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LA FACE

Les muscles de la face présentent cette particularité spéciale qu'au lieu de s'insérer par leurs deux

Fig. 5. — Muscles de la face.

extrémités, comme les autres muscles du corps, sur des surfaces osseuses, ils ne s'insèrent sur le squelette crânien que par l'une de leurs extrémités, tandis que l'autre extrémité s'insère à la face profonde de la peau. Ce sont donc, pour celte raison, des mus-

cles peauciers, comme on les appelle. Grâce à cette disposition, les muscles, en se contractant, déplacent la peau, y forment des plis, y creusent des rides, confèrent à la face son modelé expressif et la mobilité de sa mimique. Telle est la condition essentielle qui préside aux expressions de la physionomie.

Nous allons passer en revue les muscles de la face et indiquer leurs actions expressives1.

Le Muscle Frontal (n° 3) recouvre le front, et en se contractant, élève les sourcils et creuse sur le front des plis horizontaux.

Le Muscle Pyramidal (n° 4), languette charnue occupant la partie supérieure du dos du nez et sa racine, produit en se contractant, le froncement des sourcils,

Muscle orbiculaire des paupières (n° 5). — Ce muscle a la forme d'un anneau plat situé dans l'épaisseur des paupières, qui se décompose physiologiquement en deux anneaux concentriques, l'un intérieur, portion palpébrable, l'autre extérieur, portion orbitaire, qui peuvent se contracter séparément. De plus, les deux moitiés inférieure et supérieure de l'anneau ont également une contractibilité indépendante.

Voici l'action de ces quatre segments musculaires:

l. Je n'ai pas cru devoir rappeler les insertions de ces muscles qu'on trouvera dans tous les Traités d'anatomie, et aussi dans l'excellent livre de M. Cuyer, la Mimique, que j'ai suivi pour cet exposé anatomique.

ioo PHYSIONOMIE ET CARACTÈ1 E

La portion palpébralc supérieure abaisse la paupière supérieure ; la portion palpébrale inférieure élève la paupière inférieure ; contractées simultanément, ces deux portions rétrécissent la fente de l'œil.

La portion orbitaire supérieure abaisse le sourcil ; la porlion orbitaire inférieure élève la peau de la joue ; contractées simultanément, elles rapprochent le sourcil de la joue.

Muscle sourcilier. — Court et étroit, situé au niveau du sourcil et recouvert par le frontal et Torbiculaire, ce muscle d'après Duchenne de Boulogne aurait pour effet de tirer en dedans et en haut la tête du sourcil, dans l'expression de la douleur.

Muscle élévateur de la paupière supérieure. — Situé dans la cavité orbitaire, ce muscle se fixe dans l'épaisseur de la paupière supérieure, qu'il élève ne se contractant pour ouvrir les yeux. Il est, on le voit., antagoniste de la moitié supérieure de l'orbiculaire.

Muscles droits et obliques de l'œil. — Je signale seulement sans les décrire les quatre muscles droits fixés au globe de l'œil, qui ont pour fonction de diriger celui-ci en haut, en bas, à droite et à gauche; et les deux muscles obliques qui font tourner le globe oculaire sur lui-même selon un axe approximativement antéro-postérieur.

Muscles grand et petit zygomatiques (nos 6-7). — Ces deux muscles, parallèles, vont de la pommette à

la lèvre supérieure, à la commissure pour le premier, clans la région voisine pour le second. En se contractant, ils élèvent la lèvre supérieure et la commissure et les attirent en dehors.

Muscles élévateurs internes et externes de la lèvre supérieure et de l'aile du nez (nos 8, 9). — Ces deux muscles, qui ont une action semblable indiquée par leur nom, s'insèrent en haut, sur le maxillaire supérieur, et en bas sur l'aile du nez et à la lèvre supérieure.

Muscle canin (n° 12). — Situé sous l'élévateur externe et le petit zygomatique, il se fixe en haut à la fosse canine pour se terminer dans la commissure labiale qu'il élève en l'entraînant en dedans.

Muscle transverse du nez (n° 10). — Jeté comme une sangle sur l'arête nasale, ce muscle élève Faile du nez, en dilatant la narine.

Muscle dilatateur des narines (n° 11). — Très mince, ce muscle recouvre l'aile du nez qu'il écarte en dilatant la narine.

Muscle myrtiforme. — Situé profondément, il abaisse l'aile du nez en rétrécissant les narines. 11 est donc antagoniste des deux précédents.

Muscle orbiculaire des lèvres (n° i/i.) — Entourant l'ouverture buccale comme un anneau, ce muscle se décompose physiologiquement en deux parties concentriques : la portion externe, qui, en se contractant, arrondit la bouche et projette les lèvres en

Joa PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE

avant; la portion interne qui resserre les lèvres fortement et les pince en dedans.

Muscle buccinateur (n° i3). — Situé dans l'épaisseur des joues, ce muscle attire en dehors les commissures labiales en allongeant la fente buccale. C'est lui qui constitue la paroi musculeuse des joues et les comprime dans le jeu des instruments à vent.

Risorius de Santorini (n° 22). — Petit muscle grêle, allant de la parolide à la commissure labiale, il produit par sa contraction un allongement de la fente buccale semblable à celui dû au buccinateur.

Muscle triangulaire des lèvres (n° i5). — Ce muscle, situé sur les parties latérales du menton, attire la commissure labiale en bas et en dehors.

Muscle carré du menton ou do la lèvre inférieure (n° 16). — Ce muscle, situé sous le précédent, s'insère sur toute l'étendue de la lèvre inférieure qui par sa contraction, est abaissée, tendue transversalement et renversée en avant.

Muscles de la houppe du menton (n° 17). — Dans l'intervalle des deux muscles carrés se trouvent en avant du menton deux faisceaux charnus, conoïdes : les muscles de la houppe du menton. Juxtaposés l'un à l'autre sur leur ligne médiane, ils froncent et élèvent le menton ainsi que la lèvre inférieure qui est un peu renversée en avant.

A ces muscles peauciers, il faut ajouter les mus-

LES ATTITUDES EXPRESSES io3

cles masticateurs, dont les saillies interviennent dans le modelé de la face.

Muscle Temporal (Fig. 6 n° i). — Ce muscle, par sa contraction que révèle le renflement des tempes, rapproche fortement les mâchoires et serre les dents.

Fig. G. — Muscles masticateurs

Muscle masséter (Fig. 6 n° 3). — Son action est identique à celle du temporal. Sa saillie est visible à la partie inférieure et postérieure de la joue.

Muscles ptérygoïdiens interne et externe. Je

signale seulement pour mémoire, ces deux muscles ayant peu d'importance dans la mimique et dont l'action séparée imprime à la mâchoire des mouvements de latéralité.

io4 PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE

En résumé, chacun des trois orifices de la face, œil, nez, bouche, possède un double système de muscles antagonistes, présidant à la fermeture et à l'ouverture de l'orifice.

Ce sont, pour l'œil :

Ouverture : élévateur de la paupière supérieure. Fermeture : orbiculaire des paupières.

Pour les narines :

Ouverture : transverse du nez, dilatateur desnarine?. Fermeture : myrtiforme.

Pour les lèvres :

Ouverture : grand et petit zygomatique, buccinateur, risorius.

Fermeture : orbiculaire des lèvres.

De plus, les parties molles voisines de chaque orifice peuvent être modifiées par la contraction de certains muscles. C'est ainsi que le sourcil est élevé par le frontal, abaissé par le pyramidal, que les narines sont élevées par les élévateurs.

Enfin la bouche, par le jeu de ses muscles, prête à de nombreuses variations de forme : les lèvres sont avancées par la portion externe de l'orbiculaire, serrées par la portion interne, élevées par les élévateurs, allongées par le buccinateur et le risorius, renversées en avant par le carré et la houppe du menton, et leurs commissures sont élevées par le canin, abaissées par le triangulaire. Cette grande souplesse des lèvres qui était nécessaire pour les

LES ATTITUDES EXPRESSIVES io5

fonctions de la tetée, de la préhension des aliments, de l'articulation du langage, favorise également le jeu de la mimique. Aussi la bouche est-elle l'organe le plus éloquent des expressions é.motionnelles.

A l'aide de ces données anatomiques, nous avons à étudier maintenances attitudes expressives de l'œil qui comprennent celles du sourcil, des paupières et du globe oculaire ; des narines ; de la bouche. Nous les envisagerons d'abord séparément, puis nous passerons en revue leurs diverses combinaisons et les expressions complexes qu'ellesfournissent.

Attitudes de l'œil.

i° Sourcils. — Position moyenne. — Dans sa position moyenne, le sourcil indique le calme, la tranquillité d'esprit, l'indifférence et aussil'insignifiance.

Un sujet paisible, que rien ne préoccupe et ne trouble, voici ce que révèle un sourcil en position moyenne. L'insignifiance parfaite de certaines physionomies, derrière lesquelles on ne devine ni intérêt, ni émotion, ni préoccupation d'esprit, et même ni intelligence, tels que certains visages de femme, d'employés ou de fonctionnaires, provient en grande partie du relâchement et de l'immobilité de la région sourcilière.

io6 PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE

Elévation du sourcil. — Cette élévation peut être totale ou partielle.

Lorsqu'elle est totale, cette élévation., due à la con traction du frontal, détermine des rides horizontales sur la peau du front et donne au visage l'expression de la surprise ou de l'attention extérieure. Cette at-

pIG 7. '. Élévation totale des sourcils et rides horizontales du Iront.

titude habituelle appartient soit à des sujets observateurs par profession, tels que les peintres, dont le front est toujours précocement ridé, soit à des individus naïfs et enclins à la surprise continuelle, soit encore, d'après mes remarques personnelles, à des individus, irrésolus et incertains, manquant de confiance en leur jugement. C'est aussi l'expression des malades atteints d'une paralysie agitante ou maladie de Parkinson.

Quand la tète seule du sourcil est relevée, pro-

(luisant des rides horizontales à la partie médiane du front et quand les sourcils sont froncés à la racine du nez, le visage prend l'expression de l'anxiété, de la souffrance ou de la frayeur, selon que l'œil est normal, mi-clos ou très ouvert.

Un sujet qui porte habituellement cette attitude

Fig. 8. — Front anxieux.

est un caractère anxieux, tourmenté, d'une volonté tiraillée et inquiète. Ce signe est un des plus précis et des plus significatifs de la physiognomonie \ On le rencontre ordinairement chez les mélancoliques anxieux, désigné sous le nom d' « Oméga mélancolique ».

D'après certains auteurs, l'élévation de la pointe

I. Voir les considérations de Darwin dans L'expression des émotions, p. 191 et pour le mécanisme musculaire de cette expression, la discussion de Guyer, p. 1 1 4 •

io8 PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE

du sourcil indiquerait un tempérament lubrique et des désirs licencieux. Il est à remarquer, en effe', que la tradition attribue toujours aux faunes et aux satyres ainsi qu'au type de Méphistophélès des sourcils à la pointe relevée. J'avoue n'avoir pas personnellement vérifié assez celte interprétation pour me porter garant de son exactitude.

Abaissement du sourcil. — Quand le sourcil s'abaisse, il lend à devenir linéaire en même temps que le front devient lisse, et que l'espace intersourcilier se fronce : c'est l'expression de la contention d'esprit, de l'attention intérieure, de la réflexion, de la méditation et aussi, lorsque d'autres signes s'y joignent, de la mauvaise humeur, de la colère et de la méchanceté.

Les rides verticales de l'espace intersourcilier se rencontrent, d'après Piderit 1 i° chez les hommes qui ont éprouvé des contrariétés et des malheurs, ou qui souffrent de maladies douloureuses (migraine, mélancolie, etc.) ; 20 chez des hommes facilement de mauvaise humeur, agacés ou colères ; 3° chez d'actifs penseurs ; 4° chez des hommes aux yeux sensibles ; 5° chez des myopes ; 6° dans certaines professions, chauffeurs, fondeurs, forgerons, marins, etc., où l'abaissement du sourcil a pour but de protéger les yeux.

Ce sont les attitudes simultanées du nez et de la

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