‹ Physiologie v.3, 1895Chapitre 4 sur 151 · TEMPÉRATURE INTRENE SUR LES CONVULSIONS · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE INTRENE SUR LES CONVULSIONS

Par MM. P. Langlois et Gh. Richet.

L'action toxique et Taction chimique.

Il est bien démontré, depuis les recherches fondamentales de Claude Bernard sur Tempoisonnement par Toxyde de carbone, que les phénomènes d'intoxication sont des phénomènes chimiques. La combinaison chimique de Toxyde de carbone avec rhémoglobine est la cause immédiate de la mort, et tous les phénoïnènes toxiques qui se déroulent alors sont les conséquences de cette combinaison chimique.

On a pu aussi, en étudiant les doses toxiques dans Tempoisonnement par les chlorures alcalins *, établir que les

\ . Voyez tome II des Trav. du Laboi\y page 398.

P. LANGLOIS ET CH, HICHET

doses toxiques étaient proportionnelles aux poids moléculaires, par conséquent, selon toute vraisemblance, que la mort de ranima! dépend d'une combinaison chimique de la molécule du sel avec le même poids dv tissu animal.

S'il en est ainsi, si réellement Tempoisonnement est un phénomène chimique, il s'ensuit que raclivité d'un poison ne doit pas être indépendante de la température organique. En eiïel, les combinaisons chimiques sont fonction de la température* L'exenipie le plus clair que l'on puisse en donner est celui des éthers. Ainsi, diaprés les recherches classiques de MM. IkRTiiEKOT et Péan dk Saint-Gu-les sur réthérification, si Ton mélanj^e des volumes égaux d*acide acétique et d'alcool, on observe les proportions suivantes. Soit 1 000 la quantité d'alcool éthérifié en un jour h 200"; dans le même temps, cette quantité sera 60 à 170" ; 18 à 100" ; et 0J8 à la température ordinaire.

11 est vrai que, quelle que soit la température, si ratcool et l'acide restent en présence» la limite finale d'éthériticalion reste à peu près la même ; mais la question de temps chez les animaux est très importante, puisque Félimination de la subslunce toxique se fait coolinuellement, A supposer qu'une combinaison toxique se fasse en une demi-heure, une heure, deux heures; si la substance s'élimine en une heure, par exemple, il n'y aura d'eiïct toxique que pour la combinaison qui s'eiïectue en moins d'une heure. Les combinaisons qui mettent plus d'une heure à s'eiïecluer n'auront aucune action toxique; car, pour la plupart des substances toxiques, en une heure, il y a déjà élimination de quantités notables du poison '.

Nous allons essayer de prouver cette influence de la tem-

i. PJusietirs notices, relatant des travaux fails dans ce laboralotre, ont déjà paru sur c«tLe question. Lanolois et Ce. RirjiEX, .. Influence de U it-mpéraiure sur le« ronvulsions de la cocaïne »> {Comptes rt*n(/i4s d*: l'Acadt'mi** /(es stience^tf 4 juin 1888, p. 1616). — Rallîêrb, « Rechiirches expërimentaleH «ur Ja mort par hypertliermie » {Trav. du Laù., t. I, p> 303]. — Saint-Hilaiiie, « Influcnco do la chaLeyr sur les actions toxiques » {tbid.f t. I, p. 390),

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pérature organique pour certaines intoxications spéciales, à savoir pour les substances convulsives. Etant donné que la convulsion est Tindice d'une intoxication parvenue à un certain degré, il était à supposer que la température de Tanimal exercerait une influence sur la dose de poison nécessaire pour amener la convulsion. C'est ce qui a lieu en réalité. Plus la température est élevée , plus la dose de poison qui détermine les convulsions est faible. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une combinaison chimique dont l'énergie croit à mesure que la température s'élève.

Pour les animaux à température variable, la loi est facile à constater. Des grenouilles, placées dans des solutions toxiques de températures différentes, ne sont pas empoisonnées si la température est basse, et sont empoisonnées si la température est élevée.

Pour les animaux à température fixe, la constatation était plus difficile à faire. En effet, l'animal à sang chaud est un véritable appareil régulateur qui tend à maintenir sou .organisme à un niveau constant. Il faut donc agir sur lui, et le placer dans des conditions presque anormales, si l'on veut modifier la température de son organisme. C'est ce que nous avons fait, en échauffant ou en refroidissant des chiens par des procédés divers. On peut alors s'assurer que, si la température organique d'un chien est supérieure à 39«,5 (température normale), une dose de poison qui, à l'état normal, ne déterminerait pas de convulsions, va, chez ce chien échauffé, déterminer une attaque convulsive. Inversement, s'il est audessous de la température normale, il faut, pour amener des convulsions, une dose de poison beaucoup plus forte. Si même la température est très basse, il n'y a plus de convulsions possibles.

Nous étudierons successivement les effets de quelques substances convulsives dont la température interne modifie la dose convulsive.

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P. L AN t; LOI S ET CH. RICHt:T.

Expériences avec la cocaïne*

Nos reclieiches sur la cocaïne, beaucoup plus nombreuses qu*aYec les autres substances, ont été poursuivies presque exclusivement sur les chiens. Les dillerences réactionnelles qui existent entre ces animaux et les lapins ou les cobayes sont très remarquables. Les rondeurs, aux lobes cérébraux peu développés, aux couches corticales minces et presque lisses, nous ont toujours paru peu sensibles à Taclion de la cocaïne.

D*abord précisons les différents phénomènes généraux qui apparaissent avec des doses croissantes de cocaïne \

Les premiers symptômes de l'action cocaïnique se montrent quand la dose atteint 2 milligrammes* On constate une tn>s légcre excitation, l'animal lève la tête» la tourne dans tous les sen^, lèche la table d'opération par de rapides coups de langue. Sa pupille est quelquefois légèrement dilatée. En augmentant la tlose, vers i milligrammes, survient un grand calme qui contraste singulièrement avec Tagitation précédente et surtout avec les phénomènes consécutifs qu'on observe dès qu'on (joursuit ritijection.

En elTcl bientôt, vers 6 milligrammes, T agitation rei^araît, mais beaucoup plus intense que dans la pliase primitive. Avec des doses croissantes, Tagitation devient de plus en plus vive. La température, qui était restée stationnaire, commenco alors à s'élever et avec une rapidité d'autant plus grande que les mouvements sont plus intenses. 11 existe, en ellet, une corrélation complète entre Télévation thermique et la contrac-

i. Tous Lea cUUTrcs so rtipporteat â uq kilogramme du poid» de l'animaL La cocaïne éimi k r«^tnt de chlorhydi'ale, un ceutiniètr© cube représcQtaut un centigramme de sel-

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tion musculaire, qui est la cause immédiate de rélévation thermique. Dans certains cas, nous avons, pu constater une élévation de plus de 0^,1 par minute. i

Expérience du 5 mars

dogr<*8.

- du 13 mars

— du 2 février

Cela fait, par minute, une augmentation de 0%H,0°,18, 0®,10, qu^on peut considérer comme énorme.

A cette période d agitation succède une véritable attaque épileptique, souvent clonique d'emblée, parfois tonico-clonique. Dans ce cas, Tattaque est caractérisée par une grande secousse tétanique, avec opisthotonos, dont la durée varie de â à 6 secondes. Cette attaque est suivie immédiatement de fortes secousses cloniques généralisées dans les membres et la tète et surtout dans les mâchoires. Les coups de gueule sont si caractéristiques, que, même dans les attaques larvées, ils nous permettaient de préciser Tapparition du phénomène.

Dans certains cas, la première attaque est suivie d'un calme profond, d'une grande prostration; dans d'autres, au contraire, il existe un véritable état de mal, les attaques étant subintrantes ou espacées par de légers intervalles.

Si la forme tonico-clonique est fréquente, il en est une qui se présente moins souvent, et qui paraît liée à la température. C'est cette forme uniquement tonique, caractérisée par une extension modérée du cou, du tronc et des membres, sans mouvements des mâchoires, celles-ci présentant un trismus peu accentué.

Cette convulsion ne détermine pas d'élévation thermique notable, et elle se produit généralement à une température relativement basse. C'est ainsi que, dans treize expériences

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OÙ elle a été observée, la température moyenne a été de 38*,80, la dose de cocaïne injectée étant voisine de 2 centigrammes.

Quant aux attaques cloniques, leur apparition parait se rattacher intimement à la température organique. Le tableau ci-après en donnera la preuve. Dans ce tableau nous indiquons la température de Tanimal au moment de l'apparition des convulsions cloniques et la dose de cocaïne qui avait été injectée jusqu'alors *.

Il est nécessaire de grouper ces résultats pour voir ressor tir nettement les phénomènes de Tinfluence de la température.

Mais les écarts, quelquefois importants, qui constituent les moyennes, s'expliquent aisément si Ton réfléchit que l'agitation précède pendant longtemps la convulsion ; qu'on continue l'injection de cocaïne tantôt rapidement, tantôt lentement; quelquefois un temps considérable, une heure et même deux heures, s'est écoulée de la première injection de cocaïne à Tapparîtion des phénomènes nettement convulsifs.

1. Nous avons moutionné, dans ce tableau, toutes nos expériences, sauf une seule (19 novembre) dans laquelle quelques mouvements convulsifs ont été signales avec 2 centigrammes de cocaine, Tanimal ayant 29o,50. La solution était très concentrée ^2,5 p. 100) et il a été injecté en une seule fois 12 centigrammes. Des injections consécutives, plus diluée?, n^ont pu déterminer des convulsions franches, suffisantes pour élever la température, quoique la dose injectée se soit élevée à 6 centigrammes.

TEMPÉRATURE ET CONVULSIVANTS.

MOYENNES dos

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