CONVERSION DE SAINT PAUL
Comme voilà l'homme d'action ! Saisi, surpris, renversé, ébloui, foudroyé, il ne perd pas une seconde. Non seulement il ne la perd pas, mais il ne la passe pas en réflexion, ni en méditation, ni même en contemplation seulement intérieure. Saint Jean, en pareil cas, n'eût pas perdu la première minute ; mais son activité se fût probablement arrêtée dans le domaine de l'esprit au moins une seconde. Saint Paul est tellement l'homme de l'actionet de toutes les actions, qu'illuifaut tout de suite, hic et nunc, une vocation pratique, extérieure. Il ne persécutera plus Jésus de Nazareth, Alors que fera-t-il? Cette question s'impose à lui subitement. Avant de la faire, il ne se donne pas seulement le temps d'être ébloui. Il va droit au fait extérieur. Puisqu'il ne persécute plus, il faut qu'il fasse autre chose ; et il veut immédiatement savoir quoi.
Il est aveugle pour le moment ; il ne donne pas à ses yeux le temps de se rouvrir ! Il lui faut dans le premier moment connaître sa voie nouvelle. Ses compagnons de voyage avaient perçu une lumière sans avoir aperçu Jésus-Christ. Saul devenu Paul vit seul la vision ; seul il comprit la parole, qui fut prononcée en langue syro-chaldaïque. Ses compagnons étaient des Juifs hellénistes.
Quand Paul se releva, il était aveugle. Il fallut le prendre par la main et le conduire. Cette arrivée à Damas ressemblait peu à celle qu'il avait méditée.
Il fut aveugle trois jours. Il passa ces trois jourâ d'obscurité dans une prière profonde.
Cependant Ananie reçut Tordre d'aller rendre à Paul la vue. — Comment ! Paul, celui qui a fait tant de mal à vos saints ! celui qui a la puissance d'enchaîner ceux qui prononcent votre nom !
— Il est pour moi un vase d'élection ; il portera mon Nom aux nations, et aux rois, et aux enfants d'Israël. Vase d'élection! voilà le mot prononcé. — Paul voit en lui-même l'effet de la prédestina tion avant de saisir les secrets terribles qu'il connaîtra plus tard, quand il sera ravi au troisième ciel, pour entendre les paroles cachées qu'il n'est pas permis à l'homme de redire. C'est alors qu'il s'écriera : « O profondeur ! » Mais nous sommes encore à Damas ; et voici Ananie qui vient dans la rue Droite. Il frappa à la porte d'un Juif nommé Jude, chez qui Saul était logé.
— Saul, mon frère, dit-il en entrant, le Seigneur Jésus, qui vous est apparu sur le chemin, m'a envoyé vers vous pour vous rendre la vue et vous donner le Saint-Esprit.
Et Ananie imposa les mains à Saul, et les écailles tombèrent des yeux de celui-ci. Et Saul se leva, et il reçut le baptême.
Le récit est simple, la grandeur des choses dispense les mots du travail.
Nous retrouvons ici, comme dans la résurrection de Lazare, la part de Dieu et celle de" l'homme.
Ecartez la pierre, avait dit Jésus-Christ, avant de ressusciter le mort, et un instant après, déliez-le ; car il lui restait des bandelettes.
Il fait ce que lui seul peut faire et laisse les