PAR LA TRANSFUSION PÉRITONÉALE DE SANG DE CHIEN
Par MM. J. Hériconrt et Charles Richet.
Notre but, dans ce mémoire, est d'établir comment la transfusion de sang de chien modifie chez le lapin les effets pathogéniques de diverses infections expérimentales ; d'abord les effets du Stap/it/lococcus pyosepticus\ puis ceux du virus tuberculeux.
Nous commencerons par établir les effets physiologiques de la transfusion péritonéale de sang de chien à des lapins. Puis, dans un second chapitre, nous établirons comment la transfusion modifie d*une manière imprévue la réaction du lapin à Tinfeclion par le Staphylococcus pyosepticus. Dans un troisième chapitre, nous montrerons comment la transfusion modifie l'infection tuberculeuse.
1. Nous n'avons donc pas à étudier ici sur les phénomènes que produit chez le lapin le Staphylococcus pyosepticus; non plus que sur la parenté qui unit le Staphylococcus pyosepticus et le Staphylococcus albusy micro-organismes très voisins, différents seulement par leur degré de virulence. (Voir plus haut, page 264.)
J. BERICOURT Eï CH, UICHET.
§1. — De la transfusion périionéale de sang de chien à des lapins.
Si Ton essaye de faire la transfusion vasculaire, on échoue presque toujours; car un lapio ne peut supporter rinjection, dans son système vasculaire, que d'une petite qutintité de sang de chien. Un lapin de t 700 grammes est mort en quelques minutes^ après avoir reçu 12 centimètres cubes de sang de chieri ians la veine jugulaire.
Au contraire, les lapins supportent très bien la transfusion p<5ritonéale. Nous avons pu k de gros lapins injecter, dans le péritoine, 120 centimètres cubes de sang de chien, sans déterminer d'accident, Ç'e»t donc là un procédé de transfusion bien préférable à la transfusion directe.
A. Ma/tar! opératoire, — Le manuel opératoire est très simple. On injecte dans le péritoine d'un chien une dose convenable de chloral et de morphine, suivant li; procédé anestliésique que nous empbiyons dans notre laboratoire. La dose ancsthésique est île 0-%5 de cbloral, avec 0^'%0025 de clilorbydrate de morphine par kilogramme de chien. Avec une solution contenant par litre 200 grammes de chloral et I gramme de chlorhydrate de morphine, on voit qu'il suffit de rinjection de 55 centimètres cubes pour chloraliser complètement un chien de 10 kilogrammes ^
On met à nu Fartère carotide du chien (beaucoup plus commode que l'artère fémorale) , On lie le bout supérieur ; et, apn'^s avoir mis une forte pince sur le bout inférieur (cardiaque), à 4 centimètres au-dessous de la ligature supérieure, on introduit une canule en verre^ aussi grosse que possible^ dans le tronçon d'artère intermédiaire. On lie solidement la canule sur l'artère, et on adapte à la canule un tube de caoutchouc muni d'un Irocart-canole, caoutchouc et trocart ayant été plongés dans de Feau bouillante phéniquée.
I. En général, on n'a pus besoîii de pousser lauesthéfiie austJ ioiu.
HÉMATOTHÉRAPIE ET TRANSFUSION PERITONÉALE. 291
Le trocart, construit sur nos indications, a un diamètre intérieur de 2 millimètres; pointu à une extrémité, il porte à l'autre extrémité un rendement qui peut s'adapter au tube de caoutchouc.
On prend alors un lapin pesé exactement au moment même, et on introduit le trocart dans Tabdomen. Puis on ouvre la pince, et au bout de 13, 20, 30, 50 secondes environ, on remet la pince sur Tarière : alors on pèse le lapin. L'augmentation de son poids donne la quantité de sang qu'il a reçue.
Le temps pendant lequel on laisse l'artère donner du sang dans le péritoine est gradué naturellement d'après la taille du chien, et les dimensions du tube placé dans l'artère. Avec quelque habitude, on arrive à doser exactement la quantité de sang qu'on veut injecter.
La pénétration du trocart dans le péritoine est facile : on ne blesse pas r intestin. L'intestin en effet fuit devant la pointe du trocart, et le danger de blesser l'intestin est illusoire. Nous n'avons observé cet accident qu'une seule fois.
Si Ton fait plusieurs transfusions, il importe d'aller vite, afin d'éviter la formation d*uu caillot.
Les accidents opératoires sont rares. Sur 139 transfusions il y a eu 8 morts do cause opératoire, soit 6 p. 100.
Perforation de l'iiitcsliu 1
PerFoiatioii tic la vessie 1
Péritonite et septic^^niie 2
Lésion intestinale ulcérative du huitième au vingtième jour '. 4
B. Effets physiologiques immédiats, — Dès que le lapin a reçu une quantité de sang équivalant à 20, 30, 40 grammes
1. C'est là un accident que nous n'aurions pu prévoir, mais qui s*est montre comme on voit, assez fréquemment : un noyau de flbrinc non résorbée avait comprimé Tintestin, provoquant en ce point un abcès, avec amincissement et ulcération de la tuniquo intestinale.
J, HÉHICOIKT ET CIL RIGHET,
par kilogramme, il présente quelques symptômes indiquant une action toxique évideote. Presque toujours, et cela d'autant plus que la dose transfusée a été plus considérable, il se couche sur le ventre ^ étendant en avant les deux pattes antérieures et en arrière les pattes postérieures, de manière à ce que le ventre touche le sol. Est-ce Tindice d'une douleur qu'il ressent dans le péritoine ?
Au bout de quelque temps^ il y a émission d'urine abondante et limpide. dilTérente par conséquent de Turine alcaline et trouble des lapins normaux. Mais ce symptôme n'est pas constant, quoique fréquent.
Toujours le type respiratoire est modifié; tantôt la respiration est légeremenl ralentie, laborieuse et presque dyspnéique. Tantôt au contraire elle est accélérée, il y a de Tanhélatîon et de la polypnée.
La température est toujours abaissée à la suite de TinjectioUj et cette hypothermie dure plusieurs heures.
Voici quelques exemples de cet abaissement de température :
Le îi octobre^ 6 lapins reçaiveiil à 3 heures uue transfusion de sang de chien; à 6 heures leur tempéraLure moyenne est de 38", t, c*est-àdire inférieure de {^,"\ à !a I o m pé rature moyenne des lapins. La dose de sang injectée n*a pas eu d'ïnÛuence'.
Mo^€DûB, aa gp. 25 gr, 2S gr, iO §t, 20 gr. 15 gr.
38M Temp. à 6 h. :m*,2 3S^5 37^8 38« 37«,9 38*»,3 30%85 Le lendemain. 4<P,3 311°, 8 iO^O 3î>^6 3<ï°,8 38«,e
Dans une autre expérience nous avons eu exactement les m<^mes phénomènes, avec des températures de SG'*,^, 35^,8 et 37°4, trois lieures après rinjection.
Nous avons consLaté une fois, quatre heures après rinjection, 35^,3, chez un lapin qui s*est rétabli.
i. Nous n*avoa9 pas besoin de répéter que, tmitps les fuis qu'il sera question de dose de sang iajectéei catte doae est aArFORTKs à 1 kilogramme uu poids du Lapin*
HÉMATOTHFnAIME ET TRANSFUSION PERITONÉALE. 295
Chez les lapins qui meurent par raetion loxiquû du sang, la température descend beaucoup plus bas, et, au moment de la mort, ils sont ivfroîdis, mourant f*n somme d'aspliyxie lente.
Il est vraisemblable que ees phénomènes de dyspnée, de polypnée, d'hypclhermiCp peuvent s*oxplîquer par une action dissolvante du sérnm de chien sur les globules rouges du lapin, fait qui ï^emble à présent bien établi et assez général d'un sang à un autre,
C, E ffri s plnjsiùlogiqu(*s consécutifs, — Le sang introduit dans le péritoine est assez rapidement résorbé, si bien qu'au bout de 5 ou il jours, apr^s transfusion de iCi grammes, on ne retrouve plus dans le péritoine du lapin qu'une coloration un peu plus foncée qu'à Tétat normal. Cependant, dans quelques cas, un ou plusieurs noyaux de librine restent» non résorbés, pendant assez longtemps; mais ils sont Irt^s petits; et cela n*empr*che pas de conclure à la rapide et complète absorption du sang introduit dans le péritoine.
Lr poids du lapin subit presque toujours une notable diminution, A cet égard nos chilTres sont nombreux; ils (établissent quel trouble profond riutroductioii d'un sang étranger apporte k la nutrition générale.
Il importe de distinguer les lapins en deux groupes : ceux qui ont succouibé, par suite tie la trop grande quantité de sang injecté, et ceux qui ont survécu. Les poids sont rapportés à lUO ; 100 étant le poids du lapin le jour de la transfusion.
LAPiSS AYANT StTCCOiîBI-^