On sent une odeur phosphorique
2. ° En approchant peu-à peu du plateau la main ouïe visage, on éprouve, à une certaine distance, une sensation telle que si des toiles d’araignées venaient vous toucher.
3. ° Si l’on approche du plateau la jointure d’un doigt, ou une houle de métal, il se produit une petite étincelle pétillante qui fait éprouver une faible piqûre.
4»° Dans l’obscurité, ce phénomène est beaucoup plus frappant ; et, à mesure qu’on tourne la machine, on voit des rayons de feu qui
s'élancent de dessous le taffetas gommé, et serpentent sur le plateau (i).
5.° Lorsqu'on cesse de tourner la machine , tous ces phénomènes continuent encore quelque temps, quoique cependant avec une intensité sensiblement décroissante ; mais on peut alors observer encore le phénomène électrique, le plus remarquable à beaucoup d'égards, celui de l 'attraction et delà répulsion électriques. Dans cet état, le plateau attire tous les corps légers ; il les retient un instant, et ensuite il les repousse. Lorsqu’on approche du plateau des boules de liège suspendues au bout d’un fil , ce phénomène devient très-digne d'attention. Si le filest de soie et sec, la petite boule est attirée, s'attache un instant au plateau, puis est repoussée. Cette répulsion est durable; mais si Ton touche la petite boule, elle est de nouveau attiiée et repoussée. Au contraire, si le fil est de lin , et surtout s’il est humide , la boule sera de même attirée, mais non pas repoussée.
§ 4* Lorsqu'un corps manifeste ces phénomènes , ou seulement le dernier que nous venons de décrire, on dit qu’il est électrique ou électrisé ; et la substance inconnue qui produit ces phénomènes, se nomme la Matière électrique .
5 5. Il reste encore a parler d’une partie principale de la machine électrique, du Conducteur. C'est un corps qui est ou entièrement de métal, ou du moins recouvert par une substance métallique , fût-elle seulement de papier doré ou argenté. Sa grandeur et sa forme sont
(i) La lumière qui se manifeste dans l’explosion électrique, me paraît être le simple résultat de la compression que l’air et les vapeurs éprouvent quand elles sont traversées par l’électricité. Car nous savons maintenant que la seule compression dégage la lumière des fluides aériformes , et, d’un autre coté, les fortes explosions produites par l'électricité , prouvent que, dans son passage à travers les corps , elle exerce une énorme compression. Il est vrai que la lueur électrique s’observe aussi dans le vide : mais qu’est-ce-que nous appelons le vide , si ce n’est un espace occupé par l’air réduit au plus à de sa densité, ou , à défaut d’air, par les vapeurs de l’eau , de mercure et d’autres corps? Si l’air plus dense laisse échapper de la lumière à une compression moindre-, un air plus rare en laissera de même échapper par une compression infiniment plus forte, telle que celle que le rapide passage de l’électricité peut produire. Je crois avoir le premier émis cette idée, en rendant compte de mes expériences sur la formation de l’eau par la seule compression. ( Voyez les Annales de Chimie .)
arbitraires ; cependant , c’est communément un cylindre arrondi par ses deux extrémités ; quelquefois on lui donne la forme d’une boule. Pour un plateau de deux pieds, on le fait long d’environ trois pieds, et on lui donne un diamètre de cinq à six pouces : il est en communication avec le plateau , au moyen de deux branches de métal arrondies qui présentent quelques pointes environ à la distance d’un demi-pouce du plateau, à l’endroit ou l’électricité produite s’écoule de dessous le taffetas gommé : on doit éviter qu’il ne s’y trouve aucunes autres pointes ou angles proéminens. Ces branches doivent être disposées de manière qu’on puisse les enlever et les échanger l’une avec l’autre pour un usage très-important dont nous parlerons par la suite, et qui consiste à mettre le conducteur en communication avec le frottoir, au lieu d’y mettre le plateau. Une circonstance essentielle, c’est que le conducteur soit placé sur des supports de verre, et qu’il n’ait aucune communication avec les pieds de la machine.
§ 6. Dès qu’on tourne le plateau, le conducteur devient électrique sur toute sa surface ; ce qui se manifeste par tous les phénomènes mentionnés a l’art. 3. Il y a seulement, dans la production de l’étincelle , cette différence, qu’elle est plus grande, plus pétillante, et qu’elle pique davantage; ainsi, elle peut s’élancer à la distance de plusieurs pouces, sur-tout lorsque l’air est très-sec. Une autre différence fort remarquable, c’est que, par une seule de ces étincelles, toute l’électricité du conducteur lui est est enlevée en une fois, tandis, au contraire, que le plateau ne perd son électricité qu’à l’endroit ou l’on tire l’étincelle, même quand on a cessé de le tourner. Si l’on fait communiquer le conducteur à la terre, ou au pied de la machine, par une chaîne de lailon , il ne montre plus la moindre électricité, lorsqu’on tourne le plateau.
$ y. Ces expériences font voir clairement les différentes propriétés du verre et du métal, par rapport à l’électricité. Le verre s’électrise par le frottement; il retient fortement sur sa superficie, l’électricité qui y est accumulée, et ne la laisse enlever que précisément à la place où on le touche. Le métal, au contraire, ne s’électrise pas par le frottement; il reçoit l’électricité instantanément dans toute son étendue, lorsqu’il est mis en contact avec le verre; mais instantanément aussi cette électricité l’aboudonne, lorsqu’on lui pré-
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sente pour passage le doigt ou quelque autre corps , principalement les corps métalliques.
On voit par là pourquoi le conducteur doit être supporté par des colonnes de verre, et pourquoi il ne s’clectrise pas, lorsqu’il est en communication avec la terre. Le métal conduit la matière électrique , et le verre ne la conduit pas.
§ 8. Le verre et le métal ne sont pas les seuls corps qui montrent ces dispositions contraires par rapport à l'électricité. Ils sont seulement , chacun dans leur genre , ceux qui les manifestent au plus haut degré (1). On peut donc, sous ce point de vue, diviser les corps en non-conducteurs et en conducteurs de l'électricité.
Dans la première classe se trouvent, i.° parmi les substances inorganiques, le verre ordinaire et toutes les vitrifications avec leurs principes constituans chimiques essentiels; les terres et les oxides de métaux, et déplus toutes les cristallisations naturelles de ces substances , par conséquent toutes les pierres précieuses et presque toutes les espèces de pierres dures qui ne sont vraisemblablement que des conglomérations de petits cristaux. — Le soufre et l’air atmosphérique se rangent encore dans cette classe; cependant, ce dernier a toujours quelque faculté conductrice tantôt plus forte, tantôt plus faible, qui dépend de la quantité d’eau qui s’y trouve en vapeur. i.° La plupart des substances animales sèches, particulièrement la soie , la laine, les cheveux, les plumes. 3.° Beaucoup de substances végétales sèches, principalement toutes les résines et les mélanges résineux , la cire à cacheter, l’ambre ou succin, le coton, le papier, le sucre, le bois sec, sur tout lorsqu’il est desséché par le feu; les huiles grasses sont aussi comprises dans cette classe. Parmi tous ces corps, il n’en est cependant aucun qui ne conduise l’électricité jusqu’à un certain point. Les meilleurs non-conducteurs sont le verre, le soufre, la résine, la gomme-laque, la soie; les autres sont plutôt seulement de mauvais conducteurs.
Les meilleurs conducteurs sont, parmi les corps inorganiques , les métaux, l’eau et le charbon : parmi les corps organiques , les animaux
(1) Les résines et principalement la gomme-laque, sont encore moins conductrices que le verre ; mais on ne peut pas les employer aussi commodément pour faire des machines électriques d’une grande dimension.
et les végétaux vivans; et meme la fibre végétale dégagée de toutes les parties huileuses et résineuses, paraît être un assez bon conducteur , du moins il en est ainsi delà toile de lin ; le bois, le coton , etc., sont peut-être seulement mauvais conducteurs, à cause des parties huileuses et résineuses qu’ils contiennent (1).
On nomme aussi les corps non-conducteurs, corps électriques , et les conducteurs, corps non-électriques , dénominations qui ne sont pas bien choisies (2).
§ g. On appelle isoler un corps , ne lui laisser de communication avec le reste des corps visibles que par des corps non-conducteurs , ou mauvais conducteurs de l'électricité. On a divers supports qui servent à suspendre, poser et assujétir des corps : un support de cette espece, se nomme un isoloir. Les meilleures matières pour isoler , sont le verre, la cire à cacheter, la soie et le bois séché au feu (3).
§ 10. Si Ton compare les phénomènes de l’attraction et de la répulsion (pag. 21 3, § 3), avec ce qui a été dit sur la faculté conductrice des corps, il en résulte un principe important pour lathéoie des phénomènes électriques.
C’est que les corps électrisés et les corps non- électrisés s’attirent entre eux , et qu’au contraire les corps électrisés de même électricité ^ se repoussent.
La boule de liège attachée au fil de soie non-conducteur, est attirée d’abord, lorsqu’elle n’est pas électrisée; mais elle estrepoussée ensuite dès qu’elle s’est saturée d’électricité, et cette répulsion persiste jus-
(1) Il y a beaucoup de raisons pour souhaiter que des chimistes instruits commencent à s’occuper de l’électricité. Le rapprochement qu’on vient de faire entre les corps conducteurs et les non-conducteurs, fait conjecturer qu’entre les propriétés électriques et les combinaisons chimiques des corps, il y a une certaine connexion que le seul physicien mécaniste ne peut découvrir.
(2) A la rigueur , la distinction des corps conducteurs et non-conducteurs n’est guère préférable. Tous les corps se laissent pénétrer par une forte électricité : la gomme-laque elle-même, lorsqu’elle est répandue en couche trcs-mince sur un corps , se laisse traverser par l’étincelle électrique. Il faut donc regarder toutes ces distinctions comme relatives , ou comme n’exprimant rien d’absolu.
(3) Rien n’isole mieux qu’un petit cylindre de gomme-laque. M. Coulomb a prouvé qu’un fil de gomme-laque, tiré à la flamme d’une bougie, est presque un isoloir parfait pour de petites quantités d’électricité.
qu'à ce que la boule ait perdu son électricité parle contact avec un conducteur non-isolé. Si, au contraire, elle est suspendue à un fil de lin conducteur, et non-isolé, elle ne peut se saturer d'électricité, et par cette raison elle est continuellement attirée.
{ il. C’estd’après ces phénomènes de l’attraction et de la répulsion électrique, qu’on a imaginé presque toutes les espèces èY électroscopes et <¥ électromètres , instrumens qui servent à évaluer ou à mesurer l’intensité de l’électricité, mais qui, pour la plupart, n’atteignent que très- imparfaitement ce but (*) : ils sont cependant utiles dans beaucoup d’expériences, et , pour cela, nous devons en donner ici quelques notions. Le plus simple instrument de cette espèce, est Y électromètre à fd. Deux petites houles de liège ou de moelle de sureau, sont attachées aux extrémités d’un fil de lin ; on les suspend au conducteur ou à un autre corps électrisé, de manière qu’elles se touchent par l’effet naturel de la pesanteur : aussitôt qu'elles sont électrisées , elles s’écartent l’une de l’autre, et d’autant plus que l’électricité est plus forte. On frit cet électromètre de beaucoup de grandeurs différentes ; pour les faibles degrés d’électricité, il doit être très-petit. La plupart des électromètres ne sont que des perfectionnemens de celui-ci. Les limites d’un livre élémentaire, ne permettent point de décrire séparément ces divers instrumens, et même les principes de plusieurs d’entre eux ne pourraient être ici exposés avec clarté. Nous indiquerons donc seulement comme les préférables et les plus utiles, la bouteille électroscopique de Cavallo ; V électromètre à air de De Saussure ; V électromètre à feuille d’or de Bennet , et V électromètre à paille de Volta • (Voy ez G-eliler et Fischer , aux articles Electrometer et Luftelectrometer (i).
Nous ne devons pas pourtant omettre V électromètre à cadran de
(*) E électromètre sert à mesurer l’intensité électrique, et V èlectroscope à découvrir sa nature.
(i) Il est étonnant que l’auteur ne parle point de la Balance électrique de Coulomb f seul instrument qui donne la mesure exacte de l’électricité. Je reviendrai plus loin sur ce sujet. « On ne peut supposer que cette omission soit le résultat de quelques préventions nationales , puisque, comme on le verra dans le chapitre suivant, M. Fischer rend la plus éclatante justice au physicien français Du fa y. »
DE L’ÉLECTRICITÉ. 3 ! q
Henley , puisqu’on le considère comme une dépendance essentielle d’une machine électrique. Un demi-cercle, ou un quart de eercle d’une matière quelconque, est divisé en degrés, et assujéli par son diamètre à une colonne verticale de métal, ou de bois non séché au feu, de manière cependant qu’il soit un peu éloigné de la colonne, mais que son diamètre lui soit parallèle. Au centre est attaché un petit pendule très-mobile qui peut être fait d’un filament de baleine, et à l’extrémité duquel se trouve une petite boule de liège. La colonne qui est beaucoup plus longue que le pendule , peut être vissée par son extrémité inférieure, perpendiculairement sur le conducteur de la machine ; ou bien on peut la maintenir droite sur un support particulier de métal qui s’enlève à volonté. Cet électromètre placé sur le conducteur, reçoit son électricité, et comme le pendule et la colonne sont électrisés de la même manière, le pendule est repoussé de la colonne, et s’élève d’autant plus haut sur le quart de cercle divisé, que l’électricité est plus forte. ( Voyez Gehler , I, 808 ; Fischer t II, 79.) (1)
§ 12. La puissance conductrice des corps ne dépend pas seulement de leur constitution matérielle, mais encore de leur forme. Si, tandis qu’on tourne le plateau, on approche du conducteur unGorpsaigu, de quelle matière que ce soit, on peut remarquer déjà, à un éloignement considérable, le pouvoir de sa force conductrice : les pointes de métal montrent cet effet dans sa plus grande force. Ce pouvoir conducteur des pointes, se manifeste de même lorsqu’on attache une pointe au conducteur, de manière que la partie aigue soit dirigée vers l’air : il est alors impossible d’électriser le conducteur à un degré considérable.
Au contraire, plus les corps sont larges et arrondis, plus la déperdition de la matière électrique est difficile. Il faut alors rapprocher les corps bien davantage, et le passage se fait au moyen d’une étincelle.
§ i3. Il y a toujours dans l’air, en même temps que ce courant effluent d’électricité sort des pointes, un certain mouvement qu’011 peut sentir, ou qu’on peut rendre très-visible au moyen d’une flamme
(1) Parmi les expériences (l’électricité' seulement amusantes qui se font au moyen de l’attraction et de la répulsion, nous citerons la Danse électrique , clectrische Tanz , Gehler , 1,7 4° i e*- Carillon électrique , electrische Glockenspiel > Gehler} II, 5og.
de bougie, ou de quelque vapeur. C’est sur ce mouvement de l’air qu’est fondée la roue électrique. Cette roue consiste en une bande de cuivre en forme d’S, et soigneusement aiguisée aux deux bouts: oc petit instrument peut tourner circulaircment sur une pointe placée à son centre ; lorsque cette pointe est vissée sur le conducteur, et qu’on électrise celui-ci , la roue placée dessus tourne en arrière avec une grande vitesse (i).
Une circonstance importante à remarquer ici, c’est que le mouvement de l’air est toujours dirigé vers la partie aigue de la pointe. '
§ i4* De même qu’on peut faire passer l’électricité du plateau au principal conducteur, on peut aussi la communiquer de celui-ci à tout autre conducteur, pourvu qu’il soit isolé. Ainsi, par exemple, un homme peut être électrisé lorsqu’il se tient sur un isoloir j on appelle ainsi, dans cette circonstance, un tabouret supporté par quatre pieds de verre verni : son corps montre alors tous les pliéno mènes électriques, sans qu’il éprouve aucun effet ni aucune sensation particulière, si ce n’est une légère piqûre , lorsqu’on en tire des étincelles.
§ iS.Les effets chimiques de l’électricité sont extrêmement remarquables : nous indiquerons seulement ici l’inflammation de l’espritde-vin chauffé etdu gaz tonnant, au moyen de l’étincelle électrique (2). Dans la suite, on trouvera quelques autres phénomènes qui se rapportent à ceci.
Nous réservons pour un autre endroit les phénomènes électriques qui ont lieu dans l’obscurité et dans l’air raréfié.
(1) Ce phénomène peut être présenté d’une manière très-différente, mais qui exige trop de préliminaires pour être exposée ici. Voyez le Traité de Physique de Biot , tom. II , pag. 324.
(2) Ce que l’on nomme le gaz tonnant , est un mélange de deux parties d’hydrogène et d’une d’oxigène en volume.
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