CHAPITRE XXI
Des Liquides en général .
J i. Parmi les liquides, il en est peu qui le soient par eux-mêmes et dans leurc'tat simple; neanmoins, indépendamment del’eauetdu mercure, on peut encore compter dans cette classe l’alcool, l’éther et les huiles fluides. Mais ces liquides, et particulièrement l’eau, ont le pouvoir de dissoudre un si grand nombre de substances solides, liquides et même aériformes, qu’on trouvé une quantité infinie de liquides, lorsqu’on y comprend toutes les dissolutions.
De V Eau .
5 2. L’influence que l’eau exerce, tant sur la nature inorganique que sur les corps organisés, et les usages infiniment multipliés qu’en font les hommes , ne peut échapper à l’observateur le moins attentif.
ÿ 3. Dans son état pur, l’eau est parfaitement transparente, sans couleur , sans odeur , et sans saveur sensible. Mais on ne peut l’obtenir à ce degré de pureté que par des distillations répétées. Cependant, la nature nous la donne presque pure dans l’eau de pluie et de neige. Les eaux des mers, des rivières, des fontaines et des puits , contiennent toujours en dissolution des substances étrangères , particulièrement des matières salines ; et même des substances
DES CORPS LIQUIDES. JO7
organiques, ce qu’on a trop peu remarqué jusqu’ici. Ces modifications différentes rendent ces eaux plus ou moins appropriées à nos usages.
4* La force d’affinité de l’eau ne lui donne pas seulement le pouvoir de dissoudre beaucoup de corps , mais aussi de se combiner elle-même avec beaucoup de corps solides et fluides, et avec toutes les substances aériforines. Dans les combinaisons de ce genre, elle devient souvent solide ou élastique, et alors elle échappe entièrement à nos sens.
$ 5. L’action de l’eau, relativement à un sel pur et dégagé de tout mélange étranger , doit sur-tout être remarquée. Selon que la quantité d’eau ou de sel est en excès , le sel est rendu fluide par l’eau , ou l’eau devient solide par le sel ; c’est pour cela que chaque sel contient une certaine quantité d’eau solide qu’on a nommée son eau de cristallisation f parce qu’on croyait que les sels n’étaient susceptibles de cristalliser qu’au moy en de cette eau. Quelque sels attirent l’eau si fortement, qu'ils se fondent à l’air; d’autres, au contraire, sont tellement privés de leur eau par l’air, qu’ils se décomposent et tombent en poussière. La première espèce comprend les sels desséchés qui sont privés artificiellement de leur eau de cristallisation : les sels de ce genre, dont les effets sont les plus remarquables, sont la potasse et le muriate de chaux.
§ 6. Nous avons appris, dans la section précédente, comment feau est modifiée par la chaleur. Nous avons vu aussi ( pag. 1 1 , $ 9) que l’eau n’est pas une substance simple, comme on le croyait autre» fois, mais un composé d’oxigène et d’hydrogène. On a pourtant recommencé , dans ces derniers temps, à nier la décomposition de l’eau ; pour cela, on a prétendu que l’eau se change en un gaz permanent, par la seule combinaison avec le calorique ou avec quelqu’autre substance impondérable, et que de cet état elle peut redevenir eau par le procédé contraire. Mais cette assertion repose sur des fondemens ou faux ou très-incertains . (Voyez Annales de Gilbert , IX, 265.)
§ 7 • Le poids de l’eau est , parmi les propriétés mécaniques qu’elle possède, la plus importante pour le physicien. Entre les nombreuses expériences qui ont été faites pour la détermination exacte de son poids, on doit regarder les deux suivantes comme des expériences normales .
i.° Une pesée faite très-soigneusement à Berlin , en 1798, donna 288 grains pour le poids d’un pouce cubique duodécimal de Brandebourg d’eau distillée, prise à la température de i4° de Velue, ce qui donne 18,81 36 grains de Paris, pour le poids d’un centimètre cube. Eytelweins Vergleichung der in den Preuss . Staaten ein geführte Maasse und Gewichte . Berlin, 1798, $ 28.
2.0 Lors de l’établissement du nouveau système des poids et mesures, on a fait en France une pesée semblable avec tout le soin possible, et l’on dut y mettre d’autant plus de précaution, que la nouvelle unité de poids, qu’on nomme gramme , devait être déterminée d’après le poids d’un centimètre cube d’eau distillée , prise à l’état de sa plus grande condensation, c’est-à-dire, à 3 | de Velue (pag. 85, J 2.) On trouva ce poids— 18,82715 grains de l’ancien poids de marc français. ( Voyez Physique d’Haiiyd) (1).
(1) D’après l’ouvrage de Vytelwein, cité ci-dessus , le pied duodécimal de Brandebourgs i3g,i 3 lignes de Paris, § 4 j à grains de poids médicinal s 87 riclitpfennigstheile de Cologne , § t\ 9 5 enfin l’once de l’ancien poids de marc français = 85;;5,36 richtpfennigstheile de Cologne, § 55. Si l’on réduit maintenant, d’après ces rapports, la pesée de Berlin en poids et en mesure français , on trouve que le centimètre cube d’eau distillée , pèse 18,81 36 grains de Paris, à la température de i4° de Velue; qu’ainsi il pèserait un peu plus à 3 b. Si Ton pense que ce résultat, outre les petites inexactitudes inévitables dans toutes les expériences , dépend encore de la comparaison de trois poids et de deux mesures , on peut être certain de l’attention scrupuleuse avec laquelle on a fait ces comparaisons.
Pour compléter ces résultats intéressans , je joins ici une table des dilatations de l’eau, de o° à 1 oo° du thermomètre centésimal , telle que je l’ai conclue des expériences de Velue ; elle a été calculée par MM. Feuillet et Veflers.
DES CORPS LIQUIDES. 1 OQ
$ 8. Les expériences ont prouvé que l’eau ne possède qu’à un
lemper.e de l’eau.
Volumes.
Densités.
Tempér.e de l’eau.
Volumes.
Densités.
i,oooo447
i,oooio3/jo
1 >oi921984
°.999°6oo
i,ooi36682
t,ooi86435
1,00 34 ii85
1 ,o3oo 1 5o8
i,oo58i8o2
lia table suivante est extraite du tom. Il du Natural Philosophy de M. Young.
très- faible degré les propriétés de la compressibilité , (*) de la dilci -