SG PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE
richesses, le pouvoir et la gloire à travers toutes les aventures les plus osées et les plus périlleuses.
Les bilieux sont les volontaires des classifications des caractères.
Les Nerveux.
Parmi les différents types humains, les nerveux nous apparaissent comme formant une classe à part par la prépondérance des fonctions nerveuses sur les autres fonctions de l'organisme. Chez eux ne dominent ni l'irrigation sanguine, ni la musculature, ni le tissu conjonctif, etc ; mais l'intensité et la profondeur de leurs réactions nerveuses. Ils ont en o-énéral les tissus fins, le teint blanc, les muscles modérément développés ; tout en eux présente quelque chose de délicat et d'affiné : ils forment assurément l'aristocratie de l'humanité.
Mais parmi les nerveux, je distinguerai deux catégories, selon les qualités mêmes de leurs réactions nerveuses: les premiers, que j'appelle des nerveux hyposthéniques, sont doués d'une diminution de la tension nerveuse ; les seconds, que j'appelle des hypersthéniques sont doués d'une augmentation de la tension nerveuse.
Examinons-les séparément.
A. — Nerveux hyposthéniquès.
Aspect physique. — Ces sujets sont caractérisés par une diminution de la tension nerveuse, par de l'hyposthénie neuro-psychique.
Ils ont en effet des réflexes lents et faibles, des fonctions respiratoires et circulatoires amoindries, des gestes rétrécis, la voix grêle et mal timbrée, la main froide et inerte.
A la face, le teint est pâle, les traits tombants, le regard mélancolique, la bouche pincée et amère, les joues minces, le menton pointu.
C'est le tempérament d'épargne par excellence, où la réserve nerveuse est pauvre et exige un très long temps de réparation: aussi le sommeil prolongé estil indispensable.
Caractère. — L'état mental reflète cette hypotonie physiologique. L'humeur de ces sujets est triste, chagrine. Ils sont taciturnes, ombrageux, craintifs et défiants. Pessimistes, ils voient le monde en noir, manquent de confiance dans les autres et en euxmêmes. Timides et sauvages, ils aiment la solitude et les méditations amères. Pourtant, jaloux et orgueilleux, ils souffrent cruellement d'être méconnus. Souvent ils sont enclins aux scrupules et aux doutes.
Chez eux, les sentiments sont longs à s'implanter,
niais en revanche ils sont tenaces : aussi sont-ils fidèles en amour, comme en haine. Leur sensibilité est très vive, et ils passent tour à tour par toutes les détresses et toutes les exaltations. Mais cette impressionnabilité est tout intérieure : il ne s'en manifeste rien au dehors. Troublés par les plus violentes émotions, ils demeurent en apparence calmes, impassibles. Mais combien ce calme est différent de l'apathie des lymphatiques ! Alors que ceux-ci sommeillent dans une indolence inerte, les nerveux hyposthéniques dissimulent sous leur masque froid les pires orages intérieurs. Ce sont essentiellement des sensitifs concentrés.
Leur activité est médiocre et restreinte. Ils répugnent au mouvement, à l'agitation, à l'effort, à toute dépense d'énergie physique. Leur volonté peut être très grande, mais elle est surtout une volonté d'inbibition, et lorsqu'ils se décident à agir, ils poursuivent leur but moins par des actions brusques et catégoriques, que par une longue suite de petits faits persé vérants. Nullement impulsifs, la prévoyance et la circonspection leur sont habituelles : et lorsqu'ils prennent une résolution, ce n'est qu'après de sérieux calculs et une mure réflexion.'
En définitive, ce sont des sujets chez lesquels domine la vie intérieure, tant au point de vue affectif qu'à celui de l'intelligence. Le dédoublement du moi est chez eux très fréquent. Aussi leur esprit
méthodique, analytique et réfléchi est-il particulièrement propre aux travaux qui exigent de la patience, de la ténacité, de l'érudition. C'est parmi ces intellectuels abstraits que se recrutent savants, philosophes et penseurs. Ajoutons, en terminant, qu'ils sont des candidats naturels à la neurasthénie.
Les nerveux hyposthéniques sont les mélancoliques des anciennes classifications des caractères.
B. — Nerveux hypersthéniques.
Aspect physique. — Ceux-ci, au contraire, sont doués d'une augmentation de la tension nerveuse.
Leurs réflexes sont brusques et intenses, leurs fonctions respiratoire et circulatoire sont actives, leurs gestes rapides, leur voix aiguë et saccadée, leur parole abondante, leur main chaude et frémissante. Leur sommeil est léger, agité, entrecoupé de rêves et de cauchemars.
Ils ont la physionomie animée, expressive, le teint facilement variable selon les émotions, les yeux pétillants, la bouche tiraillée et mobile.
C'est un tempérament de dépense, mais non de dépense régulière et soutenue comme lessanguins, mais procédant par feux de paille, par accès d'excitation suivis de période de fatigue et de dépression.
Les nerveux hypersthéniques n'ont pas de longue
résistance à la fatigue : ils manquent de fond. Se soutenant par une série de coups de fouet, ils vivent sur leurs nerfs.
Ce sont les nerveux proprement dits des anciennes classifications.
Caractère. — Au mental, ce sont des émotifs, des imaginatifs, des instables. Ils ressentent vivement, mais brièvement leurs impressions, et celles-ci se manifestent bruyamment au dehors par la mimique, le langage et la gesticulation. Les événements les secouent fortement, mais leurs émotions passent vite. Affectueux, démonstratifs, exubérants, mais inconstants, on ne peut guère compter sur la fidélité de leurs sentiments. Plus vaniteux qu'orgueilleux, ils tiennent beaucoup à briller, à éblouir, à recueillir les hommages et les compliments de la foule.
Leur volonté est saccadée, impulsive, inégale. Manquant de calme, de réflexion, de prudence, ils agissent le plus souvent par poussées émotionnelles, successives et parfois contradictoires.
Leur intelligence est vive, brillante, dominée par la faculté de représentation sensorielle, par l'imagination. Ce sont des intellectuels concrets. De là, leur prédisposition pour les arts, peinture, musique, poésie, théâtre. Ils sont éminemment suggestibles
En somme, les hypersthéniqucs, comme les hyposthéniques, sont des sensitifs : mais chez eux les émotions s'extériorisent au dehors, au lieu de de-
meurer en dedans. Ils sont candidats naturels à l'hystérie.
Tels sont les quatre grands types de tempéraments simples. Ils se rencontrent fréquemment à l'état pur, et il suffît de jeter un regard autour de soi au milieu d'une foule, pour en apercevoir des spécimens vivants.
D'une façon générale, il semble que les tempéraments bilieux et sanguins soient plus fréquents chez les hommes, le lymphatique plus fréquent chez la femme. Par contre, chez celle-ci le bilieux est le plus rare. Mais bien plus nombreuses, dans la réalité, se rencontrent les formes mixtes, faites de l'association de deux ou même de trois tempéraments simples. C'est ainsi qu'on verra des lymphatico-sanguins, des bilio-sanguins, des bilio-sanguins nerveux-hypersthéniques etc., Naturellement, les formes mixtes participent aux qualités des types composants, tant pour l'aspect physique que pour l'état mental. En utilisant les indices très nets que j'ai décrits, il sera aisé de faire le diagnostic de la combinaison et d'en déduire les conséquences psychiques. On reconnaîtra aisément d'après le coloris de la peau et les qualités des tissus, un bilio-sanguin, un lymphatico-sanguin, et d'après la mimique et la gesticulation un sanguin nerveux-hypersthénique, un lymphatique nerveux hyposthénique.
9a PHYSIONOMIE ET CARACTÈRE
Parmi ces combinaisons de tempéraments, certaines sont plus fréquentes que d'autres, certaines plus rares, quelques-unes même s'excluent entièrement. Ainsi, les lymphatico-sanguins sont des plus nombreux, les bilio-sanguins moins abondants. Par contre, je n'ai jamais vu de lymphatico-bilieux, car ces deux formes* de la nutrition semblent se combattre et se neutraliser réciproquement. Les associations d'un modede nervosisme avec un des tempéraments fondamentaux sont des plus riches. Chacun de ceux-ci peut également se combiner au tempérament nerveux avec hyper- ou hyposthénie.
Quelle est l'origine de ces variétés de tempérament ?
D'abord l'hérédité, et surtout l'hérédité de race, y joue le premier rôle. Les races du Nord appartiennent naturellement aux types lymphatiques et sanguins, les races du Midi au type bilieux, bien que, depuis la multiplication des moyens de communication et le cosmopolitisme grandissant, les croisements et les mélanges de races, et par suite de tempéraments, se fassent de plus en plus nombreux.
Puis l'hérédité pathologique vient aussi imposer son influence. Les fils de nerveux deviennent le plus souvent des nerveux eux-mêmes. Les parents lymphatiques et scrofuleux donnent naissance à des rejetons marqués de la même diathèse.
Enfin, le régime de vie exerce une action considérable sur la nutrition des individus. C'est à cette action qu'on peut attribuer le plus souvent les caractères secondaires des tempéraments, qui sont alors des caractères acquis.
L'expérience montre et prouve en effet que la vie au grand air, par la stimulation des fonctions respiratoires et circulatoires, tend à développer le tempérament sanguin. J'ai pu constater celte transformation dans plusieurs cas, chez d'anciens camarades d'étude devenus officiers, et qui lymphatiques et hyposthéniques à l'école sont devenus aujourd'hui des sanguins purs sous l'influence de la vie militaire.
Au contraire, prenez un sanguin, plongez-le dans une arrière-boutique obscure ou au fond d'un bureau humide ; bientôt son teint pâlira, sa richesse sanguine s'appauvrira, ses gestes et sa voix perdront leur plénitude : et au bout de quelques années vous en aurez fait un nerveux.
En général, on peut dire que la vie sédentaire des villes, au milieu d'une atmosphère toxique, parmi la fièvre de l'effort intellectuel et les soucis de la concurrence vitale, en affinant les individus, en altérant leur prospérité organique, tend à surajouter à leur tempérament fondamental l'une des formes du tempérament nerveux. Dans ces cas, les hommes surmenés par leurs occupations professionnelles deviennent plus fréquemment des hyposthéniques, tandis
que les femmes surexcitées par l'agitation mondaine, les plaisirs, les tentations, deviennent des nerveuses hypersthéniques.
Toutefois, malgré ces déviations du type fondamental, il sera toujours aisé d'en retrouver les indices. Chez un nerveux, devenu sanguin par la vie champêtre, on constatera toujours, sous le haie et le coloris des joues, les tissus fins, les traits délicats du visage, les formes grêles du corps ; comme chez un sanguin, devenu nerveux par l'habitat urbain, on saura, malgré la décoloration de la peau, la mobilité de la mimique et de la gesticulation, retrouver les traits larges, les formes arrondies du tempérament initial.
Les muscles du corps se trouvent toujours, même au repos, dans un certain degré de tonicité qui constitue un état d'équilibre statique. Ces attitudes musculaires nous fournissent d'importantes révélations physiognomoniques. Elles nous renseignent d'une part sur l'état de tonicité des muscles qui, nous l'avons vu, joue un rôle essentiel dans la cœnesthèse et dans l'exécution de la volonté. Et d'autre part, par leurs combinaisons, elles réalisent, comme l'a montré Piderit et comme l'admet Darwin, des expressions mimiques habituelles traduisant des émotions et des sentiments habituels. Bien que ces expressions soient le plus éloquentes et le plus finement significatives à la face, celles du corps et des membres ne sont pas à négliger. Nous les étudierons successivement.
Hartenberg. — Physionomie.