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DU REPOS ET DU MOUVEMENT

Les physiologistes ont beaucoup parlé de Y exercice et du travail musculaire comme causes d'élévation de la température des animaux. J. Davy (1) a entrepris sur ce sujet un travail sérieux et très intéressant. A Constantinople, il mesura exactement la température des diverses parties du corps chez un même homme, immédiatement avant et après une marche assez prolongée pour déterminer une abondante transpiration. Les moyennes de ses mesures donnent les résultats suivants pour la distribution de la température :

(1) Ann. de chim. eldephys., 3* série, t. XIH, p. 185.

PHYSIQUE MÉDICALIÎ.

Avant la marche.

Apres la mai che

Pieds 21,4

Mains 27,2

Sous la langue. ... 36,7

Urines 37,8

Il résulte de ces recherches que l'exercice ne fait pas sensiblement varier la température des parties du corps situées profondément, mais élève considérablement celle des extrémités. Le mouvement tend , chez les animaux supérieurs, à régulariser la distribution de la température dans les diverses régions de l'économie, en faisant monter celle des mains et des pieds au m.ême degré que celle du tronc. D'ailleurs, à la suite d'un exercice violent , le corps, recouvert de sueur, devient le siège d'une évaporation plus considérable, et , par conséquent , perd plus de chaleur qu'à l'état normal; le fait du maintien de la température du tronc et de l'élévation de celle des extrémités prouve donc que réellement, pendant le travail , la production de chaleur est augmentée.

Rappelons aussi une observation très intéressante, et déjà citée plus haut, de M. Becquerel. 11 a constaté que, pendant la contraction^ la température d'un muscle s'élève toujours, et que la variation peut atteindre un degré centigrade.

D'après Berthold , la température de la grenouille au repos est plus basse que celle de l'air, et au même degré que celle de l'eau; pendant le coït^ la température de cet animal s élève de 0%25 au-dessus de celle de l'eau environnante.

Newport et M. Dutrochet ont constamment trouvé la

SOURCliS DE LA CHALEUR ANIMALE. 375

température des insectes en mouvement supérieure à celle des mêmes animaux pendant le repos. Nous allons rapporter ici, sous forme de tableau, quelques-uns des résultats comparatifs de ces deux habiles observateurs.

Bombus lapidarius ... En mouvement 1,94 Newport (I).

Bombuslerrestris....î*'°''''P«' s ?'^o

{ en mouvement de 3,6 à 5, 2 Id.

Hanneton ! en repos 177 Id.

( en mouvement. 5,00 Id.

Melolonthasolstitialis. «"'•'P"^- ••••

/en mouvement 2,10 Id.

T ( repos 0,88 Id.

Lueanus cervus < on * n

mouvement 1,40 Id,

Me! e oroscarabœus S ""^P^' ^'^^

Mti.e proscaraoœus . . j mouvement 1,64 Id.

Carabus nemoralis. . . . en mouvement 0,22 Id.

^ ..... (en repos 0,94 Id.

Gryllus viridissimus. . ^ ,

( en mouvement .... . 1,17 Id.

Bombus terrestris. . en mouvement 0,25 Dutrochet (2).

j en repos 0,25 Id.

I en mouvement 0,50 Id.

f en repos 0,25 Id.

i en mouvement 0,31 Id.

r f en repos 0,22 Id.

Lueanus cervus ' , ^' ^

) en mouvement 0,31 Id.

Spallanzani (3) a rapporté des observations très intéressantes pour démontrer que les hommes, à Péfat de repos, succombent sous l'influence de températures moins basses que celles qu'ils peuvent supporter impunément ,

Bombus hortorum Hanneton

(1) Transacl. philos,^ 1837, 11* partie.

(2) Ann, cl'hist. nat,, 3^ série, Zoologie, t. XIII, p. 5.

(3) Opusc. dephys. anim., t. I, p. 94 et suiv.

pendant qu'ils se livrent à de violents exercices de corps.

En môme temps que l'animal produit ainsi , dans l'état d'exercice, une plus grande somme de chaleur, son pouls se précipite, sa respiration s'accélère; ces deux faits, rapprochés du besoin si prononcé de réparation qui se manifeste après une fatigue musculaire, démontrent que l'action de l'oxygène sur les matériaux du sang augmente proportionnellement à la quantité de chaleur produite. D'ailleurs, la science possède quelques observations directes qui ne laissent aucun doute à ce sujet. Lavoisier(l) a mesuré la quantité d'oxygène consommé, en une heure, par un même homme à l'état de repos et pendant qu'il soulevait un fardeau.

1" Un homme, à jeun et au repos, consommait

par heure 2i litres d'oxygène.

2° Ce même homme, à jeun, pendant qu'il accomplissait le travail nécessaire pour soulever, en 15 minutes, un poids de 7'<i*,343 à 200 mètres de hauteur, consommait par heure 63 litres d'oxygène.

Ce dernier chiffre pourra paraître exagéré, mais il faut se rappeler que, pendant la seconde expérience, l'évaporation était beaucoup plus considérable que pendant la première, et qu'il fallait compenser la chaleur perdue par cette voie.

Prout (2) dit qu'il suffit d'un lég^er exercice de corps

(1) Mém. de VAcad. des sciences, 1789, p. 575.

(2) Hannover, De quantitate acidi carbonki, etc., 1845, p. 4.

pour élever moyennement la proportion d'acide carbonique contenue dans l'air expiré de 3, à 3,63 pour 100. Prout, il est vrai, ajoute que, pendant la lassitude qui succède à vm exercice violent, la proportion d'acide carbonique exhalé diminue au lieu d'augmenter. Ce second fait ne nous paraît nullement en contradiction avec le premier. Pendant un travail exagéré, en effet, la consommation de matériaux du sang est aussi exagérée; à la suite de cette dépense excessive, les forces s'affaissent et l'animal tombe dans une sorte de prostration : alors toutes les fonctions sont languissantes, l'intensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration diminue elle-même, précisément parce qu'elle a été trop exaltée pendant la durée du travail. Cette observation de Prout , loin d'être une anomalie, est une confirmation de la loi des intermittences physiologiques, à laquelle est fatalement soumise l'activité de toutes les fonctions de l'économie. L'exercice de la parole, d'après Prout, a la même influence que le travail corporel sur la combustion du carbone. Yalentin et Vierordt(l) ont constaté, comme Prout , que le mouvement augmente la proportion d'acide carbonique contenue dans les gaz de l'expiration. A la suite des résultats cités plus haut, Newport s'exprime ainsi dans les conclusions de son Mémoire :

« Durant l'hiver, lorsque les abeilles sont au repos, w que la respiration est fort abaissée, lorsque pas une » seule d'entre elles n'est occupée à agiter l'air à l'entrée » de la ruche, la température de cette habitation peut

(1) Yalentin, Traité de physiologie, 2^ édition, 1847, t. II, p. 563 et suiv.

» s' élever^ en un petit nombre de minutes, même deplu- » sieurs degrés. 11 suffit pour cela de troubler les habi- » tants, et par suite d'augmenter leur respiration. Ces » phénomènes sont tellement intenses, il se développe » une si forte proportion de calorique., et une telle quantité » d'air est viciée^ qu'il devient asphyxiant et nuisible pour » les abeilles. Aussi, bien que l'atmosphère soit trop » froide pour que, en général , elles s'aventurent au » dehors, un grand nombre d'entre elles s'élancent à )) l'entrée de la ruche et commencent à ventiler labo- » rieusement l'intérieur au moyen des vibrations de » leurs ailes, comme cela se passe au milieu de l'été. La » quantité de chaleur libre est toujours d'autant plus » grande., dans la ruche, que les abeilles sont plus actives., » et d'autant plus faible qu'elles sont plus tranquilles. »

M. Lassaigne(l) a fait des observations très intéressantes pour déterminer l'influence de l'exercice sur la respiration du cheval :

lait par heure. .( après 1/4 d'heure d'exerc. 745,90 —

D'après M. Lassaigne, l'exercice aurait été sans infkience sur la quantité d'acide carbonique expiré par un cheval arabe pur sang qui, à l'état de repos, exhalait 852s'',^2 d'acide carbonique par heure. La respiration de ce cheval était d'une intensité très remarquable.

(1) Journal de chimie médicale., 1849, t. V, p. 13.

341,69 d'ac. carb.

Lehmann (1) a démontré que rexercice musculaire a pour effet d'augmenter la proportion à' urée, et de diminuer la proportion à' acide urique des urines. Or, l'urée correspondant à un degré d'oxydation de la matière albuminoïde plus avancé que l'acide urique, l'augmentation de la proportion de la première de ces deux substances traduit nécessairement un accroissement correspondant dans l'activité des phénomènes physico-chimiques de la respiration. Les observations suivantes de M. Liebig (2) conduisent à des conclusions de même nature. L'urine des bestiaux et des chevaux qui travaillent renferme de l'acide benzoïque à \k équivalents de carbone ; lorsque ces animaux se reposent, on trouve l'acide benzoïque remplacé par l'acide hippurique à 18 équivalents de carbone. La chair des animaux sauvages est dépourvue de graisse ; les animaux domestiques, au contraire, engraissent lorsqu'on les prive de mouvement. Un animal qui se meut librement et qui traîne des fardeaux perd peu à peu son embonpoint.

Ainsi , de quelque côté que cette question soit envisagée, la conclusion est toujours la même. Chez tous les animaux, la température propre, la résistance aux causes extérieures de refroidissement, la production de chaleur et l'intensité des phénomènes physico-chimiques de la respiration éprouvent des variations simultanées et de même sens, quand ils passent de l'état de repos à l'état de mouvement. ^

(1) Journal de Schmidt, juin 1843.

(2) Chimie organique appliquée à la physiologie animale, p. 90.

ARTICLE VI

DE L'lNCUBATIOi\.

Hunter (1) s'est occupé de la détermination de la température des poules pendant l'incubation. Ayant placé un thermomètre tantôt dans le rectum, tantôt sous le ventre d'une poule, pendant qu'elle était accroupie sur ses œufs, il trouva que la température variait entre 39°, 6^ et /lO degrés, absolument comme chez des poules qui ne couvaient pas. M. Valenciennes, dans un xMémoire lu devant l'Académie des sciences en 18/il (2), a annoncé des résultats bien différents : il dit que, dans ses expériences, le thermomètre placé sous le ventre de la poule, au milieu des œufs, a varié de 1x2 h 56 degrés. L'élévation de température est ici incontestable et très considérable. Mais la partie la plus intéressante de ce Mémoire est la relation des variations de la température d'une femelle de serpent python observée par M. Valenciennes, pendant qu'elle couvait ses propres œuls.

Cette femelle était conservée, à la ménagerie d u Muséum d'histoire naturelle, dans un coffre de bois, et se cachait habituellement sous des couvertures de laine. Le coffre, d'ailleurs, était chauffé par de l'eau chaude placée dans un double fond de la caisse. L'eau était renouvelée tous les matins; sa température, au moment de son maximum, ne dépassait pas 60 à 70 degrés. Cette eau, en se refroi-

• (1) OEuvres complètes, t. IV, p. 219.

(2) Comptes rendus des séances de VAcad. des sciences^ t. XIII, p. 127.

(lissant, cédait sa chaleur au coffre; et la température de l'air dans lequel vivait le serpent était ainsi maintenue entre 20 et 25 degrés.

Le 6 mai, elle fit quinze œufs qu'elle réunit ellemême en tas sous les couvertures ; puis elle enroula son corps en spirale autour du tas, de manière à former un cône qui cachait entièrement les œufs et se terminait par la tête de l'animal. M. Valenciennes constata d'abord, par le simple toucher, que la température de la mère était très supérieure à celle de la caisse et des couvertures sous lesquelles elle était cachée. Depuis le 6 mai jusqu'au 3 juillet, la femelle de python ne prit aucune nourriture et conserva invariablement la même position. Ce jour-là seulement elle consentit à manger, et elle abandonna complètement ses œufs, dont plusieurs commençaient à éclore. Le matin, avant le renouvellement de teau chaude de la caisse, M. Valenciennes mesurait la température de l'animal, celle de l'intérieur de la caisse sous les couvertures et celle de la chambre où était placée la caisse. Les résultats de ses observations sont consignés dans le tableau suivant (1) :

(1) Les résultats obtenus par un observateur au^si habile et aussi exact que M. Valenciennes se recommandent assez par eux- mômes pour se passer de toute garantie étrangère. Cependant nous devons ajouter ici (M. Valen<:iennes lui-même Ta désiré), que ces expériences, inslituées conformément aux conseils donnés par Gay-1. ussac, ont été suivies assidûment et contrôlées par ce physicien éininent.

TEMPÉRATURE d'uNE FEMELLE DE PYTHON PENDANT

l'incubation.

Jour du mois.

Tempeialiire de la cliDmLre.

Temperalui e do lu caisse sous les couvertures.

Excès

Température de la entre température les plis de la de la mère mère et des et sur ceufs sur celle les œufs. de la caisse.

9 mai

1*^' juin.

1" juillet.

La ponte eut lieu le <

6 mai. Jusqu^au 13,

c'est-à-dire

pendant sept jours, la mère conserva une température très élevée au-dessus de celle de l'air qui l'entourait im-

SOUUCES DE LA CHALEUR ANLMALE. o83

iiiécliatemeiit sous les couvertures. Pais la différence de température baissa, tomba de 18 degrés à l/r',5, à 12°, 1, à ir,7, et puis se maintint à peu près constante pendant toute la durée de la couvaison, jusqu'au 28 juin ; enfin, tout à coup, sans que la mère eût changé de position par rapport à ses œufs, l'excès de température tomba à 3 ou k degrés. Cette dernière circonstance prouve évidemment que l'excès de température, constaté du 9 mai au 28 juin, n'était pas dû à de la chaleur communiquée ei conservée par le fait de l'enroulement, mais bien à la chaleur développée par la mère elle-même durant l'incubation. Le l'^juillet, en effet, au moment où l'excès de température n'était que de 3 degrés, tout était disposé comme le 28 juin, jour où cet excès s'élevait encore à 10%3; seulement il est probable que, le l''' juillet, le travail de l'incubation était achevé; car, le 3 juillet, alors que la mère abandonna ses œufs, l'éclosion commençait.

Tout porte donc à penser que, pendant l'incubation, les animaux produisent plus de chaleur qu'à l'état normal ; que certaines espèces d'ophidiens couvent réellement leurs œufs, et se rapprochent des animaux supérieurs par l'excès de leur température sur celle du mi-lieu ambiant, tant que dure l'acte de l'incubation.

Les phénomènes de la respiration n'ont pas été étudiés pendant l'incubation : nous ne pouvons donc pas fournir des résultats positifs et de nature à indiquer, avec précision ^ la véritable cause de cette production anormale de chaleur. Nous devons cependant faire observer que si, du 6 mai, jour de la ponte, jusqu'au 3 juillet, jour où

elle abandonna ses œufs, la femelle de python se passa de tout aliment solide, le besoin de la soif fut , chez elle, assez impérieux pour qu'elle le témoignât à son gardien dès le 25 mai. Ce jour-là, elle but abondamment, et puis encore quatre fois pendant qu'elle resta sur ses œufs, le U juin, le 13, le 19 et le 26 du même mois. Cette observation indique que l'animal éprouve un véritable état fébrile pendant la couvaison; et nous savons que tout état fébrile s'accompagne nécessairement de la production d'une plus grande quantité de chaleur.

Dans leurs importantes recherches les phénomènes chimiques de révolution embryonnaire des oiseaux et des batraciens (1), MM. Baudrimont et Martin Saint-Ange ont prouvé que, pendant l'incubation, les œufs respirent comme des animaux, c'est-à-dire absorbent de l'oxygène et exhalent de l'eau, de l'acide carbonique et de l'azote. Les œufs en train de se développer doivent donc, eux aussi, produire de la chaleur et avoir une température propre. C'est un point de physiologie qui n'a pas encore été suffisamment étudié.

A l'appui de ce que nous venons de dire des variations de température qu'éprouvent les animaux pendant l'incubation, nous devons rapporter un passage des conclusions du Mémoire de Newport. Cet habile observateur a constaté un fait de même genre chez les insectes, et en a fourni une explication qui rentre pleinement dans la d-octrine professée par Lavoisier sur les causes de la chaleur animale.

(1) Ann. de chim. el de phys., 3' série, t. XXI, p. 195.

(( Lorsque, dit-il, l'insecte désire communiquer de la » chaleur à des jeunes, il peut le faire et augmenter volon- )) tairement sa propre température. Il accomplit ce fait » remarquable par l'accélération de ses mouvements » respiratoires. Dans ces circonstances, comme le prou- » vent les expériences comparatives, pendant cet état » d'activité et d'excitation, l'insecte développe en une » heure vingt fois la quantité de chaleur produite pendant y) le repos., et consomme près de vingt fois la proportion d'air » qui lui est nécessaire dans rimmobiliié, la température » ambiante étant du reste la même. Si les insectes vivent » en société, la température des habitations s'accroît » dans le même rapport que l'activité des locataires et w suit la même marche que leur respiratioii. Dans la w ruche, elle augmente constamment jusqu'au temps de » la formation des essaims. »

ARTICLE VII

DE L'ALIMEjNTATION.

La question de l'influence de l'alimentation sur l'intensité des combustions respiratoires et sur la température des animaux, se décompose naturellement en deux études bien distinctes. Nous avons à considérer, d'une part, la nature et, d'autre part, la quantité des matières alimentaires ingérées.

§ I. — Uature des matières alimentaires.

Quel que soit son régime alimentaire, l'animal adulte introduit dans son économie deux espèces de principes im-

366 FllYSigUE MÉDICALE.

médiats; les uns, ternaires., sont destinés à être brûlés en totalité par l'oxygène absorbé, les autres sont quaternaires et seuls transformables en sang et en chair. L'azote nécessaire à la nutrition provenant tout entier des substances albuminoïdes ingérées , l'animal herbivore consomme , dans un temps donné, une beaucoup plus forle somme d'aliments que le Carnivore; en même temps et comme conséquence iiécessaire, à mesure que la proportion des matières végétales augmente dans la composition du régime alimentaire, la digestion introduit, dans le torrent circulatoire, une quantité plus considérable de principes ' immédiats terîiaiî^es^ combustibles. D'un autre côté, nous ne voyons pas que, sous l'influence d'un même climat et de conditions extérieures identiques, les oiseaux granivores et les mammifères herbivores aient une température supérieure à celle des carnivores. Quelques physiologistes ont cru trouver, dans le rapprochement de cas deux faits incontestables, un argument décisif contre la doctrine qui fait dépendre la production de chaleur de l'action de l'oxygène absorbé sur le sang. Cette objec tion, très spécieuse au premier abord, ne supporte pas un examen approfondi; elle n'est pas de nature à jeter le moindre doute sur l'exactitude de la théorie de Lavoisier.

Le pouvoir calorifique d'un principe ternaire dépend de la quantité et de la nature dds éléments combustibles que, sous un poids donné, il introduit dans l'économie. Sous ce rapport, les substances organiques non azotées peuvent être divisées en trois groupes principaux.

1" Le sucre et l'amidon contiennent l'hydrogène et

l'oxygène dans les rapports nécessaires pour faire de l'eau, et de ^0 à IaU pour 100 de carbone. Lorsque ces matières, simplement dissoutes ou préalablement modifiées dans les voies digestives, sont introduites dans le torrent circulatoire, elles n'ont besoin, pour être complètement détruites, que d'absorber la quantité d'oxygène nécessaire à la transformation de leur carbone en acide carbonique. Par conséquent, 100 en poids de ces principes immédiats. ne livrent réellement à la combustion respiratoire que de kOktik de carbone. A côté des sucres et de l'amidon, on doit placer les gommes et les divers principes mucilagineux dont la composition et le pouvoir calorique sont à peu près les mêmes.

2" Les matières grasses formées par les végétaux et les animaux renferment beaucoup plus de carbone que les sucres et l'amidon; en outre, elles ne contiennent pas assez d'oxygène pour transformer leur liydrogène en eau. 100 en poids des matières grasses introduites dans le sang fournissent à la combustion respiratoire environ 79 de carbone et 10 d'hydrogène; leur pouvoir calorifique est triple de celui des substances sucrées et amylacées.

y Les alcools, la matière grasse du beurre et celle de la viande ont, d'après leur composition, un pouvoir calorifique intermédiaire à ceux des principes immédiats ternaires contenus dans les deux groupes précédents.

Dans l'alimentation végétale, la presque totalité des matériaux combustibles est formée par les principes immédiats qui appartiennent au premier groupe, par ceux dont le pouvoir calorifique est le plus faible. Dans le

388 pnvsiQUE médicale.

régime des carnivores, au contraire, les matières ternaires appartiennent presque exclusivement au deuxième groupe, et se classent parmi celles dont le pouvoir calorifique est le plus considérable. D'ailleurs, nous devons ici faire remarquer que les vrais carnivores saisissent leur proie vivante et que, par conséquent, ils consomment à la fois les chairs des autres animaux et leur sang toujours très riche en matériaux combustibles. En outre, les recherches de M. Boussingault et de M. Liebig prouvent que, chez les carnivores, les excréments et les urines contiennent plus d'azote et moins de carbone que chez les herbivores. Ainsi, d'une part, les animaux soumis au régime de la viande consomment les matériaux combustibles dont le pouvoir calorifique est le plus considérable; d'autre part, ils brûlent une plus forte proportion de matières albuminoïdes, et les brûlent plus complètement. Enfin, les belles recherches de M. Bernard démontrent que, chez les animaux nourris exclusivement avec de la viande, le foie transforme en sucre une partie des substances albuminoïdes fournies par la digestion, et prépare des combustibles à l'économie lorsque les matières alimentaires n'en contiennent pas une assez forte proportion; il n'est donc pas extraordinaire qu'avec une plus petite masse d'aliments ingérés, les carnivores puissent produire autant de chaleur et se maintenir à la ' même température que les animaux nourris avec des végétaux. Ces considérations nous expliquent pourquoi, suivant les circonstances, beaucoup d'animaux passent, sans intermédiaire et sans inconvénient, d'un régime exclusivement végétal à une ahmentation composée de

substances empruntées au règne animal; elles nous font comprendre aussi pourquoi, en procédant par gradations bien ménagées, on peut amener un herbivore à s'habituer au régime de la chair, et un carnassier à ne manger que des substances végétales. Cependant, quand on change trop brusquement le régime d'un animal qui, habituellement, ne consomme que des substances végétales, les observations de M. Regnault démontrent qu'au début, la nutrition est altérée et ne revient que peu à peu à son état normal. En effet, des poules jusque-là nourries avec du grain ayant été mises au régime de la viande, nous voyons que, au moment où le changement d'alimentation eut lieu, elles absorbèrent de l'azote au lieu d'en exhaler ; mais le régime delà viande ayant été continué, elles s'y habituèrent, l'équilibre se rétablit graduellement, et bientôt elles exhalèrent de Yazote comme tous les animaux placés dans ces conditions physiologiques.

Dans le beau travail de M. Regnault, nous trouvons une série d'expériences faites sur des chiens soumis successivement à trois régimes différents. Les résultats qu'il a obtenus sont de nature à éclairer la question de l'influence de l'alimentation sur les phénomènes physicochimiques de la respiration :

1" Des chiens ont été nourris avec une pâtée composée de pain et d'eaux grasses, dans laquelle, par conséquent, domhiaient les principes immédiats ternaires amylacés :

Us ont consommé par kilogramme et par heure. . lgi',242 d'oxyg.

Les 928 millièmes de cet oxygène absorbé ont été em-

ployés à faire de l'acide carbonique avec le carbone du sang.

Les 72 millièmes seulement de cet oxygène ont été employés à faire de l'eau avec l'hydrogène du sang. 2° Les mêmes chiens, nourris avec de la viande,

Ont consommé par kilogramme et par heure . . . 1g' , 192 d'oxyg.

Les llxS millièmes de cet oxygène absorbé ont été employés à faire de l'acide carbonique avec le carbone du sang.

Les 252 millièmes de cet oxygène absorbé ont été employés à faire de l'eau avec l'hydrogène du sang.

y Un de ces chiens a été introduit dans son appareil après avoir fait un repas copieux, composé seulement de graisse de mouton,

n a consommé par kilogramme et par heure. . . . Ig' , l38 d'oxyg.

Les 69/i millièmes de cet oxygène absorbé ont été employés à faire de l'acide carbonique avec, le carbone du sang.

Les 306 millièmes de cet oxygène absorbé ont été employés à faire de l'eau avec l'hydrogène du sang.

En expérimentant sur des poules, M. Regnault a obtenu des résultats da même genre :

1" Des poules, nourries avec des graines,

Ont absorbé par kilogramme et par heure 1S'',227 d'oxyg.

Les 932 millièmes de cet oxygène absorbé ont été employés à faire de l'acide carbonique avec le carbone du sang.

SOLJHCES DE LA CHALEUrx ANIMALE. 391

Les 68 millièmes seulement de cet oxygène ont été employés à faire de l'eau avec l'hydrogène du sang. 2" Les mêmes poules, nourries avec de la viande,

Ont consommé par kilogramme et par heure. . . . 1g'',381 d'oxyg.

Les 680 millièmes de cet oxygène absorbé ont été employés à faire de l'acide carbonique avec le carbone du sang.

Les 320 millièmes de cet oyygène absorbé ont été employés à faire de l'eau avec l'hydrogène du sang.

Le changement de régime n'a donc pas modifié bien sensiblement la quantité d'oxygène absorbé par ces animaux, miais il a exercé, sur la nature des produits des combustions, une influence que les considérations précédentes nous permettaient de prévoir. Là où les substances sucrées et amylacées ont prédominé, presque tout l'oxygène a été employé à faire de l'acide carbonique, il n'y a eu que très peu d'hydrogène brûlé. Au contraire, chez les animaux nourris avec des aliments 1 iches en matières grasses, la proportion d'oxygéné combinée avec l'hydrogène est devenue plus considérable, et la proportion d'acide carbonique produit a diminué. Or, comme un kilogramme d'oxygène, en se combinant avec l'hydrogène, fournit /t308 unités de chaleur, tandis qu'en s'unissant au carbone pour faire de l'acide carbonique, il ne donne que 3030 calories, il est évident que le passage du régime végétal au régim.e animal ne peut pas contribuer à diminuer la quantité de chaleur produite. L'égalité de la température des herbivores et des carnivores est donc une des confirmations les plus éclatantes

des vues physiologiques de Lavoisier. Ces résultats nous expliqueront plus tard comment, en introduisant une grande proportion de matières grasses dans leur alimentation, les populations du nord parviennent à maintenir l'invariabilité de leur température, au milieu de causes extérieures de refroidissement nombreuses et d'une très grande intensité.

§ II. — Quantité des matières alimentaires.

La nature des aliments consommés, à la condition que leur quantité soit suffisante pour faire face à tous les besoins de la nutrition, n'exerce qu'une influence très limitée sur la température des animaux. Mais, lorsque les aliments sont complètement supprimés ou seulement administrés en trop faibles proportions, l'économie souffre, l'animal est obligé de vivre aux dépens de sa propre substance , et la calorification est profondément modifiée. Une étude comparative des phénomènes physico-chimiques de la respiration et des variations de leur température, dans ces deux derniers cas, est un complément nécessaire de l'histoire de la production de chaleur chez les animaux.

Température des animaux. — Déjà Hunter (1) avait

VU qu'il suffit de priver une souris de nourriture pour faire baisser sa température de 37%22 à 36%11. Nous trouvons dans les recherches de M. Dutrochet, que, chez un Gryllus verrucivorus^ la température prop?r, qui s'élevait à 0%U0 quand l'animal était bien nourri, tomba

(1) OEuvres complètes^ t. IV, p. 217.

SOURCES DE \A CHALEUR ANhVIALE. S93

à 0^,22 après huit jours d'abstineiice. MM. Lassaigne et Yvart(l) ayant soumis des animaux à une alimentation insuffisante, virent leur j3oids diminuer et leur température s'abaisser; en même temps, la consommation d'oxygène devint moins considérable. Plus récemment encore, M. Ch. Martins a démontré qu'une alimentation peu abondante abaisse, d'une manière permanente, la température des animaux. Il s'en est assuré de la manière suivante : il a pris comparativement la température de dix canards nourris abondamment dans un moulin du Lez, près de Montpellier, et de dix autres canards, de même âge, appartenant à un éclusier voisin, qui ne recevaient aucune espèce de nourriture chez leur maître, et étaient réduits à vivre de ce qu'ils pouvaient se procwer eux-mêmes en vaguant autour de la maison. Ces deux lots de canards passaient la journée sur la rivière, et, sauf Valimentation, étaient placés dans des conditions identiques. La température moyenne du premier groupe était supérieure de 0%80 à celle du second. Cette différence n'est pas un effet du hasard, car, chez plusieurs des animaux mal nourris, la température était inférieure khi degrés, tandis que, chez les canards bien, nourris, elle se^maintint toujours au-dessus de /i2 degrés. Mais, de tous les travaux entrepris pour apprécier l'influence de l'inanition et de l'alimentation insuffisante sur la calorification des animaux, le plus considérable est celui de M. Chossat, qui a obtenu, à l'Académie des sciences, le prix de physiolo gie expérimentale pour 18^0 (2).

(1) Journal de chimie médicale, 183i, t. X, p. 449.

(2) Mémoires présentés yar divers savants étrangers, etc., t. Vni, p. 438.

39/l PHYSIQUE MÉDICALE.

Nous avons VU précédemment (p. 371) que M. Chossat avait déduit, d'un nombre considérable d'expériences, la température normale du pigeon à midi et à minuit Nous devons rappeler ici ce résultat physiologique comme point de départ nécessaire de l'étude de l'influence de l'inanition sur l'état thermique de l'animal :

rr , 1 j • fà midi 42", 22

Température normale du pigeon <v .

^ )ammuit.... 41°, 48

Différence. 0%74

Physiologiquement, la température d'un pigeon nourri à discrétion éprouve donc une oscillation quotidienne dont la valeur est de 0\lk.

Privation compiète d^siliments et de boissons. —

M. Chossat a soumis douze pigeons à la privation complète d'aliments et de boissons, et les a abandonnés à eux-mêmes jusqu'à la mort. Dix d'entre eux avaient déjà servi à la détermination de la température normale. Il les a observés tous tous les jours, à midi et à minuit, en introduisant un petit thermomètre dans leur cloaque. Mettant de côté le dernier jour, qui correspond à la mort de l'animal et qui sera étudié à part, il a trouvé que(1):

La température moyenne d'un pigeon à l'i-j à midi 41", 70

nanition complète est [à minuit . . . 38", 42

Différence. 3", 28

Ainsi, pendant toute la durée de l'inanition complète, le jour de la mort excepté, la température normale du pigeon s'est abaissée moyennement de0%52 à midi et de

(1) Loc. cit., p. 550 et sniv.

3% 06 à minuit. En outre, Vosciliafion quotidienne, qui n'était que de O"*,?^ dans l'état physiologique, s'est élevée à 3", ^8 pendant l'inanition, c'est-à-dire a acquis une valeur près de quatre fois et demie plus considérable.

11 était intéressant de connaître la loi de cet abaissement de la température de l'animal depuis le premier jusqu'au dernier jour de l'inanition complète. A cet effet, M. Chossat, laissant toujours de côté le jour de la mort, a divisé chacune des douze séries d'expériences en trois périodes d'égale longueur ; ses résultats sont résumés dans le tableau suivant :

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