‹ Physionomie Actuelle de l'Alcoolisme en TouraineChapitre 17 sur 29 · ST NT · texte numérisé non relu

ST NT

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Soit, au total, 1.088 débits pour l’Indre-et-Loire, moins Tours. Dans le chef-lieu du département, on compte 922 établissements et en nombre total, comprenant hôtels, pensions de famille, on trouve un total de 2.904 débits de boissons.

Et il faut aussi, dans certaines localités, à Tours notamment, tenir compte de l'importance prise par certains magasins tels que les magasins à prix unique où l’on ne débite que des boissons dites hygiéniques, magasins qui possèdent des petites licences leur permettant de vendre du vin entre autres choses.

Le cadre des cafés de village ? Une quelconque maison du pays, toujours fière de son ancienneté, flanquée quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent d’une auberge dont la clientèle de bar est fournie par le nombre toujours

croissant des voyageurs de commerce. Les grandes tables cirées, les bancs, les escabeaux. Les guirlandes du samedi, piano mécanique, bal hebdomadaire, source trop connue du médecin de campagne de pleurésies et de débuts d’intempérance. ;

Le café de Touraine est gai, propre, bien tenu. S'il abonde dans certains pays vinicoles tels que Vouvray, tels qu’Azay-le-Rideau ou Chenonceaux, c’est pour une cause extra-régionale. Les habitants du pays y cèdent le pas aux touristes venus visiter les châteaux ou les vallées. Et nous avons vu que ce sont les deux berceaux des pays vignobles en Indre-et-Loire.

Le vin qu’on y vend est conforme à la loi. Sur 27 prélèvements par nous effectués dans 27 cafés de campagnes différentes, l’analyse portant sur la coloration, le glycérinage et le vinage n’a rapporté que des résultats négatifs (!). À Montlouis, le sucrage est au maximum souvent (15 gr. de sucre par litre et par degré permis par la loi).

Dans chaque pays, le café a un certain nombre d'avantages publicitaires. Siège social de sociétés, avec en plus, depuis un an et demi, la transformation en gare de voyageurs et marchandises marchant parallèlement à l'extension foudrovante de lignes d’autobus innombrables. Salle d’attente, le café reçoit les vovageurs et aux heures de passage, les débitants concurrents, chefs de station de lignes concurrentes ne voient plus leurs maisons désemplir. Nous citerons même le petit pays de Lussault, entre Tours et Amboise, sur les bords de la Loire, où un nouveau café vient de s'établir sur le bord de la grande route, venu de l’intérieur, pour ne pas perdre le précieux appoint des voitures de transports en commun dont les conducteurs sont assurés maintenant de trouver tous les deux kilomètres le pichet de leur goût. Mais là où le café ne vient pas, l’autocar se transporte et certaines voi-

(1) 5 à Loches, 4 à Chinon, 7 à Chateaurenault, 3 à Villaines, 2 à Azayÿ-le-Rideau, 1 à Montbazon, 2 à Vouvray, 1 à Langeais, 1 à Château-la-Vallière, 1 à Langennerie.

tures (nous ne donnerons que Beaumont-la-Ronce et Reugny pour exemple), font des crochets invraisemblables pour recueillir le voyageur qui boit en l’attendant.

En dehors du bourg, du vrai village, les estaminets foisonnent avant tout là où il y a des usines, là où il y à des casernes où des camps, là où il y a des stations de chemin de fer.

Là où il y a des usines.

A Châteaurenault, par exemple, type de ja petite ville industrielle (tanneries importantes), vous comptez, du bas de la rue de la République, où est située la première tannerie, en haut où se trouve la dernière, 26 des 37 cafés dont se pare la localité. A Tours, même chose et, malgré l’absence de grosse industrie, à chaque porte d'usine, c’est 4, 5, 6 cafés que vous dénombrerez.

Là où il y a des stations de chemin de fer.

C'est le café de la gare, le terminus, le relai de l’arrivée. Les débits ayant double clientèle s’infiltrent partout, se vendent et se revendent. Le Docteur Bosc écrivait à ce sujet : « Les dépôts de machines des Compagnies sont entourés d’un réseau d’estaminets parmi lesquels mécaniciens et chauffeurs n’ont que l’embarras Qu choix avant de prendre leur service. Pour l’achat de ces débits, il y a deux écoles : les uns préfèrent un établissement situé à la sortie des ateliers avec les deux raz de marée de 11 heures et de 5 heures, qui submergent la longue file des comptoirs. Les autres préfèrent l’entrée des dépôts dont la clientèle est plus régulière, espacée sur toutes les heures du jour et de la nuit. À la sortie de la gare des marchandises, les employés chargés de livrer les primeurs et denrées périssables et dont le zèle fait la fortune des revendeurs., trouvent à leur sortie sur le comptoir voisin, cinq, six, dix apéritifs offerts par ces commerçants et qu'ils ingurgitent avant de rentrer chez eux. »

Gare de chemin de fer. Gare d’autobus. Et ce qui est vrai pour la campagne l’est pour Tours, pour la place de la Gare en particulier, qui monopolise 80 %

TS

des têtes de ligne. Un petit café situé au coin de la rue Bernard-Palissy, deux fois en faillite en deux ans, depuis l’extension des lignes d’autocars, augmente chaque mois son confort et son stock de sièges.

Là où il y a des casernes.

C'est la même technique qui préside à leur disposition. À Tours, on compte, dans un rayon de cent mètres autour de la caserne de Guise, 19 bars et deux maisons de tolérance. À cent cinquante mètres autour de la caserne Baraguay-d’Hillien, 14 bars. Près du camp d'aviation de Parçay-Meslay, sur la route de Paris, tout au long des six kilomètres de cet ancien désert, sur ce plateau éventé, monotone, ont surgi de terre en cinq ans 11 cafés flambants. A Villaines, commune de 800 habitants, dont 400 agglomérés, on trouve sept cafés dont deux de proportion inusitée. Pourquoi ? Parce qu’à trois kilomètres, en pleins champs se trouve le camp du Ruchard. Nous ne citerons que pour mémoire les cantines et mess dont chaque casernement est doté dans toute la France.

Maintenant que nous connaissons les enseignes, nous allons étudier ceux qui les visitent, c’est-à-dire

HIT. — Les buveurs

C'est fort justement que le Docteur Henri Godlewski écrit qu’ « à la compagne, l’alcoolisme prend une figure spécifique », aussi est-ce d’abord à la campagne que nous allons suivre le buveur. En ville, le tableau est moins remarquable, car le pays influence moins le citadin que celui qui vit en communauté avec la terre et marque plus celui qui la travaille et qui en récolte une richesse ou un fruit.

IT y aura donc dans les pages qui vont suivre le portrait du paysan buveur avec ses habitudes, ses préjugés, influencé par son âge, par sa profession, par son sexe, par son alimentation, par son coin de terre. Puis, juxtaposé, viendra celui du citadin, de l’ancien

paysan, c'est-à-dire l’ouvrier, de l’homme et de la femme aisés, car la tendance à l’alcoolisme de la classe bourgeoise n’est pas un mythe, surtout chez nous.

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