C. Action de l'oxygène absorbé sur le sang. — Ainsi
fixé dans les globules , l'oxygène traverse avec eux les cavités du cœur, chemine clans les grosses artères et parvient dans les capillaires généraux. Là le sang est soumis à une pression assez forte pour le faire passer, malgré sa viscosité, à travers des vaisseaux d'une ténuité excessive ; cette pression favorise puissamment les actions chimi-
(1) Liebig, Nouvelles lettres sur la chimie, p. 8i et suiv.
(2) Ann, de chim. et de phys,, y série, t. XVII, p 452,
ques; et alors s'opèrent les transformations, dédoublements, combustions complètes et incomplètes nécessaires à la nutrition et à l'élimination des matières impropres à l'enlretien de la vie; les globules cèdent leur oxygène, perdent leur couleur rutilante, et reprennent la teinte violacée qu'ils ont dans le sang veineux. Des produits destinés à être expulsés de l'économie il se fait deux parts : l'une s'échappe par les surfaces respiratoires, et contient de l'azote libre, de l'acide carbonique et de l'eau ; l'autre , éliminée par les reins et les autres voies d'excrétion, contient aussi de l'azote, du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène, mais engagés dans des combinaisons moins simples et associés de manière à constituer les principes organiques immédiats, ternaires et quaternaires, de la masse excrémentitielle. Chez un animal complètement développé et à la ration d'entretien, la somme des éléments expulsés par la masse excrément itielle et par les surfaces respiratoires doit nécessairement représenter exactement, en nature et en poids, la somme des éléments de matières alimentaires ingérées, plus \ oxygène absorbé. Les analyses comparatives des aliments et des excréments pris et rendus par un animal nous permettent d'établir les principes suivants :
1° La masse excrémentitielle ne contient pas tout l'oxygène introduit dans l'économie parles aliments; elle ne renferme non plus qu'une partie de leur carbone^ de leur hydrogène et de leur azote.
2° En général, \q rapport de V oxygène à V hydrogène est plus faible dans la masse excrémentitielle que dans les aliments ingérés.
A cause de la solidarité qui existe entre la composition des aliments^ celle des excréments et celle des exhalations respiratoires, nous devons conclure de là que :
l*" Les surfaces respiratoires éliminent sous forme de Vapeur d'eau et d'acide carbonique la totalité de l'oxygène qu'elles ont absorbé.
T Les surfaces respiratoires éliminent en outre une partie du carbone, de l'hydrogène, de l'oxygène et cle l'azote introduits dans l'économie par les aliments.
3^ Dans la somme des éléments que les matériaux combustibles du sang fournissent aux exhalations respiratoires^ le rapport de Voxyghne à V hydrogène est généralement plus considérable que dans la masse alimentaire ingérée.
A l'appui de cette dernière proposition, nous devons citer les principaux résultats des travaux de MM. Boussingault et Barrai. De leurs analyses des aliments pris et des excréments rejetés, il résulte que, pour une partie en poids d'hydrogène, on trouve:
Chez la vache. . .
Chez le cheval. .
Chez le mouton .
Chez rhomme. .
Dans les aliments.
6,775 d'oxyg.
Dans les éléments
1 <Jes mate'iiuux
Dans la masse , .....
.... ,, du sane élimines excremculilielle. f
par les sur-
6,273 d'oxyg.
faces respiratoires.
7,408 d'oxyg.
- Cette prédominance remarquable de l'oxygène dans la somme des éléments que les matériaux combustibles du
sang fouiTnissent aux surfaces respiratoires tient sans doute à la transformation d'une certaine quantité de sucre en coups gras. Les belles recherches de MM. Dumas et Milne Edwarcls (1) sur la composition de la cire des abeilles ont démontré la réalité de cette transformation, qui ne peut s'effectuer sans la mise en liberté d'une proportion considérable de l'oxygène de la matière sucrée. A l'appui de cette interprétation, nous rapporterons les résultats obtenus par M.'Boussingault dans l'expérience citée plushaut et relative à la tourterelle soumise à la ration d'entretien. Cet oiseau était nourri avec du maïs ; or nous savons que la matière organique sèche du maïs contient une quantité d'huile qui s'élève à 8,557 pour 100 en poids. Il est infiniment probable et même certain que cette tourterelle, vu la proportion énorme de matière grasse ingérée, brûlait di^^ectement le sucre fourni par la digestion et ne le transformait pas en graisse. Il en résulte que, chez elle, contrairement à ce que nous avons constaté chez les autres animaux, le rapport de r oxygène à l'hydrogène a dû se maintenir plus faible^ dans les éléments des matériaux du sang éliminés par les surfaces respiratoires, que dans les aliments. Et, en effet, M. Boussingault , pour une partie en poids d'hydrogène, a trouvé :
Dans les e'iëmenls
1 des matériaux
1 |. . Dans la niasse , . ,
Dans lésa iments. . ,1 du sane élimines
excrementitielle. ?
par les siu-
faces respiratoires.
Chez cette tourterelle 6,639 d'oxyg. 6,803 d'oxyg. 6,601 d'oxyg. Et, par une conséquence nécessaire, la matière orga- (1) Ann. de chim, etdephys.j 3^ série, t. XIV, p. 400.
nique expulsée par les voies excrémeutitielles était, chez cette tourterelle, plus oxygénée que les aliments consommés.
Laissons de côté la masse excrémentitielle, et fixons notre attention sur les quatre corps simples, azote, hydrogène, oxygène, carbone, empruntés aux matériaux combustibles du sang qui, libres ou combinés deux à deux, entrent dans la composition des exhalations respiratoires.
L'azote s'échappe évidemment en totalité sous forme de corps simple, de gaz libre. On n'a jamais signalé aucun composé azoté dans les produits gazeux de l'exhalation pulmonaire ou cutanée.
L'hydrogène et le carbone se combinent avec Y oxygène fourni par les matériaux du sang et la totalité de Voxygène absorbé, sont transformés en eau et en acide carbonique et éliminés sous ces deux formes ultimes. Mais pour quelle part V oxygène absorbé entre-t-il dans la production de cette eau et de cet acide carbonique?
D. Origine de l'acide carbonique exhalé. — Bicnquc
le rapport de l'oxygène à l'hydrogène soit en général plus considérable, dans la somme des éléments fournis à la respiration par les matériaux combustibles du sang, que dans les aliments ingérés; cependant, comme la matière organique du bol alimentaire contient toujours, quel que soit le régime adopté, moins d'oxygène qu'il n'en faut pour transformer tout son hydrogène en eau, il en résulte que, dans Vimmense majorité des cas, l'oxygène fourni par le sang à la respiration n'est pas en suffisante quantité pour brûler la totalité de l'hydrogène éliminé
par cette voie. En général donc, une portion plus ou moins considérable de V oxygène absorbé se combine avec l'hydrogène pour faire de l'eau. Néanmoins, chez les animaux qui se nourrissent exclusivement de substances végétales très riches en oxygène, on comprend à priori que la proportion de cet élément fournie par les aliments à la respiration puisse être assez et m.ème trop considérable pour brûler la totalité de l'hydrogène éliminé par cette voie. Ge dernier cas se trouve réalisé dans les trois expériences entreprises par M. Barrai (1) sur le mouton. Nous voyons que, en vingt-quatre heures, les aliments ont fourni l'azote, l'oxygène, l'hydrogène et le carbone à la respiration, dans les proportions suivantes :
Azote. Oxygcuc. Hydrogèiif!, Catl)onc. gr. gr. gr. gr.
1" expérience 2,89 139,98 15,27 157,27
2' expérience 9,38 195,58 23,09 225,18
S'' expérience G, 19 179,91 19,74 204,39
Les 15§',27 d'hydrogène de la première expérience exigent seulement 122g'', 16 d'oxygène pour faire de l'eau; les aliments ont donc fourni à la respiration 1 7s' ,82 d'oxygène de plus qu'il n'i'n faut pour brûler tout l'hydrogène, et cet excès d'oxygène a du se combiner avec une partie de carbone. — Dans la seconde expérience il suffirait de 18^s' ,72 d'oxygène pour transformer en eau les 23b'',09 d'hydrogène ; les 1 08^ ,86 d'oxygène en excès ont dû se combiner avec une portion du carbone. — Enfin, dans la troisième expérience, 157s',92 d'oxygène suffiraient pour brûler les 19s'',76 d'hydrogène ; ici donc en-
(1) Statique chimique des animaux. Paris, 1850, p. 308 et suiv.
core il y a un excès d'oxygène, et cet excès, qui s'élève à 21s^ ,99, a dû se combiner avec le carbone pour produire de l'acide carbonique. Une portion de l'acide carbonique exhalé peut donc, dans certains cas, se former sans le concours de l'oxygène absorbé et provenir de la combinaison directe du carbone avec un excès d'oxygène fourni par les aliments et éliminé par les surfaces respiratoires. Alors, forcément, l'acide carbonique exhalé contiendra plus d'oxygène que Fanimal n'en a absorbé.
L'acide carbonique produit dans l'économie et éliminé par la respiration peut donc provenir de deux sources, dont une est indépendante de l'action de l'oxygène absorbé.
La première, la plus importante par sa constance et son abondance, est la combinaison d'une portion ou de la totalité de l'oxygène absorbé avec le carbone des matières organiques transformées ôu complètement détruites dans l'économie.
La seconde, très éventuelle, mais dont la possibilité est démontrée, est la combinaison du carbone avec un excès d'oxygène fourni à la respiration par les matières alimentaires.
Ces considérations rendent compte d'un fait très remarquable, et sans cela inexplicable, signalé par M. Regnault dans son beau mémoire. Dans les expériences 50% 87% 92% les animaux exhalèrent une quantité tellement considérable d'acide carbonique, que, à lui seul, ce gaz contenait un poids d'oxygène supérieur à celui de l'oxygène absorbé.
Dans les réactions si nombreuses qui se passent, dans
les capillaires généraux, entre les matériaux combustibles de l'économie et l'oxygène absorbé par les surfaces respiratoires, le raisonnement et l'expérience sont d'accord pour prouver qu'il peut se présenter deux cas :
1" L'oxygène des matières organiques détruites ou transformées, qui s'échappe par les surfaces respiratoires, est en trop faible quantité pour brûler tout l'hydrogène qu'elles fournissent aux mêmes voies d'élimination. Alors une portion de l'oxygène absorbé s'unit à l'excès d'hydrogène, et le reste au carbone du sang pour faire de l'acide carbonique. Ce partage de l'oxygène absorbé entre les deux éléments combustibles représente l'état normal de la respiration, chez l'immense majorité des animaux.
2° L'oxygène fourni aux exhalations respiratoires par lés matières détruites ou transformées est en quantité suffisante ou même trop forte pour brûler tout l'hydrogène éliminé par cette voie. Alors tout l'oxygène absorbé se combine avec le carbone du sang, et son poids est, suivant l'un ou l'autre de ces deux cas, égal ou même inférieur à celui de l'oxygène contenu dans l'acide carbonique exhalé. Ce dernier fait, dont la possibilité est incontestablement démontrée, n'a encore été rencontré que rarement et exceptionnellement, mais cependant chez des animaux placés dans des conditions pliysiotogiques.
C'est ici le lieu de dire un mot des diverses idées émises sur le mode de formation de l'acide carbonique exhalé par les voies respiratoires. Pour les physiologistes qui admettaient la combustion directe des matériaux du sang dans le poumon, l'acide carbonique était nécessai-
rement produit dans les voies respiratoires au moment de son exbalation. L'action de l'oxygène sur les matières combustibles du sang s'opérait tout entière dans la trame des capillaires pulmonaires; là, les unes étaient complètement détruites, les autres simplement transformées ou ramenées à l'état d'oxydation sous lequel elles devaient être éliminées par les divers émonctoires de l'économie. De cette manière de considérer les phénomènes physico-chimiques de la respiration découlait, comme conséquence nécessaire, l'idée de la préexistence dans le sang des matériaux de toutes les sécrétions, et de l'assimilation de la glande à un filtre. Les matières excrétées dérivent, en effet, des éléments du sang par voie d'oxydation , et toute action oxydante étant localisée dans le poumon, l'urée, les acides cholique, urique, etc., devaient se former dans cet organe ; les glandes devaient se borner à séparer du sang artériel des produits tout formés; dans les capillaires généraux, les divers organes devaient aussi céder au sang les portions de leurs tissus destinées à l'élimination, et lui emprunter des matériaux préparés à l'avance et rendus assimilables par le travail effectué dans le poumxon ; la fonction du sang veineux était de charrier tous ces débris d'organes mêlés aux produits de la digestion pour les soumettre, dans les voies respiratoires mêmes, à l'action de l'oxygène. Le travail d'oxydation préparatoire de toute assimilation, de toute nutrition, de toute sécrétion, était localisé en entier dans la trame des capillaires pulmonaires.
Du moment qu'il fut démontré que l'acide carbonique exhalé préexiste dans le sang veineux, les phénomènes
SOUBCES DE LA CHALEUK ANLMALE. 273
accomplis dans le poumon lui-même perdirent de l'importance qu'on leur avait attribuée. Les surfaces respiratoires ne furent plus que ce qu'elles sont en effet, un lieu d'absorption et d'exhalation, un lieu où le sang échange les gaz qu'il tient en dissolution contre l'oxygène de l'atmosphère. Les combustions, les destructions et transformations de matières organiques ; en un mot, les opérations les plus importantes de l'hématose furent transportées à l'autre extrémité du cercle circulatoire, dans les capillaires généraux.
Les progrès de la chimie organique ont démontré que ce n'est pas tout à coup, mais par une suite d'oxydations, de combustions lentes, que les matériaux du sang sont détruits ou transformés. Avant donc d'atteindre la forme définitive sous laquelle ils doivent être rejetés au dehors, ils passent tous par une série d'états intermédiaires qui leur font perdre une partie de leur carbone et de leur hydrogène. C'est au milieu de ces oxydations, de ces combustions successives que prennent naissance l'acide carbonique et l'eau dans lesquels on retrouve la totalité de l'oxygène absorbé et dont la production s'accompagne d'un dégagement de chaleur. Parmi ces états intermédiaires par lesquels passent les matières ternaires , Mitsclierlich avait surtout signalé Tacide lactique. Il pensait que la première action de l'oxygène absorbé sur les matières sucrées était leur transformation en acide lactique. Cet acide, en présence des carbonates alcalins, s'emparait de leur base et mettait en liberté de l'acide carbonique qui était éliminé par le poumon. Les lactates alcahns, à leur tour, subissaient
27/l PHYSIQUE MÉDICALE.
un nouveau degré d'oxydation, passaient à l'état de carbonates» qui ne tardaient pas eux-mêmes à être décomposés par de nouvelles doses d'acide lactique produites aux dépens des sucres de l'économie. Dans ces dernières années, M. Verdeil (1) a signalé l'existence d'un acide quaternaire qui serait, pour les matières azotées neutres, l'analogue de ce qu'est l'acide lactique pour les matériaux ternaires. Cet acide, que M. Verdeil a appelé pneiimique, se formerait dans la substance organisée du parenchyme du poumon, et non dans le sang qui en parcourt les vaisseaux. Au moment où le sang veineux traverse l'organe pulmonaire, l'acide pneumique décomposerait les. carbonates alcalins, mettrait de l'acide carbonique en liberté, et serait lui-même entraîné dans le torrent circulatoire sous forme de pncumate de soude, pour y subir sans doute un nouveau degré d'oxydation et être transformé ou détruit à son tour. Il se passe certainement beaucoup d'actions de ce genre pendant la circulation. Ces transformations diverses que subit la jnatière organique, avant d'être éliminée, sont fort importantes à connaître pour la théorie de l'hématose et de la nutrition ; mais, pour nous, elles ont moins d'intérêt, parce que, quels que soient le nombre et la nature de ces oxydations et transformations successives, nous savons que, en définitive, la somme de chaleur produite est la même que si la combustion était assez -intense pour ramener, du premier coup, les matériaux du sang à leur forme ultime d'élimination.
(1) Traité €e chimie anatomique et physiologique, t. I, p. 166, et t. H, p. 460.
La seule conclusion que nous désirions déduire de cette discussion, c'est que, l'acide carbonique étant formé dans les capillaires généraux pour être dissous dans le sang veineux ou combiné avec la soude en attendant que quelque acide le mette en liberté, les produits de l'exhalation pulmonaire ne proviennent pas d'une combustion actuelle^ mais traduisent, en réalité, les effets d'une combustion antéineure au moment où ils s'échappent au dehors. Par conséquent, ainsi que le prouvent d'ailleurs les expériences de Spallanzani et d'EdwarcIs sur des animaux placés dans l'azote ou dans l'hydrogène, l'échange de gaz entre le sang veineux et l'atmosphère ambiante peut continuer à se manifester encore quelque temps, même dans le cas où toute introduction nouvelle d'oxygène dans le torrent circulatoire aurait été arrêtée. Ceci nous prouve combien étaient illusoires les expériences deBrodie sur les animaux décapités et insufflés. Au moment de la décollation, en effet, le sang veineux était riche en acide carbonique et en carbonates. La rutilance acquise par le sang à son passage dans le poumon, l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique, pouvaient bien indiquer la persistance de l'endosmose gazeuse, mais ne prouvaient en aucune façon la continuation des phénomènes de combustion dans la trame des organes. Le refroidissement des animaux, en cas pareil , n'est donc pas un argument valable contre la théorie qui place la source de la chaleur animale dans l'action exercée par l'oxygène sur les matériaux combustibles du sang.
Résumé. — Nouspouvons maintenant résumer en peu
de mots celte analyse des phénomènes de la respiration, et caractériser les principales phases du rôle que Toxygène absorbé joue dans l'économie.
Aux diverses surfaces respiratoires, poumon, peau, branchies, etc., le sang veineux, saturé d'acide carbonique, laisse, par un simple jeu de forces physiques, échapper ce gaz, qui est expulsé au dehors. En même temps, sous l'empire de forces physiques et chimiques, une portion déterminée de l'oxygène ambiant pénètre dans le sang, se fixe sur les globules et les artérialise. La fonction de ces surfaces est donc réHmination de l'acide carbonique, produit impropre à l'entretien de la vie, et l'introduction dans l'économie d'une certaine proportion d'oxygène, agent de toutes les transformations que doivent subir les matériaux extraits des aliments ingérés, et versés incessamment dans le torrent circulatoire par le travail de la digestion.
Transporté avec les globules dans les capillaires généraux, l'oxygène absorbé agit, par des combustions lentes et successives, sur les matières ternaires et quaternaires fournies par le travail digestif, et sur les matières organiques incessamment séparées des tissus de l'économie. De ces réactions, accompagnées, dans certaines circonstances, de véritables dédoublements, résultent la génération, aux dépens de l'albumine, des éléments constitutifs de divers organes, la formation d'une certaine quantité de graisse, et la production des substances qui sont les derniers termes de transformation des éléments organiques et organisés de l'économie avant d'être expulsés au dehors. De ces matières éliminées par les divers
émoncloires du corps des animaux, les unes appartiennent encore au monde organique, comme l'acide hydrotique pour la peau, les acides cliolique et cboléique pour le foie, Furée et les acides urique et hippurique pour les reins; les autres sont complètement minéralisées, ce sont l'acide carbonique, l'azote et l'eau, qui s'échappent par les surfaces respiratoires. Ces produits de la combustion des matériaux du sang sont destinés les uns à éliminer Tazote, les autres à chasser au dehors le carbone et l'hydrogène.
Calcul de la quantité de chaleur produite.
Les réactions si nombreuses et si diverses de l'oxygène ^ absorbé sur les matériaux organiques de l'économie aboutissent définitivement à une double combustion, à la transformation du carbone en acide carbonique et de l'hydrogène en eau. Cette double combustion est bien certainement une source de chaleur assez puissante pour rendre compte de tous les phénomènes de température propre observés chez les animaux; mais, dans l'état actuel de la science, est-il possible de calculer exactement la quantité de chaleur produite par les phénomènes physico-chimiques de la respiration?
L'eau et l'acide carbonique, produits dans la trame des capillaires généraux et exhalés par les surfaces respiratoires, peuvent provenir de deux sources. L'une est la combinaison de l'oxygène des matériaux du sang avec leur hydrogène et leur carbone; l'autre est la combinaison de l'hydrogène et du carbone de ces mômes maté-
riaiix avec V oxygène absorbé. L'eau qui provient de la première de ces deux sources doit être considérée comme préexistante dans l'économie ; elle n'est pas produite, mais seulement mise en liberté ; son apparition ne s'accompagne d'aucun dégagement de chaleur. Nous en dirons autant de l'acide carbonique qui, dans certaines circonstances , provient de la combinaison de l'oxygène du sang avec son carbone. Cet acide, il est vrai, ne peut pas être considéré comme préexistant, il est réellement produit par une véritable combustion ; mais , comme l'oxygène qu'il renferme ne devient libre qu'à la condition d'être emprunté à un corps ramené lui-même à un moindre degré d'oxydation , cette ségrégation chimique préalable , nécessaire à la mise en liberté de l'oxygène, est une source de froid qui compense la chaleur produite par la formation ultérieure de l'acide carbonique. Au milieu des nombreuses réactions chimiques qui s'accomplissent dans le torrent circulatoire, la combinaison de Voxygène absorbé avec les éléments combustibles des matériaux du sang est donc la seule dont nous devions tenir compte comme source de chaleur.
La méthode indirecte nous fait connaître les éléments du sang éliminés par les surfaces respiratoires et les proportions de ces éléments ; elle nous donne donc le moyen de mesurer exactement les quantités réelles de carbone et d'hydrogène brûlés par Voxygène absorbé. Pour une détermination aussi délicate et aussi importante , on ne saurait s'entourer de trop de garanties ; il est bon, il est nécessaire de profiter à la fois de toutes les ressources de la science. En même temps que, par des analyses corn-
SOURCES DE LA CHALtUR ANIMALE. 279
paratives des aliments et de la masse excrémentitielle, on fait la part des éléments du sang emportés par la respiration, nous pensons qu'on doit, à l'exemple de Lavoisier et de M. Regnault , déterminer directement les quantités d'oxygène emprunté à l'atmosphère et d'acide carbonique exhalé. Ces deux méthodes ne se contrarient pas, chacune d'elles possède des éléments de certitude dont il faut savoir profiter ; elles se contrôlent et se complètent mutuellement, La méthode directe peut seule, sans hypothèse préalable, fournir l'estimation exacte de la quantité d'oxygène consommé par un animal dans un temps donné; à ce titre, elle doit toujours conserver une grande place dans l'étude des phénomènes de la respiration et de la calorification.
La quantité d'oxygène absorbé, la quantité d'hydrogène et de carbone transformés en eau et acide carbonique, sont connues ; pour déterminer la chaleur produite par l'animal, suffira-t-il de multiplier le poids du carbone et le poids de l'hydrogène brûlés par les nombres qui expriment la chaleur de combustion de chacun de ces corps, et de faire la somme des deux produits? Ainsi a procédé Lavoisier, ainsi ont procédé Dulong et M. Despretz , ainsi nous sommes obligé de procéder encore. Disons-le franchement, cette opération repose sur l'hypothèse inadmissible que, dans les combustions respiratoires, le carbone, pour se transformer en acide carbonique, et l'hydrogène, pour faire de Teaù, dégagent la même quantité de chaleur que quand ils sont brûlés à l'état libre. Mais, dans l'économie, l'action de l'oxygène absorbé s'exerce sur des matières ternaires et
quaternaires, et nous avons vu (page 8^) que la clialeur l'ournie par la combustion d'un corps composé n'est pas égale à la somme des quantités de chaleur produites par l'oxydation de chacun de ses éléments pris isolément. Par cela seul que , au moment où ils sont brûlés, le carbone et l'hydrogène sont engagés dans une combinaison quelconque, leur chaleur de combustion est donc modifiée ; l'expérience seule peut indiquer le sens et l'intensité de cette modification pour chacun des corps composés dont ils font partie. Pour arriver à la détermination exacte de la quantité de chaleur produite , il faudrait donc connaître la proportion de chacune des matières ternaires et quaternaires du sang attaquées par l'oxygène absorbé et la chaleur de combustion de chacune d'elles. Un semblable travail n'a encore été fait que pour les éléments des principes immédiats, et non pour les principes immédiats eux-mêmes. Il existe, dans la science une lacune importante que nous venons de signa- 1er, et que la méthode 2/z^//r(?c/(? nous paraît être appelée à combler.
Nous savons, en effet, qu'un animal adulte, tenu à la ration d'entretien, brûle complètement la somme des principes immédiats ternaires qu'il consomme, transforme une partie des matières albuminoïdes ingérées, et brûle complètement le reste de ces principes quaternaires.
' L'analyse des aliments fournit nécessairement les proportions des matières ternaires et quaternaires consommées et le poids absolu de chacune d'elles.
Les matières albuminoïdes (\\\\ passent à l'état de pro-
duits excrémentitiels azotés ne perdent pas d'azote; la proportion d'azote contenu dans les excréments peut faire apprécier la quantité de matière albuminoïde transformée, et la connaissance de la nature de chacun des produits azotés, rendus par cette voie, doit indiquer le degré d'oxydation plus ou moins avancé qu'a subi la matière albuminoïde.
D'autre part, la détermination de la quantité d'azote libre exhalé par les surfaces respiratoires donne directement le poids de la matière albuminoïde complètement brûlée dans le torrent circulatoire.
Ainsi peuvent être connus :
1" La quantité de chacun des principes immédiats ternaires consommés dans un temps donné, et complètement brûlés par l'animal ;
T Le poids de la matière albuminoïde complètement brûlée ;
3° Le poids de la matière albuminoïde transformée, et les degrés plus ou moins avancés d'oxydation correspondants à ces diverses transformations.
La science est assez avancée pour déterminer directement les quantités de chaleur dégagées par la combinaison de chacun de ces matériaux du sang avec l'oxygène ; déjà une partie de ce dernier travail a été accomphe dans les belles recherches de MM. Favre et Silbermann. Ainsi , par une heureuse alliance de la méthode directe proposée par Lavoisier et de la méthode indirecte introduite dans la science par M. Boussingault, le problèm.e de la calorification des animaux se trouve définitivement posé dans ses véritables termes; quelques éléments manquent en-
core pour ia solution complète des difficultés dont cette grande question de physiologie est hérissée; mais les desiderata sont connus, et tout nous fait espérer que les lacunes seront bientôt comblées, parce que la science est aujourd'hui assez puissante pour suffire à cette tâche.
li'évaporation est line cause c|e refroiclîssemeiit. —
En même temps que l'animal produit de la chaleur par la combinaison de l'oxygène absorbé avec le carbone et l'hydrogène des matériaux du sang , il élimine sous forme de vapeur, par les surfaces respiratoires, toute l'eau produite ou mise en liberté dans l'économie et la portion d'eau ingérée qui ne se retrouve pas dans la masse excrémentitielle expulsée. Cette évaporation est, pour lui, une cause incessante et puissante de refroidissement. On peut donc dire que l'animal vivant dans l'air est soumis à deux forces qui agissent en sens contraire. L'une s'exerce à la surface : c'est l'évaporation de l'eau, c'est une s(jurce de froid. L'autre agit dans la profondeur des tissus et des organes, dans les capillaires généraux : c'est l'action exercée par l'oxygène sur le sang pour opérer toutes les transformations de matière nécessaires à la nutrition et aux sécrétions, et caractérisée par une double combustion, par la formation d'acide carbonique et d'eau; c'est une source de chaleur. La quantité réelle de chaleur dont l'animal peut se servir pour lutter contre les causes extérieures de refroidissement est la différence de l'effet produit par l'action simultanée de ces deux forces. Un des grands avantages de la méthode de M. Boussingault est de fournir, du même coup, les quantités d'hydrogène et de carbone brûlés et en même temps le poids de l'eau
éliminée sous forme de vapeur, c'est-à-dire tous les éléments nécessaires pour déterminer la chaleur produite et la chaleur perdue par le jeu des fonctions de l'économie, et arriver à la connaissance de la quantité réelle de chaleur dont l'animal peut disposer dans un moment donné de son existence. Dans le chapitre suivant , quand nous calculerons, à l'aide des ressources actuelles de la science, les moyens que l'animal possède pour se mettre en harmonie avec les conditions thermiques du milieu ambiant, et que nous étudierons, dans tous ses détails, l'action des causes réelles qui commandent le degré de sa température propre^ constante ou variable, dans les divers climats, dans les différentes saisons et sous l'empire de circonstances physiologiques très variées, nous apprécierons l'importance relative et absolue de chacun de ces deux éléments de la question.
Conclusion. — Toute la théorie delà chaleur animale est donc restée contenue dans les termes de la formule si nette énoncée par Lavoisier dès 1789 :
c( La machine animale est principalement gouvernée » par trois régulateurs principaux : la respiration^ qui » consomme de l'hydrogène et du carbone et qui fournit » du calorique ; la transpiration, qui augmente ou dimi- » nue suivant qu'il est nécessaire d'emporter plus ou » moins de calorique; enfin la digestion^ qui rend au sang » €e qu'il perd par \^ respiration et la transpiration . »
Si, par un effet heureux et inévitable des progrès accomplis par la science depuis plus d'un demi-siècle, les
28/i PHYSIQUE MÉDICALE.
procédés d'investigation se sont perfectionnés et les rfonpremières indispensables à la solution du problème sont connues avec plus d'exactitude, la grande vue physiologique de Lavoisier n'en est pas moins restée debout tout entière. Empruntant une expression employée par M. Dumas dans une autre circonstance (1), nous dirons : (( Lavoisier est intact , impénétrable ; son armure d'acier » n'a pas été entamée. » C'est qu'en effet, dans cette question de la calorification, l'idée mère de Lavoisier comprend tout , résume tout , répond à tout , est la traduction fidèle de la vérité. En suivant l'animal dans les diverses phases de sa vie physiologique, nous verrons l'intensité de la double combustion respiratoire et de l'évaporation se modifier, partout et toujours, dans le sens prévu par l'excès de sa température sur celle du miheu ambiant. Cette dernière étude nous servira à mettre hors de toute contestation possible la vérité de la doctrine qui place, dans les phénomènes physico-chimiques de la respiralion, les sources de la chaleur animale.
(1) Leçons sur la philosophie chimïquCy Paris, 1836, p. 185.