‹ Physiologie v.3, 1895Chapitre 27 sur 151 · EFFETS THÉRAPEUTIQUES ET HYPNOTIQUES · texte numérisé non relu

EFFETS THÉRAPEUTIQUES ET HYPNOTIQUES

DU CHLORALOSE

Par MM. M. Hanriot et Ch. Richet

L'effol physiologique caractéristique du chloralose, c'est le sommeil ; mais ce n'est pas un sommeil analogue à celui que produisent les autres substances hypnotiques. Au premier abord, il semble que ce soit un sommeil très agité. L'animal qui a ingéré du chloralose a les yeux fermés, mais les muscles sont animés de tremblements convulsifs. Chaque fois qu'il fait un effort d'inspiration, tout son corps frissonne, sa tète et ses membres prennent les positions les plus baroques, et l'agitation parait continuellc.il tressaille au moindre bruit, h la moindre vibration du sol ou de la table.

Souvent le sommeil est assez lent à venir, et, dans la période qui suit immédiatement l'ingestion, il y a une sorte d'ivresse, tout à fait analogue à l'ivresse chloralique et à l'ivresse alcoolique.

A ce moment déjà la conscience est abolie, et on ne saurait

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mieux exprimer cçt état qu'en disant que le cerveau est endormi, mais que la moelle veille. Le pouvoir réflexe de la moelle est devenu exagéré, mais le pouvoir volontaire (fonction du cerveau) est paralysé. Au contraire, chez les chiens chloralisés, l'engourdissement de la moelle marche simultanément avec Tengourdissement cérébral.

On voit alors les chiens chloralosés errer dans le laboratoire comme ivres, sans voir et sans entendre, sans rien comprendre à ce qui se passe autour d'eux. Il n'est pas paradoxal de prétendre qu'à cette période d'intoxication ils dorment déjà, si nous appelons sommeil Tabolition de la volonté et de la conscience.

Ainsi de ces premiers essais résultait la nette constatation de ce fait que le chloralose est un poison psychique, portant son action sur les parties de Tencéphale où siègent la conscience et l'idéation, et respectant les autres centres nerveux, spécialement la moelle et le bulbe.

En poussant l'étude plus loin, nous vîmes que la pression artérielle n'était pas modifiée. Bien au contraire, elle est plutôt augmentée. Le cœur bat avec force, et ses contractions, normalement irrégulières chez le chien, deviennent admirablement isochrones; le sang est rouge rutilant, et l'activité réflexe persiste tout enti<^re. Nous pûmes donc affirmer que le chloralose respecte les fonctions du cœur et les propriétés physiologiques du sang; de sorte qu'il est un poison psychique, qui à dose modérée ne porte son action que sur les éléments intellectuels de l'encéphale.

Son pouvoir toxique est faible, au moins sur le chien. Par ingestion stomacale, il no faut guère moins do 0,5 par kilogr. pour tuer un chien. La mort survient dans ce cas par paralysie du.bulbe et arrêt de la respiration. Sur les chats et les oiseaux, de bien plus petites doses peuvent amener la mort, qui survient même avec 0,08 par kilogr. , sans que nous ayons pu nous expliquer la cause de cette dilTérence entre le chien et les autres animaux.

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