‹ Physionomies de saints [microforme]Chapitre 7 sur 16 · CE QUI S’'EST DÉJA FAIT PEUT SE FAIRE ENCORE · texte numérisé non relu

CE QUI S’'EST DÉJA FAIT PEUT SE FAIRE ENCORE

Fort épris de sa nouvelle épouse, le prince, d’abord, ne sembla vivre que pour lui plaire. Mais jamais Suève n’usa de son crédit que pour le bien. Sous les grâces de sa vive jeunesse, elle cachait les qualités les plus solides et elle fut une vraie mère pour les enfan's de son mari.

I lui avait donné toute sa confiance et lorsqu'il dut parlir en guerre pour répondre à l'appel de son frère François, duc de Milan, c’est entre les mains de sa jeune femme qu’il remit les rênes du gouvernement.

Suève ne recula pas devant ces graves devoirs, el la guerre qui se prolongea fit bénir la douceur et la sagesse de son adminis'ra!ion.

La guerre finie, Alexandre Sforza revint à Pésaro.

Heureuse d'être délivrée de ses inquié!udes, la princesse l'aitendait impa'iemment, toute fiére de lui prouver que rien n’avail souffert dans ses élats en son absence,

Mais une femme du peuple avait enlevé à Suève le cœur de son mari, et sa pure et noble tendresse ne lui était plus rien.

Il se contenta d’abord de le lui faire durement sentir. Puis, il ins!alla sa maî resse dans son palais, défendit de rendre à sa femme légi:ime les honneurs dûs à son rang, el fit traiter l’objet de sa passion en soueraine.

Avec la douceur d’un ange, la princesse essaya de ramener son mari. Elle élait plus sensible à l'injure faite à Dieu qu'à la sienne propre. Mais sa grandeur d'âme ne fit qu'exaspérer Sforza. Il mul iplia les avanies, les ou rages, les mauvais iraitements. Trois fois il ten'a d'empoisonner sa femme ; une fois, il la pri à la gorge, et voulut l'étrangler.

Suéve croyait que la chari é l’obligeait plus étroitememt envers son mari qu'envers {out au're.

Elle cherche la pa ience dans la prière et offrit son mar yre pour ob enir la conversion de son bourreau.

Mais loin de s'améliorer, Alexandre Sforza en vint à ne plus pouvoir suppor er la vue de sa femme, Un jour, après l'avoir accablée de coups, il la saisit par les

cheveux, la irafna hors du palais et lui ordonna d'aller s’enfermer chez les Clarisses.

La malheureuse princesse obéit et sur l'ordre du misérable, des gardes fureni placés aux portes du couvent afin d'intercepter les leltres et d'empêcher toute communication de Suève avec le dehors.

Ces précautions furent inutiles. La conduite d’Alexandre Sforza avait soulevé l'indignation publique et les Colonna apprirent bientôt ce qui se passait.

Des envoyés de la puissante famille arrivèrent peu après à Pésaro. Ils venaient s’assurer des faits et demander au prince raison de sa conduite.

«— Il est très vrai, leur dit Sforza, que la princesse s’est retirée chez les Clarisses, mais elle l’a fait de son plein gré et pour caclier sa honte.

Les envoyés se refusant à le croire :

»— Je m'engage à vous en donner la preuve irrécusable, continua le monstre. Vous n'avez qu'à me suivre au couveni ».

Aussitôt, il envoie l’un de ses émissaires annoncer à Suëve sa visite, ajoutant qu'il fera mettre le feu aux quaire coins du monas'ère et brûler vives toutes les religieuses, si elle ose démen:ir ce qu'il va lui dire.

Sforza se rend ensuite au couvent, avec les envoyés des Colonna. Il les place de façon à ce qu’ils puissent entendre sans être vus, charge l’un d’eux d'écrire l'entretien et fait venir sa victime.

Suève Louie tremblante arrive à la grille du parloir.

Le prince lui parle avec une hypocrite douceur et, comme pris de pi!ié, lui demande si elle trouve bien dure cette réclusion qu'elle s'est imposée après avoir été par lui-même surprise en adultère,

Bouleversée par ces étranges paroles et n'osant exposer les religieuses aux fureurs de son mari, Suève garda le silence.

Sforza se retira satisfait.

«— Vous le voyez, dit-il aux envoyés, elle n’ose pas nier son crime ».

La princesse eut bientôt l'explication de la visite et des paroles de son mari. Grande fut sa douleur.

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Succombant à la pensée d'être déshonorée aux yeux des siens, elle courut se prosterner devant un crucifix et remit sa cause entre les mains du Sauveur. O prodige ! le Christ s’anima, il s'inclina vers l’infortunée qui pleurait à ses pieds e! lui dit de tendres e! fortifiantes paroles.

Peu après, la princesse revê’it les livrées de la pauvreté. Sous le nom de Séraphine, elle s’éleva rapidement au plus parfait détachement, à la sainteté la plus éminente. Sans cesse elle appelait la miséricorde divine sur son mari. Il ne semblait vivre que pour combler la mesure de ses crimes, mais la prière de Séraphine finit par arracher à Dieu ces grâces extraordinaires qui brisent les cœurs les plus endurcis et transforment! les plus grands criminels.

Sforza vint se jeter aux pieds de son héroïque femme. Il pleura amèremen! son abominable conduite et tout le reste de sa vie s’efforça de réparer ses scandales.

L'Église a mis Suève au nombre des bienheureux. De sa main bénie, glorifiée, puisse la consolation tomber comme une huile salutaire, sur les blessures de votre cœur.

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