SECONDE SECTION
CIRCULATION DE LA FORCE
Entraînée dans un mouvement circulaire, changeant sans cesse de forme pour s’associer aux manifestations si diverses de la vie, la matière, sans jamais rien perdre de son poids, passe du monde minéral dans la plante, de la plante dans l’animal, et retourne de l’animal au monde minéral. En présence de ces résultats désormais acquis, deux grandes questions s’imposent d’elles-mêmes à l’esprit de l’observateur : — Où la plante puise-t-elle la force nécessaire pour opérer ce travail intérieur qui transforme la matière minérale en matière organique? — Quel est pour l’animal le résultat de ce travail de sens contraire, effectué dans la profondeur de ses tissus, par lequel la matière organique,' successivement simplifiée, est définitivement ramenée à sa
CIRCULATION DE LA FORCE.’’
forme minérale primitive et rendue au monde extérieur?
La nouvelle école physiologique a parfaitement compris que les sciences physico-chimiques peuvent seules fournir la solution de ces deux beaux problèmes. D’où la nécessité, avant de pousser plus loin cette étude, d’exposer succinctement les principes qui doivent nous servir de guide.
Dès le début de ses recherches, Lavoisier s’assura qu’au milieu des modifications si variées, si profondes, qu’on peut lui faire subir, la matière conserve constamment le même poids. Les actions mécaniques, physiques et chimiques peuvent sans doute changer la forme, l’aspect extérieur, la consistance, la densité, l’état physique des corps, modifier leur mode d’agrégation, déterminer de nouvelles combinaisons de leurs éléments ou détruire ces combinaisons; mais, au milieu de ces mutations si nombreuses, si importantes, leur poids reste inaltéré. Tout est contingent dans la matière, excepté le poids, qui est son caractère essentiel : vienne se crée, rien ne se perd dans la nature . Tel est le principe fondamental qui, mis en pleine lumière par Lavoisier et adopté par ses successeurs, a changé en quelques années la face de la science, et a permis aux physiologistes de déterminer le véritable rôle de la matière dans les phénomènes de la vie.