TICS
degré d'instabilité. Pour guérir les tics, il faut donc agir d'abord sur les fonctions psycho-motrices, mais aussi régulariser l'ensemble du psychisme du malade.
Le rappel de ces notions nous permettra maintenant d indiquer de façon résumée comment doit être conduit en pareil cas le traitement rééducateur. Le médecin, entrant au moral en contact intime avec son malade, de façon à prendre sur lui de Finfluence et à obtenir de sa part docilité et application, s'étudiera à mener de front la rééducation spéciale du contrôle des mouvements et la rééducation psychique générale.
1° Rééducation psycho-motrice. — a. Exercices d'immobilisation. — Dans des séances courtes, mais plusieurs fois répétées chaque jour et à heure tixe, le malade s'étudiera à résister au besoin qui le sollicite de céder à ses tics ; il s'exercera à conserver Fimmotilité dans les diverses attitudes normales, d'abord pendant quelques secondes, puis pendant un temps plus long. S'il a de la peine à y réussir, on pourra s'aider de quelques mouvements de j'ésistance pour lui faire prendre conscience de l'effort des muscles antagonistes. Pour ces exercices, le malade se placera d'abord en face du médecin, puis en face d'un miroir, où il surveillera soigneusement son immobilité.
b. Exercices de mobilisation. — Gymnastique respiratoire. — Pitres a insisté avec raison sur l'utilité de la gymnastique respiratoire dans tous les cas de tics, alors même que ceux-ci n'intéressent pas spécialement la respiration ni la phonation.
Gymnastique spéciale des muscles ; sièges des tics. — Lorsque le sujet est capable de réfréner les mouvements intempestifs, on lui commande des mouvements déterminés, mais lents et réguliers, des muscles qui lui servaient à tiquer : pour cela on passe en revue les mouvements physiologiques simples que peuvent exécuter ces muscles; ainsi, en cas de tics du cou, on lui fait déplacer la tète dans les divers sens. Après quoi, lorsqu'il est maître de ces déplacements, on passe aux adaptations pratiques de ces mêmes mouvements : s'il existait un tic des lèvres, on exercera le malade à parler, à lire, à réciter sans tiquer ; si c'était un tic du bras, à tenir et manier un objet usuel sans mouvement incorrect. Enfin on compliquera les conditions en associant plusieurs efforts, en l'empêchant par exemple de cligner des yeux, de renifler ou de secouer la tête pendant qu'il est occupé à lire, parler ou marcher.
Ces exercices sont, on le voit, bien simples; il ne faut pas hésiter à reconnaître qu'ils ont moins de valeur par eux-mêmes que par l'effort d'attention, de maîtrise de soi-même, de discipline en un
G. CONSTENSOUX. —
RÉÉDUCATION MOTRICE
mot, qu'ils imposent au sujet à l'occasion des mouvements, lesquels rentrent ainsi peu à peu sous le contrôle de la volonté. La véritable difficulté consiste pour le médecin à ne pas lasser la bonne volonté et l'application d'un malade à l'esprit mobile et instable par nature pendant le cours d'un traitement en lui-même monotone. Son habileté pratique consistera à ne pas le rendre fastidieux, en trouvant pour chaque cas les moyens de ne pas rebuter le patient ; il n'y réussira que s'il est parvenu à l'intéresser lui-même à ses progrès.
Mais, après les premiers succès, le danger commence au moment où il faut peu à peu laisser le malade livré à lui-même. 11 est à craindre alors que, loin de continuer à s'observer pour confirmer les résultats déjà acquis, sa légèreté naturelle reprenant le dessus, il ne se relâche de la surveillance de soi-même à laquelle on Fa dressé et que bientôt les tics reparaissent sous une forme quelconque. On peut même dire que cette rechute serait fatale, si en même temps que les mouvements on n'avait pas pris soin de discipliner aussi l'état psychique.
2° Rééducation psychique. — On n'oubliera pas en effet que le tic n'est qu'une des manifestations extérieures en rapport avec la mobilité d'esprit et la mentalité instable du liqueur, et qu'on n'aura définitivement supprimé ce symptôme que si on en a modifié la cause première par cet ensemble de procédés de direction morale et psychique qui sont du domaine de l'éducation, dans le sens le plus élevé de ce mot.