‹ Physionomie Actuelle de l'Alcoolisme en TouraineChapitre 6 sur 29 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

S’il est un problème répandu, qui, il n'y a guère, aujourd’hui revient inlassablement, interminable leitmotiv, c'est bien celui de l'alcoolisme. Ce n'est pas une expression définie, un visage pathologique connu et accepté : c'est le terme-synthèse de toutes les manifestalions troublant l’économie individuelle, colleclive, nées de l'abus des boissons alcoolisées.

IL s’agit autant de cette accidentelle ivresse, premier seuil à franchir, souvent le seul qui compte pour les honorables, pour la grande foule, que de cette imbibilion sournoise, à éclats rares.

Élevé au plan des grands destructeurs humains, au milieu de la tuberculose, de la syphilis et du cancer, l'alcoolisme, autant qu'eux, ravage la cité, la campagne, fait le siège de la famille, érode l'ordre social. Il se conjugue effroyablement avec certaines tares, s’associe puissamment à d’autres grandes maladies. Il fut jadis un danger latent. De nos jours, il se répand plus largement. Il a pour lui la bienveillance, une complicité tacite d'homme qui boit à homme qui boit. Il est une force dans l’ordre social. Le juge même devient paternel pour l'ivresse qui a rendu criminel.

Il existe une géographie de l'alcoolisme : elle relève de l’économie régionale, de ressources qui varient de département en département. En 1932, la « Médecine Générale Française », sous la direction du Docteur Godlewski, organisait des « Assises départe-

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mentales sur les manifestations cliniques régionales de l'alcoolisme ». Réunies en observations disparates, venues des régions les plus opposées, d’agricultures diverses, les chroniques donnèrent avec méthode le plan de l'alcoolisme français.

Prenant des routes connues, mais qui ont besoin d’inlassable entretien, nous avons essayé dans notre travail de faire le portrait le plus juste de l’alcoolisme dans un département essentiellement vinicole où l’on aime la vie facile, berceau d’historiques bombances, de vignes célèbres. Nulle région mieux que la nôtre pouvait illustrer cette phrase qu'écrivait Bernard Shaw dans la préface de Sainte-Jeanne : « Le vin ordinaire, c’est l’eau potable du Français. »

Malgré l’étroite connexion de la plupart des queslions qui se posaient, nous nous sommes proposé de diviser notre étude.

Après un bref historique, nous étudierons les buveurs, ce qu'ils boivent, la façon dont ils boivent et les influences qu'ils subissent.

Dans une deuxième partie, nous examinerons l’alcoolisme pathologique, ses formes aiguës, ses formes chroniques, nous appuyant sur des statistiques faites en milieu hospitalier, à l’Asile, sur nos observations personnelles.

Enfin, avant de conclure, dans une troisième parlie, nous passerons en revue les rapports de l’alcoolisme dans notre région avec la tuberculose, la syphilis et la natalité.

Nous nous sommes efforcé de rendre cette étude très récente, sans y faire le procès du raisonnable buveur, mais en reproduisant le tableau que peignent ceux qui abusent de l’alcool.

Qu'il nous soit permis de remercier ici tous ceux qui mirent à notre disposition leur complaisance, en particulier MM. les Docteurs Binet, de Châteaurenault ; Bremier, de Loches ; Cuvier, de Saint-Christophe ; Mattray, de Chinon ; Guigner, de Reugny ; Messieurs Constant, directeur des services agricoles d'Indre-et-Loire ; Rimbault : la Direction des serwi-

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