RÉSULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE PARRY
Température Température DÉSIGNATION BE t/AKIMAL. de l'utiimul. dc rutmosphîre. Diirérence.
Renard arctique 41,5 — 25,6 67,1
Id 38,5 — 20,6 59,i
Id 37,8 — 19,4 57,2
Id 38,5 — 29,4 67,9
Id 31,6 —26,2 63,8
Id 36,6 —23,3 59,9
Id 37,6 — 23,3 60,9
Id ,. 40,2 — 30,5 70,7
Lièvre blanc. ....... 38,3 — 29,4 67,7
Renard 37,8 — 26,2 64,0
Id 41.1 — 35,6 76,7
Id 39,4 — 32.8 72,2
Id 39,4 -* 32,8 72,2
Id 38,9 —31,7 70,6
Id 38,3 — 35,0 73,9
Loep 40,5 — 32,8 73,3
(I) Ann. dechim, el de phys., 2* série, t. XXVHT, p. 223.
102 PHYSIQUE MÉDICALB.
RÉSULTATS FOURNIS PAR LE CAPITAINE BACK (i).
Tempcralure Température,
DÉSIGNATION DE L^ ANIMAL. de ranimai. de Tair. DifTerence.
Gelinotte noire d'Amérique (mâle). 43,2 — 12,7 56,0
Gelinotte d'Amérique. . . 1 • • Id. . 43,0 — 15,0 58,0
Id (femelle). 42,8 — 8,3 51,i
Id Id.... 42,3 — 8»0 50,3
Id. Id.... 42,8 ^ 1,1 43,9
Lagopède des saules (mâle) 42,4 — 19,7 62,1
Id Id , . 43,3 — 32,8 76,1
ïd Id 43,3 — 35,8 79,1
§ nr. — Répartition de la température ches les animaux
Les diverses parties du corps d'un même animal n*ont pas toutes la même température. Dans ses recherches, Martine a trouvé à la peau i° de moms que dans les viscères intérieurs, et dans ceux-ci 1** de moins que dans le sang. Sur un chien, I. Hunter (2) a trouvé SS^jOG dans le rectum, 38^20 dans le tissu du foie, 38%33 dans Testomac et dans les cavités droites du cœur. Le même observateur (3), ayant exploré Turètre à diverses profondeurs, trouva 33%33 dans le canal, à 1 pouce de Textrémité du gland, 33%89 à 2 pouces, ZU\UUkk pouces, 36%11 au niveau du bulbe. Par une température extérieure de 17%78, J. Hunter (a) constata, sur un loir bien
(1) Comptes rendus des séances de VAcad, des sciences, l. II, p. 621.
(2J Loc. et/., t. IV, p. 219.
(3) Loc, d(., t. I, p. 333.
(4) Loc, Cff., t. I, p. 334.
TEMPÉRATURB DBS ANIMAUX. iOS
éveillé, que le thermomètre mou tait à 2â'',33 dans le milieu (le l'abdomen, à 27%67 près du diaphragme, et à 37^,50 près du foie. Sur un cheval tué par la section de la moelle épinière, Garlisie trouva :i6%ll dans la vessie, 36o,67 dans le côlon, 38%33 dans l'estomac, 39%&4 dans la rate. C'est surtout J. Davy (1) qui a publié de nombreux et importants résultats sur la distribution de la température dans les diverses parties du coi-ps d'un même animal. Sur cinq agneaux, au moment de la mort, il a trouvé moyennement kO%U5 dans le rectum, /i0*,67 dans le ventricule droit du cœur, ^1%22 dans le ventricule gauche. Sur quatre agneaux récemment tués, la température du cerveau s'élevait moyennement à 40", 53 et celle du rectum à /i0%91. Nous devons au même observateur le tableau suivant de la distribution de la température dans les diverses parties du corps d'un agneau qu'on venait de tuer.
Sur 1*08 du tarse 32,^22
Sur ros du métatarse 36,1 1
Sur TarticulatioD du genou 38,89
Vers le baut de ]a cuisse. . » 39,44
Sous la hanche 40,00
Au milieu de la matière cérébrale. . . 40,00
Rectum 40,56
Sang de la veine Jugulaire 40,84
Vers la base du foie • 41,1 1
Dans le ventricule droit du cœur • • . 41,11
Dans le parenchyme du foie 41,39
Dans le parenchyme pulmonaire. . . 41,39
Sang de la carotide 41 ,67
Dans le ventricule gauche du coeur > 41,67
(I) Bibliothèque britannique, 1815, t. LX, p. 1 15.
Les températures locales superficielles rapportées dans le tableau précédent ont été prises en plaçant le réservoir du thermomètre sous la peau au moyen d*une incision. La même précaution n'a pas pu être observée dans les recherches suivantes qui portent sur l'homme vivant ; cependant, bien qu'elles aient moins de valeur que les précédentes, nous croyons devoir les mentionner.
Sous la plante du pied 32,22
Eutre la malléole interae et rinscrtion du tendon d'Achille , sur Tarière 33,89
Sur le milieu du tibia 33,06
Sur le milieu du mallet 35,89
Sur Tartère poplitée au pli du genou 35,00
Sur la fémorale au milieu de fô cuisse 3i,44
Sur le milieu du muscle droit 32,78
Sur les gros vaisseaui de la hanche 35,84
1/i de pouce au-dessous du nombril ........ 35,00
Sur la sixième câte gauche, sur le cœur 34,44
Sur la sixième côle droite 33,89
Sous Taisselle, où l'on applique la surface entière du réservoir du thermomètre, • 36,67
La température relativement très élevée de Taîsselle tient évidemment à ce que le thermomètre s'est trouvé là seulement convenablement placé pour une bonne observation, parce que la totalité du réservoir était en contact avec des parties vivantes. Ce résultat prouve que, pour constater la température des parties superficielles, le thermomètre ne peut rendre que très peu de services.
Des tableaux et des résultats qui précèdent on peut conclure que : 1° La température va croissant à mesure que delapeau on pénètre dans l'intérieur de ranimai et
qu'on s'avance des extrémités des membres vers leurs racines; 2<^les parties contenues dans l'intérieur du crâne ont une température inférieure à celles des viscères du bassin ; 3° la température du tronc va croissant de ses deux extrémités vers le diaphragme ; 4° le maximum de température existe dans le ventricule gauche du cœur. Depuis Boerhaave, les physiologistes les plus recommandables ont admis que la température du sang artériel est supérieure à celle du sang veineux. J. Davy (1) a fourni sur ce sujet des documents d'une haute importance ; il a constaté que la température du sang de la carotide l'emportait moyennement sur celle du sang de la jugulaire de 0-,67 chez cinq agneaux, de û%62 chez trois brebis , de 0°,66 chez deux bœufs. Ces expériences ont été pratiquées sur des animaux vivants en intraduisant lie très petits tliermomètres dans les vaisseaux. Ce mode opératoire n'est point à l'abri de toute objection ; il peut en résulter un trouble notable dans la circulation. J. Davy dit aussi avoir constaté, sur des agneaux morts d'hémorriiagie, que les cavités gauches du cœur ont une température supérieure à celle des cavités droites.
M. Becquerel (2) a employé des aiguilles thermo-électriques pour étudier la distribution de la température dans le corpsdes animaux. Après avoir vérifié l'exactitude des résultats obtenus par Davy, il a appliqué très heureusement cette méthode d'exploration très délicate et irréprochable à des questions dont le thermomètre à mer- Ci) Bibliothèque britannique, 1815, t. LX, p. 115. (2) Ann. de chim et de phys,, 2« série, LIX, p. 113.
106 PHTSIQD8 MâDIGALB.
cure n'aurait jamais pu fournir une solution satisfaisante. Les aiguilles thermo-électriques, en effet, peuvent être glissées dans les interstices des tissus sans les désorganiser ni les déchirer, et poussées dans les vaisseaux sanguins sans occasionner aucun trouble dans la oir* culation.
Supposons qu*il s'agisse de mesurer la température des masses musculaires du bras (fig. 27). M. Becquerel
Fig. «7.
commence par traverser le corps des muscles de cette région avec une aiguille thermo- électrique à ioudure médiane ; il place dans la bouche la soudure delà seconde aiguille. Ces deux aiguilles, mises en communication avec le galvanomètre par leur extrémité cuivre, sont reliées l'une à l'autre par leur extrémité fer, à l'aide d'un fil de même métal. Le sujet en expérience respire par le nez ; un très petit thermomètre placé sous la langue indique la température de la bouche et prouve qu'elle reste constante pendant toute la durée de l'observation.
TEUPÉRATURB DE8 ANIMAUX. 107
Le sens de la déviation de Taiguille du galvanomètre indique de quel côté existe l'excès de température, et la table de réduction construite à l'avance sert à esti* mer la valeur de cet excès en degrés du thermomètre à mercure.
Quand il s'agit de comparer la température de deux portions du corps, comme, par exemple, d'un muscle et du tissu cellulaire qui Tentoure , chacune de ces parties est transpercée avec une des deux aiguilles qu'on met ensuite en communication entre elles et avec le galvanomètre, et l'opération se termine comme précédemment par l'observation de ta déviation et sa transformation en degrés centésimaux.
Les faits dont ces recherches de M. Becquerel (i) ont enrichi la science sont trop importants pour que nous n'en consignions pas ici les principales conséquences.
1* Le sang, soit artériel, soit veineux, est d'autant plus chaud qu'on l'examine plus près du cœur. Ainsi , dans la carotide, la température du sang est de0%15 au-dessus de celle du sang de l'artère crurale; la température du sang de la veine jugulaire l'emporte de O^'fSO sur celle du sang de la veine crurale.
2* La température du sang artériel est toujours notablement supérieure à celle du sang veineux quand Vexpérience porte sur des points correspondants de vaisseaux collatéraux. Ainsi, à l'origine de l'aorte, la température du sang l'emporte de 0',8ft sur celle du sang de la veine caVe supérieure, au point où ce dernier vais*
(1) Traité de physique, t. Il, p. 51.
108 PUYSIQUB MÉDICALE.
seau S'Ouvre dans roreillette droite; la température du sang de Tartère crurale est moyennement supérieure de 0%98 à celle du sang de la veine crurale.
3° La température des muscles l'emporte considérablement sur celle du tissu cellulaire qui leur sert d'enveloppe. M. Becquerel a constaté directement ce fait sur rtiomme et sur les animaux. Ainsi, chez l'homme, la moyenne de quatre expériences donne au biceps brachial au repos une température supérieure de 1%57 à celle du tissu cellulaire adjacent; sur un chien, la température d'un muscle de la cuisse au repos a été trouvée supérieure de l%i!iO à celle du tissu cellulaire.
La question de la distribution de la température dans le sang artériel et dans le sang veineux des diverses parties de l'économie a été reprise dans ces derniers temps par M. le professeur Bernard; bien que ses recherches ne soient pas encore publiées, il a bien voulu nous en communiquer les principaux résultats. H. Bernard a opéré constamment sur des mammifères, sur des lapms, des chiens, des moutons et des chevaux; les thermomètres employés étaient des thermomètres métastatiques à mercure assez petits pour pouvoir être introduits directement dans les vaisseaux sur l'animal vivant, sans arrêter la circulation, et assez sensibles pour permettre d'apprécier, à l'œil nu, un vingtième de degré. Ces recherches, d'ailleurs, ont été faites en commun par MM. Bernard et Walferdin. Pour mettre de l'ordre dans l'exposition des résultats remarquables obtenus par ces deux éminents obsei*vateurs, il est nécessaire de diviser le système circulatoire en trois sections.
TEMPÉRATURE 0KS iKIMAUX. 109
Première section, comprenant la veine cave supérieure et toutes tes veines qui y aboutissent^ la crosse de l'aorte et toutes les artères qui en émanent. — Dans toute Fétendue de cette section, lorsque l'observation porle sur des portions de vaisseaux situées à la même distance du cœur, la température du sang veineux est constamment inférieure à celle du sang artériel. Ainsi le sang des veines des mcmbres antérieurs et de la jugulaire est moins chaud que celui des artères des mêmes membres et de la carotide ; le sang de la veine cave supérieure jusqu'à son abouclioment dans l'oreillette droite est moins chaud que le sang de l'aorte ascendante.
Deuxième section, comprenant la circulation abdominale , la veine cave ascendante et toutes les veines qui y isioutissent^ l'aorte desceridante et toutes les artères qui en émaneni. — Dans cette section, les résultats sont com^ plexes; ils varient suivant lès régions explorées.
l*' Le sang de la veine rénale est plus chaud (fue celui de Tartère rénale.
2** Le sang de la veine porte» en un point quelconque de son trajet avant son entrée dans le foie, est moins chaud que celui des veines sus-hépatiques.
3** Le sang des veines sus-hépatiqUes est plus chaud que celui de Taorte descendante immédiatement au-dessous du diaphragme.
/^* Le sang des veines des membi'es inférieurs est moins chaud que celui des artères correspondantes. Il en est de même du sang des veines et des artères iliaques; le sang de la veine icave ascendante jusqu'à l'abouchement de Id
veine rénale est aussi moins chaud que celui de l'aorte descendante au-dessous de l'origine des artères rénales.
5° Le mélange du sang de la veine rénale avec celui qui revient des membres inférieurs entraîne ce résultat que, dans toute la portion de la veine cave comprise entre Tabouchement des veines rénales et le foie, le sang est plus chaud que dans la partie de l'aorte descendante qui s'étend du diaphragme à l'origine des artères rénales.
6" Au moment où les veines sus-hépatiques se dégorgent dans la veine cave ascendante, la température du sang de cette dernière veine s'élève encore et Y emporte de beaucoup sur celle du sang de la partie correspondante de l'aorte. Le confluent des sus-hépatiques et de la veine cave est le lieu le plus chaud de l'économie; c'est là que le sang atteint \e maximum de température.
Troisième section. Cavités du cceur. — Dans l'oreillette droite, le sang très chaud àe la veine cave inférieure se mêle au sang de la veine cave supérieure; sa température tombe au-dessous de ce qu'elle était au niveau du diaphragme, mais reste cependant supérieure à celle du sang de l'aorte descendante. 11 était curieux de constater l'influence du passage du sang dans les capillaires pulmonaires sur la température de ce liquide; à cet efiet, M. Bernard a entrepris une très belle série d'expériences comparatives sur les cavités droites et les cavités gauches du cœur.
Sans ouvrir la poitrine^ il a introduit successivement le même thermomètre dans le ventricule droit et dans le ventricule gauche, en faisant pénétrer l'instrument par la veine jugulaire et par le tronc brachiocéphalique. Cette opération a été pratiquée sur quinze moutons vivants.
TBMPÈRATURB DES ANIMAUX. 111
Sept fois le thermomètre fut introduit d'abord dans le ventricule droit et puis dans le ventricule gauche ; huit fois Texploration fut tentée dans Tordre inverse.
Constamment le sang du ventricule droit du cœur, chez les animaux vivants, a été trouvé plus chaud que le sang du ventricule gauche.
H. Bernard a aussi opéré directement sur le cœur des animaux morts. Quand la poitrine est ouverte très rapidement et que les cavités du cœur sont explorées avec des instruments très sensibles, de manière qu'il s'écoule très peu de temps entre la mort de l'animal et l'indication thermométrique, les résultats sont les mêmes que sur le vivant, et la température du cœur droit est supérieureh celle du cœur gauche. Mais, si le cœur est resté exposé quelque temps au contact de l'air, si l'opération n'est pas faite très vite, les résultats sont inverses et le cœur droit est moins chaud que le cœur gauche. Les expériences^directes de M. Bernard sur la vitesse relative du refroidissement des liquides contenus dans le ventricule droit et dans le ventricule gauche du cœur exposé au contact de l'air donnent la clef de cette apparente contradiction. Il a plongé un cœur dans de l'eau légèrement échauffée après avoir introduit un thermomètre dans chacun de ses ventricules, et il a attendu que l'équilibre s'établit entre l'eau extérieure et les cavités de l'organe ; les deux thermomètres marquaient la même température. Il a alors retiré le cœur de l'eau, il l'a laissé au contact de l'air ; il a étudié la marche descendante des deux thermomètres, et il a vu que, en raison de la moindre épaisseur de ses parois, le ventricule droit se
112 tUTSIQUfi MÉDIGALB.
refroidit plus vile que le gauche. Ceci nous explique pourquoi les observateurs qui, comme J. Davy, ont opéré sur des animaux morts, ont pu être Induits en erreur et assigner au ventricule gauche une température svpérieure à celle du ventricule droit.
Il résulte incontestablement des recherches de M. Bernard que le sang se refroidit en traversant le poumon, et que normalement la température des cavités gauches du èœur est inférieure h celle des cavités droites. Ce fait important avait déjà été découvert, en 1832, par M. Malgaigne, et publie dans un mémoire de M. Collard de Martîgny, intitulé : De finfluenee de la circulation géné^ raie et pulmonaire sur la chaleur du sang^ et de celle de ce fluide sur la chaleur animale (I). M. Malgaigne, d'ailleurs, avait, comme M. Bernard, poussé des thermomètres dans les cavités du cœur à travers les gros vaisseaux du cou.
Nous devons nous contenter ici d'une simple exposition des résultats fournis par Tétude de la tlistribution de la température dans les diverses parties de Téconomie; plus tard (chap. V, art. ii), nous les reprendrons et nous les discuterons. Nous montrerons alors que tous ces faits, loin d'être en contradiction avec la doctrine qui place, dans les phénomènes physloo-chimiques de la respira* tion, la véritable source de la chaleur animale, sont au contraire, dans leur ensemble, une démonstration complète à posteriori de la vérité de cette théorie.
(1) Journ. complém, des sciences méd,, t. XLUI, ji. 286 et 287.
TEMPÉRATORB 0fi8 AKllfAUX. 113
ARTICLE II
Sous cette dénomination d'animaux inférieurs, nous comprenons les deux dernières classes de vertébrés et tous les invertébrés. Quoique très différents par leur organisation, ces animaux se rapprochent par ce fait, que leur température ne se montre pas, comme celle des oiseaux et des mammifères, sensiblement constante et indépendante des circonstances extérieures, mais est sujette à des oscillations considérables qui traduisent les variations de celle du milieu (air ou eau) dans lequel ils vivent. Il ne s'agit donc pas de déterminer d'une manière absolue la température de ces animaux, mais de chercher dans quel sens et de combien leur état thermique diffère, dans un moment donné, de celui des corps en* vironnants. Cette recherche présente souvent de grandes difficultés; il nous parait nécessaire de passer d'abord en revue les procédés thermométriques employés , cette étude nous servira à déterminer le degré de confiance que méritent les résultats obtenus par les divers observateurs.
En général, c'est le thermomètre à mercure qui a été employé. Lqrsque l'animal est assez volumineux pour pouvoir introduire l'instrument dans les cavités intérieures, soit par une ouverture naturelle, soit au moyen d'une incision, ce procédé peut donner de bons résultats. Encore, dans ce cas, s'expose- 1- on à méconnaître complètement la production de chaleur dont l'animal est le
siège, si la boule du thermomètre est trop rapprochée des téguments et si l'expérience se fait en plein air. La peau de ces animaux, en effet, surtout de ceux qui ont été retirés de l'eau, est le siège d'une évaporation qui quelquefois entraîne une déperdition de chaleur assez considérable pour que leur température tombe au-dessous de celle de Tair. Cela ne veut pas dire que l'animal ne produit pas de la chaleur, mais seulement qu'il n'en fournit pas assez pour compenser l'action réfrigérante de Tévaporatlon. C'est surtout cette cause d'erreur qu'il faut s'attacher à combattre, et dont il faut tenir compte toutes les fois qu'elle n'a pas été écartée sous peine de méconnaître la vraie signification des faits.
Pour les animaux de petit volume, les observateurs ont souvent employé un artifice particulier qui consiste à en renfermer un certain nombre dans un vase de verre de petite capacité, de manière qu'ils soient accumulés autour de la boule d'un petit thermomètre. Cette pratique a l'avantage d'empêcher l'évaporation et le refroidissement qui en est la conséquence certaine. Quand 11 s'agit de prouver simplement que l'animal produit de la chaleur, ce procédé est suffisant, car 11 est bien certain que la température de l'inlérleur du vase ne peut s'élever au-dessus de la température extérieure qu'autant que l'animal est luimême une source de chaleur. Mais, comme moyen de mesurer exactement la température propre des animaux, ce procédé est fautif. L'air contenu dans le vase, en effet, s'échauffe au contact de l'animal, celui ci s'échauffe à son tour, comme cela lui arrive toutes les fols qu'il reçoit
plus de chaleur du dehors, et, dans cette réaction réciproque de ranimai sur Tair et de Tair sur l'animal, ce dernier s'élève à un degré qu'il n'aurait pas atteint si le milieu environnant avait conservé sa température initiale. En comparant alors le thermomètre intérieur au thermomètre extérieur, on s'expose à attribuer à l'animal une température propre beaucoup plus élevée que celle qu'il possède réellement. Toutefois, nous le répétons, si ce moyen ne donne pas une mesure exacte de l'intensité du phénomène, il n'en est pas moins excellent pour vider la question de savoir si l'animal produit ou non de la chaleur.
Newport (1), dans ses recherches sur la température des insectes, a employé un autre procédé. L'animal, saisi avec une pince, était appliqué et maintenu contre le réservoir du thermomètre. En agissant ainsi, cet habile observateur pensait se mettre complètement à l'abri de toute chaleur communiquée par les mains , soit au thermomètre, soit à l'animal lui-même. Il est douteux que, avec quelque soin qu'il ait opéré, il soit parvenu à faire complètement disparaître cette cause d'erreur. D'ailleurs, l'animal, saisi avec une pince, s'agite, frotte le verre de l'instrument avec ses pattes, et les divers articles de son corps les uns contre les antres. La collision de toutes ces parties dures doit nécessairement développer de la chaleur et influer sur la marche du thermomètre. Pour se mettre à l'abri du rayonnement extérieur et de l'évaporation, Newport avait la précau-
(1) Transcclionsphilosophiques^ X^Zl, 2* ^wi\e.
116 PHfSIQUS MÉDIGALl.
tion d'envelopper l'insecte et le réservoir du thermo-» mètre avec une pièce de laine. Cette pratique est bonne sans doute, mais elle a Tinconvénient de créer autour des animaux une masse d'air confiné de très peu d'étendue, qui, en s'échaulfant, peut, comme dans le cas de leur accumulation dans un vase fermé, réagir sur leur température.
Quand il s'agit de prendre la température d'un animal isolé, d'aussi faibles dimensions qu'un insecte, l'emploi du thermomètre, quelques précautions que l'on prenne d'ailleuTs, présente un très grand inconvénient. Bien qu'on puisse choisir un instrument à réservoir très petit, cependant la masse du verre et du mercure qu'il contient ne peut jamais être négligeable par rapport à celle de l'animal. Il en résulte que celui-ci est refroidi par le contact du thermomètre, qui, pour se mettre en équilibre de température, lui emprunte une portion sensible de sa chaleur propre. Cet inconvénient doit être évité avec d'autant plus de soin que, pour les animaux inférieurs, il s'agit de constater des différences de température ordinairement très faibles, et que, chez eux, toute perte de chaleur se répare avec une excessive lenteur. Toutes ces causes d'erreur réunies font que le thermomètre à mercure ne doit être employé qu'avec une certaine réserve pour l'exploration de la température des animaux inférieurs, et qu'on doit complètement renoncer à s'en servir quand l'observation porte sur un animal de très faibles dimensions.
Les instruments thermo-électriques, par leur sensibilité, la rapidité de leurs indications et leur faible volume
TEMPÉRATUII DIS ANIMAUX. 117
qui permet de les introduire sans inoonvénients dans le corps des plus petits animaux, sont destinés à rendre de grands services à la physiologie expérimentale. Ils ont déjà été employés sous leurs deux formes principales; mais ce sont surtout les aiguilles thermo-électriques dont l'usage mérite d'être généralisé.
En 1831, Nobili et Melloni (1) appliquèrent leur pile tliermo-électrique à la recherche de la température des insectes. A cet effet, ils fermèrent les deux appendices prismatiques de Tenveloppe de la pile avec deux miroirs sphériques de cuivre poli A et A' (fig. 28) ; de cette façon,
Fig ?8.
tout rayonnement extérieur était arrêté, et, les deux faces de la pile étant dans les mêmes conditions, Taiguille du galvanomètre restait à zéro. Si, tout étant ainsi disposé, on place un insecte au foyer principal de Tim des petits miroirs réfléchissants, toute la chaleur rayonnée par la surface de son corps sera renvoyée vers la face corres* pondante de la pile, et, si l'animal est à une température supérieure à celle de l'atmosphère, la déviation de l'aiguille du galvanomètre devra l'indiquer. Ce procédé arrête l'évaporation et empêche le rayonnement exté-
(t) Ann. de chim. et de phys^ 3* seelioD, t. XLVIII, p. 207.
rieur ; il sert à indiquer si Tinsecte est une source de chaleur. Mais ici, comme sous la pièce de laine de Newport, la masse d'air confiné est beaucoup trop limitée, sa température peut s'élever sensiblement et réagir ensuite sur celle de l'animal. D'ailleurs, on n'a ainsi que la chaleur émise par rayonnement, et les résultats ne sont pas comparables à ceux qu'on obtiendrait par le contact de l'instrument et du corps de l'insecte.
M. Becquerel (1) s'est servi des aiguilles tliermo-électriques pour étudier la répartition de la chaleur chez les animaux supérieurs ; il les a aussi appliquées à la re- (iherche de la température propre des animaux inférieurs. Il est nécessaire de donner quelques détails sur la manière dont l'expérience est conduite en cas pareil. M. Becquerel prend deux boites de carton recouvertes de papier métallique en dedans et en dehors, afin d'augmenter le pouvoir réfléchissant. Ces boîtes sont percées de trous qui permettent l'introduction des aiguilles. L'aiguille libre étant déposée dans une des boîtes ouvertes, la seconde aiguille est introduite dans l'animal en expérience préalablement logé dans la seconde boîte ; il place alors en même temps les deux couvercles, et il établit la communication entre les deux aiguilles comme à l'ordinaire. Avant de mettre les aiguilles en communication avec les fils du galvanomètre, il laisse écouler environ dix minutes pour leur donner le temps de perdre toute la chaleur qui aurait pu leur être communiquée par les mains. De cette façon, l'une des soudures se
(I) Traité de physique, t. IV, p. 51.
TEMPÉUATURB DBS ANIMAUX. 119
maintient à la température de Tair de la boite vide, qui est la même que celle de Tair extérieur, tandis que l'autre soudure prend la température de ranimai. La marche du galvanomètre indique de quel côté est Texcès , et la valeur de cet excès en degrés centésimaux.
Dans ces expériences, Tanimal est bien mis à l'abri du refroidissement causé par Tévaporation, mais il est placé dans un espace trop limité ; il peut, par la chaleur qu'il produit, élever la température de l'air de la boîte, et par conséquent la sienne propre. Tout porte donc à penser que, dans la boite qui renferme Tanimal, la température de l'air n'est pas au même degré que dans celle qui ne contient que la soudure de la première aiguille thermoélectrique. Cependant, pour que l'observation soit concluante, il faut de toute nécessité que ces deux masses d'air confiné se maintiennent au même degré, afin que le courant électrique produit provienne uniquement de la différence qui existe entre la température de l'animal et celle de l'air qui l'entoure. Le procédé de M. Becquerel nous paraît , pour toutes ces raisons , mériter moins de confiance que celui de M. Dutrochet. Dans des expériences où les différences à constater ne dépassent pas une fraction de degré centigrade, ces causes d'erreur, quelque minimes qu'elles paraissent, ne sauraient être négligées.
Ce dernier expérimentateur (1)a d'abord rejeté, avec raison, l'emploi des aiguilles à soudure médiane, parce
(i) Ann. d'hût. nat.^ 2* série, Zoologie, t. XIII, p. 5.
130 PHYSIQUE «ÉOIGâLB.
que, dans beaucoup de cas, il y a iaconvénieut à transpercer d*outre en outre le corps des animaux. Il leur a substitué les aiguilles à soudure angulo-teimùiale , qui n*ont besoin que d'être légèrement enfoncées par leur pointe dans les parties vivantes^ et peuvent toujours être plongées à la même profondeur, à 5 millimètres par exemple, comme Ta toujours fait M. Dutrochet pour rendre toutes ses expériences rigoureusement comparables. Exposons maintenant les moyens à l'aide desquels il a mis ses résultats à Tabri de l'influence de toute cause perturbatrice extérieure.
Il se procurait deux animaux de même espèce et de même grosseur. L'un d'eux, au moment de l'expérience, était tué par l'immersion dans de l'eau à 50% puis plongé dans de l'eau à la température ambiante pour le refroidir.
L'animal vivant et l'animal mort étaient attachés (fig. 29) chacun à une tige de bms sec d, (/, et ces supports étaient implantés dans le sable fin dont était rempli un pot à fleurs aa; le vase était recouvert d'une plaque de plâtre b b, percée à son centre d'une ouverture moindre que celle du pot. Les aiguilles à soudure angulo-terminde étaient alors enfoncées à 5 millimètres de profondeur, l'une dans le corps de l'animal vivant, l'autre dans
rig. 20.
TEMPiRATUftE DES ANIMAUX. 131
celui de Taninial mort, et dans des points symétriquement placés. Avant de mettre les aiguilles en communication avec le galvanomètre, il attendait un temps suffisant pour que toute la chaleur communiquée par la main eût disparu. De cette manière, rayonnement, action de Tair extérieur, tout était égalisé de part et d'autre, et la différence de température des deux soudures ne pouvait tenir qu'à ce que Tun des animaux était mort et Tautre vivant. Cependant, à la surface de ces deux animaux, il y avait une évaporation. Or rien ne prouve que révaporation soit rigoureusement la même chez un animal vivant que cliez un animal de même espèce et de même taille récemment mort ; tout porte à penser, au contraire, que, chez ce dernier, le phénomène est plus intense. Pour éliminer cette cause d'erreur, M. Dutrochet humectait le sable du pot à fleurs et recouvrait les deux animaux d'une cloche de verre qui s'appuyait sur la plaque de plâtre b b, de manière à livrer passag<3 aux bouts M et N des aiguilles. D'ailleurs, pour rendre tout courant d'air imposable, il accumulait du sable autour des points par lesquels la cloche de verre s'appuyait sur la plaque de plâtre, et celle-ci sur les bords du pot à fleurs. L'air de la cloche était ainsi promptement saturé d'humidité, toute évaporation devenait impossible, et la différence de température des deux soudures ne pouvait tenir qu'à ce que l'une plongeait dans le corps d'un animal vivant et l'autre dans celui d'un animal mort ; or c'est précisément cette influence qu'il s'agissait d'apprécier.
Toutes les fois qu'il est possible de se i»*ocurer deux
animaux de même espèce et de même grosseur, il vaut mieux opérer comme nous venons de le dire; cependant cette condition n'est pas indispensable pour faire une bonne observation. Sous la cloche, en effet, où toute évaporation est rendue impossible, le corps de Taniraal mort ne sert qu'à maintenir la soudure en équilibre de température avec Tair environnant en la mettant à labri de tout rayonnement extérieur. Or il est évident que cet office serait aussi bien rempli par un petit rouleau creux de papier sec dans lequel on enfoncerait la soudure de Taiguille. M. Dutrochet a souvent employé ce dernier moyen pour remplacer le corps de Tanimal mort, et les résultats ont été les mêmes dans Tun et Tautre cas. Il faut avoir soin, dans ces recherches, de se servir d'animaux tués au moment de Texpérience ; s'ils étaient morts depuis un certain temps, leurs corps deviendraient le siège de phénomènes de putréfaction qui dégageraient de la chaleur, altéreraient Texactitude, et pourraient même changer le signe des résultats obtenus.
Le procédé que nous venons d'exposer, quand il est pratiqué avec toutes les précautions convenables, nous paraît à l'abri de toute cause d'erreur; c'est certainement le plus parfait de tous ceux qui ont été proposés pour prendre la température des animaux inférieurs de jK'titc taille.
5 X. — Température des reptiles et des poissons.
Reptiles. — La température des reptiles a été Tobjet de recherches très nombreuses ; nous avons réuni dans
TRMPÉBATURE DES ANIMAUX.
un tableau général les principaux résultats fournis par les observateurs.
Excès (le lu température
^' ,„^. „ ^„ ...«.„., de Tanimsil Nom
DEMCÏIATION DE L ANIMAL. ^„^ ^^„^ j„ „.,.^„ ,j^ robsT^Dleur.
ambiant.
Proteus aDguînus de 2,65 à 5,67 Czermak (I).
Emys coropsa 1,56 à 3,54 Id.
Chersîne grœca t,00 Id.
Natrii Isvis 0,21 à 6,35 Id.
Natrix torqnatos 0,32 h 3,74 Id.
Anguis fragilis 0,47 à 2,40 Id.
Lacerta agilis 1,25 à 8,12 Id.
Lacerta viridis 4,00 h 7,34 Id.
GrenouiUe 0,32 à 2.44 Id.
Id , 0,50 à 0,75 Becquerel (2).
Crapaud 0,50 à 0,75 Id.
Lézard 0,75 à 1,25 Id.
Orvet 0,87 à 1,00 Id.
Coalbuvrc 0,75 à 1,35 Id.
Couleuvre d*Escu1ape 3,10 Id.
Boa. 2,50 Id.
Torluo 1,22 Walbaum (3).
Angois fragilis 0,50 Bcrlhold (4).
Lacerla agilis 0,75 Id.
Ucerla macnlata 2,25 Rudolphi (5).
Proteus auguinus 1 ,25 Id.
(1) Jùurn. de phys. de Baurngartner, 1821.
(2) Traité de physique, t. Il, p. 64.
(3) Chenolographia, ilS2,
(4) Nouv. observ. sur la temp. des anim. à sang froid, 1835.
(5) Éléments de physkUogie, 1821.
i2û PHTSrQHB MÉDICALE.
Eiccs de la tempérai nre
DÉSIGNATION DE lUnIMAL. «^^ u""r'"*i- a V X^''"' .
sur celle du Qiiueu do roitscrTateiir.
ambiunt.
Vipère 5^56 J. Huntcr (t).
Grenouille 2,80 Id.
Crapaud 2,80 Id.
Lacerta agilis 0,2 1 Dutrochet (2).
Crapaud accoucheur. 0,1 2 Id,
Grenouille 0,04 14.
Tortue 2,88 Tiedemaon (3).
Grenouille , 1 ,50 Prévost etDuma8(4).
Tortue de TAscension 2,90 J. Davy (5)^
Tortue géométrique 0,90 Id.
Id, id 3,90 Id.
Iguane 1 ,22 Id.
Couleuvre verte « 3,90 Id.
Serpent brun 1,10 Id.
Plusieurs couleuvres * . . 3,90 Id.
Grenouille 4,44 Carllsle.
Tortue terrestre 2,78 Martine (6).
Grenouille , • • i . , . . 2,70 Id.
Suivant le genre de vie habituel deTaniroal, la température de son corps a été comparée à celle de Tair ou à celle de Teau. Les résultats consignés dans le tableau précé(^ent démontrent que les reptiles ne méritent pas la dénomination d'animaux à sangfroid^ mais qu'ils produisent tous une certaine quantité de chaleur appréciable
(1) Œuvres complètes, t. IV, p. 220-221, et t. UI, p. 383.
(2) Ann. d'hist, nat., 2* série, Zoologie, t. XlII.
(3) Traité de physiologie.
(4) Ann. de chim, et dephys., 2' série, t. XXtlI, p. 64. (.n) Ann. de^him. etdephyi., 3* série, t. XXXIII, p. 193. (6) Essays médical and philos. I^ondon, 1T40.
TEMPÉaATDKB DBS ANIMAUX. 125
aux instruments de physique, quoique très inférieure à celle des mammifères et des oiseaux. Du reste, la température propre des reptiles, c'est-à-dire l'excès de la température de leur corps sur celle du milieu environnant, est très variable en raison des espèces animales observées et aussi en raison des circonstances extérieures ; elle peut prendre toutes les valeurs comprises entre les deux limites extrêmes 0%04 {grenoui\\e)eiS\i2 [Laceriaagilis), Poissons. — Ce que nous avons dit des reptiles s'applique également aux poissons ; il suffit de parcourir le tableau suivant des faits empruntés aux divers observateurs pour être frappé de la similitude des résultats.
TEMPÉRATURE DBS POISSONS.
ExcÊi de la température Nom
fiisiOHATlOV DE L^ANlilAL. de l'unimal de l'obscr valeur,
sur celle du milieu a m Mail t.
Broehet ZM Kraffl (1).
Carpe ••,.,. 1,94 J. Huuter (2).
Id ..••,.•,.. Q,93 BroussoQQet (3).
Petits poissons.. de 0,62 à 0,93 Id.
Anguille 0,93 Id.
Carpe 3,00 Bunlva (4).
Id « 0,86 De5preU(5).
Tancbe ,,., 0,71 Id.
Id • . . , 0,50 Becquerel (6).
(1) Prœlectiones in physicam theoricam, 1750.
(2) (Œuvres complètes, t. IV, p. 220-221.
(3) Mém. de VAc<id. des sciences, 1785.
(4) Mém. de VAcad. des sciences de Turin, t. XII, an x et xi.
(5) Ann. de chim, et de phys,, 2* série, t XXVI, p. 338.
(6) Traité de physique, t. II, p. 67.
126 PHYSIQUK MÉDICALE.
Excès de la température Nom
UFSIQNATION DE X.'àNlMÀL de l'animul de Poliservateur.
sur celle dumilieu amlnanl.
Requin 1 ,130 J. Davy (1).
Truite ... 1,10 Id.
Poisson volant 0,20 Id.
Ablette 0,55 Martine (2).
Traite 0,55 Id.
Grondin gris 0,65 Martins (3).
La température propre des, poissons , très variable selon les espèces, a oscillé entre 0*^,20 (poisson volant) et 3%88 (brochet). Nous devons nous arrêter ici d'une manière spéciale sur deux faits très importants observés par J. Davy, et qu'à dessein nous n'avons pas placés dans le tableau précédent. Sur une bonite , pêchée dans les mers intertropicales, J. Davy a constaté [U) que la température de l'animcil, mesurée dans l'épaisseur des masses musculaires, l'emportait de 10' sur celle de l'eau de la mer, qui était elle-même à 27%20. Plus tard, il fit pécher à l'entrée de la mer de Marmara (5) plusieurs pélamtdes, espèce de poisson migrateur. L'air était à 21'*,67, la surface de la mer à 20", et le courant sous-marin dans lequel nageaient ces poissons à 16', 67. Dans l'abdomen de la pélamide, le thermomètre monta à 22% 78, et dans l'épais- . seur des masses musculaires à 23% 89. En comparant la
(1) Ann.de chim. et de phys.t 2* série, t. XXXIII, p. 195.
(2) Loc. cit.
(3) Ann, d*hist. ncU., 3* série, Zoologie, 1840 t. ▼, p. 187.
(4) Ann. de chim. elde phys., 2' série, t. XXXIII, p. 195.
(5) Ann. (*e chim. ctdepJtys,, 3* série, t. XIIÎ, p. 17i.
TBMPÉBÂTURE DBS ANIMAUX. 127
température de ces poissons à celle da courant sous* marin dans lequel ils vivaient, nous trouvons donc que \mv température propre était de 6%11 dans Tabdomen, et de 7",22 dans l'épaisseur des muscles du dos. Ces deux faits ont une grande importance, parce qu'ils mettent hors de toute contestation la production de chaleur chez les poissons, et prouvent en même temps que, chez eux, les masses musculaires jouissent, comme chez les mammifères et les oiseaux, d'une température supérieure à celle des autres parties du corps.
S II. — Température des articulés et des annélides.
Swammerdam(l), sans fournir aucune évaluation thermométrique, dit que, même en hiver, la température des ruches d'abeilles est fort élevée au-dessus de celle de l'atmosphère. Réaumur (2), en hiver, par une température extérieure de — 3%75, a vu le thermomètre s'élever h -f 42',5 dans l'intérieur d'une ruche d'abeilles. Huber (3) a constaté des faits de même genre. Newport (/i), par un froid extérieur de — 8%05, constata que l'intérieur d'une ruche était à — 1*,1 ; les abeilles, ayant été éveillées et excitées, s'agitèrent, et la température monta à 2l*,ll. L'air extérieur étant à + r,39, le même observateur trouva une température de 38'*,89 dans l'intérieur d'une ruche dont les abeilles étaient agitées. Diaprés
(t) CoUection académique , savants étrangers, t. V, p. 258. (2) Mém. pour servir à l'hisl. des insectes^ t. V, 1 3* mémoire. (^) Nouvelles vibserv. sur les abeilles, t. II, p. 33C. W Trar.sjcti)y:S phi'osip'.ijueSf 1837, 2* partie.
128 PHTSIQDB MÉDIC4LB.
les recherches de Newport, c'est en mai et en juin que les ruches d'abeilles, à Tétat de repos complet, acquièrent le maximum de température propre. Il a vu l'excès de température s'élever à 15**, 56 dans un nid de guêpes, à 5', 55 dans un nid de Bombus lapidarius, à 8*, 83 dans un nid de Bombus sylvarum,.et à 12* dans une fourmilière de Formica herculanea^ dans laquelle ces insectes étaient très agités. Évidemment cette élévation de température si considérable des ruches d'abeilles, des nids de guêpes et des fourmilières, résulte en grande partie de l'accumulation d'un grand nombre d'êtres vivants dans un espace très limité. Ces faits ne peuvent donc pas servir à donner une mesure exacte de la température propre de ces animaux ; mais ils n'en démontrent pas moins d'une manière incontestable la faculté dont ils jouissent de pro<duire delà chaleur, et, sous ce rapport, leur importance est très grande dans la question qui nous occupe.
Nobili et Melloni (1) ont cherché à déterminer la tempé> rature propre des insectes à l'aide de l'appareil thermoélectrique dont nous avons donné plus haut une descrip* tion sommaire. Ces deux habiles expérimentateurs n'ont relaté , dans leur mémoire, aucun des résultats particuliers de leurs observations ; ils se sont contentés de dire : « Nous avons opéré sur plus de 40 espèces indigènes » prises dans toutes les classes et dans tous les états de » métamorphose où se trouvent successivement ces ani- » maux. . . Tous les écarts de l'aiguille furent positifs, » c'est-à-dire dans le sens calorifique de l'insecte; il n'y
(I) Ann, dechim. et de phys., 2' sdric, l. XI.VIU, p. 209.
TEMPÈRATORE DIS ANIMAUX. 120
» eut pas d'exception à cet égard. » Une affirmation aussi positive dans la bouche de deux physiciens aussi consciencieux et d*une habileté aussi éprouvée ne peut laisser subsister aucnn doute sur la réalité de Texistenee d'une température propre chez les insectes.
Dans son grand travail sur la température des insectes, Newport a constaté que la température propre est plus élevée chez les insectes volants, et parmi eux chez les abeilles et les sphinx, que chez tous les autres articulés* Nous aurons de fréquentes occasions de revenir sur ce mémoire important qui mériterait d'être cité en entier. Nous nous contenterons, pour le moment, de mettre sous les yeux du lecteur un tableau général des principaux résultats dont la science s'est successivement enrichie ; il suffit pour démontrer que tous les articulés et tous les annélides, placés dans des conditions normales, ont, pendant leur vie, une température supérieure à celle du milieu qui \q$ environne.
TEMPÉRATURE DES ARTICULÉS ET DES ANNÈLmES.
Excès de la tfimp«'rature Nom
DÉS1G1IATI05 DE VtMXMkU (h) Paninial de l'ohservaUnr.
sur celle du milieu ambiant.
Sphinx coDvolyuli.. 2,50 Haussmann (1).
Carabas hortensis 2,50 Id.
Scarabée 0,70 J. Davy (2).
Vert iaisant 0,50 Id.
Blatta orientalis 0,60 Id.
Grillon 5,80 Id.
(1) De animalhmrespii'aHon9,\%ù^.
(2) Loc, cit.
Excès
de lo température Nom
DÉSIGNATION SE L^ANlMAL. de Vanimal de
snr celle du milieu Toltservateur.
ambiant.
Guêpe 0.50 J. Davy.
Scarabée 0,25 Berthold (1).
Blatte 0,75 Becquerel (2).
Larve d^Oryctes 1,50 id.
Chenille de ver à soie 1,00 Id.
Larve de Sphinx Atropos 1 ,66 Id.
Bombus terrestris • 0,55 Newport (3).
Hanneton 1,77 Id.
Meiolontha solstitialis. 0,16 Id.
Lucanus cervus 0,88 Id.
Carabus nionilis. 0,05 Id.
Blaps mortisaga 0,1 1 Id.
Coccinella septempunctaia 0,44 Id.
Meloe proscarabœus 0)83 Id.
Staphylinus olens 0,55 . Id.
Staphylious erythropterus 0,27 Id.
Gryllus viridissimus 0,94 Id.
Bombus lapidarius 0,18 Dotrochet (4).
Bombus liorlorum 0,25 Id.
Xylocopa violacea 0,25 Id.
Hanneton 0,25 Id.
Meiolontha solstitialis 0,25 Id.
Lucanus cervus 0,22 Id.
Carabus roonilis 0,18 Id.
Blaps mortisaga 0,12 Id.
Carabus auratus 0,18 Id.
Cetonia aurata 0,25 Id.
(1) Loc. cit.
(2) Loc. cit.
(3) Transactions philosophiques, 1837, 2" partie.
(4) Ann. d*hist. nal.^ 2* série, Zoologie, 1. XIII.
TEMPBBATOIIB DBS ANIMAUX. 131
Excès (le lu teropériilurc Nom
OÉSIGRATION DE l'AHIMAL. de l'yiiiroal de
sur celle du milieu l'observateur, «mbiuut.
Chrysomela tencbricosa 0,34 Dutrochel.
ScarabsBus YcrnaHs de 0,12 à 0,18 Id.
Gryllus viridissimus 0,31 i 0,34 Id.
Grylius YerracîYorus ■ 0,40 Id.
Gryllus gryllo-talpa 0,16 Id.
Gryllus campestris r 0,40 Id.
Sphinx stellatarum 0,29 Id.
Sphinx Atropos 0,58 Id.
Sangsues de 0,56 à 0,85 Hunter (I).
Vers de terre 1,11 à 1,39 Id.
Maja squinado (sous Teau ). 0,30 Valentin (2).
Mqja squinado (dans Tair) 0,60 Id.
Maja squinado (portant des œufs) 0,90 Id.
Squilla mantis (mourant) 0,10 Id.
Nous (levons cependant encore ajouter un mot. M. Regnault (3), dont Tautorité est si grande en pareille matière, a vu un thermomètre, maintenu au milieu d'un grand nombre de hannetons renfermés dans un sac à claire-voiey monter à une température supérieure de 2° à celle de Tair environnant. Parmi les faits contenus dans le tableau précédent et empruntés à Valentin, nous devons faire remarquer celui qui se rapporte à une Maja squinado portant des œufs ; nous nous demandeix)ns avec cet habile physiologiste, si rélévalion de la température
(1) Loc, cU., t. IV, p. 220.
(2) Répert. d'anat. et de phys.^ 1839, t. IV, p. 359. Dans ces observations de Valentin , la température de Tanimal est comparée à celle de Teau de la mer.
(3j Ann. de chim. eldephys., 3* série, t. XXVI, p. 517.
1^2 PHTSIQUS MiDlCAUS.
propre, dans ce cas, ne traduit pas une influence particulière exercée par Tétat piiysiologique de l'animt^I sur sa faculté de produire de la chaleur.
§ XII. — Température des mollusques et des so6pt>ytes.
Moiiasciiies. — Les observations bien faites ne manquent pas non plus pour démontrer que les mollusques, dans les circonstances habituelles de leur existence et de leur développement, produisent de la chaleur. Pour ne pas nous exposer à répéter continuellement les mêmes choses, nous devons nous contenter de réunir ici, dans un tableau, les principaux résultats de la comparaison de la température de ces animaux avec celle du milieu ambiant que nous avons trouvés danà les meilleurs recueils d'observations.
TEMPÉRATUBE DES MOLLUSQUES.
Excès DÉSIGNATION de U tempéralare Lieu Nom
SB de l'animal de de
L'ANIMAL. sur celle du milieu l*obscryatiou. rohscrVMleiir.
ambiant.
Plusiears limaces dans un
tabc 0,21^ » Spallanzaoi (I).
Limaces dans un verre . . 0,13 » J. Hunter(2).
Limaçon h coquille de 2,22 à 3,90 » Id.
Escargot 0»90 » Becquerel (3).
Limace i,lt » Maflioe (i).
Eledone moschata 0,90 Cavité du manteau. Valeotta (S).
(1) Mémoires iuf la respiration,
(2) OEuvres complètes, U in,p. 384, et t. IV, p. 520-221.
(3) Loc. cU,
(i) Loc. ciL, p. 332.
(5) Répert. d*anatk et dephyUoL, 1839, t. IV» p« 359. Dans les
TBMPÉHATURE DSS ANIMAUX. 133
Excès DÉSIGNATION de ia tempéra lure .. »,
DE de ranimai *^f " ''?•»
L'ANIMAL. sur celle du roitiea „ , .. mi .
ambiant. l*o»>«tvutioii. PobserTaleur.
Octopus vulgaris. ........ 0,20 Cavité du manteau. Valentin.
Id. id 0,60 Id. Id.
Aplysia leporina (dans Tair) 0,60 Surface de la peau. Id.
Id. id. (sousTeau) 0,50 Id. Id.
Id. id 0,10 Eotre le maoteau Id.
et îc corps.
Id. id 0,30 Cavité respiratoire. Id.
Id. id 0,80 Cavité anale. Id.
Zoophytes. — Ynlcntin a publié, en 1839, un travail
très étendu sur la tertipératvre ptvpreûe^ zoophytes. Nous donnons, dans le tableau suivant, les résultats de ses importantes recherches.