‹ Physionomie Actuelle de l'Alcoolisme en TouraineChapitre 26 sur 29 · ER · texte numérisé non relu

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1932 : 46. Le nombre des admissions varie davantage. Au pavillon des femmes même observation : de 21 en 1929 on passe à 51 en 1932. Ce chiffre est donc légèrement supérieur à celui enregistré chez les hommes ; il faut évidemment tenir compte du plus grand nombre des internés mais il n’en demeure pas moins que ces malades proviennent pour 98 % du département. D'autre part on a vu que l’alcoolisme féminin était relativement peu répandu et que la susceptibilité de la femme est plus grande (c’est une remarque générale) que celle de l’homme.

Voici, d’autre part, comparés à ceux des autres maladies mentales causes d’internement, les chiffres des alcooliques entrés et sortis en 1933 ; le nombre des alcooliques restant au 31 décembre 1932 étant de seize aux hommes et vingt-deux aux femmes :

Population Hommes Femmes Total Du SÉdécembre 19352-0. 282 378 660 Admissions Sorties

Hommes Femmes Hommes. Femmes

Débilité mentale ...........:.. 8 10 7 12 Etats héphréno-catatoniques..... 10 10 7 LT Démencesémless..........; 7 12 » 3 Confusion mentale ............ 11 8 5 6 Mélancolie ess 2.0... 13 60 10 37 MADIO ee mue EU Se 8 16 6 7 Alcoolisme aiou.. ARRETE 6 3 » 5 Démence alcoolique............ 6 3 6 »

Paralysie générale. SSSR RE ) 3 4 »

Imbecillité et idiotie............ 6 5 3 2 Epilepsie Sert 3 5 1 3 Délire polymorphe des dégénérés » 6 1 3 Délire hallucinatoire chronique... 8 7 3 1 PEVCRASDÉDIP ES... pe » D » »

Délire d'interprétation. ......... » 1 2 »

Parkinson "fete Ste as 1 » » 2

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Il est curieux de rapprocher ce résultat avec celui du Docteur Grenoilleau, qui cite dans un département limitrophe, le Loir-et-Cher, une présence d’alcooliques à l’Asile inverse de celle relevée à Tours : il y a deux fois moins de malades hommes que de malades femmes dans sa région (1).

Enfin, nous ne saurions omettre de parler de l’épilepsie et de ses rapports avec l'alcoolisme dans ce chapitre. Depuis les observations d’Esquirol, ce sujet, étudié par de nombreux auteurs, principalement par Bravais en 1837, Magnus Huss en 1892, leur a permis de conclure à une localisation anatomique se présentant sous le type d’une lésion cérébrale. Marce a noté par expérimentation animale les propriétés convulsivantes de l’alcool, Anthaume (thèse 1897) montre que l’alcool peut à lui seul créer l’épilepsie.

L'origine anatomique de l’épilepsie a été fort discutée. Pour Rolando elle était d’origine spinale. Marshall Hall faisait jouer au bulbe un rôle convulsif. Enfin, pour Moriceau, Brown-Séquard elle venait du cortex.

Quelle que soit l’origine exacte de l’épilepsie, il est un fait observé dans notre région, c’est qu’elle se rencontre rarement, et surtout chez des individus relativement âgés, faisant des abus d’alcools industriels. Les substances aromatiques, celles qui donnent en principe ce que Jablow nomme l’anicisme, prennent peu de part chez nous aux crises de mal comitial. Il semble que si l'individu est jeune, si ses reins et son foie sont normaux, l’épilepsie demeure latente. Mais dès qu'un accident intercurrent quelconque (excès alcooliques, traumatisme) survient, la crise est provoquée. Il apparaît que l'alcool bon marché. les boissons sophistiquées soient dans notre département les grandes responsables. Les formes d’ivresse convulsive s’y rencontrent plus fréquemment, se rapprochant de la forme épileptique alcoolique de Huss.

Nous avons, d’après les observations des médecins

(1) Médecine Générale Française, n° 6,

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de campagne auprès desquels nous nous sommes renseignés, divisé les crises épileptiques en accidents survenant au cours d’alcoolisme aigu et accidents survenant en plein alcoolisme chronique.

En alcoolisme aigu, l’attaque ressemble à celle d’épilepsie Bravay-Jacksonnienne. On constate en général l'absence d’aura et de crise initiale : faciès injecté contrastant avec celui de l’épileptique essentiel. L'alcoolique garde la mémoire de son délire toxique et ne se souvient pas de sa crise.

Nous avons observé ce cas chez un jeune homme de vingt-cinq ans qui avait absorbé, après des excès de boisson échelonnés sur quinze jours un demi-litre de rhum à la régalade.

Ces cas sont rares à la campagne et bien plus fréquents à Tours.

En alcoolisme chronique, les crises non précédées d’aura passent par les deux stades tonique et clonique. Il n'y a pas de perte de connaissance, mais une poussée thermique prononcée, fréquemment accompagnée de complications pulmonaires.

On rencontre aussi surtout ces formes en ville où l'habitude alcoolique est ainsi que nous l'avons vu plus haut, totalement différente de celle que l’on observe à la campagne.

Néanmoins les épileptiques sont rares en notre région et en milieu hospitalier nous n’en n'avons reconnu que onze cas de 1930 à 1934, dont deux seulement chez des femmes.

Nous avons terminé notre examen régional des manifestations cliniques de l’alcoolisme. Nous allons étudier maintenant deux de ses principales conjugaisons: l’alcoolisme et la tuberculose, l’alcoolisme et la natalité.

L’alcoolisme et la tuberculose

L’alcoolisme et la tuberculose. -— « L’alcoolisme tourangeau résiste assez bien à la tuberculose, assez fréquemment fibreuse et peu évolutive « (Docteur Denoyelle).

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C'est là un fait constaté non seulement en Indre-et- Loire, mais dans tous nos départements. Les tuberculeux devenant alcooliques succombent vite; les alcooliques devenant tuberculeux font le plus souvent des formes lentes. Le professeur Gaussel, de Montpellier, dit bien que l’alcoolisme vinique occupe une place peu importante dans l’étiologie de la tuberculose, comparativement à l’alcoolisme pur et à l’absinthisme.

Or, dire cela, c’est faire le procès du mode de vie dans notre département. Celui qui boit du vin c’est avant tout le paysan. Celui qui boit de l'alcool c’est avant tout le citadin. Aussi, sans parler des nombreux cas de tuberculose qui relèvent de la guerre, voit-on proportionnellement plus de tuberculeux habitant la ville qu’habitant la campagne.

À quoi cela est-il dû ? Il semble qu’on se trouve devant une loi générale. L’individu de la ville est avant le paysan, réceptif.

La vie au grand air joue son rôle. En ville, l’état général de celui qui travaille est dans l’ensemble inférieur à celui de l’habitant des champs.

L'imprégnation alcolique en dégradant l'organisme a donc plus de prise sur un individu déjà en état d’infériorité que sur un individu habitué au soleil. Les chiffres le prouvent : au pavillon des tuberculeux de l'hôpital de Tours on relève 73 % d’habitants de la ville, contre 23 campagnards et 4 étrangers. Le mot de Michelet est toujours vrai : « La fleur humaine est de toutes les fleurs, celle qui a le plus besoin de lumière ». La condition de vie influe intensément sur l’alcoolisme. L’alcoolisme à son tour s’imprime sur le tuberculeux.

Le Professeur Achard, dans une expérience déjà ancienne, a tuberculisé 50 cobayes, dont il a fait deux lots égaux. Les cobayes du premier lot reçurent de l’alcool en injection et moururent en trente-cinq Jours. Le deuxième lot fut laissé à sa destinée tuberculeuse, il survécut en moyenne 150 jours. L'influence de l’alcool n’est pas niable pas plus en Touraine qu'ailleurs, mais, nous le répétons, elle est plus sensible en ville

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qu'à la campagne. Il est probable d’ailleurs que le campagnard transplanté en ville avec sa ration de vin, deviendrait vite, une fois sa condition modifiée, aussi tuberculisable.

Dans la carte de France que Brouardel dressait en comparant alcoolisme et tuberculese, notre département était moyennement atteint : un tuberculeux sur 70 habitants. Nos observations nous permettent d’établir qu'il y a 28 % d’alcooliques chez les tuberculeux hommes, alors que ce chiffre ne serait que de 9 % chez les femmes. Quoi qu'il en soit, certaines régions d’indre-et-Loire voient ces chiffres s’accroître et, fait curieux, dans les régions sans vignobles à la campagne. C’est ainsi que le long de la Creuse, dans la contrée du Grand-Pessigny, on rencontre beaucoup plus de tuberculeux que près de Vouvray ou de Chinon. De même entre le Cher et l’Indre, dans la région de Ceré, Genillé.

Un sanatorium des environs de Tours perdait beaucoup plus de malades chaque année avant qu'on ait pris de strictes mesures de surveillance. Chaque jour à quatre heures les malades valides descendaient au village voisin, où les cafés les recevaient et où, l’oisiveté développant encore l’affinité pour l’alcoo!l, ils faisaient de longues stations.

Il n’est donc pas douteux que l'alcoolisme joue son rôle chez nous comme ailleurs, mais pas plus qu'’ailleurs il n’y a de visage essentiellement régional, commun à ces deux fléaux et ce sujet est trop connu pour que nous nous y arrêtions plus longuement.

L’alcoolisme et la natalité

« Vénus seule doit présider aux cérémonies de l’hyménée. Il ne faut pas lui associer Bacchus » (Debove). On sait que ce précepte est souvent méconnu. Qui ne connaît de familles dont le père alcoolique invétéré a été la cause et de leur accroissement et de leur dégénérescence. C’est un lieu commun de dire que l’hom-

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me en état d’ébriété est poussé aux excès passionnels. Combien ont contracté la syphilis de cette façon, doublant le fardeau héréditaire de l'enfant qui se trouvera débordé par ces antécédents redoutables.

Sous le nom de blastophtorie ou dégénérescence du germe, Forel a appelé l'attention sur tous les facteurs qui, sans dépendre de l’hérédité proprement dite entravent directement le développement des germes reproducteurs ou même les désagrègent complètement, de sorte que les produits de telle cellule qui, sans la présence de cette action délétère eussent été bons par euxmêmes, se révèlent au cours de leur développement atteints de tares provenant des désordres produits dans leur hérédité.

Les travaux d’Agnès Bluhm, de l’Institut de biologie Empereur Guillaume de Berlin, ont démontré que la mortalité prénatale des descendants alcooliques est, jusqu’à la septième génération, plus forte que chez les descendants d’origine non alcoolique.

Les retards de croissance sont pour elle manifestes, plus chez les hommes que chez les femmes. L'’alcoolisme des parents peut provoquer la stérilité chez l’un et l’autre sexe jusqu'à la septième génération.

Lombe, de Lausanne, écrit que l'ivresse, même accidentelle, peut produire d'emblée une grave dégénérescence, et Sabatier rapporte ce cas typique d’un homme robuste et sobre qui. ayant passé à boire les trois premières semaines de son mariage, eut de sa femme, neuf mois et demi après. une fille affligée de nystagmus, myopie, étiolée et qui demeura imbécile.

Les statistiques impressionnantes de Bezzola en Suisse montrent que de 1880 à 1890 sur 934.619 naissances on enregistra 18.196 cas où l'enfant était idiot. 50 ‘% de ces cas survenaient chez des conceptions en périodes de carnaval ou de bombances.

Bourneville donne le chiffre de 57 tarés sur mille observations. Lippich, sur 97 enfants conçus en état d'ivresse relève seulement 13 normaux.

Discuret, dans la « Médecine des Passions » rapporte qu’un père sain et sobre avait eu quatre enfants

normaux. Se livrant à l’intempérance, ses descendants sont tarés.

Les recherches de laboratoire de Nicloux ont permis de montrer comment l'alcool pouvait jouer un rôle aussi néfaste. Il prouve que lorsque le sang d’un sujet contient 3 cc. d’alcool absolu par kilogramme de poids du corps, on peut dire qu'il est en puissance d’intoxication.

En principe cet alcool est éliminé en vingt-quatre heures. Mais que devient-il ? Le Professeur Gréhant a établi que c’est dans la première heure qu'il parvient à saturation. Il existe un plateau jusqu'à la cinquième heure, puis le chiffre commence à diminuer.

Ce qu'il y a d’intéressant au point de vue conceptionnel, c’est que non seulement on trouve de l'alcool dans le sang, mais dans le foie, les poumons, le cerveau, les urines, et aussi dans les organes sexuels. Krostich a démontré par ailleurs que l’épithélium séminal lui était particulièrement sensible. C’est ainsi que Nicloux a pu constater dans le sperme humain la présence de 0,60 à 0,16 d'alcool, il en trouvé dans les testicules, la prostate l'ovaire.

À côté de cette influence sur la conception, il n’est pas niable que l’enfant nouveau-né peut se trouver menacé par les habitudes d’intempérance de sa nourrice. Klingemann n'’a-t-il pas écrit que chez certaines femmes s’adonnant à la boisson il a trouvé dans leur lait 0,35 % d'alcool ? Vernay cite des cas de nourrissons allaités par des femmes alcooliques, ayant des crises convulsives.

Erno Deutsch, sur 1.011 enfants examinés à la goutte de lait de Budapest, trouve 17 à 20 % d’enfants normaux nourris par des buveuses, contre 34 à 62 de tarés.

Mais il n’y a pas que l’intoxication aiguë à se manifester ainsi. Pour Sullivan la mortinatalité augmente avec l'ancienneté de l’alcoolisme. Les plus petites doses d'alcool troublent le jeu normal des facultés cérébrales.

En Indre-et-Loire l’alcoolisme joue son rôle comme les autres départements dans la mortinatalité et

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