‹ Physique médicaleChapitre 7 sur 33 · TLMPÉKATURE DES ANIMAUX SUPÉRIEURS · texte numérisé non relu

TLMPÉKATURE DES ANIMAUX SUPÉRIEURS

L'étude comparative de la température des animaux et de celle du milieu, air ou eau. dans lequel ils vivent, les a fait partager en deux groupes très naturels. Le premier comprend les mammifères et les oiseaux, pour lesquels a été longtemps et exclusivement réservée la dénomination d*aniinaux à sang chaud^ parce qu'on les considérait, à tort, comme les seuls êtres vivants doués A* une température propre; dans le second groupe rentrent tous les autres animaux , encore généralement connus sous le nom impropre d^animaux à sang froid. Chez ces derniers, la production de chaleur est assez faible pour avoir été mise en doute par quelques physiologistes. Longtemps, en effet, on a pu croire que leur tempéra-

TEMPÉRATURE DBS ANIMAUX. 91

ture se confond avec celle du milieu ambiant et la suit exactement dans toutes ses variations ; des faits nombreux fournis par des moyens d'observation plus exacts ontfait justice de cette erreur.

$ Z. — Températare def oîieanx et dei mammif^ret.

Olaeanx. — De tous les étres organisés, les oiseaux sont ceux dont la température est la plus élevée. Ce fait, universellement reconnu, a été mis hors de toute contestation par les travaux de Martine, de J. Hunter, de J. Davy, de M. Despretz, de MM. Prévost et Dumas, etc., etc. Il résulte des recherches de ces observateurs que , à Tàge adulte etscusTinfluence d'une alimentation suffisante, la température des oiseaux ne s'abaisse pas normalement au • dessous de 39*»,/i/i, et ne s'élève pas au-dessus de û3*,90.

Httminirèrra. — Quoique placés à un degré supérieur de l'échelle animale, les mammifères ont une température sensiblement moins élevée que celle des oiseaux. Les résultats nombreux dont la science s'est successivement enrichie nous permettent d'établir que la température des animaux appartenant à cette première classe des vertébrés oscille entre 35%50 et 40",50, s'élevant ainsi par sa linûte supérieure au même degré que celle des oiseaux. Malgré leur présence continuelle dans l'eau, les cétacés ne font pas exception à celte règle ; il n'en est pas de même des mammifères hibernants. Quoique leur organisation leur assigne une place très élevée dans réchelle des êtres, ces derniers animaux, par les phénomènes de calorification, se confondent presque complé-

tement avec ceux des classes inférieures ; nous nous contenterons de mentionner ici ce fait, nous réservant d'en fiûre plus tard une étude détaillée.

Entre les limites précédemment établies, la température des mammifères et des oiseaux varie suivant que l'animal appartient à telle famille, à tel genre ou à telle espèce ; on ne la trouve pas non plus absolument identique chez les divers individus d*une même espèce. Nous verrons plus tard comment le climat, la saison, les diverses heures du jour et de la nuit, et beaucoup d'autres conditions physiologiques, influent sur la température générale de ces animaux ou sur la température locale des diverses parties de leur corps. Les tableaux suivants, dont nous avons emprunté les éléments aux principaux observateurs qqi se sont occupés de recherches de ce genre, en même temps qu'ils serviront de justirication à nos propositions générales, donneront une juste idée de rétendue et de Timportanoe de ces variations individuelles.

Tempéra- Lieu de Nom

DÉSIGNATION DE L'AMMAL. turc de l'observa- de

l'aniinal. lion. roktervulear,

Chat-huant 40*00 Rectum. J. Davy (!J.

Pétrel 40,30 Id. Id.

P. Capeosis 40,80 Id. Id.

Perroquet..^ 41,10 Id. Id.

Oie commune 41 ,70 Id. Id.

Choucas 42,10 Id. Id.

(I) Ann.de chim. etdephys , 2' série, t. X\XIII, p. 192.

TEMPÉRATITRB DES ANIMAUX. 93

Tempi^ru^ Lien de Num

DÉSIGNATION SE L* ANIMAL. tuiede l'observu- de

raninml. tion. Pobserviiteur.

Moineau commua 42,10 Rectum. J. Davy.

PigeoD commua ea cage 42,10 Id. Id.

Poule des juogles 42,00 Id. Id.

W. id 42,50 ïd. IJ.

Poule commuoe 42,50 Id. Id.

Coq d'Inde 42,70 Id. Id.-

Grive commuoe 42,80 Id. Id.

Pigeon commun libre 43,00 Id. Id.

Id. id. id 43,30 Id. Id.

Poule commune 43,30 Id. Id.

W. id 42,20 Id. Id.

W. id 43,30 Id. Id.

W. id 43,90 ïd. Id.

Poule de Guinée 43,90 Id. Id.

Canard commun 43,90 Id. Id.

Héron 41^00 Id. Prévost

et Dumas (1).

PoDÏe 41,50 Id.

IVon •. 42,00 Id. Id.

Canard 42,50 Id. Id.

P««Ies de 39,44 à 40,00 Id. J. Hunier (2).

Coqs de 39,44 À 40,00 Id. Id.

^'«<^on 41,80 Id. DeIaroche(3).

W 41,90 Id. Id.

M 42,50 Id. Id.

Trois moineaux francs bien couverts

déplumes 39,08 Id. Despretz(l).

Quatre chats-huants volant bien.. 40,91 Id. Id.

(1) Ann. dechim. etdephys., 2« série, t. XXIII, p. 6t.

(2) Œuvres compl, trad. de Richelot, 183.n, t. IV, p. 219

(3) Joum. de phys., t. LXXI, p. î?98.

l*) Am. dechim, et de phys., 2' série, t. XXVI, p. 338.

9U PHTSIQUB MiDICALE.

Tempëra- DÉSIGNATIOM DB L^ANIVÀL. ture dc

ranimai.

Deux coraeilleg commeoçaut à manger seules 41,17

Chouette adulte 41,47

Tiercelet adulte 41,47

Moineau complètement élevé 41 ,67

Moineau adulte 41 ,96

Bruant adulte 42«88

Deux corbeaux adultes 42,91

Trois pigeons 42,98

Quelques petits oiseaux. 44,03

Divers oiseaux. de 39,44 à 42,22

Lieu de rohserva>

tiOD.

Nom

Rectum

Despretz.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Id.

Pallas.

L^aine.

Martine (1).

TSAlPEttATURB DES MAMMIFÈRES.

DÉSiONATiON DE Température Lieu de Kom de

l'amimal. de t'animai. TûbserTalion. PoUerTatear.

Tigre 37*20 Rectum. J, Davy (2).

( :heval arabe 37,50 Id. Id.

Rat commun 38,80 Id. Id.

Lièvre commun ... 37,80 Id. Id.

Jackal 38,30 Id. Id.

Chat commun .... 38,30 Id. Id.

Écureuil 38,80 Id. Id.

Chat commun . . . • 38,90 Id. Id.

Panthère 38,90 Id. Id.

Chien 39,00 Id. Id.

Id 39,60 Id. Id.

Ichneumon 39,40 Id. Id.

Élan femelle 39,40 Id. Id.

Bouc châtré 39,50 Id. Id.

Singe adulte 89»70 Id. Id.

(1) Essays medic, and philosophicalt 1740, p. 338.

(2) £oc.n7.,p. 190.

OÉSIGIfATioll DE Tempérulure Lieu de Nom de

L^AMlHAL. de riinimal. Tobservatiou. Tobservateur.

Mouton. . . de 37,3 à 40,00 Rectum. J. Davy.

Id. ... de 39,5 à 40,00 Id. Id.

Id. ... de 40,0 à 40,50 Id. Id.

Chèvre 40,00 !d. Id.

Singe 35,50 Id. Prévost et Damas (1) .

Cheval 36,80 Id. Id.

Chien 37,40 Id. Id.

Cochon dinde 38,00 Id. Id.

Lapin 38,00 Id. Id.

Monton 38,00 Id. Id.

Chat 38,50 Id. Id.

Chèvre 39,20 Id. Id.

Cochon d'Inde adulte 35,76 Id. Despretx (2).

Chien de trois mois. 39,48 td. Id.

Chat adulte 39,78 td. Id.

Bœuf 37,50 Id. J. Hunter (3).

Upio....^ 37,50 Id. Id.

Âne 36,95 Id. J. Hunter (4).

Anesse 37,78 Vagin. Id.

Cabiai 38,40 Rectum Delaroehc (5).

Id 39,00 Id. Id.

Id 39,00 Id. Id.

Id 39,00 Id. Id.

Upin 39^60 Id. Id.

Id 39,60 Id. Id

Id 39,70 Id. Id

Id 40,00 Id. Id

(1) Loccit,, p. 64.

(2) Loc. cit,

(3) Loccit., t. IV, p. 219.

(4j Loc. cit., t. III, p. 382.

(5; Loc. cil.

DÉSIGNATION DR Tempërotnre L* ANIMAL. de riinimal.

Lapin 40^00

Id 40,00

Marsouin 37,80

Lieu de l'observa lion.

Nom de l'observateur.

Rectum.

Ûelarochf.

Id.

Id.

Dans te foie.

ns une plaie dn cou.

A la peau.

Dans le ventre.

J. Davy (1).

Broussonnet(2).

Martine (3).

Id.

Lamantin 38,89

Id 40,00

A la suite rie ces tableaux, nous sommes heureux de pouvoir donner un extrait d'un très remarquable travail sur la température des palmipèdes, publié dans les Mémoires de r Académie de Monlpellier par M. Ch. Martîns, professeur d'histoire naturelle médicale à la Faculté de Montpellier. Il a voulu déterminer la température moyenne d'une espèce animale et les limites dans lesquelles elle peut varier. Il s'est servi d'un thermomètre construit par M. Walferdin, assez sensible pour donner directement un centième de degré. L'instrument était introduit par l'anus, de manière que le réservoir se trouvait placé à peu près au centre du corps de l'animal. M. Martins a pris ainsi, en hiver et en été, la température de 85 canards domestiques des deux sexes vivant dans les conditions les plus diverses, dans le nord et le midi de la France.

La température moyenne de Tespèce est de 42,1 18

La température moyenne des mÀlos est de 4t,962

La température moyenne des femelles est de 42,273

(1) Loc. cit.

(2) Mem. de l'Acad. des sciences , 1785, p. 192.

(3) Loc, ci«.,4i. 337.

TEMPÉRATUBE DES ANIMAUX. 97

Les températures extrêmes observées ont varié :

Pour les mâles, entre 40»,97 et 42% 47

Différence r,50

Pour les femelles, entre 40",90 et 43%45

Différence 2",55

Ces résultats nous prouvent que, dans l'espèce canard, la température propre des femelles est sensiblement plus élevée et aussi plus variable suivant les sujets, que celle des mâles.

La température moyenne de sept eiders, sans distinction de sexe, dans des cx)nditions telles que Fair ambiant a varié entre — 1°,7 et + 17*», s'est élevée à 42*,79.

Les températures extrêmes observées ont varié :

Pour reider entre 42", 10 et 4 3", 22

Différence 1%12

La température moyenne de l'oie domestique adulte, conclue de cinquante observations portant sur des individus différents, s'est élevée à UV,Un.

Les températures extrêmes observées ont varié :

Pour Toie entre 40»,82 et 42",02

Différence i%20

Ce travail de M. Martins montre combien il serait à désirer que les températures des principales espèces animales fussent établies par des moyennes déduites ellesmêmes d'un nombre considérable d'observations. Les résultats précédents prouvent , en effet , que les différences entre la température d'un individu isolé et la température moyenne de l'espèce à laquelle il appar-

98 PIIYSIQUB MÈOICâLE.

tient peuvent dépasser un degré du thermomètre centigrade.

SU. — Température de rbonune.

La détermination de la température de l'homme a beaucoup préoccupé les observateurs. Ce point très im • portant de physiologie humaine mérite d'être traité à part et avec quelques développements» Boerhaave était certainement resté au-dessous de la vérité en la disant comprise entre 33'*,33 et Bh^A^; Martine donna une bonne indication en la fixant entre 36%il et 36%67 (1). Plus tard, J. Hunter annonça qu'un honmie bien portant avait, dans lé rectum, une température de 36%95 (2), et enfin, dans ses leçons de chirurgie (3), il dit ; « La température normale du corps humain est d'environ 37°,22.» MM. Prévost et Dumas nous paraissent avoir adopté un chiffre trop élevé en indiquant 39" pour la température de l'homme [U). Les résultats de M. Despretzet de J. Davy nous semblent de nature à fixer la science à ce sujet. La moyenne de 17 observations, faites par M. Despretz sur Vhomme adulte entre dix-huit et soixante-huit ans, fixe sa température à 37°, 09 (5). La moyenne de txb observations, faites par J. Davy (6) dans des conditions de température extérieure qui ont varié entre 1 5^,5 et 27*,8,

(1) Loc, cit., p. 335.

(2) Loc.cU,, t. IV, p. 214.

(3) Loc,€U.,i,h P* 334.

(4) Loc. cU., p. 64.

(5) Loc. cit., p. 338.

(6) Loc. cit., p. 183 et suivautes.

TEUPiRATURB DBS ANIMAUX. 99

donne 37'',30 pour la température de Thomme prise à la racine de la langue. Nous avons déjà dit combien il serait désirable que les divers observateurs se fussent accordés pour choisir une même partie du corps comme siège de leurs recherches thei*mométriques ; les résultats seraient plus comparables. Tout courant d'air passant sur une surface humide étant une cause d'évaporation et de refroidissement, tant que le thermomètre reste dans la bouche, il faut de toute nécessité que la respiration se fasse exdmivement par les narines; notre expérience personnelle nous a appris que cette condition indispensable est très difficile à réaliser. L'anus n'expose pas aux mêmes causes d'erreur, mais la difficulté de l'opération et la répugnance invincible opposée par certains sujets à une semblable manœuvre ne permettent pas de généraliser ce mode d'observation. La main embrasse bien le ré* servoir du thermomètre ; mais elle est trop influencée par les variations du milieu ambiant pour que ses indications puissent être prises pour la traduction de la véritable température du corps. L'aisselle nous a toujours paru et nous parait encore le lieu que l'on doit choisir pour dé* terminer la température du tronc. Le thermomètre s'ap« plique bien de toutes parts contre la peau quand on a soin, ce qui est toujours facile, de tenir le bras rapproché du thorax ; la lecture se fait facilement sur place et sans avoir besoin de déranger l'instrument. Cette région est assez bien abritée contre les variations extérieures pour que les résultats obtenus représentent exactement la température du corps, et enfin l'observation, n'entraînant après elle ni fatigue ni répugnance, peut être pro-

100 1*HTS1QUE MÉDICALE.

longée assez longtemps pour que l'équilibre s'établisse entre le thermomètre et la peau. Malgré les différences signalées dans le procédé opératoire suivi, en consultant nos résultats personnels et en les rapprochant de ceux des observateurs précédents, nous croyons être dans la vérité en disant que, dans l'état physiologique, la température de l'homme adulte prise sur l'aisselle peut, dans nos climats tempérés, osciller entre 36'»,50 et 37',50.

§ ZIZ. — Invariabilité de la température det animaux tupérieurf.

Le trait caractéristique des oiseaux et des mammifères est d'avoir une température sensiblement indépendante des variations de celle du milieu ambiant. Il ne faudrait pourtant pas exagérer la résistance opposée par ces animaux aux influences extérieures. Indépendamment des refroidissements si fréquemment observés aux extrémités des membres, il est bien prouvé aujourd'hui que la température du tronc est légèrement modifiée par le passage des climats froids aux climats chauds. Ces oscillations, quoique d'ailleurs bien exactement constatées et dont nous nous occuperons avec détail quand nous étudierons Vinfluence des saisons et des climats sur la production de chaleur chez les animaux, ne sont pas assez considérables pour jeter des doutes sur l'exactitude des résultats généraux précédemment exposés. La force de résistance des animaux supérieurs aux causes de refroidissement est suffisamment prouvée par la lecture des relations de voyages vers les régions polaires, i^endant lesquels Thomme a pu vivre dans une atmosphère

à 70" au-dessous de zéro sans éprouver de changements ' notables dans sa température. Pour fixer les idées à ce sujet, nous rapportons ici les résultats obtenus par le capitaine Parry et le capitaine Back dans leurs voyages vers le pôle nord. Le premier a vu un renard conserver une température supérieure de 76 ",7 à celle du milieu ambiant, et le second a constaté qu'un lagopède des saules remportait de 79^,1 sur la température de l'atmosphère. Ces faits paraîtront sans doute suffisants pour nous autoriser à considérer les mammifères et les oiseaux comme des animaux à température physiologiquement cmstante,

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