DE LA VEILLE ET DU SOMMEIL
L'animal , pour se livrer au sommeil , se retire derrière des abris qui le garantissent contre les variations de la température extérieure; l'homme lui-même prend, toutes choses égales d'ailleurs, bien plus de précautions la nuit que le jour pour se préserver du refroidissement.. Pendant le sommeil, toutes les fonctions s'allanguissent, la résistance à l'action des agents extérieurs est moindre; l'animal se refroidit plus facilement. Hunter (1) dit que la température de l'homme endormi s'abaisse de 0",83 au-dessous de ce qu'elle est pendant la veille. 11 résulte aussi des recherches de Martin (2) que la température de l'homme baisse sensiblement pendant le sommeil, et remonte très rapidement à son type normal immédiatement après son réveil.
(1) Loc. cit., t. I, p. 330, et t. IV, p. 217.
(2) jQurn. clephys., 1773, t. II, p. 292. •
SOUKCKS DE LA CHALEUR ANIMALE. oTi
M. Chossat, dans son Mémoire sur rinanilion (1), a fait trois cents observations de température, dont cent cinquante sur des pigeons éveillés, et l'autre moitié sur des pigeons endormis; les animaux, d'ailleurs, étaient placée dans des conditions semblables de température extérieure et soumis à leur régime alimentaire habituel. A midi, dans l'état de veille, leur température était de 42°, 22; à minuit, pendant le sommeil, elle n'était plus que de 41°, 48. L'oscillation quotidienne moyenne a donc été, chez ces animaux, de 0",74. Le travail de M. Ghossat nous fournit un autre résultat parfaitement en harmonie avec ce que nous dirons plus tard de la diminution qu'éprouve, en été, la faculté, dont jouissent les animaux, de résister aux causes extérieures de refroidissement. L'oscillation quotidienne de la température des pigeons fut moyennement, pour toute l'année, de 0%74; en hiver, elle s'abaissa à 0^,70, et, en été, elle s'éleva à 0°,90. Ces résultats, déduits d'un nombre considérable d'expériences bien faites, rapprochés des observations de Hunter et de Martin, et de cette circonstance, bien connue des hygiénistes, que l'homme endarmi ne s'expose pas, sans danger, h subir l'inQuencede températures qu'éveillé, il braverait impunément, démontrent que, même chez les animaux à température constante, le refroidissement est plus facile et la production de chaleur moins considérable dans l'état de sommeil que dans l'état de veille.
En même temps qu'il étudiait la température des pi-
(1) Mém. de VAcad. desscienceSy savants étrangers, 1843, p. 540.
geons, M. Chossat tenait note du nombre des inspirations exécutées par ces animaux. Il résulte de deux cent trentedeux observations, faites en nombre égal pendant le sommeil et dans l'état de veille, que :
A midi, les pigeons exécutaient .... 37 inspirations par minute. A minuit, les pigeons exécutaient ... 33 inspirations par minute.
Les mouvements respiratoires ont donc éprouvé une oscillation quotidienne qui a marché dans le même sens que celle de la température.
Prout a trouvé (1) la combustion du carbone plus forte le jour que la nuit. D'après cet habile observateur, les gaz expirés à midi contiennent ^,1 pour 100 d'acide carbonique; à minuit, ils n'en contiennent plus que 3,3 pour 100 en volume. M. Schariing (2), dans le Mémoire dont nous avons déjà eu occasion de parler, a constaté que les quantités de carbone brûlé par l'homme endormi et l'homme éveillé sont dans le rapport de 1 à 1,237. M. Boussingault (3) a aussi étudié les produits de la respiration des animaux dans l'état de veille et dans l'état de sommeil ; ses observations portent sur deux tourterelles :
Dans son travail sur la respiration des insectes, New-
(1) Mém. de Cliossat, p. 545.
(2) Ann. de chhn, et de phys., 3* série, t. VHI, p. 488.
(3) Ann. de chm. cl de phys , 3*^ série, t. Xî, p. 433.
La V tourterelle brûlait par heure
éveillée. . . 0,255 de carbone, endormie.. 0,162 —
La 2^ tourterelle brûlait pai
r heure ~ endormie. . 0,145 —
port a observé des faits de même genre; il dit dans ses conclusions : a Lorsque l'insecte dort^ sa respiration de- )) vient graduellement plus lente, et sa température con- )) tinue à baisser jusqu'à ce qu'il s'éveille; alors, immé- » diatement après les premières inspirations, elle s'accroît » de nouveau. »
Voici donc encore une grande circonstance physiologique dans laquelle l'activité des phénomènes physicochimiques de la respiration, l'intensité de l'action de l'oxygène absorbé sur les matériaux combustibles du sang, et la résistance aux causes extérieures de refroidissement varient dans le même sens, et de manière à rendre compte des différences observées dans l'élévation de la température des animaux.
ARTICLE V