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CHAPITRE PREMIER

Considérations générales sur les propriétés qui appartiennent à

tous les corps.

§ i. JL out ce que nos sens nous font connaître; sont ou des êtres matériels que I on nomme corps> ou des changemens qui se passent dans les corps. Mais il n’est que deux de nos sens qui nous peuvent convaincre immédiatement de l’existence des autres corps, le toucher et la vue; et le premier seul peut déterminer , sans aucun doute, si une apparence est un corps ou n’en est pas un; ainsi, un corps est proprement une chose palpable .

$ 2. Il y a de certaines propriétés qui sont générales, c’est-à-dire, communes à tous les corps, et l’on est assuré de leur généralité, soit parce qu’on ne pourrait apercevoir les corps sans ces propriétés , soit parce que l’expérience a prouvé qu’elles se trouvent dans tous les corps.

§ 3. Parmi les premières propriétés, se trouvent X étendue et toutes ses modifications. Chaque corps a une forme déterminée, quoiqu’elle soit variable dans les corps liquides et aériformes, selon la forme des parois par lesquelles on les limite. Chaque corps a une grosseur déterminée, ou remplit un certain espace, qu’on nomme son volume. Chaque corps est divisible ; mais on doit distinguer la divisibilité géométrique et la divisibilité physique. La première est illimitée, et nous ignorons si la dernière l’est aussi, ou à quel point elle s’arrête; seulement l’expérience montre qu’au moyen de forces naturelles et artificielles, les corps peuvent être divisés en particules tellement ténues, qu’elles deviennent imperceptibles aux sens.

§ 4* Ene autre propriété générale , c’est celle que l’on nomme

V impénétrabilité. Elle consiste eu ce qu’aucun corps ne peut exister simultanément avec un autre corps, dans la même portion de 1 espace que celui-ci occupe. C’est par l’impénétrabilité que les corps nous deviennent palpables; elle doit donc appartenir à tout ce que nous appelons corps. Néanmoins, on peut, au premier coup-d’œil, douter qu’elle existe dans tous les corps d’une manière absolue, c’est-à-dire, dans toutes les circonstances.

§ 5. L’exclusion de localité qu’elle exprime , existe sans aucun doute, i.° entre deux corps parfaitement homogènes, quels qu’ils soient, solides, liquides ou aériformes; 2.° entre deux corps solides , même hétérogènes, aussi long-temps qu’ils demeurent à létat de solides; 3.° entre un corps solide et un corps fluide, soit liquide ou aériforme , tant que le premier se conserve à l’état solide; d’ou l’on voie aussi qu elle existe entre notre propre corps et tous les autres corps perceptibles.

Mais cette propriété semble devenir douteuse lorsque deux corps fluides, liquides ou aériformes, se mêlent, ou lorsqu’un corps solide se dissout dans un corps fluide; enfin, lorsque deux corps forment une combinaison tout-à-fait homogène, ce qu’on doit bien distinguer d’une mixtion , quelque bien faite qu’elle soit (i).

$ 6. Une conséquence nécessaire de l’impénétrabilité est la coercibilité (2) , de sorte que les mots impénétrable , palpable et co er cible, signifient la même chose.

§ 7. La pesanteur et la mobilité 11e sont réellement pas des conditions nécessaires de la perceptibilité; cependant, l’expérience apprend qu’elles appartiennent à tous les corps perceptibles , sans exception ; mais comme ces deux propriétés des corps , sont au nombre des objets les plus essentiels de la Physique mécanique, nous en traiterons asec détail dans des chapitres particuliers.

$ 8. La plupart des physiciens comptent encore parmi les propriétés générales des corps, la porosité, la compressibilité et l’ élasticité; mais les raisons qui portent à croire que ces qualités se rencontrent dans tous les corps, sont insuffisantes.

(1) Cependant, lorsqu’on est plus avancé clans l’étude des phénomènes naturels, on reconnaît que 1 impénétrabilité existe aussi bien dans ces cas là que dans les autres.

(2) Faculté ou possibilité d’être rassemblé et retenu dans un espace fini.

DES CORPS EN GENERAL. q

§ q. Tout ce qui précède 11e peut s’appliquer qu’aux corps perceptibles; mais plus on avance dans la connaissance de la nature, plus on se sent pressé de reconnaître aussi rexistence de substances non perceptibles (Introd., $ 10). Parmi les physiciens modernes, il en est beaucoup qui penchent, par de bonnes raisons, à refuser la pesanteur et l’impénétrabilité aux substances non perceptibles, et à leur laisser seulement l’étendue et la mobilité; d’autres leur accordent les deux premières qualités , mais à un degré non perceptible pour nos sens. Tous ont coutume de les nommer substances impondérables ou incoercibles (i).

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