CONSOMMATION MOYENNE DU CAUDONE PAR HEURE
A l'âge où le flux menstruel se supprime, il se passe chez la femme un fait remarquable : la fonction pulmonaire prend plus d'activité et la quantité d'acide carbonique exhalé augmente. Ainsi, une femm.e de quarantecinq ans bien constituée, de bonne santé et encore bien réglée, ne brûlait que 6s',2 de carbone par heure; tandis que cinq femmes placées dans les mêmes conditions, comprises entre trente-huit et quarante-neuf ans, mais chez
1" de 10 à 15 ans. .
( Chez le jeune garçon non pubère 7,8 j Chez la jeune fille non réglée, . . 6,4
S'' de 16 à 30 ans. .
Chez l'homme adulte.
Chez la femme réglée
]es(\ue\\esle flux mcnst7'uelr tait supiwimé , brûlaient moyeniiement, par lieure, 8§ï',/t de carbone. Du reste, après que ce surcroît d'activité de la fonction pulmonaire a été produit vers l'époque de retour, l'exhalation de l'acide carbonique diminue, chez la femme, à mesure qu'elle avance en âge, absolument comme chez l'homme. Nous avons trouvé que la consommation de carbone, par heure, est de 7n*",l chez la femme de cinquante-six ans, de 6S'\8 chez celle de soixante-six ans, et enfin de 6 grammes seulement chez la femme de quatre-vingt-deux ans. Ajoutons enfin qu'en comparant entre elles les femmes de même âge et placées, d'ailleurs, dans des conditions d'existence semblables, on trouve que le développement du système musculaire exerce, sur l'activité de leur fonction pulmonaire, la même influence que chez l'homme.
Pour la femme donc, la fonction utérine est évidem-, ment supplémentaire de la fonction pulmonaire. Chez elle, tant que dure la période menstruelle, les matériaux éliminés ne se retrouvent pas en totalité dans les évacuations alvines, dans les urines et dans les produits des exhalations pulmonaire et cutanée. Une portion notable des matériaux du sang est chassée au dehors par le flux menstruel, et ce fait explique le peu d'activité de la fonction pulmonaire tant que l'utérus continue à vivre de sa vie normale. Mais ces matériaux, qui s'échappent ainsi périodiquement tous les mois, ne subissent pas Tactioh de l'oxygène : ils sortent en nature et sans avoir éprouvé aucune espèce d'oxydation ; leur élimination s'accomplit donc en dehors du cercle des actions physico-chimiques de la respiration, et ne contribue en
rien à la production de la chaleur. Cette manière de comprendre le rôle joué par l'utérus dans l'économie est pleinement justifiée par l'étude des produits de la respiration pendant la grossesse. Nous avons vu, en effet, que la femme réglé eue, brûle moyennement que 6s'\/i de carbone par heure; quatre femmes grosses, chez lesquelles par conséquent le fluK menstruel était suspendu, brûlaient moyennement 8 grammes de carbone par heure. Chez ces dernières donc, la fonction pulmonaire était momentanément chargée d'éliminer les matériaux du sang impropres à la nutrition, qui ne pouvaient plus être expulsés au dehors par leur émonctoire naturel.
HceBierchcs de M. IScliarlIng. — PeU de temps après
la publication de notre Mémoire, M. Scharling fit paraître (1) un travail qu'il avait exécuté sur le même sujet. 11 s'est occupé. de l'influence exercée sur la respiration par l'état de veille et de sommeil, de repos et de mouvement, et aussi par la digestion; nous parlerons plus tard des conséquences qu'il a déduites de ces expériences. Quant à l'influence de l'âge, du sexe et de la constitution, il est parvenu aux mêmes résultats généraux que nous, sans toutefois avoir signalé le fait capital qui se rapporte à la menstruation. Cependant, entre les conclusions de M. Scharling et les nôtres, il y a des divergences assez notables, et que nous croyons devoir attribuer à la méthode qu'il a suivie dans ses recherches; entrons dans quelques détails à ce sujet.
M. Scharling plaçait les sujets qu'il voulait observer
(I) Ann, de chim. et de phys., série, t. VIU, p. 478.
dans une espèce de guérite de bois dont les joints étaient bien lutés, et tapissée de papier collé à l'intérieur. Cette guérite avait envirou un mètre cube de capacité. L'air entrait par la partie inférieure ; le couvercle était percé de deux trous destinés à donner issue aux produits de la respiration. Le courant d'air était déterminé au moyen d'un appareil aspirateur à écoulement d'eau. Chacune des ouvertures de la partie supérieure communiquait :
l*' Avec un flacon contenant de l'acide sulfurique destiné à dessécher complètement l'air de l'expiration ;
2° Avec deux flacons placés l'un à la suite de l'autre, contenant une lessive concentrée de potasse, et suivis d'un petit flacon d'acide sulfurique, d'un tube rempli de potasse caustique solide, et d'un petit flacon d'eau de chaux: cette seconde partie de l'appareil était destinée à absorber tout l'acide carbonique.
Les expériences de M. Scharling duraient de une demiheure à une heure. La guérite d'/un mètre cube de capacité est certainement trop petite pour un séjour aussi prolongé, surtout quand il s'agit d'y loger un homme du poids de 82 kilogrammes; il nous paraît bien difflcile de maintenir, à l'aide d'un appareil aspirateur, la composition de l'air à l'état normal dans un espace si limité. Aussi nous n'avons pas été surpris de lire dans le Mémoire de M. Scharling que, pendant l'expérience, l'air de la guérite contenait de 2 à 6 pour 100 d'acide carbonique (1). Quand on sait qu'il suffit de la présence de 1 pour 100 d'acide carbonique dans l'air, même
(1) Ann. de chim. et de phys., y série, t. VUl, p. 485.
dans de vastes amphithéâtres, pour causer un sentiment très marqué de malaise, il est impossible d'admettre que la respiration restât normale dans un espace clos de un mètre cube, au milieu d'une atmosphère complètement saturée de vapeur d'eau, échauffée considérablement par la présence du sujet, et contenant de deux à six pour 100 d'acide carbonique. Observons, d'ailleurs, que le trouble de la fonction devait être d'autant plus prononcé que l'individu en observation était de plus forte taille, et jouissait d*une respiration plus active.
Une condition indispensable à remplir dans les recherches de ce genre, c'est de fournir, au sujet en expérience, assez d'air pour que le même gaz ne soit jamais introduit plus d'une fois dans la cavité thoracique. Or, d'après des observations les mieux faites, M. le professeur Bérard a fixé le volume d'une inspiration à un demi-litre; en comptant seize mouvements d'inspiration et d'expiration par minute (il n'y a rien d'exagéré dans ces évaluations), un homme introduirait donc, dans sa poitrine, 8 litres de gaz par minute, et i^80 litres par heure. Ce dernier nombre nous indique un minimum au-dessous duquel le volume d'air fourni à un homme ne peut pas s'abaisser, sans que la fonction pulmonaire soit profondément altérée dans son rhythme et dans ses produits. Mais l'appareil de M. Scharling est tel que le gaz expiré a dû nécessairement être analysé en entier dans le temps qu'a duré l'expérience ; et, puisqu'il y avait deux ouvertures d'écoulement pour les produits de la respiration, il en résulte que chacun de ses appareils d'analyse a dû marcher de manière à dessécher complètement et à dé-
' pouiller complétemerit d'acide carbonique^ en une /iciire^ 2k0 litres de gaz saturé de vapeur d'eau, et contenant au moins k pour 100 d'acide carbonique. M. RegnauU, aux travaux duquel il faut toujours recourir quand on veut apprendre à taire des expériences d'une exactitude irréprochable, dans ses belles recherches sur l'hygrométrie (i), a toujours employé, pour dessécher ses gaz, deux tubes en U remplis de ponce imbibée d'acide sulFurique bouilli; et, bien que l'action de ces tubes soit beaucoup plus efficace que celle des flacons laveurs, il a cependant réglé le tirage de son aspirateur de telle manière qu'il ne passait pas plus de 39 à kl litres de gaz, par heure ^ à travers son appareil.
Ces circonstances nous paraissent plus que suffisantes pour rendre compte des différences qui existent entre nos résultats et ceux de M. Scharling.
Recherches de M. Liebig. — M. Liebig (2) s'est SCrvi
de la méthode indirecte de M. Boussingault pour déterminer les produits fournis par la respiration de l'homme ; il a opéré sur une compagnie de la garde grand-ducale de Hesse-Darmstad , sur une famille composée de cinq personnes, sur les prisonniers de Giessen et de Marienschloss. La science avait beaucoup à espérer de recherches entreprises sur une aussi haute échelle, et dirigées par un homme aussi éminent. Malheureusement , tous les chimistes sont d'accord sur ce point que les bases fondamentales de ces expériences n'ont pas été détermi-
(1) Ann.dechim. etdephys., 3^ série, t. XV, p.. 151-155.
(2) Chimie organique appliquée à la physiologie animale, p. 39 et
nées avec assez d'exactitade, pour que les résultats obtenus par M. Liebig puissent être acceptés avec confiance.
Hcclierches de M. Harral. — M. Barrai (1) a publié,
en 18^9, un Mémoire sur la statique chimique du corps humain, dans lequel il a appliqué la méthode indirecte de M. Boussingault à la détermination des produits fournis par les exhalations pulmonaire et cutanée. Ses expériences portent :
kil.
1" Sur un homme de 29 ans du poids de 47,5 2" Sur un homme de 59 ans du poids de 58,7 3"^ Sur un enfant de 6 ans du poids de 15 i" Sur une femme de 32 ans du poids de (ji,2
Avant d'exposer les résultats obtenus par M. Barrai, nous devons faire une remarque importante.
La méthode indirecte, pour donner des résultats acceptables, suppose nécessairement, ainsi que M. Boussingault l'a nettement exprimé et comme nous l'avons rappelé plus haut (page 2kl), que le sujet soumis à la ration d'entretien ne gagne ni ne perd rien en poids, pendant toute la durée de l'observation. Sans cela, il n'est pas possible d'affirmer que les matières éliminées par le poumon et par la peau sont exactement représentées, en quantité et en nature, par la différence qui existe entre ce qui a été introduit par les voies digestives avec les aliments et ce qui a été expulsé par les diverses voies d'excrétion. Un enfant de six ans, chez lequel tous les organes se développent très rapidement, fixe nécessairement dans son économie une partie des matériaux four-
(1) Ann. dechim. et de phys., 3*= série, t. XXV, p. 129.
SOURCES m LA CUALEUU AMiMALl!). 359
iiis par la digestion ; et l'équivalent des substances, ainsi assimilées-journellement pour satisfaire à l'accroissement de son corps, ne doit se retrouver ni dans les excrétions solides ou liquides, ni dans les produits des exhalations pulmonaire et cutanée. Le travail de M. Barrai sur la statique chimique d'un enfant de six ans nous paraît donc pécher par la base, et nous ne dirons rien des résultats contenus dans cette partie de son Mémoire.
Nous garderons le même silence sur ses expériences relatives à la femme de trente deux ans, et en voici la raison. Nous avons longuement expliqué comment une partie des matériaux du sang qui, chez l'homme, aurait été brûlée et éliminée par le poumon et par la peau, échappe, chez la femme, à l'action de l'oxygène et s'écoule par les menstrues. M. Barrai, en ne tenant pas compte de cet élément important de la question, s'est trouvé nécessairement entraîné à attribuer aii poumon et à la peau tout le travail d'élimination accompli périodiquement par l'utérus ; c'est ce qui explique pourquoi , dans son Mémoire, l'intensité des combustions respiratoires est sensiblement la même, chez l'homme adulte de vingt-neuf ans et chez la femme menstruée de trentedeux. Si M. Barrai avait eu soin de contrôler les indications de ses analyses par l'examen des gaz absorbés et exhalés par les surfaces respiratoires, il aurait certaine^ ment été averti du défaut d'exactitude du poiiit de départ de ses recherches sur les produits de la respiration, chez l'enfant en voie de développement et chez la femme mens^ truée.
Gela posé, nous allons extraire du travail de M. Barrai
les résultats des expériences qu'il a faites sur un homme de vingt-neuf ans et sur un homme de cinquante-neuf ans. Chacune de ces trois séries d'observations a duré cinq jours, pendant lesquels il a pesé et analysé avec soin toutes les matières alimentaires solides et liquides introduites dans le tube digestif, et toutes les matières excrémentitielles chassées au dehors sous forme solide et sous forme liquide. En ramenant les phénomènes à ce qu'ils auraient été pendant une heure, nous trouvons que :
1° Un homme de vingt-neuf ans, du poids de hl^^^,^^ la température extérieure étant de — 0°,5^, a fourni, en une heure, par le poumon et par la peau :
gr.
[ Acide carbonique j Oxygène 37,300 g»*-
Oxygène \ ^^jj^ié 51g',288 Carbone brûlé 13,988
absorbé <
44gr^229/ Oxygène . . . . 6,929
' [ produite Tgi", 795 ( Hydrogène brûlé 0,866
Oxygène total absorbé en une heure. . . . 44,229
Azote exhalé par heure 0,596
2° Le même homme de vingt-neuf ans, du poids de /i7^^',5, la température extérieure étant de 20%8, a fourni , en une heure, par le poumon et par la peau :
! Acide carbonique) Oxygène 26,922 g*^-
exhalé 37gr,01 7 j Carbone brûlé 10,095
Eau ( Oxygène 4,860
produite 5§»',467 ( Hydrogène brûlé 0,607
Oxygène total exhalé en une heure .... 31 ,782
Azote exhalé par heure. . 0,421
3" Un homme de cinquante neuf ans, du poids de
SS'^'^T, la température extérieure étantde 6%32, a fourni, en une heure, par le poumon et par la peau :
gr.
/ Acide carbonique f Oxygène 32,979 g»"-
Oxygène I gxhalé 458^346 Carbone brûlé 12,367
absorbé < ^