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Les Timides et la Timidité. Alcan

9. Mon ouvrage était déjà composé quand parut La physionomie humaine, par le Dr Way^nbaum (F. Alcan, 1907) dont je ne saurais admettre la théorie, mais qui contient d'intéressants développements sur la physionomie des enfants, des médecins, des aveugles, etc.

Utilisant les plus récentes acquisitions dans le domaine de la physiologie et de la psychologie humaines, je vais tenter à mon tour d'établir un système physioguomonique, non plus fait d'analogies et d'approximations, mais reposant le plus possible sur des bases rigoureusement exactes.

Le principe fondamental de cette physiognomonie scientifique est la grande loi biologique de la solidarité fonctionnelle chez les êtres vivants.

Chaque être vivant, en effet, est une machine compliquée et harmonieuse, dont toutes les parties interdépendantes conservent toujours entre elles pendant leur travail d'étroites et nécessaires relations fonctionnelles. On peut dire que chaque organe exerce sans cesse une influence sur l'économie tout entière, et en revanche, participe également aux variations de toute l'économie.

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Mais il est un organe, en particulier, dont les rapports avec l'ensemble de la machine humaine se présentent comme spécialement riches et délicats : c'est le cerveau.

Notre cerveau, qui clans l'évolution philogénique a centralisé les Jonctions de réflectivité, doit être considéré comme un vaste carrefour de conducteurs nerveux, mis en relations continuelles avec tous les points du corps par des fibres centripètes et des fibres centrifuges, et participant d'autre part, au moyen de la circulation sanguine, à toutes les conditions nutritives de l'économie. Tout ce qui se passe dans l'organisme est transmis jusqu'au cerveau et tout ce qui se passe dans le cerveau retentit sur l'organisme. Le cerveau ne pense jamais sans que le corps ne subisse un contre-coup de cette pensée, et le corps n'éprouve nulle impression, externe ou interne, nulle variation nutritive ou fonctionnelle, sans que le cerveau n'en recueille aussi un écho, conscient ou inconscient.

C'est sur cette étroite dépendance entre le cerveau, siège de la pensée, substratum de la personnalité mentale et du caractère, et entre le corps, enveloppe visible et modifiable du système nerveux, que repose le principe fondamental de la physiognomonie scientifique. Ce sont ces relations fonctionnelles psycho-somatiques qui constituent les rapports du physique et du moral dont les lois seront les lois

mômes de la physiognomonie appliquée. C'est la valeur objective et expérimentale de ces rapports qui confère à celle-ci toute sa raison d'être et toute sa légitimité.

Nombreux et persuasifs sont les exemples à citer pour illustrer ces principes. Nous distinguerons les actions centripètes, c'est-à-dire les influences de l'organisme sur le cerveau, et les actions centrifuges, c'est-à-dire les influences du cerveau sur l'organisme.

Actions centripètes

En règle générale, on peut dire que tous les états de conscience représentés dans le cerveau ont leur origine dans l'organisme, soit qu'ils prennent leur source dans les profondeurs des viscères, comme les besoins et les émotions, soit qu'ils proviennent des terminaisons réceptrices des appareils sensoriels, comme les sensations : et que tout état de conscience n'est en somme qu'un reflet, perçu ou remémoré, d'un état corporel.

Dans le domaine de la sensibilité diffuse, cette nuance affective habituelle qu'on nomme l'humeur, n'est que la perception cérébrale de la nutrition générale de l'organisme, la cœnesthèse de la vie cellulaire de notre corps. Une nutrition prospère, une

circulation riche des tissus, une activité harmonieuse des organes, confèrent la bonne humeur, le bienêtre, l'euphorie, la joie. Une nutrition précaire, une irrigation indigente, un déséquilibre viscéral engendrent la mauvaise humeur, le malaise, la tristesse. Les bilieux dont les tissus s'imprègnent de sécrétion hépatique sont irritables et pessimistes1. Les lymphatiques, comme infiltrés de tissu cellulaire et graisseux lâche, sont phlegmatiques, indolents, mous. Les sanguins, au contraire, abondamment arrosés de sang rouge, sont actifs, optimistes, joyeux. Toutes ces conditions corporelles retentissent d'une façon non douteuse sur la tonalité affective ; et déjà, d'après l'apparence superficielle des tissus visibles, pourra-t-on préjuger de l'orientation générale du caractère.

Parmi ces actions centripètes, ces influences qui vont du corps au cerveau, j'accorde une importance

i. Voici les intéressantes considérations formulées par MM. Gilbert et Lereboullet, sur YEtat mental des cholémiques, c'est-à-dire des sujets dont le sang contient de la bile: « Souvent la cholémie paraît exercer une action excitante et plutôt favorable sur le fonctionnement cérébral. L'activité intellectuelle est vive, la volonté est tenace et va droit au but ; fréquemment, toutefois, le caractère est facilement emporté ; ces cholémiques sont irritables, agités, et d'une nervosité extrême. Ils ont une hyperexcitabilité cérébrale que l'on peut rapprocher de l'hyperexcilabilité périphérique se manifestant chez eux du côté de la peau (chair de poule), ou des nerfs et des muscles (hyperexcitabilité mécanique ou électrique). Dans bien des cas ils ont pourtant déjà, malgré leur apparence de santé, une tendance à la tristesse qui les empêche d'être satisfaits du présent, et les laisse inquiets pour l'avenir. » Société médicale des hôpitaux, 28 juil— «t iQo/j.

PRINCIPE DE LA PHYSIOGNOMONIE SCIENTIFIQUE 3i

primordiale à celles qui proviennent des masses musculaires. En effet, les états musculaires prennent une part étendue dans le tableau de la cœnesthèse, -dans la constitution de l'élat affectif fondamental des sujets. La tension plus ou moins grande des fibres, le tonus musculaire, contribue spécialement à donner le sentiment de légèreté ou de lourdeur du corps. Pour des muscles bien tendus, en imminence physiologique de contraction, tout mouvement semble facile, tout déplacement est aisé. Pour des muscles relâchés, inertes, au contraire, tout déplacement devient pénible, tout geste nécessite un effort. Aussi est-ce à l'état de tension ou de relâchement des muscles, au degré du tonus musculaire, que se rattache étroitement l'exercice de la volonté. Le système musculaire me paraît être la base somatique, l'instrument objectif de la volonté, comme les vaisseaux cl les viscères sont la base somatique, les organes objectifs de l'émotivité. C'est assurément des états musculaires que dépendent la promptitude et l'énergie des volitions qui se réalisent : des muscles mous agissent lentement et mollement, des muscles durs agissent vite et fort.

Aussi chaque fois qu'augmente le tonus musculaire, voyons-nous l'exécution volitive devenir brusquement instantanée, impulsive, comme chez les alcooliques et les épileptiques, par exemple, et chaque fois que diminue le tonus musculaire, l'exé-

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cution volitive se fait hésitante, irrésolue, indécise. C'est ce qui se passe dans les états de dépression, comme la tristesse physiologique étudiée par M. Dumas1, où la volonté chancelle, titube, se déconcerte au moindre obstacle. L'expérience de Mûnsterberg corrobore d'une façon élégante l'exactitude de cette théorie. Elle démontre que plus un sujet est psychiquement déprimé, plus se rétrécit l'amplitude de ses mouvements extenseurs, nécessitant toujours un effort pour vaincre la tonicité plus grande des fléchisseurs, et elle permet ainsi de mesurer par une trajectoire le degré d'asthénie neuro-psychique.

Voici comment M. Ribot décrit cette expérience : « Mùnsterberg, au Congrès International de Psychologie de Londres (1892), a communiqué les expériences suivantes sous le titre de Fondement psychologique des sentiments. On trace avec la main droite une ligne de 10 centimètres de longueur. Quand on est bien exercé à ce mouvement, on essaie de le répéter les yeux fermés en dirigeant la main de droite à gauche, par un mouvement de flexion centripète ; puis de gauche à droite, par un mouvement d'extension centrifuge. On commet, en pareil cas, des erreurs, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Répétons les mêmes expériences sous l'influence de

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