans Fataxie, peut-ôtre même dans le diabète? Quand on a étudié au début lanlipyrine, c'était pour abaisser la température; or l'expérience a montré que Taction antithermique était peu de chose comparativement à l'action analgésique. En pareille matière, avec une substance tout à fait nouvelle, r»^mploi thérapeutique nous réserve peut-être quelques surprises. Mais on n'auraces surprises que si Ton cherche \

Pour terminer, quelques mots sur femploi pharmacologique du chloralose. Il eut été intéressant de pouvoir l'administrer en solution; mais il est peu soluble, et, même avec addition de sucre et d'alcool, il faut chauffer pour dissoudre

5 grammes par litre* On pourrait donc en donner Op'jSO dans une potion de 100 ce; mais Tamertumc est insupportable, et la liqueur finit par déposer des cristaux, de sorte que le titre change constamment. Si donc on veut le donner sous la forme de potion» il faudra que les pharmaciens cherchent à en mas-

!♦ Ce mémoire était écrit en janvier 189:1. Depuis lors dos faits nombreux ant iiioiitrë la valeur ûu cliloraioso comme médicament hv|>iiâtique.

M. HANRtOT ET CH. Rir.HET.

qiier ramertiime, ce qui, d*après les essais que nous avons fails déjà, ne semble pas devoir être très commode.

Le mieux est évideinnientderemployeren cachets, ce qu'on ne peut faire avec lechloral. Ces cacbetssont vite absorbés^ ear l'expérience a prouvé que les premiers effets se manifestent une demi-heure ou trois quarts J'Iieure apri*s Fingestion.

Chez certains sujets, qui avaient de la peine à prendre îles cachets, on l'a administré en poudre simplement délayée dans du lait. C'est la seule forme qu'il conviendrait d'employer si Ton voulait en faire prendre à des enfants.

La dose active moyeime paraît être chez Tadulte de 0*f%20. Mais cette dosr est quelquefois trop faible, et, dans certains cas, il n'y aura nul inconvénient à pousser jusqu à 0^%4t}. Un de nos confrères a pris en une seule fois Ik'^^SO sans ressentir d*autre elTet quïin sommeil très prolongé. A vrai dire, cette dose est assurément beaucoup trop forte ^ et, le plus suuvenl, au point de vue de faction hypnotique, il faudra se tenir au voisinage de la dose de 0^,40. Même, chez les hystériques, il sera prudent d'employer au début des doses plus faibles, et comme jusqu'ici j à noire connaissance, on n'a pas encore donné du chloralose à des enfants, on devra faire les premières tentatives avec beaucoup de circonspection, et ne pas atteindre, au moins dans le début, la dose de 0^',10.

C*est d'ailleurs le fait des médicaments pst/i/t/ques; ils sont essentiellement ludiiùdupls^ et ont besoin d'être maniés avec prudence. Mais Tactivité même de ce nouveau méilicameot constitue une précieuse ressource thérapeutique; car il agit sur Télément cérébral psychique, en laissant absolument intactes les fonctions cardiaques, vascolaires, stomacales et médullaires. Le tout est de déterminer, selon les indications et les individus, les doses au.xquelles il est efficace et inoffensif ^ .

i. Noua ATODS cherchù à savoir û le chloralose était antiseptique. Motne îi fortP doae (10 ^ramme^^ parlUre), »un action aDliaepliqta^ est nulle, car U n'entrave |Mks la ferinca talion laciiquc du laiu

CHLORALOSE. 91

Quelques mots maintenant à propos de l'effet du chloralose sur Fhomme dans Tétat normal et dans les conditions pathologiques.

Nous avons essayé sur nous-mème, et tout d'abord avec prudence, car Texpérience sur les animaux ne peut jamais fournir d'indications absolues pour la dose toxique, quoique pour les substances qui ne sont pas immédiatement d'origine végétale la dose toxique soit presque toujours la même chez lliomme et l'animal.

Alors nous en avons pris d'abord 0<?%05, puis 0^%10, puis 0<^%20, et, n'ayant pas constaté d'inconvénient, nous avons pris en une seule fois 0'f%40. Cette dose nous a procuré un sommeil excellent, sans trouble au réveil, sans diarrhée, sans dyspepsie, sans la sensation pénible qui suit le plus souvent l'absorption de petites quantités de morphine ou de chloral.

Une fois l'un de nous, au milieu de la nuit, pendant une période d'insomnie assez pénible, en a pris d'emblée 0^'Jd, Au bout de vingt minutes, le sommeil est arrivé, sommeil très profond qui a duré, sans une seule interruption, de trois heures à neuf heures du matin, et le réveil a été facile et subit, sans aucune lourdeur de tête ni état nauséeux. Tout au plus, après l'ingestion de cette dose, qui était évidemment une forte dose, y a-t-il eu un peu de tremblement, mais en somme c'était peu marqué, et la dose était assez forte.

Nous pouvons donc dès à présent considérer le chloralose comme une substance hypnotique qui mérite d'être étudiée avec le plus grand soin. Une expérience prolongée peut seule nous apprendre si elle est supérieure, ou égale, ou inférieure au chloral, à la morphine, et dans quels cas il faudra la prescrire de préférence à ces admirables médicaments.

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