‹ Physiologie v.3, 1895Chapitre 58 sur 151 · BACILLE DE LA TUBERCULOSE AVIAIRE · texte numérisé non relu

BACILLE DE LA TUBERCULOSE AVIAIRE

Par M. L. Bouveault.

Préparation du bouillon de culture ^

Le milieu dans lequel a été cultivé le bacille de la tuberculose aviaire consiste essentiellement en bouillon de viande de veau, additionné de diverses substances nutritives. Ce bouillon a été préparé de la manière suivante : pour en faire un litre, on met un kilogramme de viande de veau, soigneusement dégraissée et coupée en menus morceaux, dans une

1. MM. Cn. RiciiET et HKRicoriiT ont opéré j)endant les mois d'août et do septembre 1892 une culture en j^rand du bacille de la tuberculose aviaire et ont bien voulu me prier (rexaminer, au point de vue chimique, les bouillons uinsi obteDDB. Cette culture ayant été faite sur du bouillon de veau, j'ai été obligé de me livrer, au préalable, à l'analyse de ce liquide. Je publie la méthode que j'ai employée et les résultats qu<t j'ai obtenus, dans Tespoir d'être utile aux chimisteaqui auraient àétudier des cultures d>'veloppées sur un milieu analogue.

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marmite contenant un litre et demi d'eau. On porte à Tébullition pendant 4 à 5 heures, jusqu'à ce que le liquide soit réduit à un litre environ ; on filtre alors le liquide chaud sur un filtre mouillé, qui retient la petite quantité de graisse restée adhérente à la fibre musculaire. Le liquide encore chaud est alors additionné do :

Graniincs.

Peptone 12

Sucre -20

(Uycérine 60

On ajoute ensuite une solution concentrée de carbonate de sodium dans le liquide chauiïé au bain-marie^ jusqu*à ce que Ton obtienne une réaction légèrement alcaline au tournesol. On abandonne ensuite le tout au bain-marie pendant 2 à 3 heures. On complète exactement le volume à un litre, puis on filtre à chaud. On se débarrasse ainsi des phosphates de chaux et de magnésie qui existent en petite quantité dans la viande. Le bouillon ainsi obtenu, puis stérilisé dans Tautoclave à 120°, reste parfaitement limpide : il est coloré en brun ; refroidi de 10" à 15", il forme une gelée assez peu résistante.

Afin de pouvoir déterminer quelles sont les transformations produites par le bacille dans son milieu de culture, il était nécessaire d'en connaître parfaitement la composition chimique ; j'ai donc été conduit à faire l'analyse immédiate du bouillon de veau.

Analyse du bouillon de veau.

nhtorique. — Il n'existe pas de méthode permettant d'opérer Tanalyse d'un mélange aussi compliqué que le bouillon d'une viande quelconque. Dans un travail célèbre [Annalon der Chemie und Pharmacw, { , LXI I, p. 278, el Annales de Chimie

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et de Physique, 3' série, t. XXIII, p. 129), Likbig a fait faire à laquestion un pas immense. Il a étudié les jus de viande obtenus à froid par pression, et les bouillons obtenus par ébuUition. Les matières extractives ont, dans les deux cas, le plus grand rapport, mais elles diffèrent cependant par ce fait que les premières contiennent des albumines coagulables par la chaleur qui font défaut dans les secondes; d*un autre côté, Tcxtrait fait h froid contient une très faible quantité de gélatine, tandis que les bouillons, et surtout celui de veau, en contiennent abondamment.

Quant aux matières communes aux extraits faits à froid ol aux bouillons, Lieiug reconnut qu*elles consistaient en sels minéraux dont il fit une analyse très complète (principalement chlorure et phosphate de potassium et phosphate de magnésie) et en matières organiques qu'il détermina incomplètement. Il put extraire du mélange, de la créatine, de la créatinine et un acide nouveau qu'il appela Tacide inosique. Enfin, il isola aussi Tacide sarcolactique qui avait déjà été obtenu par Iîekzklius en 1807 ; mais il eut le mérite de voir que cet acide était diilerent de Tacide lactique ordinaire, ce dont Berzélius ne s'était pas aperçu.

Celte question de Tacide sarcolactique fut reprise par Streckek [Awialni dcr Chemie und Pharmaviey t. CV, p. 363, et t. CXIII, p. 35i), mais elle ne fut définitivement élucidée que par le grand travail do Wismcenus [Annalcn, t. l]LXIV,p. 181 et t. CLXI,p. 302). Ce savant fit voir que Tacide sarcolactique était un mélange d'acide éthylénolactique CIPOIP— CII-— COUI et d'un acidô, isomère physique de Tacide lactique ordinaire CH* — CIIOII — CO"lI, mais possédant le pouvoir rotatoire dont ce dernier est dépourvu ; il appela cet acide l'acide paralactique. Il eût mieux valu donner à Tacide lactique de fermentation ce nom de paralactique et appeler le nouvel acide acide lactique gauche, ce qui eût respecté l'analogie entre les deux acides d^une part, et d'autre part entre Tacide racémique ou paratartrique et l'acide tartrique gauche.

BOUVEAULT.

JL WisLiCEiNus remarqua, de plus, que rexLrait àe viande

commercial contenait une faible quantité d*acîdc éthylénolac tique (fj oxypropioniqiie), tandis que le bouillon fait avec les viandes de buiicborîeen contenait une portion bien moins notable.

Le travail de Liluk; fut continué par Streckeh et Scherer. Le premier découvrit la sarcioe dans^ le sérum muscnlaire (Ammien, t.CII, p. 294 et t. CVIII, p. 129 ; Ann. de Plu/s. et de Chim., 3*= série, t. LV, p. 338 et 345); le second y trouva la xanthine {Amialeity l, tMI, p. "lui et t. CXII, p. 2o7 ; lirperL Chim, pun\ 1859, p. liO et 1800, p, 146). Leurs procédés d'extraction et de séparation de ces deux bases furent perfectionnés par Staeueleïi [Atinalen^ t. CXVI, p. \^2^^iRép. Chim, pure^ 1861, p. 160), et surtout par Neubacer. Ce savant a fourni une méthode qui permet de séparer des substances qui les accompagnent dans le bouillon, la sarcine et la xauihino, àTétat de combinaisons argentines. Le mélange est ensuite traité a rébullitiou par de lacide nitrique de densité \^\ qui les dissout; mais, par refroidissement, la combinaison avec la sarcîne cristallise, tandis que le composé xanlhique reste en solution; on peut l'obteuir en précipitant par Tammoniaque. On peut ainsi doser assez facilement dans le bouillon la xanthine et la sarcine.

Dès i8S0, SciiEREw avait trouvé dans le bouillon une matière sucrée, Finosîte [Ammlen, t. LXXIIf, p. 352); il l'extrayait des eaux-mères qui avaient laissé déposer la créatine.

De plus, certains auteurs avaient signalé dans Te bouillon la présence de petites quantités de glucose, d'acide urique et d'urée.

En 1883, MM, OcAitEscui et Mosso [Archives iialiennes de àiolof/ie) annoncèrent avoir extrait de la raétbylhydantoïne de la chair de veau ; mais on sait que cette uréide prend aisément naissance par Faction des hydratants sur la créatinine ; il no serait pas étonnant que la mélhylhydauthoioe obtenue

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par les savantsi italiens provint de laction sur la créatinine des réactifs qu'ils ont employés.

CO— AzH ^.s^ CO— AzH -v^

I ^C=AzH-f H»0=AzH3+ | J>CO

CH«— (Az(CH») .y^ CH«— Az(CH8).^^^

Enfin, est venu Timportant travail de M. Armand Gautier sur les ptomaïnes [Ptomaines et leucomaînes, Masson, Paris, 1886). M. Gautier a fait voir que l'extrait fait à froid de viande de bœuf fraîche, de même que l'extrait de viande américain, contient, outre les bases déjà indiquées, un certain nombre d'alcaloïdes nouveaux se rattachant aux familles de la créatine, de la créatinine et de la xanthine, à savoir :

La xanthocréatinine C^H^^Az^O

La chrusocréatiniiie C^H^Az^O

qui sont voisines de la créatinine,

L'amphicréatine C»H>»Az'0*

La base C»»H2*Az»W

La base C^W^Az'oO»

qui se rapprochent de la xanthine,

Et la pseudoxanthine .... C^H^Az^O

qui possède des propriétés analogues à celles de la xanthine et de la sarcine.

Enfin, M. WEiDELa retiré de l'extrait de viande américain {Annalen, t.CLXVIII,p. ihSeiBull. Soc.chim,, t. XVI, p. 173), une base qu'il a nommée la carnine et qui a pour formule C'H'Az*0^ ; mais cette base n'a pas été trouvée dans l'extrait de viande fraîche.

La question en était là quand j'ai été conduit à rechercher les substances qui existaient dans le bouillon de veau. Je savais donc qu'il pouvait exister dans ce bouillon un très grand nombre de substances organiques et je connaissais les méthodes employées par les auteurs pour les obtenir. Il fal-

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