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Il est bien certain que la forte dose quotidienne, substituant une imprégnation permanente à une imprégnation passagère, rend l'organisme plus résistant, à condition que l’agent dont on s’abreuve, soit le même.
(1) G. Bosc.
C'est ainsi que nous pouvons relater deux cas d'ivresse survenus chez de forts buveurs habitués à un alcool à la suite de libations relativement restreintes de boissons différentes.
Chez ces deux hommes pourtant fort différents, l’un est citadin, s'occupe d'affaires, l’autre campagnard est chauffeur chez un médecin de campagne, il existe une ressemblance de fond.
C’est ce que le Docteur Legrain nomme la première période de l'alcoolisme caractérisée par une hypomanie ébrieuse. Tous deux sont de beaux parleurs dans leurs sphères différentes, tous deux, de bonne humeur habituelle sont des impulsifs, des coléreux brusques. Leur hypomanie alcoolique cadre parfaitement avec la définition donnée par l’auteur que nous venons de citer, différent de l’état psychopathique banal en ce que la sphère imaginative semble plus spécialement intéressée.
1° Paul B..., 58 ans, célibataire, fortuné. Se rend quotidiennement, matin et soir, à l’apéritif où il ne consomme que du Porto ; en moyenne un litre et demi au café, un demi-litre chez lui. Suit ce régime depuis vingt-cinq ans, buvant à table du vin rouge ordinaire.
En certaines occasions double impunément sa ration d’alcool habituel.
En plusieurs occasions, notamment une fois, après absorption de deux apéritifs différents (amers) a manifesté une ivresse évidente, surexcitation, maladresse, attitude titubante. Revenu chez lui, s’est assoupi d’un sommeil accompagné de subdélire. Son médecin, appelé, constata à ce moment que sa tension artérielle habituelle (14 1/2-8 au Pachon) avait augmenté : 16-9. Le lendemain soir elle était redevenue la même : 15-8.
2° Fernand F.., 39 ans, marié, père de trois enfants normaux, chauffeur.
Prenant régulièrement quinze à vingt verres de vin blanc chez les clients de son maître dans la journée et trois litres de vin rouge à la maison, tant aux repas que durant son lravail, n’est jamais en état d’ébriété, même en augmentant sensiblement cette ration. En état d'ivresse manifeste après l’absorption de deux ou trois apéritifs à la fin d’une journée nor-
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male, présentant les mêmes symptômes que dans l’observation précédents : T. À. habituelle: 7-12 ; T. À. en période d'ivresse: 7 1/2-13.
Il semble donc bien qu'il y ait un entraînement à l’alcoolisme et que sur certains individus, alcooliques chroniques, de légères modifications provoquent l’apparition de ces phénomènes aigus, ce qui fait dire à certains auteurs que les grands buveurs prennent facilement un verre de trop, mais encore faut-il que ce verre ne leur soit pas habituel.
Certaines ivresses aiguës, qu'il s’agisse de la rare ivresse sommambulique de Francotte des épileptiques, d'ivresse maniaque ou pseudo-rabique de Garnier, d’ivresses apoplectique ou délirante, sont dues à ingestion massive d’alcool. Il semble que dans un grand nombre de cas cette ivresse soit mitigée d’intoxication due à un autre agent que l’alcoo! éthylique.
C’est ainsi que dans certaines boissons, telles que le whisky, on peut incriminer l’alcool méthylique qi, désodorisé. ressemble tant au précédent (1).
Nous avons eu l’occasion en mai 1934 de faire l’ohservation suivante chez un jeune homme de dix-neuf ans qui venait d’absorber plusieur cocktails où le whisky entrait dans une assez grande proportion.
Henri G.., 19 ans. Bonne santé habituelle, buveur raisonnable, avec quelques rares irrégularités. Nous sommes appelés chez lui par ses parents à titre d’ami.
Le malade est agité. Son faciès cyanosé. Les pupilles sont dilatées également. Les yeux sont brillants, larmoient, les angles internes sont rouges, congestionnés. La respiration est difficile et rapide (18 à la minute). Quelques vomissements se produisent de liquide brunâtre, très acide. Le pouls est à 110, la température est de 3828.
À l’examen les pupilles réagissent peu à la lumière, plus à gauche qu’à droite, l’abdomen est contracté,l’estomac douloureux.
ne Le whisky coûte cher, en le falsifiant on le rend plus accessible.
ET
Le médecin appelé donne un vomitif, pratique une saignée de cent cinquante grammes et fait prendre un lavement laudanisé.
Le lendemain matin, légère amélioration. Les vomissements ont cessé. La température est de 38°2. Le malade présente un état de subdélire. La respiration est moins difficile. Une analyse d’urines ne découvre ni sucre, ni albumine, ni acétone.
Le soir, amélioration. Le réflexe pupillaire demeure néanmoins très lent. Une céphalée assez intense s'installe.
Le surlendemain le malade, affaibli, repose calmement dans son lit. Température à 37°1. Pouls à 75. La céphalée à disparu avec la dyspnée. L'intelligence est revenue.
Une analyse complète d’urines révèle la présence d’acide purique.
Le diagnostic fut fait sur cette remarque : Le whisky employé contenait de l’alcool méthylique. Alors qu’il est rare de voir un coma éthylique se prolonger plus de dix à vingtquatre heures, le coma de ce malade dû à l’alcool méthylique difficilement oxydable par l’organisme et se décomposant en aldéhyde formique et en acide purique (excrété par l'urine), avait duré quarante heures. Sept jours durant l’analyse fut positive.
Le cas de ce malade se rapproche des nombreux cas d'intoxication étudiés par Dujardin-Beaumetz, survenus en Amérique au temps de la prohibition et qui provoquèrent tant de morts et de graves affections oculaires (névrites rétro-bulbaires, scléroses brusques, etc.).
Chez la femme, l'alcoolisme aigu se rencontre en Indre-et-Loire plus à la campagne qu’en ville. Il fait des ravages surtout sur les domestiques et est provoqué par l’intempérance accidentelle.
Chez l’enfant il est exceptionnel. Nous rapportons cependant une observation datant de novembre 1928 et due au docteur Albrespy de Saint-Varent
Giselle T..., 6 ans (grande fillette, sans antécédents pathologiques).
Dans l’après-midi du 29 août, par une forte chaleur, la fillette fut chargée de servir à boire à un groupe d’ouvriers qui battaient le blé sur l’aire. Sans surveillance, pendant quatre heures, elle soutira à la cave, buvant en cachette, du vin
qu’elle distribuait aux travailleurs et buvant avec eux.
À 18 heures, Gisèle T... ne servait plus à boire qu’en titubant, à 18 h. 30, vue par sa mère, elle refusa toute nourriture et fut mise au lit : elle eut un vomissement puis s’endormit en
s’agitant.
De 21 heures à 3 heures, plusieurs vomissements à forte odeur de vin. $
Le 30 août à 8 heures, examinée pour la première fois, elle était prostrée dans son lit, en chien de fusil, tête renversée, agitation spasmodique de la tête, toujours du côté droit, odeur légèrement acétonémique de l’haleine, trismus, mydriase, diminution des réflexes, incontinence d'urine, rétention des selles. L'examen qui dura 25 minutes ne parvint pas à tirer l’enfant de sa torpeur. Température 38°. Pouls 160.
À 18 heures, même position; les mouvements de la tête sont accompagnés d’une agitation incessante des bras et des jambes: il faut fixer la malade avec fermeté pour prendre son pouls radial ; odeur fortement acétonémique de l’haleine, réflexes très lents, incontinence d'urine, pas de selle. La ponction lombaire donne un liquide clair légèrement hypertendu (moins de un leucocyte par millimètre cube, germes 0, albumine 0,20, sucre 0,62). L'examen et la ponction lombaire qui durèrent 30 minutes ne parvinrent pas à tirer l’enfant de sa torpeur. Température 39°. Pouls 160.
Le 31 août. — La famille déclare que 20 minutes environ après la ponction lombaire de la veille (20 cc. de liquide céphalo-rachidien enlevé) l’agitation cessa. Le 31 août à 10 heures : la tête est rejetée en arrière mais on peut la ramener plus aisément ; acétone de l’haleine comme la veille. Aucun signe positif en dehors de la flaccidité générale de tout le corps, dans le lit et la torpeur. L'examen prolongé, les appels de la maman, n’arrivent pas à réveiller l’enfant. Température 39. Pouls 140.
Le 1% septembre. — Dans la matinée, la malade prononce dans son sommeil une parole nette; elle prend du lait et de l’eau de Vichy, sans sortir du sommeil lorsqu'on frôle ses lèvres avec une tasse.
Le 3 septembre. — La petite Gisèle, vers 10 heures, a reconnu ses parents, ouvert les yeux, demandé de la nourriture. À 16 heures elle ne présentait plus aucun phénomène d'’intoxication, haleine normale, réflexes normaux, température 37, pouls 90.
Quant aux cas de delirium tremens, nous en avons relevé trois en service hôspitalier pour l’année 1934 et les médecins de campagne auxquels nous nous sommes adressés, sont d'accord pour reconnaître qu'ils n'ont eu qu'exceptionnellement à en soigner, d’ailleurs ils relèvent plus des cas d’alcoolisme chronique, que de ceux de l'alcoolisme aigu.
L'alcoolisme chronique. — C'est lui qui représente le fond de l'alcoolisme tourangeau. Nous allons passer en revue les différentes manifestations les plus communément rencontrées faisant deux chapitres distincts sur les altérations physiologiques et sur les altérations psychologiques de l’alcoolique ; nous étudiérons donc d’abord dans l’ordre les manifestations d'imprégnation alcoolique simples tant à la campagne qu'en milieu hospitalier, puis nous examinerons tour à tour à l'hôpital le nombre de gastrites, de cirrhoses, de polynévrites que l’on rencontra ces années dernières en y joignant les réflexions qu'ont suggérées nos questions à des médecins de campagne, compte tenu du genre de boisson habituel et de la région observée.
Les signes d’imprégnation alcoolique. — Se rencontrent chez un nombre considérable d'individus, plus en ville qu'en campagne, plus en pays à vin blanc qu'en pays à vin rouge. Nous ne décrirons pas ces symptômes classiques que manifeste le buveur et qui souvent sont les premiers symptômes d’une cirrhore à ses débuts, d’une polynévrite prochaine ce sont la pituite matutinale, le subictère des conjonctives, des troubles nerveux légers, un amaigrissement sensible, le tremblement des doigts. Il est en plus un signe, bien connu chez les cirrhotiques que l’on trouve communément chez ces intoxiqués légers: c’est la diminution de la tension artérielle. Il est d’ailleurs un fait à remarquer, c'est que très fréquemment cette baisse de tension ne marche pas de pair avec les signes précédemment énumérés, de même que cer-