‹ Physionomies de saintsChapitre 22 sur 72 · L4 FIN DE MARS · texte numérisé non relu

L4 FIN DE MARS

Il y a tant de choses à dire sur la fin de mars, jue cous nous trouvons dans la nécessité de choiîir. C'est la fête de l'Annonciation ; mais c'est lussi la fête de l'Incarnation. Car l'Incarnation, iprès l'Annonciation, ne s'est pas fait attendre ; î'est donc la fête de ce moment suprême, prédit iepuis tant de siècles, c'est la fête désirée par les patriarches et les prophètes, celle dont Abraham a désiré de voir le jour. L'Incarnation était ippelée par toutes les grandes voix inspirées ][u'avait entendues le monde; et les gentils euxmêmes, agités par un instinct confus, la désiraient sans la connaître. Virgile élevait la voix au miheu les angoisses et des espérances du monde païen; ît la Sybille rendit des témoignages qui sont acceptés. L'églogue de Virgile a cela d'étrange qu'elle part du centre même de la civilisation, du centre poli et lettré. Souvent les hommes civilisés, raffinés et instruits, dans le sens vulgaire de oe dernier mot, sont plus sourds et plus muets que les foules ignorantes, quand il s'agit d'ins-

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tinct divin. Cependant le bruifc sourd qui se faisait dans le monde fut entendu au pied du trône d'Auguste, dans cette Rome fière d'elle-même, occupée de sa gloire et pleine de sa vanité. Virgile n'était pas dans les conditions où l'on entend les choses profondes. Pourtant il se chargea de rendre témoignage et de dire en vers élégants qu'il avait entendu quelque chose. Plus loin Isaîe, Jérémie, Ezéchiel, Daniel, le grand Daniel, l'homme de désirs. Et Balaam? Que dire de ce personnage extraordinaire, qui parlait malgré lui? Et Abraham, et Isaac, et Jacob, et Israël ? Dans l'intervalle Moïse.

Toutes les grandes voix s'étaient donné un rendez-vous suprême. L'écho de toutes les montagnes, de toutes les vailées, de toutes les collines, répétait la même promesse. Il répétait et ne se répétait pas; car la promesse, uniforme en ellemême, variait sans cesse dans les points de vue, dans les aspects, dans les paroles, dans les détails. C'était la même promesse ; mais elle ne retentissait pas partout de la même manière : l'écho des montagnes n'est pas celui des vallées. Elle disait toujours la même chose, et jamais ne se ressemblait à elle-rnême.

Que dut-il se passer dans l'âme de la Vierge, quand l'ange lui apparut? quand l'ange, lui apparaissant, lui apprit que le moment était venu, le moment que son désir avait appelé après tant d'autres désirs ? Mais que dut-il se passer dans l'âme de la Vierge, quand l'ange lui annonça que

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le moment était venu non-seulement pour elle, mais par elle, que c'était elle, elle-même, qui était la Mère du Messie ? Et non-seulement il lui annonça la chose, mais il la lui proposa. Il attendit son acceptation. Le cardinal de Bérulle fait ici une assez singulière remarque. Il constate que rien n'était plus facile à Marie que de deviner qu'elle était elle-même la Mère du Messie. Elle savait les promesses; elle savait que les temps de l'accomplissement étaient venus ; elle savait que le Messie sortirait de la maison de David; elle savait qu'elle était de la maison de David. Elle savait (Ti'iuie Vierge concevrait et enfanterait. Elle sav ut qu'elle avait fait \ œu de virginité, et qu'elle était la seule qui eût fait ce vœu contraire aux pensées des Juives. Elle pouvait voir se réunir sur sa tête prédestmée toutes les conditions requises pour cette prédestination ; elle pouvait voir converger vers elle tous les rayons de la lumière prophétique. Eh bien! elle ne voyait pas! elle ne comprenait pas! Elle ne savait pas ! elle ne devinait pas ! elle était aveugle sur elle-même et ne reconnaissait pas en elle la personne désignée, quoiqu'elle connût foutes les clauses de la désignation. On dit même qu'elle demandait comme un honneur suprême d'être la servante de la Mère du xMessie et que l'idée d'en être elle-même la Mère ne s'était pas présentée à son esprit.

Quoi qu'il en soit, elle dit : Fiat!

Une ancienne tiadiLion veut que le mo.ide ait

été créé en Mars. Le Fiat lux avait retenti dans ce mois. Le mot Fiat est plein de mystères, et ce sont des mystères de création ou des mystères de rénovation. Ce isont aussi des mystères de consommation; car la fin du monde pourrait avoir lieu à l'époque de la création du monde. Quoi qu'il en soit de ce dernier point, il est bien remarquable que le mot Fiat ait donné à la lumière naturelle et à la lumière surnaturelle l'ordre ou la permission de briller. A peu près à la même époque, à peu près au moment où le Fils de Dieu s incarna et où le Fils de Dieu mourut, se groupent quelques personnages dont la fête, presque ignorée, se place un peu capricieusement : par exemple Melchisédech, Isaac, le bon Larron. Leurs fêtes varient du 25 mars au 15 avril. Les Ethiopiens, honorent Melchisédech le 12 avril et Isaac le i" mai; mais d'autres placent ces fêtes moins loin. Le bon Larron arrive aussi vers le temps de Pâques; mais le jour est incertain.

Ces personnages, grands et mystérieux, sont groupés autour des jours où le Sauveur s'incarne et meurt, parce qu'ils ont avec lui de profondes et mystérieuses relations.

Qu'est-ce que Melchisédech? Personne ne lésait au juste. Mais sa grandeur, constatée par saint Paul, semble attestée, témoignée, glorifiée parle mystère même où est plongé son nom. Il est sans père et sans mère, sans généalogie. Le voisinage où il est de l'éternité permetdele déclarer sans commencement et sans fin. Quelle attitude sublime que la

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