CHAPITRE IX
De la construction intérieure des Corps solides.
§ 1. T J ne grande partie des corps solides, si même ils ne sont tous dans ce cas , paraissent former un certain assemblage régulier de petites parties. La régularité des fragmens de beaucoup de minéraux; la superposition des lames ou feuillets dans les cristaux transparens; la facilité avec laquelle beaucoup de corps se rompent ou se fêlent en de certaines directions plutôt qu’en d'autres; la rupture des larmes de verre, appelées bataviques; celle de la bouteille de Bologne , etc., etc., sont des faits qui confirment cette remarque.
(1) Les phénomènes de l’élasticité ont été l’objet de très-belles expériences faites par s’ G raues aride et ensuite par Coulomb. Voyez, le Traité de Physique de Biot, tome I, page /jôô et suivantes.
(2) Il est présumable que l’auteur ne veut parler ici que de ce qui semble , et non de ce qui est en réalité ; car je ne crois pas que l’on connaisse aucun phénomène qui ne soit au fond très-conciliable avec les idées de la porosité.
J 2. Les decouvertes de M. Haüy donnent l’idee la plus exacte de la structure des cristaux. Cette idée est d'autant plus importante, que la cristallisation paraît être une loi générale de la nature. La cristallisation consiste en ce que, dans le passage de l’état fluide à l’état solide, chaque corps prend une forme régulière et déterminée.
$ 3. D’après les recherches de M. Haüy , tout cristal formé naturellement ou artificiellement, se laisse fendre et subdiviser suivant certains plans, avec plus de facilité que dans toute autre direction. Celte opération, différente pour chaque cristal, s’appelle Je clivage . Si l’on continue de l’effectuer dans tous les sens ou elle est possible , en enlevant successivement les lames qui en résultent, jusqu'à ce qu’il ne reste rien de la surface extérieure, on obtient un noyau qui a ordinairement une forme différente de celle qu’avait le cristal entier , et que des subdivisions subséquentes ne feraient que rendre plus petit, sans changer la direction des plans qui le terminent. M. Haüy nomme la forme du cristal entier , forme secondaire ; celle du noyau , forme primitive . Le noyau lui-même peut être divisé en corpuscules de même forme, qu’il appelle molécules intégrantes. Les feuillets détachés se composent aussi de molécules semblables, comme leur clivage le prouve, et, par conséquent, le cristal entier en est formé. M. Haüy suppose que ces molécules intégrantes sont elles-mêmes un petit cristal dont la configuration est déterminée par la combinaison des molécules élémentaires qui constituent les principes du cristal entier. 11 n’existe pas encore d’expérience qui puisse vérifier cette opinion.
$ 4* Jusqu’à présent, M. Haüy n’a trouvé que trois formes de molécules intégrantes, la pyramide triangulaire, le prisme trièdre , et le prisme quadrangulaire. Il a reconnu seulement six formes primitives : le parallélipi pède, l’octaèdre, le tétraèdre, le prisme hexaèdre, le dodécaèdre rhomboidal, le dodécaèdre triangulaire. Les formes secondaires varient à l’infini , par l’agrégation régulière des formes primitives.
§ 5. Il est extrêment remarquable que les cristaux d’une même substance, ont un noyau et des molécules intégrantes de même forme, tandis qu’au contraire leur forme extérieure peut varier d’une infinité de manières qui souvent se trouvent réalisées en grande partie dans les produits de la nature (i).
(i) 11 paraît que l’arragonite fait exception à cette règle. Sa cristallisation
DES CORPS SOLIDES
$ 6. La forme régulière des cristaux, et la propriété qu’ils ont de se laisser facilement diviser suivant certains sens, indiquent que la force de cohésion n’exerce pas son pouvoir au meme degré dans tous les points de leurs molécules ; mais que ces molécules ont de certains pôles d’attraction qui, d’après leur plus grande force attractive, déterminent leur disposition (i).
$ y, Lorsqu’on fait passer artificiellement des corps fluides à l’état de corps solides, ceux-ci se forment toujours en cristaux réguliers; seulement ces cristaux sont quelquefois si petits, qu’il faut un microscope pour les apercevoir. Si tous les corps solides, comme cela n’est pas hors de vraisemblance, ont passé d’abord par l’état fluide, on est fondé à croire que leur décomposition exacte, et portée jusque dans leurs moindres particules, ferait reconnaître une pareille régularité dans leur structure intérieure.
Pour connaître parfaitement la théorie de la cristallisation, voyez la Minéralogie de M. Haüy .