CONVERSION DK SAINT PAUL
OU de la chose changée soit aussi complet que rapide et aussi durable que soudain.
Et c'est parce que saint Paul nous offre ces caractères, que nous lui savons gré des procédés dont Dieu a usé envers lui. Nous lui savons gré de ne pas nous faire languir dans les à-peu-près. Aussi le chemin de Damas est resté dans la mémoire des hommes, non-seulement comme un lieu historique, mais comme une locution proverbiale. Et c'est là un grand signe : trouver son chemin de Damas, c'est être frappé, averti, converti, foudro3'é. Quand un fait a envahi le langage humain sous la forme du proverbe, c'est qu'il a répondu à quelqu^un des désirs intimes de l'homme .
Tout près de Damas, à dix minutes de la porte du Midi, on voit encore une douzaine de tronçons de colonnes, tous couchés dans le même sens. Ce lieu, qui est un j»eu élevé, ressemble à un monticule de décombres. C'est là que saint Paul fuf renversé. Les chrétiens s'y rendent tous les ans en procession le 25 janvier. De là saint Paul entra dans la ville et prit la rue qu'on appelle la rue Droite ; la porte de saint Paul est appelée par les habitants porte Orientale. L'ancienne porte, dit Mgr Mislin, est encore très reconnaissable. Elle a trois arcs, qui reposaient sur des pihers très forts. Au-dessus s'élevait une tour.
Saint Paul sur le chemin de Damas était bien, en apparence, dans les plus mauvaises dispositions possibles pour être converti. Il respirait la menace et le meurtre. Il avait soif du sang des chré-
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tieus. Le sang de saint Etienne était sur lui ; saint Etienne, l'innocent jeune homme qui ne semblait fait pour inspirer aucune antipathie ; saint Etienne, son camarade d'enfance, son parent ; saint Etienne avait été lapidé sous ses yeux, de son consentement, avec son aide. Paul gardait les vêtements des bourreaux. Qui sait même si l'envie, cette chose hideuse , n'avait pas armé sa main ? Qui sait si le dépit de n'avoir pu répondre à saint Etienne, avec qui il avait discuté, n'était pas pour quelque chose dans la haine de Paul ? Paul était pharisien. De quoi les pharisiens ne sont-ils pas capables ?
Paul appartenait à la secte maudite contre laquelle s'éleva l'indignation directe et spéciale de Jésus-Christ. Quand les bourreaux de saint Etienne déposèrent leurs habits aux pieds de Paul, ils voulurent par là témoigner publiquement que c'était de lui, comme représentant du conseil, qu'ils tenaient le droit de lapider le martyr. Ils jetaient sur Paul la responsabilité solennelle et officielle de l'exécution. D'après une tradition rapportée par saint Jérôme, ce fut dans cette contrée que Gain tua son frère. Le premier homme qui fut tué par un homme et le premier martyr chrétien qui fut tué par un Juif [)érirent au même endroit. La mort de saint Etienne emprunte à ce rapprochement un caractère particulier, et le voisinage de Gain assombrit encore la figure de Paul.
Avec la haine, Paul avait l'orgueil, et quel or-
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giieil ! L'orgueil pharisaVque ! l'orgueil qui s'oppose si directement et si spécialement à la grâce; l'orgueil qu'on pourrait appeler l'ennemi personnel de la lumière. A peine instruit dans l'Ecriture, saint Paul était entré spontanément dans la secte des pharisiens. L'orgueil était entré, dès sa jeunesse, dans la moelle de ses os ; avec l'orgueil et la haine il portait le blasphème sur ses épaules. Il était blasphémateur et instigateur du blasphème et persécuteur de la vérité. Toutes ces choses étaient entretenues et exaspérées en lui par un souffle de fureur ardent, féroce, implacable. Ce n'était pas la fureur qui se satisfait quand elle crie ; c'était une fureur sanguinaire, qui avait bu du sang et qui voulait en boire encore. C'était la rage inexorable d'un orgueilleux à la fois lettré et féroce, en qui les passions humaines soufflent, pour l'excite»*, sur un fanatisme sans pardon.
Et voilà l'homme choisi.
Faut-il s'en étonner? Pas le moins du monde. Dieu vomit les tièdes ; saint Paul n'était pas tiède. Il y avait dans cette nature ardente et fougueuse une proie précieuse pour quiconque s'emparerait de lai. A travers les réalités hideuses et féroces, l'œil de Dieu distingua dans Paul les possibilités qui dormaient leur sommeil, mais qui pouvaient se réveiller. Dieu, qui voyait de quoi Paul était coupable, voyait du même regard de quoi saint Paul était capable. Les grandes natures ont de grandes ressources : elles changent comme elles sont ; elles sontentières ; elles changent entièrement. La 'jrnce
qui se greffe sur elles, s'empare de leurs qualités natives ; et l'action surnaturelle, comme je l'ai déjà remarqué, prend toujours une certaine ressemblance avec la nature sur laquelle elle s'applique. Le caractère de saint Paul nous est révélé par le caractère de la foudre qui est tombée sur lui. La foudre n'est pas tombée de la même manière sur saint Augustin. Mais aussi saint Augustin n'était pas saint Paul. La faiblesse et la force sont traitées diversement. La foudre n'a pas dit à saint Paul : « Prends et lis ». Elle l'a jeté par terre et l'a aveuglé. Dans tout ce qui concerne saint Paul, c'est le tout à coup qui est la note dominante. Saint Augustin est attiré par un livre ; les Mages par une étoile ; saint Paul par la foudre. Le soleil venait de se coucher quand un sommeil profond et une horreur ténébreuse ont envahi Abraham ; la voix du ciel lui parla dans la nuit. Saint Paul est pris en plein jour, en plein midi, non pas seul, mais devant témoins. Cet homme éminemment actif et public est saisi dans une action, dans un voyage, entouré de ses amis. Lui, l'homme du bras, on dirait qu'il est sacré par le bras. Pas de longs discours, pas d'hésitations. La voix d'en haut débute par un reproche sévère et court.
— Paul, Paul, pourquoi me persécutes-tu ?
— Qui êtes-vous. Seigneur? demanda Paul, les yeux fixés sur l'apparition glorieuse ; car Jésus- Christ lui apparut dans sa majesté.
— Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes.
— Seigneur, que voulez-vous que Je fasse ?